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    MelisandeBabelio le 30 juillet 2021
    Bonjour à tous,


    Qui dit nouveau mois, dit nouveau défi d’écriture !


    Pour le mois d’août, le thème du défi d’écriture sera : Les souvenirs


    Vous pouvez aborder le thème comme vous le souhaitez, de vrais souvenirs ou des fictifs, des heureux ou des plus mélancoliques, à vous de voir. Comme d’habitude, la taille et la forme de votre contribution est libre et vous avez jusqu’au 31 août minuit pour nous soumettre votre texte en répondant ci-dessous. Le gagnant remportera un livre.


    Partagez avec nous vos souvenirs

    Maitam le 03 août 2021

    il était tard et je n’arrivais pas à trouver le sommeil. Chaque fois que je fermais les yeux, je revoyais ces ogres monstrueux avec leurs dents bien aiguisées et jaunes. C’est alors que j’ai entendu ses sanglots étouffés. La curiosité me prit et sans faire de bruit, je suis allée sur la pointe de mes petits pieds voir ce qui se passait. Par la porte légèrement entrebâillée je la vis de dos assise devant son miroir. Ses magnifiques longs cheveux noirs comme des saules pleureurs encadraient son visage tordu et crispé par une douleur, un chagrin que je ne comprenais pas. Les larmes teintées par le maquillage coulaient noires et venaient s’accrocher aux lèvres pourpres de sang. D’une main elle porta des ciseaux à sa belle chevelure et commença à couper. Clic clic, Mèche par mèche elles jonchaient le sol. Clic clic, le bruit faisait écho à sa colère qui semblait gronder comme un volcan prêt à surgir. J’étais hypnotisée et ne pouvais bouger. Je ne savais quoi faire, à mon tour je me suis mise à pleurer. Elle me vit mais continua à s’acharner sur ses beaux cheveux. La tête débrouissaillée, elle se leva et vint vers moi d’un pas décidé et sans un mot me prit la main. 

    Tout était calme dehors, seul la nuit nous enveloppait de son manteau lourd et moite. Une pleine lune nous guida jusqu’à la rue principale où elle héla un cyclo pousse. Je continuais à pleurer mais n’osais rien dire. Toutes les questions semblaient coincées dans ma tête et ma petite main était prisonnière de la sienne. Nous montâmes dans le cyclo qui nous emmena jusqu’au pont de Saïgon. En plein milieu du pont nous nous sommes arrêtés. Une fois descendues, elle renvoya le cycliste. Il nous regarda étrangement: une femme désemparée et une toute petite fille en pleurs, elle lui cria:  “partez, laissez nous tranquilles”. Je le vis pédaler puis s’arrêter un peu plus loin.


    Sous le pont, je voyais le Mékong et la lune par dessus nos têtes l’avait transformé en un boa géant et menaçant prêt à nous engloutir. Je ne pleurais plus, c’était à son tour maintenant. Sa main se mit à trembler et je l’entendis marmonner  “ mais pourquoi? Pourquoi?  Qu’ai-je fait?”
    Ensemble nous fixions les flots oPâques en dessous de nous et seul le balustre nous séparait de ce grand fleuve qui semblait nous inviter à nous y jeter.
    J’eus un horrible pressentiment en la regardant, elle était en transe et regardait fixement le fleuve. Nous étions seules et j’avais peur. 
    Du haut de mes cinq ans j’ai pris ma première grande décision. J’allais nous protéger et me battre contre ces maudits ogres. Finalement les mots me vinrent: “ ne pleure plus maman, je suis là, je t’aime et ne te laisserai jamais! Rentrons maintenant, j’ai froid, rentrons.”  Soudain elle sortit de sa transe et me regarda puis s’agenouilla et me serra dans ses bras.
    ”Oh mon Dieu, qu’allais je faire, pardon, mille pardons mon enfant.” La tête enfouie contre elle, j’ai continué à murmurer “ je t’aime maman, tout ira bien maman, je suis là.” 
    Elle n’avait plus ses longs cheveux mais elle sentait encore si bon!



     


     


     


     


     

    LEFRANCOIS le 03 août 2021
    Victime collatérale

    Le professeur Rosset et sa cohorte d'étudiants en médecine arriva devant le lit du patient. Il n'avait pas besoin de consulter la fiche de celui-ci puisqu'il l'avait opéré lui-même la veille. L'homme dans le lit était pâle, la vie semblait l'avoir quitté mais ses yeux étaient ouverts et regardaient avec indifférence le groupe en blouses blanches qui s'agitait devant lui. L'homme avait été la victime d'un attentat qui avait fait deux morts et deux blessés. Il avait reçu une balle dans la tête, balle qui ne lui était pas destinée. Il était une victime collatérale d'une action criminelle odieuse, mais hélas de moins en moins rare. Il passait seulement par là au moment fatidique. C'était pas de chance.

    Le professeur se tourna vers son adjoint :
    - Comment sont ses paramètres vitaux ? Il n'a pas l'air en grande forme.
    - Il devrait se remettre. En dehors du cerveau, son corps est intact et il ne souffre d'aucune maladie ou comorbidités. Je pense que son pronostic est bon, répondit son adjoint.
    - Bien. A-t-il exprimé quelque chose ?
    L'infirmière chef qui se tenait derrière le professeur intervint :
    - Non, il n'a rien dit, je pense qu'il est encore trop tôt...
    - Bon, alors au suivant !

    Le professeur sortit entrainant sa cohorte de jeunes gens fascinés par le grand ponte qui drivait leur premiers pas en médecine dans cet hôpital de pointe qui opérait les cas graves. L'adjoint et l'infirmière, pour qui c'était la routine, ne quittaient pas les talons du professeur qui entra dans la chambre suivante. Le début de la matinée devait se passer ainsi, naviguant de chambre en chambre, testant un étudiant, recommandant un examen, tâtant un pouls, sur-jouant l'empathie pendant trois minutes devant un malade condamné, ou la bonne humeur devant un autre qui en avait encore pour un bon moment et qu'on allait martyriser avec une kyrielle d'examens.

    Les jours passaient, infirmiers et médecins se relayaient, jamais les mêmes, dans la chambre du blessé, le cerveau entièrement recouvert de bandages. Il était resté le même, les yeux dans le vague, inerte, se laissant changer, manipuler, piquer, nettoyer, mangeant à la becquée, un vrai poids mort.

    Un matin, le professeur Rosset fit une entrée dans sa chambre, il n'était accompagné que de l'infirmière chef, d'une autre infirmière chargée du service et de son fidèle adjoint.
    - Bon, comment va notre grand traumatisé. Est-ce qu'il peut parler ?
    - Il n'est pas très actif mais il dit bonjour, oui/non, au revoir. Il n'a pas l'air de se remémorer grand chose. Il est conscient mais pas vraiment présent; éveillé mais pas réveillé. Par ailleurs il n'a pas de famille, pas de relations, pas de visite.
    J'ai essayé de le faire parler mais il ne se souvient de rien, un véritable zombie...

    Le médecin en second intervint :
    - Du point de vue de sa santé, il va de mieux en mieux. Cela fait trois semaines qu'il est hospitalisé et il pourrait sortir prochainement. Mais j'ai peur qu'une grande partie de son cerveau soit définitivement détruite. Que reste-t-il de sa mémoire ? ça c'est mystère ! Pas grand chose certainement ! Sera-t-il capable de récupérer un peu de vie consciente, suffisamment de mémoire pour mener une vie sociale et retourner vivre chez lui ? ça semble mal parti.

    - Il faut lui faire des tests et le transférer dans un service qui puisse le prendre en charge. S'il est incapable de vivre de manière autonome il faudra le confier à un établissement spécialisé, trancha le professeur.
    - ça ne sera pas facile car il y a pénurie de lits et en ce moment avec la Covid tout le monde est sur les dents, argumenta son adjoint.
    - On ne va pas tout de même pas le jeter à la rue. Où habite-t-il ?

    L'adjoint redressa la tablette numérique qu'il transportait et chercha le dossier du patient dans le logiciel de l'hôpital. Il navigua rapidement dans l'arborescence du dossier patient et poussa un petit cri de victoire.
    - ah je l'ai. Il habite.... rue du souvenir !
    charlene_bzh le 03 août 2021
    J'ouvre la porte. Tout est sombre à l'intérieur. L'entrée me semble plus petite que dans mon souvenir. L'humidité de l'hiver et la fraîcheur du printemps, les années qui se sont écoulées ont laissé une odeur de moisie qui s’est imprégnée partout. Le papier peint commence à se décoller par endroit, au niveau du plafond. 

    Cela fait combien de temps que je n'ai pas pénétré ce vestibule ? Trop à mon goût. Une vague de culpabilité me submerge. Toujours le prétexte du temps qui s’écoule si vite, du rythme dense et intense qui nous est imposé. Mais, ces justifications aujourd'hui, je les balaie d'un revers de main, elles n’ont plus lieu d’être. Il est déjà trop tard de toute façon.

    J’erre de pièce en pièce et je vois, qui défilent devant moi, tous ces moments précieux et heureux que j’ai passés ici, entourée de ma grand-mère et de ma famille. 

    J’entre dans la cuisine et je ferme les yeux. Je me laisse happer par toutes les senteurs qui m'entourent. Les souvenirs m'engloutissent dans les profondeurs de l'abîme. J'entends le transistor résonner et vibrer de musique, je revois ma grand-mère s’activant devant les fourneaux, une bonne odeur de brioche s’échappant du four, la tarte aux prunes et aux amandes à refroidir sur le rebord de la fenêtre et la marmite énorme où devait mijoter un de ses petits plats savoureux dont elle seule avait le secret. Je distingue même, de là où je suis, la grande table dressée à l’ombre du noyer. 

    Nous étions souvent nombreux, l’été. Repas interminables, les hommes à un bout de la table, cigarette sur le bout des lèvres, débattaient sur tout. Les femmes avec leur regard bienveillant, nous surveillaient, tous autant que nous étions. Je les revois discutant, riant et nous comparant les uns les autres, essayant de deviner les adultes que nous deviendrons. Nous, les enfants, nous passions notre temps entre rigolades, parties de cache-cache.

    J’aimais le soir, me blottir dans les bras de ma grand-mère. Lorsque tout le monde était couché, je la rejoignais dans son lit. Et elle me berçait de ses douces mélodies inventées dans le creux de mon oreille ou bien elle me racontait les légendes du pays. Et je m’endormais, tout contre elle, en rêvant de fées, de lutins et autres créatures imaginaires.

    Tant d’années se sont écoulées depuis la dernière fois où j’ai foulé les marches de cet escalier. Ma cachette préférée, sous la quatrième marche, derrière le porte manteaux. Mon coin rien qu’à moi, mon lieu de solitude et d’observation.

    Une maison débordante de vie, qui désormais reste fermée. Le volet du salon grince et coince. La porte du placard est condamnée. Je fais le tour de la bâtisse au même rythme que la ronde de mes souvenirs.

    Les larmes coulent sur mes joues à moins que ce ne soit la pluie qui a commencé à tomber sans que je m’en rende compte. L’émoi d’être revenue, l’émotion d’avoir dit un dernier au revoir à ce lieu en même temps qu’à ma grand-mère. Je caresse mon ventre en pensant que ce petit être bien caché ne connaîtra pas tout cela. 

    Je referme la porte derrière moi pour la dernière fois. Demain, cette maison aura un autre propriétaire.
    LUCIEROY le 03 août 2021
    SOUVENIRS

    Tous, on a des souvenirs,
    Tristes, gais, joyeux,...
    Souvenirs d'un temps passé,
    Que l'on ne peut que regretter !
    Souvenir d'un sourire, d'un regard,
    Qui amène toujours de l'émotion !         
    Souvenirs de choses futiles qui marquent,                         
    Qui réveillent une certaine sensibilité !                     
    Souvenirs aussi de départ,                               
    De séparation, de non-retour !                                 
    Souvenirs, ils peuvent être virtuels,
    Une chanson, un air, une mélodie,
    Qui réveille les souvenirs !
    Une fleur, une photo, un geste,
    Qui dit : souviens-toi de moi !
    Souvenirs de jeunesse, d'allégresse,        
    D'un temps de liberté chérie !                 
    Souvenirs, on en a tous en nous,                      
    Beaux, heureux,  gris, souvent bleus !                       
    Il me faut les entretenir,
    Car ce sont mes souvenirs,
    Qui me font aimer la vie,
    Malgré les coups, les blessures à l'esprit !
    Ne garder et n'être que le meilleur,
    Car quand viendra l'heure,
    De moi, je laisserais des traces de souvenirs !
    Solamifado le 03 août 2021
    Eté 2012

    J'ai suivi le conseil de l'opératrice de radiographie, je ne me suis pas rhabillée. Il faut faire un examen complémentaire. Celui-ci terminé, elle me demande de la suivre dans une petite pièce aux volets fermés.
    Dans la pénombre, les écrans diffusent une lumière bleue, grisée... D'un ton de confidence gênée, elle me dit :
    "Vous voyez,... là ?"
    Non. je ne vois rien. Je ne vois qu'une multitude de petits points blancs éparpillés dans ce qui pourrait être un ciel d'orage.
    Je devine le reste.
    Cet été ne sera pas comme les autres. Je n'irai pas sur les plages ensoleillées cueillir des coquillages avec Irène, Alice, Augustin et Louis. Nous ne ferons pas de concours du plus grand cueilleur de porcelaines et de trocas et la mer n'envahira pas nos châteaux de sable.

    Pourtant, dans ce futur en gris, confinée dans l'appartement, bien avant les incertitudes et les angoisses de ce printemps 2020, je souris en pensant à cette journée.

    "Mercredi 20 juin. Passage de la société C... qui interviendra sur l'installation de VMC de votre appartement. L'heure de visite prévue du technicien est (comme d'habitude) très vague : la visite aura lieu "dans l'après-midi". Fort bien. 
    Si vous n'êtes pas présent, merci de contacter le numéro de téléphone indiqué ci-dessous pour convenir d'un rendez-vous.
    Je serai là ! Le matin, dans l'a
    Solamifado le 03 août 2021
    Je serai là ! Le matin, dans l'après-midi, en début de soirée. je serai là toute la journée.
    Le jour dit je continue donc à dessiner, à contempler les nouvelles tiges d'orchidées avec un oeil d'entomologiste, je chasse les chats qui chassent les mouches - à défaut de souris - sur ma table à dessin, je scrute les fenêtres des cellules de la prison, vidée de ses occupant, voilà deux ans. Depuis, elle est devenue une gigantesque volière, peuplée de petites corneilles, de pies criardes, de tourterelles qui s'effarouchent dès que j'approche de la fenêtre, et de pigeons goulus.
    Au pied de l'immeuble les branches d'un cerisier sauvage s'alourdissent sous les fruits. Ils sont là ! Les pigeons superbes, les yeux rivés sur des promesses de festin. Par dizaines.Les ailes déployées, agrippés entre les feuilles, ils se risquent au bout des branches, s'enfuyant au moindre bruit dans un claquement d'ailes. Je règle le zoom de l'appareil photo...et j'arrête.
    15 heures et des miettes. Voilà l'homme. jeune, une trentaine d'années, tout au plus. Il clame un grand bonjour souriant. Il tient sa valise de matériel à droite, la main gauche sur le portable.
    "C'est pour l'entretien de la VMC..."
    Je n'ai pas le temps de répondre, tout juste un bonjour aussi souriant que le sien. Il connaît les lieux et fonce vers les toilettes.
    "Vous voulez un tabouret, l'aspirateur ?"
    "Non, non, non, merci bien. Je monte sur la cuvette, hein ? On va pas s'embêter dit-il en levant la jambe, un pinceau de peintre à la main. J'ai juste le temps de lui dire "euh... vous pouvez abattre le couvercle s'il vous plaît ?
    "Ah oui ! Pas bête ça va faire plus de surface répond le fringant technicien qui époussette la grille d'aération avec vigueur. Il finit par la déposer en marmonnant "vous ne nettoyez pas souvent, hein ?" 
    J'hallucine comme dirait Louis. C'est vrai que le nettoyage des bouches de VMC devrait être une activité majeure dans un quotidien par ailleurs chargé du point de vue du ménage et autres bricoles sportives.
    Je n'ose pas lui répondre que je pratique déjà assidument la chasse aux poils de chat sur le tapis et partout ailleurs.
    Il descend, les mains chargées du boîtier saturé de poussière lourde et collante. Il se retourne et annonce : il est où le lavabo ? Je vais laver ça.
    Nooon ! Pas dans la salle de bain !
    Je refais une proposition d'aspirateur qu'il décline et je le pilote jusqu'à la cuisine. Dans l'évier, il dépose la poussière à l'aide du pinceau qu'il manie avec la dextérité d'un Eugène Delacroix peaufinant les tigres du zoo de Vincennes.
    "Ah ! C'est fou ce que ça s'encrasse, ces machins-là, pas vrai ?".
    En repartant vers les toilettes, je l'entends qui annonce : "vous pouvez enlever l'autre grille dans la salle de bains ? Comme ça on va gagner du temps"
    Là, je dois dire que je suis sonnée. Je ne sais pas si c'est le "on va gagner du temps" ou l'idée que je fasse le travail à sa place, mais je sens une envie de rire qui monte.
    "Non, je ne peux pas. J'ai mal au bras et je n'ai pas le droit de m'en servir pour le moment.
    J'entends un "c'est pas grave, je vais le faire, il n'y a pas de souci !" A la bonne heure !
    Il est debout, en équilibre sur le rebord de la baignoire, le pied en biais, le corps tordu, décalé sur la gauche, la main droite équipée du pinceau et agrippée à la barre du rideau de douche. Je crains la chute. Mais non. L'homme est équilibriste à ses heures.
    Il remet le boîtier en place, soudain secoué d'éternuements. "N'auriez pas un mouchoir en papier s'il vous plaît ? Il se mouche bruyamment en entrant les données d'une main sur l'ordinateur portable. Un artiste. 
    "Bon. Arrivée 15 heures, tac, tac,tac..popopop... Voilà ! Vous signez là, dans la case, en bas de l'écran. Vite dit. Dans la main droite j'ai un mini stylet attaché à un ressort ridiculement court, dans la main gauche l'appareil un peu lourd, et je lance une signature qui finit par être réduite à trois petits traits.
    Les mains sur les hanches il déclare que le rapport va s'imprimer et que ça ne va pas être long. Rien ne vient. On entendrait une plume tomber dans le silence revenu. Ah ! l'informatique quand ça coince... dit-il en parcourant l'écran.
    Voilà ! C'est pour vous madame. Gardez bien ce rapport d'intervention. On ne sait jamais...
    Oui, je l'ai gardé. En souvenir de cet été singulier, de ce moment hors du temps qui me fait encore sourire.
    cecile2020 le 03 août 2021
    Je sors de la douche, l’air chaud de la canicule du jour me paraît frais sur la peau humide. Je prolonge avec délice cet instant suspendu. Avant l’orage, je le sens, l’air est lourd. Ecoutant sans m’y attarder les bruits violents et incessant de la rue en bas, je suis protégée par les murs de l’appartement. J’ai le temps des souvenirs précieux.

    Je suis en vacances, j’ai six, huit puis dix ans, et après j’en ai douze, treize….dans un temps reculé, pré-adolescent, essentiel, innocent et inoubliable, exempt encore de tout chagrin quelconque.

    Je savoure le goût du bâtonnet en bois lorsque j’arrive à la fin de l’esquimau, celui qu’on ne trouve plus aujourd’hui, parce qu’il fait certainement moins rêver les enfants qui ont déjà tout…

    Je sens l’odeur du chlore dans mes cheveux emmêlés de soleil… cette piscine où j’ai appris à nager. Où j’ai appris à plonger aussi.

    Je fais la planche, les oreilles immergées, le son alourdit par l’eau, le retour dans la matrice, à la source. Le liquide qui entoure, l’immersion apaisante, je flotte.

    Je respire dehors l’odeur du cyprès et je cueille les boules presque hexagonales qu’il produit, un peu piquante, d’un vert kaki, très proche du marron.

    Je sens l’odeur de la tomate, une odeur « verte » de tomate rouge si sucrée que j’ai compris pourquoi c’est un fruit, bien que depuis, je n’ai jamais retrouvé de goût identique. Je touche leurs feuilles vertes hérissées d’un léger duvet qui me démange lorsque je longe les « tipis » des pieds de tomates plantés, érigés scrupuleusement aux heures ombragées par mon grand-père.

    Je positionne au crépuscule le tuyau d’arrosage aux creux des sillons, pour abreuver enfin chaque pied exposé à la canicule.

    Je crée des rivières pour la nuit.

    Je mange en cachette du «Caprice des dieux », en tranchant sans vergogne chaque extrémité, obtenant ainsi deux morceaux en demi lune, histoire de me rapprocher un peu des anges.

    Je tranche le saucisson du boucher. Ferme, nerveux. Très Gras. Je positionne les tranches entre deux morceaux de pain. Je n’oublie pas le beurre, salé.

    Je tartine des pains au lait de Nutella, parce que je découvre le Nutella., cet interdit. Je crois d’ailleurs que le Nutella devrait faire partie de ces friandises extrêmement sucrées qu’on ne devrait découvrir qu’en vacances. Laisser le privilège à nos grands-mères de nous le faire découvrir.

    Je verse du sirop Tesseire, celui à l’orange, dans un verre à moutarde à l’effigie des schtroumpfs. Il y en a à la fraise, du sirop, mais celui à l’orange est plus chimique, moins convenu. 

    Je ne conçois la dégustation de la fraise qu’à même le pied du plant prodigue.

    Je n’ai jamais, mais alors jamais, réussi le ragoût de riz à la saucisse. Plus précisément, mon idée dudit ragoût.

    J’ai tenté, à l’intuition, à l’amour, et je n’ai obtenu qu’un ersatz de ragoût, il était fade, il était triste, peut-être un peu comme mon humeur.

    Je me souviens pourtant d’un plat à la saucisse, gai, gourmand et savoureux, et de la couleur du riz, ocre.

    Bref, j’en conviens, le riz à la saucisse, c’est un peu ma madeleine de Proust.

    Je suis chaque fois émerveillée devant l’angélique sauvage qui boucle dans l’eau, je revois mon grand-père tailler chaque pousse, trancher le haut en corolle et cette dernière éclatant et se courbant de façon magique après immersion prolongée dans l’eau, et je suis tout aussi écoeurée par son goût, mélange discret de fenouil et d’anis dont j’ai horreur.

    Je me souviens de l’eucalyptus immense, en bas du jardin, voisin de la vigne grimpante, frappé par la foudre et qu’il a fallu abattre, tranché à vif et transformé en plateau offert au vent, au soleil et au cri des oiseaux. 

    Je me souviens des hirondelles planant au-dessus de la piscine, afin d’étancher leur soif en vol, après des journées de chaleur intense, comme seules les terres du sud en connaissent. 

    Je me souviens ensuite, l’espace d’un instant, le revoir à nouveau majestueux, parce que les années passent, dans leur vitesse fulgurante, et implacable, et que, pareil à l’eucalyptus, nous aussi nous grandissons, nous sommes parfois abattu, et nous renaissons l’espace d’un instant, bon gré, malgré.

    Je me souviens de la reinette vert fluorescent, croassant le soir au bord du pot, goutant la fraîcheur de l’arrosage nocturne.

    Et de cela, il me reste surtout le parfum du géranium, ses boules rouges, fuchsia ou orangé, formées de centaines de petites pétales, peuplant les multiples plates bandes de la terrasse, couleur brique.

    Cette odeur aujourd’hui me plaît plus que toute autre, parce qu’à l’instant où son parfum m’enveloppe, il n’est que chair, sourire et indéfectible bienveillance, il me rappelle dans la seconde le parfum d’une « marguerite». Il me rappelle ma grand-mère.












    MarieBauwensAuteure le 04 août 2021
    Direction Wimereux

    Chagrin et cafard.

    Voyage, maladie,

    Envie de partir,

    Envie de rester.

    Déchirement !




    Comment gérer l’après ?

    Grande question.

    Et la mutilation ?

    Il ressent la même chose,

    Depuis quatre ans déjà.




    Une vie commence,

    La bête en plus,

    Vivre et accepter,

    Ou se battre et pleurer.

    Les larmes purifient.







    Mal dormi, insomnie,

    Ça ira mieux demain.

    Trouver un bon resto,

    Pour le premier janvier.

    Nouvelle année,

    Faut fêter ça.

    La bête ne gagnera pas.




    Marche sur la plage,

    Pieds gelés sur le sable mouillé,

    Se sentir vivre,

    La douleur éveille l’esprit.




    Pieds au chaud et bottés

    Crêpe sucrée, chocolat chaud.

    Boutiques, folie dépensière, 

    Tout pour oublier,

    Un instant seulement.







    Sommeil et meilleure nuit,

    La fatigue calme l’esprit.

    Matinée privée,

    Douche, maquillage, tenue de fête.

    Boulogne, ville haute.




    Repas de roi et de reine,

    Champagne et foie gras,

    Poisson en croute de chorizo,

    Fleur d’Audresselle panée,

    Crème brulée, liqueur de violette.

    Nous vallons bien ça,

    Mutilés de la vie.







    Dernier jour.

    Longues marches,

    Matin, après midi.

    Les yeux fermés, le nez au vent,

    Guidée par la mer et la voix 

    De mon compagnon de vie,

    De joies, d’infortunes

    Longue tranche de liberté.

    Essayez, vous verrez.




    Les bois du Boulonnais, c’est beau,

    mais c’est mieux l’été.

    Chute dans la boue,

    Botte coincée,

    Éclats de rires, enfin

    Petits bonheurs.




    Dernière nuit avant le retour.

    Nous venons chaque hiver.

    Cette fois, soleil et froid,

    Arcs-en-ciel et joie.

    Pour un instant, la bête oubliée




    Cette année encore,

    Nous rentrerons avec

    Des sourires lumineux,

    Des souvenirs heureux,

    Des photos pour ne pas oublier
    Mariveil le 04 août 2021

    Dans les bras de la Géante

    Ce n'est pas tout à fait un rêve, tant la sensation est intense. J'étouffe, j'ai du mal à respirer, à retrouver mon souffle, pourtant je n'ai pas peur. Nulle angoisse n'accompagne cette suspension du souffle, comme s'il ne s'agissait pas d'une privation d'air mais plutôt d'une attente étonnée. Je ne me sens pas en danger : je suis dans les bras d'une géante, elle m'enveloppe, me tient embrassée dans sa chaleur, dans son amour. Dans un grand soupir, je retrouve le rythme de la vie et je m'éveille, apaisée.
    Je sais que la géante m'a sauvé la vie, je sens encore son amour qui me protège. L'impression est si forte que je comprends soudain qu'il ne s'agit pas d'un rêve, mais d'un souvenir. Je suis un tout petit bébé dans les bras de ma mère. J'ai la coqueluche. À trois mois, ça ne pardonne pas, dit le docteur ; heureusement il vous restera l'autre. Maman n'accepte pas l'inéluctable. Elle me garde dans ses bras pendant trois jours et trois nuits, elle m'aide à respirer, à reprendre mon souffle après chaque quinte de toux.
    Elle est cette géante qui me tient embrassée dans sa chaleur, dans son amour. Ce n'est pas un rêve, c'est le souvenir de ce jour lointain où Maman m'a sauvé la vie.
    beacoglitore le 04 août 2021
    @va...et vis ce que je n'ai pu vivre



    Aujourd’hui, le 3 août 1934 

     20 ans déjà se sont écoulés. 20 ans… Sera toujours gravé dans ma mémoire cette date du 3 août 1914.

    J’espère de tout mon cœur qu’un jour quelqu’un lira mes écrits. Aussi, je me décide enfin à prendre à nouveau la plume pour la dernière fois maintenant, parce que je ne veux pas que l’on oublie.

    Je veux que l’on se souvienne des horreurs que nous avons vécues, pour qu’une pareille catastrophe ne se reproduise jamais, une fois que nous aurons rejoint le monde de nos ancêtres.

    Je m’appelle Hortense de la Frasse. J’ai aujourd’hui 38 ans. Mais lorsque tout a basculé, je n’en avais que 18. C’était censé être le bel âge, celui où la vie est devant nous. Celui où tous les espoirs sont permis. Celui que tout le monde veut toujours avoir. Celui des rires, des joies, de l’insouciance, de l’enthousiasme, de la fraîcheur…. Mais je n’ai pas eu la jeunesse que j’aurais dû avoir. En quelques semaines, je suis devenue bien plus vieille que je ne l’aurais souhaité, une adulte, par la force des choses…

    J’ai vu couler le sang de nos frères, de nos pères, j’ai vu la terreur dans leurs yeux, entendu les cris de désespoir, celui des mères qui ne devraient jamais voir leur enfant mourir. J’ai senti l’odeur de la mort dans la fournaise de l’enfer. J’ai vu ces hommes s’entretuer, les yeux dans les yeux avec une cruauté innommable, terrifiante. J’ai vécu le vice de la violence. J’ai côtoyé ceux dont le monde ne veut plus.

    Chaque jour, cette guerre m’a mise à l’épreuve. J’ai dû faire face à cette peur panique qui régulièrement s’emparait de moi, celle qui enserre vos entrailles, celle qui vous fait suffoquer de douleur, celle qui fait que tout rationnel possible n’existe plus face à l’ennemi. J’étais loin de me douter jusqu’à quel point l’espèce humaine pouvait être ignoble.

    En temps de paix, les fils enterrent leurs pères. En temps de guerre, les pères enterrent leurs fils. Par quelle folie, le monde a-t-il pu déchainer une telle furie ?

     

    J’ai perdu mon insouciance ce 3 août 1914. Oui, cette date, je ne l’oublierai jamais. Tout comme beaucoup de familles françaises, elles aussi, ne l’oublieront jamais.

    Cet été là, était un des plus beaux étés que nous ayons eu depuis le début du siècle. Je me souviens de cette vie douce et tranquille. Animée par des rires, elle était légère, frivole et optimiste. Nous aimions nous promener à travers nos prairies verdoyantes parsemées de fleurs multicolores qui embaumaient nos maisons, une fois cueillies. Nous aimions nous allonger sur ce tapis d’herbe fraîche, grasse, qui s’offrait à nous, et sentir le soleil réchauffer notre peau, l’air caresser notre visage.

    J’ai encore en mémoire lorsqu’en famille ou entre amis, nous sortions la grande nappe et installions toutes sortes de réjouissances pour nos papilles. Déjeuner sur l’herbe nous permettait de renouer avec les plaisirs bucoliques.  Puis, alors que les enfants couraient après les papillons, les hommes se rassemblaient entre eux pour jouer au croquet. Pendant ce temps, nous les femmes, tout en gardant un œil sur nos progénitures, nous aimions nous abandonner à la torpeur de l’après-midi.

    Nous aimions rire et profiter de chaque instant.  Nous rêvions. Nous étions sûrs que nous aurions un avenir fantastique. Nous paraissions riches et puissants. Les chemins de fer se développaient, les premiers véhicules motorisés apparaissaient, le progrès s’installait… Nous nous sentions en sécurité. Le respect et la fraternité régnaient dans nos villages. Nous vivions heureux.

    Et puis, c’était l’été de mon premier amour. J’étais amoureuse non seulement de la vie, mais aussi de Joseph. Bien sûr, il ne le sut jamais. Cet amour était mon secret. Je ne voulais rien laisser paraître. Aurais-je dû oser lui avouer ? Aurais-je pu ainsi changer le cours de sa vie ?

    C’était vraiment une belle époque où tout paraissait possible. Mais, avec 20 ans de recul, je peux, maintenant, dire que ce splendide été, précédait la monstruosité du monde, son abomination et l’épouvantable laideur et férocité humaine.

    Tout est allé très vite. Avec Joseph nous étions de jeunes adolescents espiègles et plein de vie. Nous vivions dans cette merveilleuse désinvolture, impassibles, et insensibles à ce qui pouvait se comploter dans le monde autour de nous, alors que toutes les grandes puissances voulaient leur part de gâteau. J’étais loin d’imaginer que ce monde que nous aimions tant, devenait fou. Je continuais à rêver. 

    J’entends encore Joseph tenter de me mettre en garde. Il était très cultivé et adorait l’histoire. Tout de suite, il avait compris que tout pouvait basculer.  Toujours les conquêtes, les colonies… sans compter les grands industriels, ces patrons richissimes qui criaient haut et fort que seule une guerre pourrait les débarrasser de ces ouvriers dont la pauvreté les incitait à protester. C’est ce que nous pouvions lire dans les journaux et c’est ce qui m’effrayait et horrifiait ce jeune homme dont j’étais amoureuse. Ils profitèrent ainsi de cette course à l’armement.

    Joseph faisait confiance à Jean Jaurès, Député et grand orateur. Il défendait cette classe ouvrière, et s’insurgeait. Il voulait le bien de tous. La population l’aimait.  Il s’opposait à cette politique coloniale et à la guerre. J’aimais moi aussi cet homme car je lui connaissais cette politique pacifiste. Malheureusement, cela le rendait impopulaire aux yeux des nationalistes qui l’accusaient de trahison.

    Je me souviens de ce regard abattu que Joseph avait eu en m’annonçant qu’il avait été assassiné. Il m’avait alors enserré dans ses bras. Je l’avais entendu me murmurer sa peur. J’avais recueilli ses larmes tièdes dans mon cou et j’avais ressenti un immense vide lorsque j’avais compris que son pacifisme, lui aussi, nous avait quitté. C’était le jour où la Russie mobilisait ses troupes après que l’Autriche-Hongrie eut déclaré la guerre à la Serbie.

    Attentiste, j’écoutais tout ce que la population racontait, et tentais de comprendre notre avenir. Cela finissait par me glacer le dos lorsque j’osais imaginer le pire.

    Finalement, à bien y réfléchir, nous étions tout simplement inconscients qu’une guerre s’annonçait, se préparait.

    Encore aujourd’hui, je n’arrête pas de me demander comment nous en sommes arrivés là. Cette folle cascade d’évènements que nous n’imaginions pas nous toucher, nous a emportés dans le malheur. Juillet et août 1914…  Deux mois seulement pour mettre en route cette maudite guerre.

    20 ans après… et c’est comme si c’était hier. Il y a des plaies qui ne se referment jamais. Le chaos est toujours présent dans mon esprit. Les terreurs vespérales…Il m’a fallu vivre avec.

    A celui ou celle qui lira cette lettre, s’il vous plait, n’oubliez jamais vos aïeux qui se sont battus pour leur patrie, avec conviction ou bien contre leur gré. Les quelques mots de ce journal que j’ai tenté tant bien que mal de tenir à cette époque, en témoignent.

    C’était une guerre de devoir, de soumission et de courage. Mais avec le temps, nous nous sommes rendu compte que les convictions ne servaient à rien, il nous fallait seulement survivre.

    C’était une guerre monstrueuse où l’on pouvait voir la vie et la mort avancer main dans la main.

    C’était une guerre où même le plus courageux pouvait devenir lâche.

    C’était une guerre qui fait qu’un soldat ne sera plus jamais un homme comme avant.

     
    Mon Dieu, ayez pitié de nous et que jamais cela ne se reproduise.

     
      @va...et vis ce que je n'ai pu vivre
    LEFRANCOIS le 04 août 2021
    @ charlene_bzh 
    Très joli texte, beaucoup de sentiments exprimés avec délicatesse. Bravo
    karmax211 le 04 août 2021
    Bonjour,

                                                    Souvenirs jaunis (tanka)



    Maison de retraite
    sur sa table de chevet
    nous deux en photo
    je l'embrasse sur la joue
    qui êtes-vous me dit-elle

    PP
    christianmounier0419 le 04 août 2021
    hey Jude !
    hey vous !

    me souviens d'une petite fille a peine grande qui découvrait les années yéyé, sur son petit tourne disque, elle aimait les beatles et cloclo, mais c'était les années 80 encore un peu et elle ne trouvait personne a qui parler alors, c'est dans sa chambre avant de partir a l'école qu'elle écoutait le 33 tour chipé dans la discothèque de ses parents 

    attendris...eux !

    moqueurs , les camarades , qui de toute façon la tenait pour la tète de turc! qui la tenaient à l'écart, alors, le temps des copains, pour elle, c'était un peu les siens !

    et puis bim!1 ans plus tard en février, et peut être même avant, la petite fille écouta RTL, et les new kids on the block, stop ou encore ?

    30 ans au moins ont passé, et la petite fille écrit à présent, elle a tenté le rap et rougit encore devant son 1er, puis a tenu des textes, car un journal intime, c'est trop "fille" donc pas sérieux, sans consistance, et finalement , présentement, elle écrit des espèces de "chronics" et rougit encore avec un petit moment de joie papillonné dans le cœur lorsque elle entend step by step et ...hey Jude!

    Cécil(Cécile mounier)
    charlene_bzh le 05 août 2021
    Merci beaucoup LEFRANCOIS  
    karmax211 le 05 août 2021
    Bonjour,







    CE VIVANT SOUVENIR


    J'entends encore tes rires Coca-cola
    Tes éclats de rire dont les échos sont las
    Tu m'appelles mais tes mots ne m'arrivent pas
    Tu m'appelles d'hier et je ne t'entends pas

    Les souvenirs dorment brûlantes cicatrices
    Larmes séchées croupies au fond d'un vieux calice
    Ces souvenirs qu'une photo parfois ranime
    Le temps d'un soupir en faire de pauvres rimes

    Du soleil aux cheveux tu cours dans la lavande
    Mon coeur trop essoufflé te poursuit dans la lande
    Il me semble qu'il pleuvait sur ce dèjà loin
    Le ciel était chagrin il pleut encor demain

    Les souvenirs dorment brûlantes cicatrices
    Larmes séchées croupies au fond d'un vieux calice
    Ces souvenirs qu'une photo parfois ranime
    Le temps d'un soupir en faire de pauvres rimes

    Nous eûmes des matins à suivre le soleil
    Renonçant au sommeil ne vivant que l'éveil
    Et nous eûmes des soirs crépitant devant l'âtre
    Tu étais ma bergère et moi j'étais ton pâtre

    Les souvenirs dorment brûlantes cicatrices
    Larmes séchées croupies au fond d'un vieux calice
    Ces souvenirs qu'une photo parfois ranime
    Le temps d'un soupir en faire de pauvres rimes

    Le temps qui passe fait de nous des endeuillés
    Il conjugue au passé se plaît à effacer
    Le présent n'est alors que vide de l'absent
    Celui des deux qui reste est celui qui attend

    Les souvenirs dorment brûlantes cicatrices
    Larmes séchées croupies au fond d'un vieux calice
    Ces souvenirs qu'une photo parfois ranime
    Le temps d'un soupir en faire de pauvres rimes

    PP
    valaire le 06 août 2021
    Bonjour,
    Je l'ai retrouvée dans une vieille malle vermoulue au fond du grenier. Comme si j'avais voulu l'oublier. La photo me rappelle que le soleil était radieux ce jour là sur la côte bretonne.
    Ma petite main potelée tient fortement la sienne aux ongles écaillés. Je semblais si fière assise à ses côtés. Ma mère resplendissait, moulée dans son maillot de bain . Et pourtant, un large bleu s'étendait sur son coude et ses lunettes de soleil dissimulaient un œil tuméfié. Sur le cliché, elle était déjà en partance vers ailleurs, vers d'autres rivages.
    Plus tard, elle s'est brusquement levée. Elle m'a une dernière fois embrassée. Elle est partie prendre un bain. La sirène a nagé si loin sans se retourner. Et bientôt, sa tête, telle une bille légère a disparu dans les flots agités. J'ai fixé longtemps l'océan fouillant au delà de la ligne d'horizon vers le ciel où elle s'était réfugiée.
    Sur le sable, j'ai longtemps pleuré avant de secouer mon père endormi indifférent à son absence. L'appareil photo était posé prés de son torse dénudé.
    Il m'a fallu du temps pour comprendre que ma mère ne m'avait pas abandonnée. Elle avait voulu échapper à jamais à la violence du photographe. Cette violence qui ne m'avait qu’effleurée.
    Aujourd'hui, le cliché trône sur le bureau. Je le regarde souvent quand j'écris.
    Une photo de vacances presque parfaite pour certains. Pour moi, elle reste lourde de secrets, de non-dits et d'une vie gâchée.
    Parfois, je la caresse d'un doigt léger et j'entends sa respiration comme à travers un coquillage.
    A jamais, elle m'accompagne.

    NeverForget le 06 août 2021
    Décembre 1980

    C’est trop.

    J’habite une chambre, avec cuisine-douche dans les caves, dans un quartier très peuplé. Il pleut et la grisaille est partout. Je sens une fêlure, même si je ne sais pas vraiment ce qui est occupé à casser.

    Je n’ai plus de force, plus d’envies. J’ai 20 ans et j’ai quitté la maison familiale. Ma mère refuse de me voir ou de me parler. Frères et sœur semblent s’être fait une religion : je les emmerde avec mes états d’âmes et je finirai mal… Le père est absent depuis longtemps, parti vivre une autre vie avec d’autres enfants.

    Je suis sur mon divan-lit, seule, et c’est trop. Le vide, l’oubli, le néant, m’attirent comme une promesse de paix. C’est décidé : je m’en vais. Je griffonne quelques mots pour ma famille… la culpabilité toujours et j’avale tranquillement tous les médicaments qui m’ont été prescrits. Je me sens bien, calme, sereine. Je me demande si j’ai le temps de fumer une dernière cigarette ? Puis je renonce. Je ne voudrais pas mettre le feu à l’immeuble.

    Je plonge. NEANT.

    Janvier 1981

    Un air parfumé et rosâtre sort d’un tube m’entourant d’une brume humide. Ma tête me fait mal. Mes cheveux sont attachés et tirent.

    NEANT

    Je me réveille brutalement : une infirmière à cheval sur moi. J’ai un tuyau dans la bouche et la machine fait un bruit de succion. J’étouffe. On aspire mes poumons. Je pleure et tente de m’excuser de pleurer.

    Deux jeunes hommes viennent me visiter. Je ne sais pas qui ils sont. Je leur dis qu’ils ressemblent à mes frères. Ils font une drôle de tête mais sont gentils.

    Je reprends doucement conscience. Raté, on m’a sauvée : ma mère dira que je ne suis même pas foutu de réussir mon suicide… toujours le mot pour rire.

    Dans la grande salle où je suis transférée seuls quelques maigres rideaux séparent les lits. Je suis entourée de vieilles personnes. A côté de mon lit une vieille dame pleure : elle est incontinente, a honte d’elle-même. En face une autre dame qui ne peut plus manger qu’avec une paille, le visage tout déformé.

    J’attends que par ma seule volonté j’arrête de vivre. Ce n’est pas un drame, c’est un choix. Laissez-moi.

    Je regarde par la fenêtre, au-dessus des lits, l’immeuble d’en face, un immeuble de nombreux étages. Au 6ème tous les jours une fenêtre s’allume au même moment. J’imagine une vie, une belle vie.

    Aucune nouvelle d’André. Il ne sait peut-être pas où je suis. A l’heure des visites je vois la salle se remplir, certains visiteurs me disent bonjour. Je suis si fatiguée, je n’ai pas envie de manger, pas envie de dormir, pas envie de vivre.

    La nuit je déambule dans les couloirs, le sommeil me fuit. L’infirmière de nuit me parle un peu de temps en temps. L’atmosphère est sombre, silencieuse.

    Le lendemain je me décide à appeler André.

    André est mort : il devait me rejoindre dans le petit appartement. Mais lui aussi était au bout de son chemin. Il a réussi ce que j’ai raté. Nous ne nous étions pas concerté. La même nuit nous avons pris un même chemin sans le savoir. Lui est arrivé au bout.

    Le choc est immense. Je pense qu’il va m’anéantir définitivement et c’est ce que je veux.

    La vie s’est accrochée à moi. 40 ans ont passé. Je suis toujours là et mes souvenirs aussi.

    patrick-albert-bawe le 06 août 2021


    La première image de Montigny les Cormeilles, c'est l'arrêt devant une bâtisse délabrée.
    Une grange. Mes parents viennent de l'acheter. C'est là que je vais vivre avec ma grand-mère.
    Année 1956. J'ai cinq ans. 
    Les travaux d'aménagement vont se faire au fil des années. Le maçon vient tous les dimanches se faire 
    payer et boire un verre. Je découvre un univers sans limites ou presque. Un univers de champs, de forêts, a explorer jusqu'à plus soif. 
    L'école Paul Bert, vaisseau de briques rouges m'ouvre ses portes. Ecole des filles, école des garçons séparés
    par un mur. On s'entend sans se voir. Deux gros marronniers prés des toilettes au fond de la cour.
    Je reste après la classe. on nous garde pour les devoirs. C'est là que je fais la découverte de mes futurs compagnons d'aventure. Nous sommes peu nombreux à rester. Dans mon cartable, un morceau de pain avec du chocolat à l'intérieur. Tout ramolli, sentant le cuir, mon quatre heures.
    Après ce qu'on appelait l'étude on rentait ensemble le long de la rue de la République.


    L'épicerie-bar-tabac de Jojo Lardier est sur le chemin. Certains soirs, je m'y arrête et donne la liste faite par ma grand mère. Je repars, chargé de quelques courses. On ne paye pas, seulement à la fin du mois.
    La patronne note tout sur un cahier, chaque famille a sa page.

    Le jeudi, c'est le départ pour le marché. Avec une poussette en osier. C'est loin, quatre bons kilomètres aller.
    On passe sur le pont de Beauchamp. Traverser les voies en contrebas c'est trop dangereux dit Edwige, ma grand-mère. Si, par chance un train arrive en gare, je reste là, dans la vapeur âcre et blanche, noyé dans l'ondulante l'écharpe chaude. Elle me crie de venir, mais je m'accroche au garde corps métallique.
    La locomotive démarre, ruisselante, prête pour un nouveau galop jusqu'à Franconville.
    Un vrai pur -sang, noir et brillant.

    Le marché terminé, retour le cabas plein. La promesse d'un steak haché me dope!

    Et ce n'est pas fini. Arrêt à la boulangerie. Du pain, bien sûr, mais surtout deux parts de flan aux abricots.
    Elles sont énormes! J'en salive a l'avance!  Notre précieux achat posé bien à plat, nous terminons notre parcours.
    Dans la friteuse, le bloc de Végétaline fond comme un iceberg. Les frites sont prêtes.
    Jour de marché, jour de fête!

    Après le repas, je descends à la cave. Il faut remonter du charbon. Le poussier vole autour de moi, un brouillard noir, épais. Je tousse et retrouve l'air frais, mon seau plein à ras bord. La cuisine est la seule pièce chauffée. 
    Le soir, en hiver, on met deux briques dans la cuisinière. J'entoure la mienne d'une serviette, elle est brûlante.
    Puis je file au lit. les draps sont glacés. Souvent, au matin, il a gelé à l'intérieur. les vitres sont toutes givrées.

    A plusieurs, on "monte" à la source. Dans la poussette du marché s'entasse les bouteilles de verre. C 'est parti.
    Le fils du marchand de cochons nous accompagne, on le prend en passant.
    Le chemin caillouteux ralentit notre progression jusqu'é la RN14. Traverser est un challenge. C'est la grande route et même s'il n'y a pas grande circulation, çà roule a toute allure. Quand il fait beau, on entre dans le bistrot " au pied de la source", le bien nommé. Le patron est un ancien boxeur. il a toujours l'air fatigué. Sa femme lui crie toujours dessus. Elle nous donne un verre d'eau glacé. Puis, nous traversons, nous montons. La pente est raide, il faut pousser sans relâche cette foutue carriole, qu'il faudra retenir au retour, dans la descente.
    Nous y sommes. C'est un peu comme un abreuvoir. L'eau coule de plusieurs petits tuyaux scellés dans le mur.
    Sur le pignon, un peintre sur un échafaudage termine d'écrire en lettres avec reliefs " boire de l'eau de Montigny, c'est prolonger sa vie". Ici, il faut montrer patte blanche, sortir sa carte d'habitant pour accéder au remplissage.
    Pour nous, c'est gratuit. Les bouteilles pleines, c'est le salaire de la peur au retour! Surtout ne pas en casser une dans les ornières, c'est déjà arrivé.
    Je rentre, fier de ma cargaison. Maintenant, libre de tout, je descends le chemin de la plaine, juste en face de chez nous. Il file jusqu'à la voie ferrée. Puis le bois, notre cabane, nos jeux olympiques! Nous avons construit
    un sautoir en hauteur étalonné avec des clous a grosse tête. Des clous calotins. Jusqu'à la nuit tombante, on saute, on rit, on boit de l'Evian fruité. Nous sommes dans notre île au milieu des terres. Sans montre ni boussole.
    Bien sûr, mon retour tardif est réprimandé, mais les parents ne sont là que le samedi et le dimanche. D'ici là, ma bienveillante grand-mère aura gentiment tout oublié.
    Souvent, on traverse la voie pour aller au bois de Pontalis. C'est interdit. C'est privé. Qu'importe! C'est bourré de noisettes. L a peur au ventre, on pénètre dans les allées dessertes. Des chevreuils, des sangliers, jamais d'humains. Loin de nos bases notre statut d'aventuriers prend des couleurs.
    Au retour, on attache avec de l'adhésif des pièces de cinq centimes sur de fines branches. Couchés le long du ballast, bras tendus, pièces posées sur le rail, on attends le train. Il arrive. Suffit de poser son oreille sur le métal froid. Le bruit est immense. le déplacement d'air aussi. Surtout ne pas bouger, rester plaqué au sol, attendre la fin du tumulte, la dissipation de la fumée qui nous entoure. Si la pièce est bien aplatie façon galette, c'est gagné!
    Sinon, il faudra recommencer une autre fois. Parfois, des escarbilles incandescentes montent dans l'air chaud envoyé par la locomotive. Certaine mettent le feu aux traverses goudronnées. L'hiver, elles viennent s'éteindre dans la neige en formant de petits cratères. Tout çà est dangereux, mais rien à faire, on le tente quand même, a chaque fois.

    Parfois, le café a cent mètres de la maison passe des films. C'est aussi une alimentation. Un vrai capharnaüm.
    Tout traîne un peu partout. La patronne d'un autre âge est toujours en train de se plaindre. J'adore y aller.
    Elle me fait rire. Sa fille bosse avec elle. A  chaque fois, sa mère raconte qu'elle parte anglais, qu'elle s'est rendue aux Etats Unis d' Amérique.
    Une fois le bistrot traversé, passées les poivrots notoires visés au bar, la grande salle était là. Immense, aves ses murs tout noirs. Au fond, une scène comme au music-hall avec un grand rideau. Dessus, un Mickey géant tout sourire nous regarde. Deux billards avec leurs lampes pendantes au dessus, un baby - foot, une armée de chaise empilées  à la va vite. Le baby, on pouvait y jouer, bien que quelques centimètres de plus nous auraient permis de voir un peu mieux la balle.
    Le projecteur installé, les bobines en place, la patronne hurlait de de taire, de fermer les portes. Dans cette obscurité parfois dérangée par un retardataire sèchement accueillit, je goûtais avec délice d'être dans un moment de bonheur pur. Les dessins animés terminés, la lumière du jour nous renvoyait dans le temps présent
    sans ménagement. Fin du mirage. Les joueurs de billard pouvaient reprendre leurs queues, frotter a leur bout le petit carré de bleu qui tombait en fine poussière. 

    les champs s'étendaient à perte d vue. Les verges aussi. Paris est a vingt km. Incroyable aujourd'hui!

    Certains dimanches l'été, mon parrain vient de la capitale en vélo. C'est un vrai cycliste, il a fait la classique
    "Paris Brest Paris". On mange dehors, sur deux tréteaux et une planche. Ils boivent tous du Pastis. Le repas s'éternise. J e suis le seul enfant, et , a  cette époque, peu ou pas consulté.
    Je suis avec eux, mais je n'existe pas. Enfin, je peux y aller. Je les laisse monter le ton. La politique les occupe énormément. L'alcool et les cigarettes consommées sans modération.
    Parfois, mon parrain " prolonge", on fini les restes come on dit. Il repart en zigzaguant sous les encouragements de mes parents sortis sur la route pour l'occasion. Malgré son état, il nous gratifiait dans l'obscurité d'un énergique " a bientôt"  avant que son petit feu rouge arrière disparaisse dans la nuit.

    C'est quand même l'été le meilleur. On ne part pas en vacances. Peu importe, j'y suis déjà.

    A plusieurs, on monte derrière la briqueterie Bordier. Mon père m'a dit que depuis les romains on cuit de l'argile ici. Le nom du village viendrait de là " montagne de feu" . Nous achetons des casse-croutes au café. Ils sont énormes, fait avec des bâtards. Un gros pain bourré de mie. Avec du jambon et du Camembert.
    Les deux immenses cheminées de briques apparaissent. Tout ici est fermé. plus rien a extraire. Reste les excavations. De vraies piscines aux eaux turquoise. les rails et les wagons sont restés là, ils rouillent sur place devenus inutiles. Nous passons la journée a nous baigner, a rire, a nous dorer au soleil sur l'herbe verte.
    On fume aussi de lianes, coupées en petites cigarettes. C'est âcre, irritant au possible. QU'importe, on joue aux grands. L'odeur nous accompagne jusqu'à la réprimande finale. Vous avez fumé! Souvent, dans ces cas là, le repas du soir est annulé. Sauter à la corde çà s'appelait. 
    Certains jeudis, je suis invité chez un copain pour regarder la télévision. Peu de gens en ont une. Sa mère nous accueille avec bienveillance. Elle a déjà disposé quelques chaises dans son salon. En noir et blanc, on regarde les aventures de "Tintin et Rusty". Un gamin et son berger allemand à l'époque de la conquête de l'Ouest  américain.

    La vieille 4CV n'en peut plus. Mes parents achètent une Dauphine. Elle est spacieuse, ils tournent dans le quartier par plaisir. Voiture attendue depuis des mois. La
    patrick-albert-bawe le 06 août 2021


    La première image de Montigny les Cormeilles, c'est l'arrêt devant une bâtisse délabrée.
    Une grange. Mes parents viennent de l'acheter. C'est là que je vais vivre avec ma grand-mère.
    Année 1956. J'ai cinq ans. 
    Les travaux d'aménagement vont se faire au fil des années. Le maçon vient tous les dimanches se faire 
    payer et boire un verre. Je découvre un univers sans limites ou presque. Un univers de champs, de forêts, a explorer jusqu'à plus soif. 
    L'école Paul Bert, vaisseau de briques rouges m'ouvre ses portes. Ecole des filles, école des garçons séparés
    par un mur. On s'entend sans se voir. Deux gros marronniers prés des toilettes au fond de la cour.
    Je reste après la classe. on nous garde pour les devoirs. C'est là que je fais la découverte de mes futurs compagnons d'aventure. Nous sommes peu nombreux à rester. Dans mon cartable, un morceau de pain avec du chocolat à l'intérieur. Tout ramolli, sentant le cuir, mon quatre heures.
    Après ce qu'on appelait l'étude on rentait ensemble le long de la rue de la République.


    L'épicerie-bar-tabac de Jojo Lardier est sur le chemin. Certains soirs, je m'y arrête et donne la liste faite par ma grand mère. Je repars, chargé de quelques courses. On ne paye pas, seulement à la fin du mois.
    La patronne note tout sur un cahier, chaque famille a sa page.

    Le jeudi, c'est le départ pour le marché. Avec une poussette en osier. C'est loin, quatre bons kilomètres aller.
    On passe sur le pont de Beauchamp. Traverser les voies en contrebas c'est trop dangereux dit Edwige, ma grand-mère. Si, par chance un train arrive en gare, je reste là, dans la vapeur âcre et blanche, noyé dans l'ondulante l'écharpe chaude. Elle me crie de venir, mais je m'accroche au garde corps métallique.
    La locomotive démarre, ruisselante, prête pour un nouveau galop jusqu'à Franconville.
    Un vrai pur -sang, noir et brillant.

    Le marché terminé, retour le cabas plein. La promesse d'un steak haché me dope!

    Et ce n'est pas fini. Arrêt à la boulangerie. Du pain, bien sûr, mais surtout deux parts de flan aux abricots.
    Elles sont énormes! J'en salive a l'avance!  Notre précieux achat posé bien à plat, nous terminons notre parcours.
    Dans la friteuse, le bloc de Végétaline fond comme un iceberg. Les frites sont prêtes.
    Jour de marché, jour de fête!

    Après le repas, je descends à la cave. Il faut remonter du charbon. Le poussier vole autour de moi, un brouillard noir, épais. Je tousse et retrouve l'air frais, mon seau plein à ras bord. La cuisine est la seule pièce chauffée. 
    Le soir, en hiver, on met deux briques dans la cuisinière. J'entoure la mienne d'une serviette, elle est brûlante.
    Puis je file au lit. les draps sont glacés. Souvent, au matin, il a gelé à l'intérieur. les vitres sont toutes givrées.

    A plusieurs, on "monte" à la source. Dans la poussette du marché s'entasse les bouteilles de verre. C 'est parti.
    Le fils du marchand de cochons nous accompagne, on le prend en passant.
    Le chemin caillouteux ralentit notre progression jusqu'é la RN14. Traverser est un challenge. C'est la grande route et même s'il n'y a pas grande circulation, çà roule a toute allure. Quand il fait beau, on entre dans le bistrot " au pied de la source", le bien nommé. Le patron est un ancien boxeur. il a toujours l'air fatigué. Sa femme lui crie toujours dessus. Elle nous donne un verre d'eau glacé. Puis, nous traversons, nous montons. La pente est raide, il faut pousser sans relâche cette foutue carriole, qu'il faudra retenir au retour, dans la descente.
    Nous y sommes. C'est un peu comme un abreuvoir. L'eau coule de plusieurs petits tuyaux scellés dans le mur.
    Sur le pignon, un peintre sur un échafaudage termine d'écrire en lettres avec reliefs " boire de l'eau de Montigny, c'est prolonger sa vie". Ici, il faut montrer patte blanche, sortir sa carte d'habitant pour accéder au remplissage.
    Pour nous, c'est gratuit. Les bouteilles pleines, c'est le salaire de la peur au retour! Surtout ne pas en casser une dans les ornières, c'est déjà arrivé.
    Je rentre, fier de ma cargaison. Maintenant, libre de tout, je descends le chemin de la plaine, juste en face de chez nous. Il file jusqu'à la voie ferrée. Puis le bois, notre cabane, nos jeux olympiques! Nous avons construit
    un sautoir en hauteur étalonné avec des clous a grosse tête. Des clous calotins. Jusqu'à la nuit tombante, on saute, on rit, on boit de l'Evian fruité. Nous sommes dans notre île au milieu des terres. Sans montre ni boussole.
    Bien sûr, mon retour tardif est réprimandé, mais les parents ne sont là que le samedi et le dimanche. D'ici là, ma bienveillante grand-mère aura gentiment tout oublié.
    Souvent, on traverse la voie pour aller au bois de Pontalis. C'est interdit. C'est privé. Qu'importe! C'est bourré de noisettes. L a peur au ventre, on pénètre dans les allées dessertes. Des chevreuils, des sangliers, jamais d'humains. Loin de nos bases notre statut d'aventuriers prend des couleurs.
    Au retour, on attache avec de l'adhésif des pièces de cinq centimes sur de fines branches. Couchés le long du ballast, bras tendus, pièces posées sur le rail, on attends le train. Il arrive. Suffit de poser son oreille sur le métal froid. Le bruit est immense. le déplacement d'air aussi. Surtout ne pas bouger, rester plaqué au sol, attendre la fin du tumulte, la dissipation de la fumée qui nous entoure. Si la pièce est bien aplatie façon galette, c'est gagné!
    Sinon, il faudra recommencer une autre fois. Parfois, des escarbilles incandescentes montent dans l'air chaud envoyé par la locomotive. Certaine mettent le feu aux traverses goudronnées. L'hiver, elles viennent s'éteindre dans la neige en formant de petits cratères. Tout çà est dangereux, mais rien à faire, on le tente quand même, a chaque fois.

    Parfois, le café a cent mètres de la maison passe des films. C'est aussi une alimentation. Un vrai capharnaüm.
    Tout traîne un peu partout. La patronne d'un autre âge est toujours en train de se plaindre. J'adore y aller.
    Elle me fait rire. Sa fille bosse avec elle. A  chaque fois, sa mère raconte qu'elle parte anglais, qu'elle s'est rendue aux Etats Unis d' Amérique.
    Une fois le bistrot traversé, passées les poivrots notoires visés au bar, la grande salle était là. Immense, aves ses murs tout noirs. Au fond, une scène comme au music-hall avec un grand rideau. Dessus, un Mickey géant tout sourire nous regarde. Deux billards avec leurs lampes pendantes au dessus, un baby - foot, une armée de chaise empilées  à la va vite. Le baby, on pouvait y jouer, bien que quelques centimètres de plus nous auraient permis de voir un peu mieux la balle.
    Le projecteur installé, les bobines en place, la patronne hurlait de de taire, de fermer les portes. Dans cette obscurité parfois dérangée par un retardataire sèchement accueillit, je goûtais avec délice d'être dans un moment de bonheur pur. Les dessins animés terminés, la lumière du jour nous renvoyait dans le temps présent
    sans ménagement. Fin du mirage. Les joueurs de billard pouvaient reprendre leurs queues, frotter a leur bout le petit carré de bleu qui tombait en fine poussière. 

    les champs s'étendaient à perte d vue. Les verges aussi. Paris est a vingt km. Incroyable aujourd'hui!

    Certains dimanches l'été, mon parrain vient de la capitale en vélo. C'est un vrai cycliste, il a fait la classique
    "Paris Brest Paris". On mange dehors, sur deux tréteaux et une planche. Ils boivent tous du Pastis. Le repas s'éternise. J e suis le seul enfant, et , a  cette époque, peu ou pas consulté.
    Je suis avec eux, mais je n'existe pas. Enfin, je peux y aller. Je les laisse monter le ton. La politique les occupe énormément. L'alcool et les cigarettes consommées sans modération.
    Parfois, mon parrain " prolonge", on fini les restes come on dit. Il repart en zigzaguant sous les encouragements de mes parents sortis sur la route pour l'occasion. Malgré son état, il nous gratifiait dans l'obscurité d'un énergique " a bientôt"  avant que son petit feu rouge arrière disparaisse dans la nuit.

    C'est quand même l'été le meilleur. On ne part pas en vacances. Peu importe, j'y suis déjà.

    A plusieurs, on monte derrière la briqueterie Bordier. Mon père m'a dit que depuis les romains on cuit de l'argile ici. Le nom du village viendrait de là " montagne de feu" . Nous achetons des casse-croutes au café. Ils sont énormes, fait avec des bâtards. Un gros pain bourré de mie. Avec du jambon et du Camembert.
    Les deux immenses cheminées de briques apparaissent. Tout ici est fermé. plus rien a extraire. Reste les excavations. De vraies piscines aux eaux turquoise. les rails et les wagons sont restés là, ils rouillent sur place devenus inutiles. Nous passons la journée a nous baigner, a rire, a nous dorer au soleil sur l'herbe verte.
    On fume aussi de lianes, coupées en petites cigarettes. C'est âcre, irritant au possible. QU'importe, on joue aux grands. L'odeur nous accompagne jusqu'à la réprimande finale. Vous avez fumé! Souvent, dans ces cas là, le repas du soir est annulé. Sauter à la corde çà s'appelait. 
    Certains jeudis, je suis invité chez un copain pour regarder la télévision. Peu de gens en ont une. Sa mère nous accueille avec bienveillance. Elle a déjà disposé quelques chaises dans son salon. En noir et blanc, on regarde les aventures de "Tintin et Rusty". Un gamin et son berger allemand à l'époque de la conquête de l'Ouest  américain.

    La vieille 4CV n'en peut plus. Mes parents achètent une Dauphine. Elle est spacieuse, ils tournent dans le quartier par plaisir. Voiture attendue depuis des mois. La





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