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    FlorinNogueira le 16 septembre 2022
    Bonjour à toutes et à tous,

    Voici venu pour moi le temps de vous proposer mon dernier défi, avant de passer la main comme je l'expliquais dans la conversation du défi d'août.

    Comme d'habitude, vous aurez un mois pour participer et donc jusqu'au 16 octobre à minuit, pour publier votre participation.

    Ce mois-ci, le défi a pour intitulé : "L'autre moi d'une autre vie"


    Vous êtes bien pensif cette après-midi. Face à votre carnet ouvert, vous êtes absorbé par vos réflexions...
    Qui seriez-vous dans une autre vie ? Pour y voir plus clair, vous décider de prendre la plume pour raconter l'autre vous, la personne que vous seriez dans une autre vie, réelle ou imaginaire...

    J'espère que le sujet vous plaira, à vos plumes ! 



    C'était un plaisir pour moi de vous lire, de mai jusqu'à aujourd'hui et j'ai beaucoup aimé vous proposer ces sujets d'écriture. Bien évidement, je lirai vos textes, même si les retours ne viendront plus de moi.

    Je vous souhaite une bonne après-midi,

    Florin

    EveLyneV le 19 septembre 2022
    Bonjour Florin,
    Bonne continuation.
    Snoopythecat le 21 septembre 2022
    Bonjour Florin.

    Merci pour les défis proposés. Cela doit demander pas mal de temps, à la fois pour la création (ce ticket de caisse tellement bien imaginé restera dans ma mémoire) et pour la lecture.

    Belle route à vous.
    Snoopythecat le 21 septembre 2022
    franceflamboyant  Bravo pour ce texte. Un bébé éternel, très original mais un peu effrayant malgré tout, pour les parents du moins.
    Longue vie à Gabriel.
    Chlegranger le 22 septembre 2022
    Merci Florin, ce nouveau défi est très prometteur et j'ai déjà des fourmis sous la plume. Merci également pour votre retour élogieux sur le défi du mois d'août que j'ai eu beaucoup de plaisir à écrire.
    A bientôt
    Chantal
    franceflamboyant le 23 septembre 2022
    L'Autre Moi d'une autre vie .
    BABELIO SEPTEMBRE 2022

    Il y a longtemps que je ne suis plus jeune et plus longtemps encore que je sais que je suis une femme. A certains moments de ma vie, mon apparence a pu me gêner. Elle définissait mon identité, mon appartenance à un sexe déterminée, mon rôle social, mes aspirations légitimes et mes délires inacceptables. Peu à peu, je me suis non pas résignée mais habituée. Ah oui, cette personne qui capte son reflet dans les miroirs d'un café ou chez elle, dans son salon, c'est bien moi. Il a fallu s'y faire, il a fallu arrêter la bagarre. Un jour, ça y est : les limites de sa peau ne font plus mal. Oui, c'est plutôt un mieux sauf si certaines questions apparaissent. La plus fondamentale d'entre elle est selon moi : que serai-je dans une autre vie ! Les possibles se multiplient ! Vite, il faut faire le tri ! Je l'ai fait, voilà.

    L'autre moi d'une autre vie est...un bébé.
    -Comment ? Quoi ?
    -Un bébé ! Mais attention, pas n'importe lequel : un bébé qui a éternellement six mois et qui voit vieillir le monde.
    -Intéressant, ça ?
    -Et comment !

    Je naîtrais garçon dans un milieu privilégié et je serais adulé. Mon père, pédiatre, et ma mère infirmière se surpasseraient. Il faut dire que ma croissance serait exemplaire : soixante cinq centimètres, six kilos, une bonne tonicité et déjà quelques dents. Blond, les yeux bleus, je serais ravissant. Je me nommerais Gabriel ou Louis, des prénoms hors du temps qui signaleraient ma différence, car, bien sûr, au lieu des miens, je serais exceptionnel. On ne douterait pas de mon bel avenir...

    Des nuages à l'horizon ?

    Certes oui, car au bout de deux ans, j'aurais toujours six mois ! Je ne saurais que babiller, striduler et hurler « Ma » et « Pa » ; j'aurais toujours des coliques, de la fièvre et toujours le même visage de bébé, les mêmes petites dents. Les années passeraient. Mes parents, qui auraient eu d'autres enfants, ne ne se sépareraient jamais de moi. Pour eux, malgré tout, je serais une énigme fascinante (Dieu nous a envoyé un éternel bébé pour une édification personnelle sur laquelle nous devons nous pencher...)mais embarrassante (ce sera difficile d'affronter les autres sans rien expliquer...). A l'âge où mes deux sœurs se lanceraient dans la vie professionnelle, je babillerais toujours et le ferais jusqu'à la mort de mes géniteurs. On me nourrirait, on me ferait sauter sur les genoux, on me chanterait des chansons et on changerait mes couches. Difficile pour des parents devenus grands parents  surtout quand la maladie les rattraperait !
    franceflamboyant le 23 septembre 2022
    Adopté par un frère de mon père bien plus jeune que lui, je connaîtrais une vie différente, posant pour des magazines pour parents et des catalogues de vente de vêtements pour bébé. Je passerais à la télé dans des émissions liées au bien -être avant que mon secret ne soit éventé. Car mon père adoptif m'ayant présenté comme le fils d'une de ses filles on découvrirait que je ne grandirais jamais et que j'étais bien différent de celui qu'on avait annoncé...J'étais Gabriel, le plus beau des bébés, je deviendrais Gabriel, l'Enfant Mutant ! Dépassé par les événements, mon nouveau père se débarrasserait discrètement de moi en me « cédant » à un couple d'astrologues pour lequel je deviendrais Le Bébé magique qui traverse le temps. Ce serait moi, qui interrogé, devrait apporter des réponses aux questionnements de tous ceux qui veulent en savoir plus sur l'amour, l'argent, la vie, la mort. Je me lancerais dans de joyeuses trilles aussitôt interprétées comme des messages codés et dix ans durant, je rapporterais beaucoup d'argent à mes deux devins qui, par ma bouche, auraient garanti prospérité et santé à de nombreux naïfs. La crédulité humaine étant ce qu'elle est, je désarmerais toute critique par mes sourires angéliques !
    Puis, de nouveau cédé au Guide d'une communauté d'obédience bouddhiste, je serais considéré comme l'incarnation d'une forme très évoluée de Bonté et d'Amour. Juché sur une chaise haute bien sécurisée, je recevrais dans un magnifique temple d'inspiration tibétaine, des foules d'adorateurs qui déposeraient à mes pieds de bien jolis présents : vêtements, jouets, nourriture, fleurs avant de me lancer dans de joyeuses incantations ; ce serait merveilleux, je voyagerais, je serais vénéré ! On vendrait des images de moi ! Ah Ga-Bri-El, l'Enfant Miracle, l'Enfant des Enfants dont la puissance de divination faisait de l'ombre au Dalaï-lama ! Grâce à moi, on ne serait peut être pas riche à millions mais on serait serein !

    Bien sûr, le temps passant, beaucoup disparaîtraient autour de moi. Mes sœurs des premiers temps seraient mortes depuis longtemps, remplacées par d'autres qui elles -mêmes finiraient par vieillir, leurs enfants avec elles. On ne se serait pas écarté de moi, loin de là, mais il ne resterait plus de trace de ma véritable naissance, les témoins de celle-ci ayant tous disparu. Ma légende pourrait s'amplifier : on me retrouverait en Thaïlande dans une autre communauté puis dans l'Himalaya où je tiendrai quelque temps compagnie à un anachorète vite dépassé par les événements. Incapable de me gérer, il me confierait à sa vieille mère. Puis je passerais du temps dans le sud de l'Inde chez une sainte femme très vénérée qui me couvrirait de bouquets de fleurs.

    Et ne nouveau le temps passerait, jours, mois, années...L'humanité connaîtrait guerres, changement climatique, bouleversements sociaux, épidémies, famine. La population mondiale diminuerait dans des proportions drastiques. Les aléas de mon existence ferait que je me retrouverais ça et là dans différents pays d'Europe, toujours adopté par de nouvelles personnes stupéfaites qu'au bout de quatre vingt dix ans, j'ai toujours six mois. On continuerait de me vénérer en Amérique mais je finirais par engendrer la peur. Grâce à mon apparence enfantine et vulnérable, j'étais irréductible, justifiant toutes les croyances, les idéologies, les manipulations. Loin du Bébé-Mode de mes débuts, du Bébé Qui Lit L'Avenir et du Bébé Amour, je deviendrais le Bébé Question. J'avais été adorable, je deviendrais effrayant. S'il y avait à choisir entre bonheur et malheur, j'annoncerais plutôt ce dernier, mon regard bleu faussement pur renvoyant aux durs tableaux de la déchéance humaine. On finirait par me cacher, par se défier de moi, par ne plus vouloir me nourrir, par me maltraiter. Après tout, l'humanité souffrait du manque d'enfants. Il en naissait encore mais ils mouraient vite, accablés de divers maux. Dans un pénitencier abandonné du Nouveau Mexique, éternel bébé, je croupirais solitaire. C'était Moi la cause de tous les maux ...

    Mais alors, ce serait ta fin ?

    Non ! Je finirais par être découvert par une créature venue d'une autre planète. Elle serait bleue, plutôt fragile d'apparence et munie de multiples bras. Elle m’emmènerait dans son vaisseau spatial alors que la terre finirait de se dépeupler. J'aurais toujours la même tonicité, le même crâne duveteux, le mêmes babillements et les mêmes petites dents. Installé dans l'éternité d'une planète aux reliefs déconcertants, je poserais les yeux sur des champs et des arbres artificiels, de fausses rivières et de fausses villes mais sous terre, je découvrirais une autre vie. Je serai dans une grande matrice. On se servirait de mon énergie pour reprogrammer la vie et bientôt naîtraient des bébés semblables à moi si ce n'est qu'eux seraient appelés à grandir...

    Je serais heureux, je crois, moi GÂ BÊBÊ comme m’appelleraient les habitants translucides de mon nouvel univers car ils me laisseraient tout à ma mission mais aussi à mes jeux. Éternellement âgé de six mois, ce serait encore et toujours pour moi un ravissement de vivre !

    -Alors ce serait ça pour toi « Moi, dans une autre vie » ?
    -Oui, cette version me plaît. Je la garde. Pourquoi pas, après tout ?
    Snoopythecat le 24 septembre 2022
    Suis-je frappée de folie ou est-il impossible de trouver l'annonce du défi sur la page d'actualités ????
    franceflamboyant le 24 septembre 2022
    Ah oui, on dirait qu'il n'est pas annoncé...
    Bien...bien...bien...
    Chlegranger le 27 septembre 2022
    L’atmosphère automnale de cette journée m’incite à la rêverie tandis que ma tasse de café refroidit sous le platane. Ses feuilles jaunissent au pâle soleil de septembre, mes cheveux grisonnent à l’automne de ma vie. Qu’ai-je fait de toutes ces saisons qui ont filé comme un éclair ? Je ne regrette pas le parcours que j’ai choisi mais j'ai tellement d'envies en moi, souvent contradictoires du reste, qu'il me faudrait mille vies pour les assouvir. Pourtant il en est une qui revient toujours, tenace et convaincante, une qui aurait pu enrichir mon destin d’une manière complètement différente et que je me plais à imaginer pour la partager avec vous.

    Je viens d’avoir vingt et un ans. Afin d’être sûre que rien ne vienne entraver mon projet, j’ai attendu d’atteindre ma majorité pour l' annoncer à mes parents. C'est décidé, je pars enseigner l’écriture et la lecture à tous les enfants défavorisés qu’il me sera donné de rencontrer sur cette terre et surtout aux plus éloignés de nos civilisations modernes.
    Après avoir juré ses grands dieux qu'elle n'a pas mérité d'avoir une fille aussi insupportable, ma mère s'est mise à pleurer. Mon père l'a consolée, il fallait bien que jeunesse se passe ! Il n'était pas inquiet, dans trois mois je réintégrerai la maison, bien contente de retrouver le rassurant petit pavillon de banlieue de mes parents. Je reprendrai mon poste d'institutrice à l’école primaire, trouverai un mari qui me ferait de beaux enfants et tout rentrerait dans l'ordre.

    30 juin 1970, je vérifie une dernière fois mon sac à dos. Quelques vêtements de rechange, mon passeport, une carte de l' Europe, le Reflex que j’ai reçu pour mon anniversaire, un stylo, un carnet de bord et deux livres : « Le Petit Prince » de Saint-Exupéry et "Au risque de se perdre" de Kathryn Hulme. Je pars en auto-stop avec l'intention de trouver des petits boulots qui me permettront de subsister jusqu'à la prochaine étape. Pour le reste j'ai mes deux jambes et dans la tête une motivation inébranlable. Je vous passe les détails du voyage, avec ses multiples péripéties qui, à elles seules, pourraient faire l'objet d'un ouvrage en six volumes. Je me protège des inévitables mésaventures liées à ma conditions de femme, en gardant les cheveux coupés courts sous une casquette de garçon. Il m'arrive de partager la route avec quelques compagnes ou compagnons rencontrés au hasard de mes étapes. Nous nous enrichissons de nos mutuelles expériences et nous quittons au carrefour de nos chemins respectifs, persuadés qu’ils se recroiseront un jour ou l'autre. Désolée, papa et maman je ne vais pas rentrer tout de suite.

    Depuis plusieurs années je parcours le monde à la rencontre des enfants laissés pour compte, ceux à qui l’on fait croire que l’école est superflue ou réservée aux riches ou aux oisifs. De n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur, ils se ressemblent tous et c’est le message que je m’efforce de leur transmettre.

    Aux enfants du mali vivant nus toute l’année, je raconte l’histoire du petit Dimitri, emmitouflé de fourrure, soufflant sur ses doigts gourds pour terminer sa page d’écriture. Je leur apprend à lire l’histoire du petit ours brun de Sibérie et à travers mes mots, je vois dans leurs yeux émerveillés tomber la neige à gros flocons sur leur case de boue séchée, subitement transformée en isba, et la petite flamme qui brille dans leurs regards me conforte dans la certitude que j’ai choisi la bonne voie.
    Tenter de faire apprendre par coeur la superficie de l’URSS, ou le nombre de pays peuplant le continent africain à des élèves distraits dans des classes impersonnelles, me semble tellement vain et futile, comparé au bonheur de transmettre toutes les richesses que j’ai accumulées aux enfants des quatre coins du monde.
    Jusque dans les régions les plus reculées je combats l’ignorance, le pire de tous les maux. Celui qui engendre la peur de l’inconnu, la peur de l’autre et qui est à l’origine de bien des guerres aussi meurtrières qu’inutiles.

    Au cours de mon périple j’ai rencontré bien des êtres que j’ai aimés, puis un jour j’ai rencontré mon double. Nous partagions les mêmes idées et poursuivions le même idéal. Nous avons cheminé ensemble quelques années puis, las de cette vie itinérante, il a émis le souhait de se fixer. L’endroit lui importait peu, il m’en laissait le choix mais il voulait s’arrêter et fonder une famille. Je pensais pouvoir mener la vie de sédentaire qu’il me proposait puisque je l’aimais mais au bout de quelques mois, j’ai compris que mon bonheur était dans la mission que j’avais choisie et qu’elle seule pouvait me rendre pleinement heureuse. J’ai donc repris la route, seule mais sans regret.

    Voilà ce qu’aurait pu être ma vie si les circonstances en avaient décidé autrement. Elle aurait comblé à la fois ma soif de voyages mais aussi celle des rencontres et j’aurais connu la satisfaction d’avoir pu éveiller les enfants de toutes races et de toutes conditions à la connaissance.

    J’aurais terminé ma course en solitaire autour du monde en buvant du beurre de yack sous les drapeaux de prières multicolores d’une maison tibétaine, ou bien dans une cabane de Tasmanie près du bush australien. Et peut-être qu’ en observant une famille de kangourous avec leurs petits bien à l’abri dans la poche de leurs mamans, je me serais prise à rêver à ce qu’aurait pu être ma vie si un jour de juin je n’avais quitté mon petit pavillon de Saint-Cloud.















    laure-bernard le 27 septembre 2022
    Bonjour j'aurais aimé ouvrir une librairie salon de thé ou je pourrais vivre de ma passion j'adore lire et me documenter et pourquoi pas offrir un café ou un thé aux lecteurs
    EveLyneV le 28 septembre 2022
    J’ouvris les yeux, en chassai les larmes d’un geste vif de la main. Dans la rue, les gens riaient, applaudissaient s’acclamaient les uns les autres. Je me trouvais parmi eux, incapable de  participer à cette liesse. J’étais arrivée dans cette ville après un voyage éprouvant.

    À ma majorité, je décidai de parcourir le monde. On me le déconseilla parce que inexpérimentée et  sans connaissances particulières des autres pays sinon celle livresque souvent romancée, s’y ajoutaient  la dangerosité des trajets et la raison la plus légitime au 19ème siècle : j’étais une femme.
    Je commençai par la France et visitai des villes inconnues. Chaque jour, je savourais pleinement ma liberté, les  soirs, je confiais mon cheval à un palefrenier et dormais dans des auberges, où l’on m’apportait un repas dans ma chambre. Je repartais. Ce fut ainsi pendant une année. Devant la mer, j’hésitai longuement et me séparai avec chagrin de ma fidèle jument que je laissai à une jeune femme solitaire, fille de capitaine, qui saurait l’aimer jusqu’à mon retour. Les mois suivants, j’empruntai des embarcations successives  et découvris d’autres cultures.
    Un matin de 1870, j’embarquai sur un navire.  Dans ce lieu surpeuplé, les conditions sanitaires étaient inquiétantes.  Les passagers visaient un objectif : s’enrichir dans le Nouveau Monde. Le reste ne les préoccupait pas. Beaucoup parlaient l’anglais, que je maîtrisais également. Je rencontrai des couples avec leurs enfants qui refusaient de se contenter de mourir de faim, des hommes seuls qui rêvaient à une fortune improbable, mais très peu de femmes comme moi, sans accompagnateurs. Cependant, la tristesse de l’une d’entre elles attira mon regard :
    — Bonjour, je m’appelle Louise, lui dis-je en m’approchant.
    Elle leva des yeux clairs et craintifs.
    — Mon nom est Mona.
    Peu après, elle m’avouait qu’elle fuyait un mari maltraitant et espérait que l’océan l’éloignerait suffisamment. La complicité et l’argent de ses parents l’avaient considérablement aidée.
    Elle pleura les premiers jours avant de reprendre progressivement des forces.
    Chaque matin, nous tentions d’accéder au pont afin de nous rafraîchir grâce à l’air du large. Très vite, nous redescendions  à notre place. Même si nous supportions difficilement l’hygiène désastreuse qui y régnait. Nous écoutions les autres raconter un passé douloureux et anticiper un avenir prospère. Je prenais des notes sur des feuilles éparses, que je me félicitais de posséder encore. Malgré le manque de lumière. Les heures se déroulaient lentement pendant lesquelles nous conversions l’une avec l’autre.
    — Je visiterai le pays et repartirai en France, ma jument m’attend là-bas, déclarai-je un jour.
    Mona m’expliqua alors son désir de s’installer et de se lancer dans un métier : la presse.
    Elle me demanda :
    — Accepterez-vous de me vendre vos écrits ? J’en ferai des récits et les publierai dans mon journal.
    Nous rîmes à cette idée, qui me semblait saugrenue…  Jour après jour, nous nous promettions de commencer ensemble dans ces contrées inconnues, avant de nous séparer.
    Nous imaginions une existence tentante.Cependant, je ne pouvais ignorer la faiblesse qui s’emparait de mon amie.
    Pendant la nuit qui précéda notre arrivée, Mona se mit à gémir puis à tousser, de plus en plus fort. Ma gouvernante m’avait appris quelques gestes de secours, mais je ne disposais pas de matériel approprié. Quelques heures plus tard, le bateau accostait. Je l’abandonnai quelques minutes afin d’assister à l’arrivée. On me bouscula beaucoup. Tous convergeaient dans la même direction : le pont par lequel nous étions montés sur le bateau et qui serait notre accès à une nouvelle vie. Dans les escaliers, des  passagers montraient leur joie, d’autres une certaine appréhension à l’idée de fouler le sol du Nouveau Monde.
    Le quai grouillait de gens.
    Je redescendis. Malgré sa faiblesse, Mona me suivit. Je portai les bagages. On ouvrit enfin la passerelle. En bas, des hommes nous accueillaient et nous ordonnaient régulièrement de hâter le pas afin d’accéder à la zone d’entrée dans le pays. Je lus « Fort Clinton ». Plusieurs files d’attente aboutissaient à des guichets. Je tins fermement Maria contre moi. Je tendis les papiers d’identité. Derrière, des infirmières nous prirent par le bras. Elles nous auscultèrent, posèrent quelques questions. Je passai sans difficulté, étant d’une santé robuste. Une femme arrêta Mona dont la toux l’alarma et  l’emmena dans une salle. On revint m’annoncer qu’on lui interdisait l’entrée sur le territoire. Je protestai, exigeai de la voir… On me fit comprendre que je repartirais avec elle si j’insistais. De loin,  j’aperçus Mona qui me faisait signe et s’écria :
    — Ne t’occupe pas de moi… vis pour moi aussi et réalise nos rêves ! Je t’en supplie.
    Elle toussa si fort que son corps fut secoué de spasmes. Une soignante affirma qu’elle ne vivrait plus  longtemps.
    Je marchai lentement vers la sortie, presque portée par la foule, qui, dans la rue, exhibait sa joie.
    Je dénichai une chambre chez une habitante serviable qui comprit mon désarroi. Elle-même venait des Pays-Bas et son mari n’était plus. Elle se retrouvait seule. Elle me loua une pièce, qui offrait un confort oublié après le départ de la demeure  familiale et je m’en accommodai aisément. Chaque jour, je refaisais le trajet : trop malade, Mona n’avait pas pu reprendre un navire. Puis, on m’annonça son décès. On me donna l’adresse du cimetière où elle reposerait et ses affaires personnelles. Je trouvai une lettre destinée à ses parents et l’envoyai avec un mot de ma part. Bouleversée par cette information que j’attendais malheureusement, je rentrai abattue. Le soir même, je décidai de rendre hommage à mon amie.

    Jour après jour, Louise parcourait les rues de New York et se présentait dans tous les bureaux de presse et imprimeries de la ville. Enfin, un Irlandais, O’Lear, accepta un essai. Un mois plus tard, il l’engageait. Après un an de travail laborieux, il l’associait à son affaire. Louise reprenait fréquemment ses notes de la traversée et publia le livre. Elle le dédia à Mona.
    Elle fut probablement l’une des premières femmes patronnes d’un bureau de presse quand le propriétaire décida de lui céder sa place. Ce métier lui plaisait. Entre-temps, sa jument, en France, avait quitté ce monde comme l’en informa sa maîtresse temporaire, très affligée, dans une brève missive. Puis ses parents l’imitèrent. Elle n’avait plus aucune raison de retourner sur sa terre natale et décida de rester aux États-Unis. Son affaire prenait de l’ampleur, ils furent bientôt quatre à y oeuvrer. Tegwen, une employée, devint une amie. Elle élevait seule sa fille, qui se nommait, par une facétie du destin, Mona. Cette enfant  aimait passer du temps à l’agence.

    Louise vécut jusqu’à 90 ans, sans famille, et se rendit à son travail chaque jour.
    Un soir, elle remarqua :
    — Je me sens très lasse, voulez-vous bien fermer et ouvrir demain matin ?
    Tegwen acquiesça.
    — Et je le ferai les soirs et matins suivants tant que vous le souhaiterez.
    Chez elle, son chien, heureux d’un retour plus tôt, frétilla pendant de longues minutes, Louise le caressa. Elle but un thé, prit un livre et s’assit dans son fauteuil préféré. Elle songea aux documents signés des années auparavant dans lesquels elle confiait son ami à quatre pattes et léguait son affaire et sa maison à Tegwen et à sa fille. Elle savait que l’entreprise lui survivrait  très longtemps. Voilà ce qu’avait  fait une simple femme. Elle s’intéressait à l’action des mouvements féministes qui luttaient tant bien que mal.
    Louise avait réalisé le rêve de Mona. Elle fleurissait la tombe chaque année. Elle vécut une vie qui n’était pas la sienne et n’avait jamais quitté New-York, publiait des histoires sur l’Ouest du pays et des villes qui s’étendaient sans les avoir jamais vus.
    — Tu parles d’une aventurière… chuchota-t-elle.
    Son chien leva ses yeux très doux et l’observa longuement. Elle lui sourit et se pencha vers lui. Il s’inquiéta et émit un gémissement bref. Le livre glissa des mains de Louise.
    Hekate2018 le 28 septembre 2022
    J’aime beaucoup le texte d’@EveLyneV, l’histoire est vraiment intéressante.
    secondo le 29 septembre 2022
    LOTREMOI D'UNE AUTRE VIE

    J'ai éteint ma souris sans fil et fermé l'ordinateur,  ma nuque était douloureuse et mes pensées jouaient à saute-moutons, alors j'ai baissé le rideau de mes paupières.
    J'ai été projeté illico dans un monde d'oiseaux et de chats, où les habitations ressemblaient à des terriers  des antres, des nids. Je me souvenait d'une manière vague, comme un mauvais goût dans la bouche, de constructions démentes et tranchantes dans lesquelles j'avais été  forcé de respirer. J'étais ici un être souple et instinctif  nommé Lotremoi par ses amis. Je devais explorer une lande bruissante et odorante et mes narines s'ouvraient à des sensations inconnues. Je caracolais, virais et piquait des sprints et quelquefois même volait dans l'air frais au milieu d'un nombre impressionnant de créatures  ailées, après un bond démentiel qui me faisait ressentir l'apesanteur comme un jeu et non comme une peur.
    - Nous disons ici que c'est la pesanteur de ton autre vie qui t'empêchait de vivre ces vols si délicieux qui te permettent de  côtoyer les oiseaux, sans avoir besoin de les tuer parce qu'ils représentent la liberté. Dans ton autre vie, Lotremoi , le boulet de la pesanteur te rend violent et aigri, une vraie sauce puante.
    - Mais je dois y retourner ?
    - Hélas, mille fois hélas oui, dès qu'automatiquement tes paupières  dérouleront le rideau de tes yeux . Je ne peux pas t'aider.

    J'ai gardé les yeux ouverts le plus longtemps possible, j'ai participé à des courses Chaloiseaux étonnantes et vivifiantes, j'ai gratté des terres aérées et florissantes , j'ai parcouru des géographies harmonieuses  et lumineuses...mais mes yeux se sont fermés et je suis retombé dans mon lit comme une masse. Le réveil matin a sonné l'appel de la même journée polluée à recommencer.
    franceflamboyant le 01 octobre 2022
    EveLyne V : Mona et Louise nous entraînent dans de multiples aventures. Romanesque à  souhait et bien mené. 

    Chlefgrangerune vie exotique mais dure et pleine de dévouement contre une vie tranquille et terne. La balance est cruelle. J'ai aimé le ton du texte et la richesse des détails.

    Secondo
     : vous devenez lotremoi, un être souple et instinctif et c'est une belle envolée pleine de couleurs et d'odeurs. Beau texte.

    Snoopythecat le 04 octobre 2022
    Gabriel rappelle ses trois chiens et, ensemble, nous reprenons nos recherches pour tenter de retrouver mon chat, Chopin, disparu depuis ce matin.
    Aristote, Platon et Socrate reniflent le canard doudou que je sors de mon sac et hop, les voilà repartis, la truffe au vent.
    Ils semblent sûrs d'eux. Nous enchaînons les ruelles jusque devant le bureau de Poste où les trois détectives du jour marquent un arrêt soudain et définitif. Ils jappent, tournent en rond et nous regardent avec détermination.

    Chopin serait donc venu jusqu'ici ?
    Le bureau de Poste est déjà fermé à cette heure-ci.
    Je regarde par la porte vitrée.
    Rien, je ne vois rien.
    Pas la moindre trace de mon chat.
    Malgré ma frustration et mon début de désespoir, je n'ai pas le choix, je dois attendre demain matin et revenir à l'ouverture.
    Je m'imagine mal appeler la police ou les pompiers pour leur dire que trois chiens policiers amateurs ont suivi la piste de mon chat et que ce dernier est possiblement enfermé dans le bureau de Poste.

    Le coeur en peine, je me résous à suivre Gabriel et ses chiens.
    De retour devant chez moi, Gabriel me laisse en essayant encore une fois de me rassurer.
    Il ajoute qu'il reviendra ce soir avec un plat « réconfortant ».
    Il me conseille gentiment mais fermement de me reposer, j'ai une tête à faire peur, paraît-il.
    Merci, cela fait toujours plaisir à entendre.
    Et pourquoi ne boirais-je pas une infusion du client dont nous sommes chargés de la campagne publicitaire ? Cela me permettra d'avoir des idées pour cette campagne à laquelle nous devons nous atteler la semaine prochaine.
    J'acquiesce et leur fais signe de la main avant de rentrer chez moi.

    Dans mon bureau je prends la boîte d'échantillons de tisanes, fruisanes et infusions fournis par ce client qui se targue de proposer des produits « innovants et révolutionnaires ».
    Je choisis le sachet « relaxation ».
    La tasse encore fumante à la main, je m'installe dans mon fauteuil de jardin. Je sirote ma boisson qui a un goût agréable bien qu'un peu indéterminé, je ferme les yeux pour profiter de la chaleur du soleil sur mon visage.
    Sans l'avoir voulu je sombre dans le sommeil.

    Je me réveille brusquement, toute déboussolée.
    Le soleil est déjà bas dans le ciel.
    Ai-je dormi si longtemps ?
    Je me sens troublée.
    J'ai fait un rêve qui me laisse perplexe.
    Si je rêve souvent, je suis toujours moi dans mes songes.
    Ce rêve est différent.
    C'était bien moi mais une autre moi, avec un autre physique, un autre lieu, une autre vie.
    Je vais chercher le carnet dans lequel je note mes rêves. Habitude bizarre, entamée à l'adolescence et que j'ai gardée au fil des années.
    Confortablement installée, je rédige le déroulé de ce rêve.

    « Une femme très grand, très mince, à l'abondante chevelure rousse, se déplace dans une vieille maison en pierres.
    Fichtre, ce visage, c'est le mien.
    Elle est moi, je suis elle, dans un corps inconnu.
    Elle, ou plutôt je, arrive dans une grande cuisine.
    Par la fenêtre je peux contempler la mer qui se fracasse sur des rochers.
    Je prends mon petit-déjeuner, deux tranches de brioche, du beurre salé et une tasse de Cécémel.
    Je dépose la tasse vide dans l'évier et me dirige vers une porte blanche.

    De l'autre côté, un espace totalement différent, moderne, aux murs blancs. Des portes se succèdent le long des murs. « Bureau », « Salle d'attente », « Privé », « Toilettes », « Privé », « Sortie ».
    Mes pas me mènent vers mon bureau, une pièce spacieuse, claire, chaleureuse, avec une vue splendide sur la mer.
    Un bureau moderne, verre et acier, des chaises, des fauteuils, un canapé en cuir, Des coussins colorés.

    Je m'assieds à mon bureau ; tout est organisé, rangé, fonctionnel.
    Devant moi, un agenda ouvert à la date d'aujourd'hui.
    Sur ma droite, une boîte avec des cartes de visite. Mon nom, mon prénom, mon adresse (je vis en Bretagne, le rêve absolu), ma profession.
    Je suis psychiatre, psychanalyste, thérapeute familiale.
    J'entends une sonnette, une porte qui s'ouvre, se referme, une autre porte.
    Dans mon agenda, une succession de noms, sept patients.
    Sur ma gauche, des dossiers empilés.
    Le premier dossier correspond au premier nom de l'agenda du jour.
    Je le feuillette, je me lève, je vais ouvrir la porte de la salle d'attente, salue ma première patiente de la journée.

    Nous entrons dans mon bureau, elle s'allonge sur le canapé.
    Elle parle, je l'écoute, je pose des questions, elle répond, je prends des notes, je prodigue des conseils, elle hoche la tête, elle pleure, le lui tends une boîte de mouchoirs, elle sourit, elle rit.
    Elle repart plus sereine.

    La journée passe à toute vitesse. Les patients se succèdent. Leurs histoires différent mais le déroulement des séances reste approximativement identique.
    Je raccompagne la dernière patiente et verrouille la porte derrière elle.
    Pendant une heure je rédige des comptes-rendus.
    Je me sens fatiguée mais satisfaite.

    Je ferme la porte du bureau et retourne dans la partie privée de ma maison.
    J'ouvre en grand la porte du jardin.
    Soudain, un éclair roux surgit d'un buisson et se précipite vers moi en miaulant à tue-tête.
    Je tressaille.
    Chopin, sacré garnement, où étais-tu passé depuis passé ? Je te cherche depuis hier .»

    C'est à ce moment-là que je me suis réveillée.
    L'apparition de Chopin m'a fait un choc.
    Si tous les rêves ont une signification, quelle est celle de celui-ci ?

    Est-ce un signe annonciateur de la réapparition de Chopin demain matin ?
    Je suis troublée. Pas seulement à cause de Chopin.
    Cette autre moi, dans une autre vie, me questionne.
    Et si je m'étais trompée de voie ?
    Si ma destinée n'était pas de tenter de convaincre des inconnus d'acheter des infusions révolutionnaires mais bien d'aider des gens dans le doute, la déroute, le chagrin ?
    Je ne me suis jamais sentie aussi étrangement bizarre après un rêve.
    Il faut impérativement que je vérifie ce qu'il y a dans cette fameuse infusion relaxante.

    J'entends la sonnette de la porte d'entrée. Gabriel avec son plat réconfortant, assurément un réconfort pour tout sauf pour mon pèse-personne.
    Une soirée consacrée au décryptage du ticket de caisse trouvé près du parc, quoi de mieux pour me faire patienter jusqu'au lendemain.

    La Poste ouvre à 9 heures, je serai là.
    Chopin, y seras-tu ?
    Kryan le 04 octobre 2022
    Bonjour Florin, bonjour à tous et à toutes,




    J'aurais bien aimé être une rebelle.
    Une plante.
    Une vivace.
    Qui pousse de partout.
    Même dans des endroits où il n'y a plus rien.
     
    J'aurais regardé le monde qui s'effondre.
    En pleurant un pétale.
     
    Mais je ne suis que moi-même.
    Lâche.
     
    Et je regarde le monde qui s'effondre.
    Avec des larmes rouge sang.
     
     
    Snoopythecat le 04 octobre 2022
    Kryan  Court, précis, droit au but.
    Pas facile de frapper juste avec peu de mots. Bravo 
    Kryan le 04 octobre 2022
    Snoopythecat  je suis très touchée par votre compliment.

    Je n'avais pas osé mettre mon texte vu la qualité des textes précédents...


    Félicitations à tout le monde aussi.


    franceflamboyant le 04 octobre 2022
    On dirait bien que Chopin est à la Réunion, Snoopythecat. J'ai crié "Frédéric, est-ce toi? " ce matin en ouvrant la porte du jardin et un chat d'apparence métropolitaine a pointé son museau. Il avait l'air de bien réagir à son prénom et d'aimer la musique romantique ! 
    J'espère que votre autre moi ne veut pas que vous vendiez des infusions...

    Kyran : bref et convaincant.





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