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    camille95120 il y a 3 semaines
    Un nouveau mois commence ce qui signifie un nouveau défi.

    Pour ce mois de Novembre, je vous propose le thème : Cluedo.

    Connaissez-vous Cluedo, ce jeu de société mystère ? Avez-vous cherché à découvrir qui a tué le propriétaire du manoir, avec quelle arme et dans quelle pièce ? Avez-vous par exemple découvert grâce à votre esprit affûté que c'était le colonel Moutarde qui a tué Monsieur Noir dans la cuisine avec un chandelier ?

    Félicitations, vous êtes de bons détectives, mais si cette fois-ci, c’était votre personnage qui était dans un cluedo.
    Quel serait son nom ? Quel est son rôle ? Serait-il la première victime ? L'assassin ou le détective ?

    A vous de choisir !


    Vous avez jusqu'au 30 novembre pour me proposer votre version Cluedo.

    A la fin du défi, l'auteur du texte sélectionné par l'équipe Babelio gagnera un livre. 


    J'espère que ce sujet vous plaira. A vos plumes !

    Camille

    ampauleau il y a 2 semaines
    Dans la lumière bleue du téléviseur, les silhouettes continuaient de s'interroger, mais Anne-Marie, allongée dans le fauteuil de cuir blanc,. Une mouche voletait sur une pomme a demi-croquée,  le billet d'avion qui devait l'emmener samedi en Moldavie assurer la formation de professeurs de français avait glissé à ses pieds. Anne-Marie ne respirait plus. La sonnerie insistante à l'entrée ne rencontrait pas de réponse. Gil et Florence commençaient à s'inquiéter...
    ampauleau il y a 2 semaines
    Dans la lumière bleue du téléviseur, les silhouettes continuaient de s'interroger, mais Anne-Marie, allongée dans le fauteuil de cuir blanc,. Une mouche voletait sur une pomme a demi-croquée,  le billet d'avion qui devait l'emmener samedi en Moldavie assurer la formation de professeurs de français avait glissé à ses pieds. Anne-Marie ne respirait plus. La sonnerie insistante à l'entrée ne rencontrait pas de réponse. Gil et Florence commençaient à s'inquiéter...
    Snoopythecat il y a 2 semaines
    camille95120  Bonjour Camille, 

    Le défi de ce mois n'apparaît pas dans le fil d'actualité...
    camille95120 il y a 2 semaines
    Bonjour Snoopythecat  merci de me prévenir, je vais regarder cela.
    franceflamboyant il y a 2 semaines
    Bonjour Camille, je reprends les propos de Snoopythecatet constate qu'en effet, il n'y a pour l'instant qu'un texte posté. La publication du défi d'écriture de septembre sur le fil d'actualités avait tardé la dernière fois et il serait bon que ce problème ne se renouvelle pas. Nous vous remercions d'avance.
    franceflamboyant il y a 2 semaines
    Préambule : je ne connais le Cluedo que de nom. Très probablement, le texte que je propose ici ne semblera pas très lié à ce jeu.
    Ceci dit, en ce 11 novembre, je tenais à poster un texte qui soit en relation avec la fin de la guerre.
    franceflamboyant il y a 2 semaines
    THIEL PERE ET FILS

    Journal de Madeleine Thiel.

    11 novembre 1920

    On commémore pour la première fois la fin de la première guerre mondiale. Il y a deux ans que la guerre est finie. Un million quatre cent mille combattants français ont péri d'un bout à l'autre du conflit. Certains ont été identifiés et leurs corps ont été rendus à leurs familles ; Ceux-là, de mon point de vue, ont de la chance. Ils ont une tombe quelque part dans un cimetière de ville ou de campagne et que l'on soit à Paris ou à Biarritz, à Bordeaux ou à Lille, à Grenoble ou à Lunéville, il existe des survivants qui honorent leur mémoire : parents, frères et sœurs, fiancée ou épouse, enfants, amis, marraines de guerre...D'autres ont été retrouvés sous les décombres mais leurs corps n'ont jamais été identifiés. En dernier lieu, il reste ces soldats qui ont purement et simplement disparu. On sait qu'ils sont partis un beau jour vers une caserne qu'on a du leur décrire comme accueillante. Quelques jours ou quelques semaines plus tard, ils étaient au front. Lentement mais sûrement, l'horreur de leur situation leur est apparue. Ils avaient encore un nom, un plaque militaire, de la famille qui leur écrivait ; Et ils sont tombés. Obus, gaz, mitraillette, fusil. Face contre terre ils étaient, face contre terre ils sont toujours, selon moi. Si on n'a pas pu les identifier, c'est qu'ils n'avaient plus de visage, non...

    Je viens de lire que dans la citadelle de Verdun, un jeune poilu du nom d'Auguste Thin a été désigné pour choisir le soldat inconnu dont la dépouille sera transportée à paris et installée solennellement sous l'Arc de triomphe.
    J'ai 14 ans, je m'appelle Madeleine Thiel, j'habite Versailles et je prie pour que le soldat désigné soit mon grand frère, Aurélien Thiel, porté disparu en avril 1917 lors de la bataille du Chemin des Dames. C'est lui, oui, c'est lui. Depuis toutes ces années, nous ne savons rien de lui. Il a disparu. Mais tout est si incertain.
    Moi, je suis sûre que c'est lui. Le soldat inconnu, c'est mon frère. Un grand jeune homme blond au beau visage pur. On l'avait versé dans l'infanterie.

    20 décembre 1920

    Julien Auguste, mon frère aîné, m'a beaucoup énervée. Mes parents gèrent depuis longtemps deux hôtels restaurants fort prospères à Versailles. Ils vieillissent bien sûr mais sont encore sur le pont. Comptabilité impeccable, profits, personnel fiable, clients fidèles, excellente réputation. Julien -Auguste trouve lui qu'il faut vivre avec son temps ; il faut vivre dit-il, il faut vivre ! Les temps sont nouveaux, il faut s'adapter. Il dit aussi que mes parents accusent trop le coup. Aurélien était l'aîné et logiquement, il aurait du reprendre les rênes de l'entreprise familiale. Il est mort, alors ce ne peut pas être lui. On ne va confier cette affaire à Madeleine : c'est une fille et elle est jeune ! Mon frère jubile :  alors, c'est moi, c'est moi ! Je suis celui qui peut tout arranger.
    Mes parents hésitent mais la perte d'Aurélien a été terrible pour eux. Julien-Auguste n'a pas fait la guerre car il a une jambe plus courte que l'autre. On l'a réformé. Il est jeune mais rageur et impatient. Ma famille le croit capable, moi, je ne sais pas.
    Demain, ce sera mon anniversaire. Je sais que j'aurai un beau chat. Un mâle. Je compte l'appeler Watson car j'aime Sherlock Holmes.
    Aurélien me hante : je rêve de lui. Mais pour ce qui est de l'Arc de triomphe, j'ai le sentiment que ce n'est pas lui le soldat dont la dépouille repose sous ce noble édifice. . Cependant, je n'en parle à personne.
    franceflamboyant il y a 2 semaines
    THIEL PERE ET FILS

    Journal de Madeleine Thiel

    4 Janvier 1921
    Mes parents ont reçu un courrier d'un hôpital de province où se trouverait un soldat longtemps amnésique. Il semble avoir recouvré ses esprits et évoque avec clarté les siens. Il a donné nos noms et prénoms. Il dit être Aurélien Thiel. Bien sûr, il n'a pas de papiers. Mes parents, fous d'espoir, veulent aller à Moulin où il réside. Ils espèrent que l'hospice qui héberge celui qui pourrait être mon frère, ne sera pas trop déprimant.


    16 Février 1921.
    Watson est sur les dents et moi aussi. Après de nombreuses tractations, l'ex-soldat que mes parents sont allés voir arrive. Il retrouve les siens.
    Le voilà, il est là. Il nous reconnaît, il pleure ; tout le monde pleure. Il reconnaît les lieux. Avec lui, je vais dans le jardin d'hiver car je sais qu'il l'aimait beaucoup. On en a changé la décoration et le mobilier mais il y a toujours autant de plantes vertes et il dit beaucoup aimer. Il m'explique que des années durant, il ne s'est plus souvenu de qui il était et que le personnel de l'hospice s'est montré bienveillant. Son visage est d'une grande pureté tandis qu'il m'explique qu'il lui semble ressusciter. Je suis croyante, il l'est aussi et nous prions. Quand je lui parle de Julien-Alexandre et de son désir de reprendre l'affaire familiale qui théoriquement lui revient, il ne semble pas irrité. Saurait -il  la gérer, lui, il ne sait pas. Depuis qu'il est « revenu sur terre », il fait des cauchemars sur la guerre. La nuit, il crie.
    Watson, qui déteste Julien-Alexandre, adore depuis qu'il est arrivé ce jeune miraculé  et ronronne sans cesse. Mère est en cuisine. Père exulte.

    24 Mars 1921
    Nous jouons aux échecs sans cesse, dès que j'ai fini le lycée et expédié mes devoirs. Je suis une très bonne élève. Aurélien parle d'une marraine de guerre qui lui a écrit et dont il a même reçu des photos. Il voudrait la contacter de nouveau car elle était généreuse et très jolie mais redoute qu'elle se soit mariée et l'ait oublié. Je lui dis d'écrire. Watson approuve. Mais je ne suis pas sûre qu'il le fasse. Avant la guerre, il était moins timide;

    Aurélien se débrouille très bien avec Père. Il pourrait fort bien reprendre les affaires et c'est lui après tout qui était désigné pour le faire. Le plus souvent, nous parlons dans le jardin d'hiver. J'adore mon frère.

    26 Mars 1921
    Julien-Alexandre nous informe qu'il a fait des recherches. Celui qui s'est introduit chez nous ne saurait être Aurélien Thiel car celui-ci est bel et bien mort au Chemin des Dames. Il tempête, montre des courriers. Mes parents sont stupéfaits. Eux-aussi ont de nombreux certificats et des attestations. En outre, la mémoire est vraiment revenue à Aurélien et il évoque avec eux mille et un souvenirs lointains...
    Mais mon autre frère reste de marbre.
    Quoi, dit-il, j'ai engagé un détective et celui-ci a fort bien travaillé. Vous avez été bien naïfs en accueillant chez vous un être qui n'a jamais fait partie de notre famille. Il y a la ressemblance physique, certes, et il y a tout ce qu'il dit qui est là pour vous dérouter; Mais je vous assure que cet homme est un opportuniste doublé d'un faussaire. D'ailleurs, j'ai des preuves !
    Les papiers circulent. Ils sont bardés de tampons et de signatures.
    Tout le monde est stupéfait. Tout le monde s'agite même la bonne et Watson ! Aurélien, lui, reste calme.
    Julien-Alexandre, dit-il, tu me détestes depuis toujours. Comment pourrais-tu supporter que je reprenne ma place ? Depuis que je suis de retour, tes sourires sont faux. Je me doutais de quelque chose car tu étais par mont et par vaux.
    Évidemment, la journée est difficile. On se dispute.
    Au soir, Watson mord Julien-Alexande à la cheville (celle qui fonctionne bien) et s'enfuit avant d'essuyer des représailles. A l'heure qu'il est, je ne sais où il est.

    2 août 1921
    Après des semaines infernales, Aurélien s'est enfui en laissant une lettre dans le jardin d'hiver. Les documents que mon odieux frère lui a mis sous le nez l'ont finalement effrayé. Il dit avoir menti et vouloir s'évanouir dans la nature. Julien-Alexandre veut lancer la police à ses trousses mais ma mère l'interpelle et le somme de ne rien faire.
    Je pleure dans le jardin d'hiver.
    Watson est revenu après une longue fugue et pousse des miaulements indignés. Il évite mon horrible frère. Celui-ci, j'en suis convaincue, ne dit pas la vérité.


    25 septembre 1921
    Watson me comprend et je comprends Watson. Cette histoire là est louche. Si Aurélien avait été un faussaire, d'une manière ou d'une autre, il se serait trahi, n'est-ce pas Watson? Mon compagnon cligne des yeux : il est parfaitement d'accord. Il manque à ce chat l'allure de Sherlock Holmes et son flegme anglais...Discrètement, nous enquêtons, nous fouillons, nous observons. J'ai retrouvé sous une vasque de fleurs que personne ne bouge jamais les papiers d'identité de mon frère soldat et avec l'aide de Watson, une lettre étrange. Il a fallu creuser, déterrer une boîte et l'ouvrir. Elle contenait les pages d'un Journal tenu par Aurélien. Il sentait sa mort venir et il savait qu'elle lui viendrait par son frère...

    2 octobre 1921
    Père a parlé d'arrêter de travailler et de tout céder à Julien Alexandre. J'ai poussé un hurlement et on m'a demandé si j'étais folle. J'ai fouillé discrètement dans la chambre de mon frère, Watson sur mes talons. Il y a toutes sortes de fioles dans un tiroir. J'en ai senti les odeurs. L'une d'elle m'a intriguée ; J'ai pensé à un poison. En conséquence, au dîner, j'ai fait en sorte que mon frère boive un verre de vin dans lequel se trouvait un peu de liquide contenu dans la fiole. Il  s'est évanoui et son malaise durant, il a fallu appeler le médecin. Toutefois, personne ne s'est retourné vers moi. Ne suis-je pas une simple jeune fille? 

    Conseil de guerre avec Watson dans le jardin d'hiver : Julien Alexandre est un meurtrier. Nous allons le confondre. Les yeux jaunes de mon animal préféré ne trompe pas, sa fourrure hérissée non plus. Il est en guerre.

    12 mai 1921
    Grand soleil. On devrait passer une bonne journée et déjeuner et dîner sur la terrasse. Drôles d'idées dans la tête.


    15 mai 1921.
    J'ai contacté un détective par téléphone puis je l'ai vu. Il a commencé par me faire la cour puis, comme je me fâchais, il s'est repris. Il est venu dans le jardin d'hiver, à regardé des photos d'Aurélien puis a paru rêveur. IDehors, dans les plates bandes, mon frère est là, il en donnerait sa main à couper. La maison est grande, mes parents prennent des somnifères, la bonne est un peu sourde et moi j'ai du mal à veiller. Il aura fait le coup la nuit, cet être malveillant  que je déteste.

    Aurélien aimait particulièrement la partie la plus sauvage du jardin, celle où les arbres poussent très  haut et où  les fleurs sont nombreuses au printemps. Je ne sais pourquoi j'ai délaissé cet endroit. Mon chat sur les talons, je m'y rends et tout d'un coup, j'ai de forts soupçons. C'est ici ! C'est ici ! Mue par une formidable énergie, je prends une pelle et je creuse mais bientôt j'appelle à  l'aide un des jardiniers qui travaillent pour nous et lui aussi creuse. Je maudis le détective, que j'ai consulté car il a pris ses jambes à son cou et en même temps je suis contente car c'est moi qui suis aux commandes.  Que m'importe  après  tout ! Au mépris des convenances, je lance avec rage des pelletées de terre pour creuser plus loin. Watson, très concerné, fait sa part du travail.
    Un corps apparaît...Aurélien !
    Méconnaissable physiquement, il est reconnaissable à ses vêtements et à  cette chevalière qu'il portait à la main droite. C'est une vision horrible, j'en conviens, mais je ne regrette pas mon acharnement.
    Je crie, j'appelle à  la  rescousse, je crie au meurtre. 
    Papa et maman arrivent et hurlent.
    Julien-Alexandre, que tout ce tintamarre a attiré, devient livide.
    Je me raidis telle une figure de la justice.
    Watson bombe le torse et foudroie son adversaire du regard.
    Aux arrêts, l'assassin, aux arrêts !
    franceflamboyant il y a 2 semaines
    Ashik2022 : Votre texte...
    camille95120 il y a 2 semaines
    Bonjour ampauleau  J'ai lu ton texte. C'est court, mais tu poses à merveille les bases d'une enquête. On a notre victime Anne-Marie, le lieu je suppose que c'est le salon. L'arme du crime peut être multiple, mais je pense sur la pomme empoisonné. Cependant, j'ai apprécié me questionner sur le motif et l'identité du coupable. Est-ce Gil ou florence ? Les silhouettes appartiennent-elles à d'autres personnes, sont-elle les ombres de Gil et Florence ? Tant de questions qui donne l'eau à la bouche. Bravo, c'est une belle scène de crime. Le seul point négatif que je te peux te donner, c'est la longueur de tes phrases.
    Hekate2018 il y a 1 semaine
    Bonjour à toutes et à tous, voilà ma participation:

    L’air frais du mois de novembre atteint ma nuque nue alors que je sors de la voiture et que le chauffeur éteint le moteur. Je rehausse le col de mon manteau de fourrure. Mes bottines à talons claquent sur les marches en pierre du perron.

    —Bienvenue dans notre bon manoir, Mademoiselle Pourpre. Toujours à l’heure, comme à votre habitude. C’est un plaisir pour moi que de vous recevoir ici.

    —Allons, allons mon cher docteur. Ce n’est pas la peine d’être si courtois avec moi. Dites-moi, vous avez fait des rénovations ici, n’est-ce pas?

    —Oui, vous souvenez-vous de notre vieux jardin d’hiver? Et bien, j’ai fait appel à un vieil ami qui m’a aidé à le remettre en état. Je vous le ferais visiter tout à l’heure, lorsque tous les invités seront arrivés, me glisse-t-il avec un sourire. Entrez avant de mourir de froid. La soirée promet d’être riche en événement.

    Je pénètre dans le grand hall du manoir Tudor, non sans réprimer un frisson. Il y a à peine trois ans, en 1948, ce magnifique manoir a été le théâtre d’événements plus que macabres. Le père de Henry Lenoir, actuel maître de maison, fut tué dans cette même pièce. Le souvenir est encore plus que présent dans ma mémoire. Je revois le corps de ce bon vieux Vincent, le sang, le poignard. Non, je ne dois pas y penser. Rien de tel ne se déroulera ce soir.

    —Ah, ma chère, que dis-je! ma très chère Abigail! Cela fait déjà deux ans que l’on ne s’est revues!

    Je me retourne et vois Madame Magenta derrière moi. Ses lèvres peintes en rouge violacé sont la seule chose qui ressorte vraiment sur son visage. Sa robe de satin, de la même couleur que son rouge à lèvres, moule son corps tout entier.

    —Et oui, Olivia, déjà deux ans. Puis-je vous poser une question?

    —Bien sûr, Abigail! me dit-elle.

    —Pouvez-vous me montrer votre invitation?

    Elle hoche la tête et ouvre son sac à main en cuir. Elle en sort une fine feuille de papier blanche pliée en quatre. Elle me la tend et je la déplie.




    Chère Olivia Magenta,

    Vous êtes conviée au manoir Tudor pour fêter les vingt-cinq ans de madame Ella Lenoir le vingt-quatre novembre 1951. Depuis les sinistres événements passés en ce lieu trois ans auparavant, veuillez être rassurée que le manoir est désormais placé sous une haute surveillance. 

    Je vous en joins, chère Olivia, mes plus sincères condoléances pour feu votre mère.

    Henry Lenoir.




    Je retourne l’invitation. Au dos est écrite la liste des invités:

    Seront présents en ce soir:




    Lord Aurore

    Mademoiselle Pourpre

    Caporal Esmeralda

    Madame Magenta

    Monsieur Marine

    Madame Marine

    Henry Lenoir

    Ella Lenoir




    Je lui rends l’invitation en lui souriant.

    —Je suis très heureuse de savoir que Lord Aurore sera là ce soir.

    —Moi de même, me dit-elle en riant. Il paraît qu’il est devenu encore plus beau garçon. Enfin, nous avons au moins vingt ans d’écart. Mais il serait parfait pour vous, Abigail. Quel âge a-t-il? Il vient de fêter ses vingt-six ans, n’est-ce pas?

    —Oui, nous avons le même âge. Tenez, regardez qui arrive.

    Je viens d’entendre la voix de ténor du Caporal Esmeralda. Son impressionnante carrure tranche avec l’élégant costume émeraude qu’il arbore.

    —Olivia, Abigail, quel plaisir de vous revoir!

    —C’en est un pour nous aussi, Caporal. Milord.

    Émile Aurore vient d’apparaître sur le perron. Il porte comme à son habitude un costume cuivré s’accordant parfaitement avec la couleur de ses cheveux auburn.

    —Olivia, Antoine, dit-il en adressant un signe de tête aux deux invités. Ma belle Abigail.

    Il se penche et m’embrasse sur la main. Je ne peux m’empêcher de rougir.

    —Je vois que les retrouvailles sont en partie célébrées, dit une voix derrière nous.

    Helena et l’inspecteur Michael Marine se tiennent à côté de Henry. Le couple sexagénaire n’a rien perdu de sa beauté d’antan. Helena affiche un beau tailleur bleu marine à boutons d’or et Michael porte toujours, bien qu’à la retraite, son long manteau bleu d’inspecteur. Ella Lenoir, la femme de Henry, descend les escaliers. Sa robe noire semble inappropriée pour une soirée qui se promet d’être joyeuse, mais cette couleur fait ressortir sa fragile beauté.

    —Joyeux anniversaire, Ella, lui dis-je en prenant ses mains fines entre les miennes. Vous êtes magnifique, ce soir.

    —Merci beaucoup, Abigail. Voulez-vous quelque chose à boire?

    —Volontiers, Ella! Je suis assoiffé par ce long trajet. Il faut dire que votre manoir est perdu en plein milieu de la campagne! dit joyeusement Antoine Esmeralda.

    —Cela est bien vrai, dit-elle en coulant un regard vers son mari. Mais, Henry ne se décide pas à vendre. Je le comprends. Enfin, suivez-moi dans notre salle de réception.
    Hekate2018 il y a 1 semaine
    —Alors, Abigail. Toujours en quête de nouveaux articles? Cela me semblerait normal, pour une journaliste. D’ailleurs, n’était-ce pas pour cela que vous étiez présente il y a trois ans? Cette affaire a dû propulser votre carrière!

    Mes doigts se crispent sur mon verre à cocktail.

    —Vous avez raison, Émile. C’était bien pour cela que j’étais ici il y a trois ans. Mais cela est différent, cette fois-ci. Harry m’a invité.

    —Je vois. Bien je vais vous laisser. Je vais aller me chercher un nouveau verre.

    Émile se lève de son fauteuil, reprend sa coupe sur le piano et sort. Je suis seule et, soudain, me sens paralysée par la peur. Je bois d’un trait mon cocktail, auquel je n’ai pas encore touché, pensant que la chaleur de l’alcool me réconfortera. Mais je me trompe. La porte vient de grincer, puis de claquer. La terrible soirée de 1948 s’impose à mon esprit et je revois tous les événements de ce 27 octobre. Mon verre tombe de mes mains et l’alcool qu’il contient laisse une tâche sur la moquette blanche. J’étouffe et serre les poings à tel point que j’en blanchis les jointures de mes doigts. Je sens ma poitrine se serrer et ma gorge me brûler. La dernière chose que je vois avant de tomber sur le sol et de sombrer est la moquette brûlant sous l’acide que contenait le verre.
    Hekate2018 il y a 1 semaine
    Je me relève, avec l’impression que ma tête est prête à exploser. Je papillote un moment avant de pouvoir ouvrir complètement les yeux. Je porte une main à ma gorge, mais ne rencontre que le vide. Est-ce que je suis… morte? Je regarde autour de moi. Le verre gît à mes pieds et la moquette à cet endroit a brûlée. Alors, j’ai été empoisonnée? Mais pourquoi moi? 

    —Oh mon Dieu! Oh mon Dieu! Abigail!

    J’aimerais tant pouvoir parler une dernière fois à Olivia. Mais cela m’est impossible, désormais. Je ne fais plus partie de ce monde. Une idée germe dans ma tête. Si l’on m’a tué, c’est certainement parce que je savais quelque chose. Le meurtrier cherche donc à cacher quelque chose. Je vais devoir retrouver mon meurtrier, et l’empêcher de nuire. Reste encore à trouver comment. Premièrement, je dois dresser une liste des choses que je ne peux pas faire. Je ne peux pas communiquer par la parole avec les convives, ni d’ailleurs arrêter seule mon meurtrier. Mais j’ai une longueur d’avance par rapport aux invités: je sais comment j’ai été tuée. Je vais tout d’abord sortir de cette salle. Tous les invités se sont réunis dans la pièce. Je les vois regarder mon corps sans vie, et je peux lire la peur dans leurs yeux. Ce scénario s’est déjà produit, et il recommence exactement de la même façon. Sauf que, cette fois, j’en suis la victime. Je contourne la petite foule, avant de me rendre compte que je peux la traverser sans risquer de bousculer ne serait-ce qu’une seule personne. Il manque quelqu’un dans le petit attroupement: Émile. Les faits sont alors sous les yeux. Nous étions seuls tous les deux quelques minutes avant la mort. Il a eu l’opportunité de glisser le poison dans mon verre. Je me souviens de ce que je sais, et que les autres ne savent pas. En tant que journaliste, j’ai étudié chaque personne qui était invitée. Mon article devait porter sur une soirée mondaine de l’après-guerre, mais s’était transformé en un véritable roman policier. Cette soirée-là, j’avais vu Émile Aurore s’isoler dans la cuisine pour faire je ne sais quoi. Je l’avais suivi, mais était malheureusement arrivée trop tard pour voir ce qu’il faisait. Mais, lorsqu’il était sorti, son comportement avait été si étrange que j’y avais pensé toute le reste du temps. Alors, c’est pour ça?

    —Helena est médecin, elle va examiner le corps d’Abigail.

    J’ai une idée. Je dois écrire sur un papier le nom de mon meurtrier, et le glisser dans la poche de Michael. C’est la seule façon pour leur permettre d’arrêter Émile. Le bureau est normalement sur ma droite, je rentre en poussant la porte. Je souris. Je peut donc rentrer en contact avec les objets non-vivants. Je pourrai donc saisir un stylo et du papier. Je m’assieds sur le fauteuil en face du bureau et écrit à l’encre bleue marine le nom Émile Aurore, puis est le meurtrier. Je signe anonyme et repart dans la salle de réception. Une fois arrivée à l’intérieur, je mets le papier plié en quatre dans la poche de Michael, puis donne un petit coup sur sa poche avec le stylo, que je lance par terre. Michael glisse sa main dans sa poche et en sort le petit papier, étonné. Il le déplie, le lit et ouvre de grands yeux. Il cherche du regard qui a bien pu lui donner le nom de l’assassin, mais ne voit personne. Il chuchote quelques mots à l’oreille de sa femme, qui se dirige vers le téléphone. Émile apparaît devant la porte, avec un air faussement chagriné.

    —Ella vient de m’apprendre pour Abigail. Je suis… extrêmement triste.

    —Émile, ne vous fatiguez pas à inventer des excuses. Helena a appelé la police. Vous êtes en état d’arrestation, pour le meurtre d’Abigail Pourpre.

    En tentant d’applaudir, je vois mes mains devenir translucides, et me sens soudain emprise d’une sérénité que je n’ai jamais ressentie avant aujourd’hui. C’est ça, de mourir? Harry Lenoir est là, devant moi, et me sourit. Lui aussi commence à s’effacer. Cela doit faire trois ans qu’il est là, et qu’il est enfermé ici. Maintenant que son assassin a été arrêté, son âme peut reposer en paix, et la mienne aussi.
    franceflamboyant il y a 1 semaine
    Hekate 2018 : contrairement à moi qui ai surtout parlé des suites de la guerre sans m'en tenir aux règles d'un jeu que je ne connais pas, vous avez été beaucoup plus fidèle que moi au sujet proposé et c'est une bonne surprise que celle de vous lire.

    ampauleau : Un texte bref et très intrigant. On aimerait en savoir plus.
    Hekate2018 il y a 1 semaine
    Merci beaucoup, franceflamboyant!
    LEFRANCOIS il y a 1 semaine
    Je ne peux rien proposer car je ne sais pas ce que c'est que le cluedo. Jamais joué.
    secondo il y a 1 semaine
    Mademoiselle Rose se lève, pourpre de rage :

    - Comment ose-t-il , ce colonel Moutarde de malheur ? Nous abandonner dans cette cuisine parce qu'il a soi-disant un plan pour trouver de l'Amora !! Comme si nous avions besoin de condiment alors que nous sommes à la recherche du meurtrier du pauvre docteur  Olive. Lâchement tué avec un.chandelier rouillé.

    - Chez moi , dit Mme Pervenche avec raideur, on mangeait des olives pour remplacer la moutarde.

    -  Et quel est le rapport ?

    -  Aucun  mademoiselle , mais je disais ça  pour détendre l'atmosphère. J'ai l'impression que nous veillons un mort.

    - Mais c'est ce sur nous faisons  madame  au cas où  vous ne l'auriez pas remarqué. C'est comme si nous étions dans un jeu macabre.
    Snoopythecat il y a 1 semaine

    Carnet intime de Sophie Pervenche



    Mercredi 16 novembre, 10h15

    Ce soir l'infâme docteur Lenoir mourra.
    Ce soir je serai un assassin.
    J'ai hâte.
    Je suis déterminée.
    J'ai peur.
    Et si quelqu'un ou quelque chose m'empêchait de réaliser mon dessein ?

    Mercredi 16 novembre, 20h05

    Je suis dans la place.
    Le manoir du docteur Lenoir est immense.
    Une succession de pièces, de portes, de couloirs, d'escaliers.
    J'espère ne pas m'y perdre.
    Je dois avouer que l'homme a bon goût ou, du moins, a su embaucher des décorateurs de talent.
    Tout y est harmonieux, lumineux, accueillant.

    Si le repas est à l'image du lieu, nous allons très bien manger.
    Je n'ai pas vraiment faim mais hors de question de m'attirer des regards curieux en boudant les plats, je vais m'efforcer de savourer ce repas qui sera peut-être mon dernier repas de femme libre

    Mercredi 16 novembre, 22h15

    J'ai prétexté un léger mal de tête provoqué par le champagne pour pouvoir m'isoler quelques instants.
    Comme je l'avais deviné, les mets sont succulents.
    Notre hôte se montre volubile et charmant. Difficile d'imaginer que derrière ces sourires et cet humour se cache un véritable monstre.
    J'ai pris le temps d'observer et d'écouter les autres invités. Parmi eux, lequel est susceptible de démasquer un assassin ?

    Le colonel Jean Moutarde, vieux militaire, est habitué à commander et à être obéi. Je le sens organisé, méticuleux, observateur mais je pense que son plus grand défaut est son manque total d'imagination.

    Le professeur Rodolphe Violet me semble être totalement déjanté. A chaque fois qu'il a pu parler, il nous a abreuvé de théories abracabradantesques sur des bactéries aux noms inconnus.
    Certes, il doit être un expert au milieu de son laboratoire et ses éprouvettes mais connaît-il quelque chose à l'âme humaine ?

    Durant le repas, le révérend Octave Olive était assis à ma gauche. Quel homme charmant, bienveillant, à l'écoute des autres. Il a un don inné pour mettre tout le monde à l'aise. Il attire les confidences. J'ai dû prendre sur moi pour ne pas plus parler de moi que je ne le voulais.

    Je n'ai pas compris ce que la benjamine de notre groupe faisait ici ce soir.
    Mademoiselle Lilibeth Rose dénote à tous points de vue dans cette assemblée, aussi restreinte soit-elle. Sa tenue provocante et économe en tissu, sa conversation centrée sur elle-même, son indifférence flagrante pour tout sujet de conversation qui ne la met pas en valeur, tout laisse suggérer une personnalité immature et égocentrique.

    Madame Anne Leblanc était ma voisine de droite. Que voilà une femme charmante, élégante, cultivée, discrète.
    Je ne peux qu'admirer une femme capable de manger des plats en sauce sans se salir, moi qui suis si maladroite.
    Madame Leblanc est éminemment sympathique.
    Si quelqu'un, ce soir, doit trouver la coupable, j'aimerais que ce soit elle.

    Mercredi 16 novembre, 22h33

    Je suis prête.
    Dans quelques instants je vais redescendre, je vais me déplacer le plus silencieusement possible, je vais trouver Thomas Lenoir.
    Il doit mourir.
    Il va mourir.
    Le lieu et l'arme importent peu.
    J'attends ce moment depuis si longtemps.

    Mercredi 16 novembre, 22h55

    Le docteur Lenoir n'est plus.
    Tuer me fut facile.
    J'ignorais que je pouvais agir avec un tel sang-froid..
    Dois-je en être fière ou inquiète ?

    Bientôt un cri retentira. Quelqu'un aura découvert le corps sans vie de notre hôte.
    Chacun cherchera à savoir qui est l'assassin.
    Les possibilités sont limitées.
    Qui sera le plus astucieux ?
    Qui posera les bonnes questions, au bon moment ?

    Je ne regrette rien.
    J'ai agi pour rétablir la justice.
    Cet homme méritait de mourir.
    franceflamboyant il y a 1 semaine
    Moi non plus LEFRANCOIS je n'ai jamais joué au Cluedo ! Je n'en connais pas les règles.
    Le 11 novembre, j'ai pensé au soldat inconnu et au Voyageur sans bagages de Jean Anouilh et j'ai écrit un petit texte voilà tout. La guerre et ses disparus échappent aux regles précises et on ne peut les enfermer dans un jeu.
    Au plaisir de vous lire prochainement sur un autre thème.





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