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Littérature latino-américaine (romans, poésie, nouvelles, théâtre, essais, photographie...)
Liste créée par SophieChalandre le 14/10/2022
200 livres. Thèmes et genres : littérature latinoaméricaine , argentine , colombie , Équateur , mexique

“Ordenar bibliotecas es ejercer de un modo silencioso el arte de la crítica” [Borges]

— Oeuvres et auteurs latino-américains connus, moins connus et que l'on gagnerait à connaître

|| Plus de poésie sur ma liste : Poésie d'Amérique Latine

https://www.babelio.com/liste/27045/Poesie-dAmerique-Latine



1. Dôra Doralina
Rachel de Queiroz
4.83★ (17)

Brésil Roman - Trois actes construisent ce livre, comme trois points sur une boucle de solitude, et une héroïne double parce que sa vie oscille entre deux prénoms, Dôra Doralina : Dôra, ou encore Marie des Douleurs, et Doralina, la petite Dôra heureuse...
2. L'Ile du Cundeamor
René Vásquez Díaz
4.17★ (18)

Cuba Roman - Impossible de résumer cet ensemble de fictions s'emboitant les unes dans les autres, et ce foisonnement de personnages qui s'entrecroisent, s'aiment, se trahissent, se trompent avec force mafia, sang, moiteur, sexe et rhum. René Vazquez Diaz fait le pari réussi des clichés et du pastiche, mêlant tous les genres, en rajoute pour notre plus grand plaisir, et, comme à son habitude, lâche tant ses personnages comme des fauves qu'ils lui échappent, dans un roman qui enfle, s'épaissit, s'architecture jusqu'à l'érosion. Un coup de maître.
3. Amalia
Jose Marmol
3.50★ (2)

Argentine Roman - Paru sous forme de feuilleton en 1851, cette oeuvre est considérée comme le premier roman argentin. Amalia est le livre d'un auteur exilé qui règle ses comptes, grâce à une écriture volontiers acerbe, avec le dictateur Juan Manuel de Rosas. Sur une trame historique et politique, José Marmol construit une oeuvre à la fois dramatique et romantique, où perce un racisme de caste propre à son époque. Cependant, Marmol avec Amalia innove en inventant le récit de conjuration.
4. La rose aux deux parfums
Emilio Carballido
3.00★ (4)

Mexique Théâtre - Comme l'ensemble des pièces d'Emilio Carballido, La rose aux deux parfums se caractérise par l'humour, la fantaisie, la vivacité incroyable des répliques, mais aussi l'invitation à la réflexion, revendiquant un théâtre populaire sans tomber dans le vaudeville et abordant les grands thèmes qui préoccupent la société mexicaine : la pauvreté, la violence, la marginalité, les conflits familiaux et générationnels, les relations de couple...
5. Donde todo termina abre las alas
Blanca Varela
3.50★ (1)

Pérou Poésie - Toute l'oeuvre poétique de 1949 à 2000 de Blanca Varela est réunie dans ce livre et permet d'aborder ses principaux recueils. Blanca Varela alterne les poèmes incisifs et brefs avec une prose narrative d'une grande personnalité. Toute en tension, sa poésie aborde l'animalité, la matérialité, la douleur et la condition humaine. Elle lie poésie et peinture comme deux substances de même origine, presque inséparables, offrant une poésie du regard d'une grande modernité. Créant un imaginaire surréaliste, son inspiration est tout aussi picturale que littéraire, offrant une conception très originale et inédite de l'écriture poétique.
6. Je suis le roi
Alfredo Bryce-Echenique
3.50★ (6)

Pérou Nouvelles - Je suis le roi, oeuvre inaugurale d'Alfredo Bryce-Echenique, s'inscrit dans un contexte de mutations profondes de la littérature péruvienne intervenues dès les années 1950 : les auteurs délaissent progressivement les récits ruraux indigénistes des Andes pour s'orienter vers une littérature plus urbaine. Sorte d'errance attendrie et amusée, composée de douze histoires, cette oeuvre néoréaliste narre plusieurs épisodes de la vie d'un protagoniste central, Manolo, un adolescent de la classe moyenne originaire de Lima, au ton souvent autobiographique qui fait du héros un véritable double de l'auteur...
7. El Jardín de Epicuro, catálogo de arte de Arturo Montoto
Arturo Montoto
4.17★ (3)

Cuba Photographie - Ce catalogue de l'exposition organisée par le peintre cubain Arturo Montoto, et présenté par l'écrivain Leonardo Padura, dévoile toute la force et la maîtrise de son art figuratif, en sept oeuvres de grand format en acrylique sur toile, réalisées tout spécialement pour cette exposition. Toujours dans la veine néobaroque de ses oeuvres les plus connues, Arturo Montoto propose cependant une perspective rapprochée sur le thème du fruit qui sublime à la fois le détail devenu presque abstrait et les couleurs très expressives : le plaisir sensoriel en est magnifié...
8. Iracéma : Légende du Céara
José de Alencar
3.88★ (22)

Brésil Roman - L'aube ouvrit la journée et les yeux du guerrier blanc. La lumière du matin dissipa les rêves de la nuit et arracha de son âme le souvenir de ce qu'il avait rêvé. Il n'en subsista qu'une vague sensation, comme subsiste dans le buisson le parfum de la fleur que le vent de la serra effeuille au petit matin. Il ne savait pas où il se trouvait.
9. Solstice du Jaguar
Gregorio Manzur
4.00★ (2)

Argentine Roman - Gregorio Manzur est inclassable parce qu'il est trop individualiste pour recéler une quelconque influence littéraire argentine ou latino-américaine. Conteur né, il investit, dans Solstice du jaguar, la géographie occulte de sa province natale, Mendoza, entrelaçant douze tableaux où convergent onirisme et réalité, dans une langue riche, érudite et amoureuse du folklore, de la culture et des habitants de sa terre natale. Douze histoires où Gregorio Manzur, grand nomade, renoue avec son monde intérieur pour bâtir un univers bouillonnant, captivant, attachant et diablement convaincant.
10. La nuit des assassins
José Triana
3.20★ (14)

Cuba Théâtre - Cette oeuvre majeure du dramaturge cubain José Triana, loin de l'étude de moeurs réaliste, traite de la violence, de la mort, du pouvoir et de la liberté. Son action se déroule dans un Cuba des années 50 mais dépasse ce cadre pour embrasser une portée plus universelle, interrogeant la complexité de la condition humaine et ses défis existentiels.
11. Sibérienne
Jesus Diaz
3.44★ (37)

Cuba Roman - Diaz l'exilé s'amuse de son propre désenchantement, comme à son habitude. Son héros cubain, Bárbaro Valdés, journaliste, noir, puceau, à l'enfance sordide et jamais sorti de son île communiste, est parachuté loin de son pays crocodile et de sa chaleur caribéenne dans un enfer glacé soviétique où il sera l'étranger absolu, le barbare. Et c'est en terre étrangère que Bárbaro Valdés tiendra toutes ses promesses, terrassant les préjugés, les idéologies et les blessures originelles, jusqu'au bout de tout comme de lui-même. Truculent et cruel, entre rhum castriste et vodka communiste, cet avant-dernier roman de Diaz pose toutes les questions sur sa propre cubanité et interpelle sur qui est l'étranger de qui.
12. Chiapas : el fin del silencio
Antonio Turok
4.12★ (4)

Mexique Photographie - ...Pour dire la beauté obstinée d'une femme sculptée dans sa résignation, feuilles de coca enflant sa joue pour apaiser cinq siècles de paludiques frissons. Pour dire aussi la joie impertinente d'un regard trisomique, adossé à la palissade de sa pauvreté, et l'élégance effrontée d'un couple de nains en costume de communiant, indifférents à la crasse du trottoir sur lequel ils ont assis leur infirmité. Pour dire encore que la perspective sait s'imposer incommensurable le long d'une rue inondée, coiffée d'un ciel meurtri qui, déjà, maudit les passantes survivantes. Pour dire que l'esthétisme d'un contraste et la perfection d'une lumière se cachent aussi dans le fil d'or brodé du linceul couvrant les épaules décharnées des combats perdus d'avance. Pour dire enfin que photographier, c'est faire le choix artistique d'être à jamais sur la ligne de feu de notre plus intime humanité. C'est faire chaque fois acte de création, comme on décide d'être face au soldat inconnu, objectif contre mitraillette, et tirer le premier.
13. Chants de vie et d'espérance
Dario Rubén
4.60★ (12)

Nicaragua Poésie - Chef de file indiscutable des modernistes latino-américains, Ruben Dario, à la frontière de la musique, avec ses cadences de sons d'une exactitude étonnante, célèbre l'âme hispanique, militant avec brio pour une sensibilité nouvelle. Chants de vie et d'espérance, malgré ses thématiques hétéroclites, recèle les principales idées maîtresses du courant moderniste et de son esthétique, comme un contrepoint à l'influence des courants étrangers et au matérialisme de cette fin de 19ème siècle. A la recherche d'un idéal poétique qui s'accomplit par et pour lui-même, sort de « l'Art pour l'Art » de Théophile Gautier, une désillusion pointe déjà avec cet inaccessible dimension spirituelle. Ruben Dario révèle ici toute l'immensité de son talent et de son inventivité.
14. Cent bouteilles sur un mur
Ena Lucía Portela
4.00★ (24)

Cuba Roman - Ena Lucia Portela est de ces jeunes écrivains cubains qui n'ont pas de compte à régler avec la Révolution ou le tropico-marxisme : elle est de la génération d'après, celle qui ne sait pas comment était l'île "en aquellos tiempos", juste avant. Avant le castrisme. Portela nous emporte, avec un narratif aux couleurs atomiques inouïes, dans un monde de désordre et d'effondrement, de soif de vivre, d'urgence d'exister, de construction depuis les ruines : tout est à faire ou à refaire puisque si peu fut fait, ou beaucoup mal fait. Alors faire le choix de la joyeuse débrouillardise, des projets à courte vue et des solutions d'urgence délurées, dans cette déliquescence institutionnalisée où morale, droiture et respect auront droit de cité dans un avenir plus radieux. Cent bouteilles est un chant d'innocence et d'espoir, entonné gaiement comme ce refrain vital commun à toute l'Amérique Latine : me las arreglo como puedo , je me débrouille comme je peux. (PSM)
15. Paz Errázuriz
Paz Errázuriz
3.62★ (4)

Chili Photographie - Paz Errázuriz, qui n'hésite pas à exposer ses oeuvres dans les hôpitaux psychiatriques, est une photographe chilienne autodidacte. Cet ouvrage raconte sa photographie très personnelle : la violente dignité, la fragilité du bas-côté, la très humaine dissemblance. Couples d'amoureux dans les asiles d'aliénés, prostituées, indigènes, nains, lutteurs maigrichons, mendiants, artistes de cirque ou boxeurs des quartiers : dire oui quand tout le monde leur dit non. Sans jamais prendre parti : elle nous laisse faire...
16. El mar y la montaña
Regino Eliado Boti
5.00★ (2)

Cuba Poésie - Oeuvre majeure de Regino Eliado Boti, El mar y la montaña concentre son parti-pris esthétique : travailler la forme jusqu'à l'obtention d'un diamant, ciseler chaque mot puis permettre au fond d'exulter les vibrations intérieures. Boti choisit les paysages de son Guantanamo natal pour sublimer la réflexion, la contemplation et l'indispensable solitude du poète. le plus talentueux des poètes post modernistes cubains cisèle chaque poème comme une miniature, dans un style rigoureux, épuré, concentré, donnant à chaque vers une beauté et un rythme inouïs.
17. Barroco
Severo Sarduy
3.75★ (9)

Cuba Essai - Barroco est sans doute l'essai le plus ambitieux et le plus réputé du cubain Severo Sarduy. Dans ce livre, l'auteur détermine le concept de néo baroque selon des paramètres esthétiques, culturels et politiques, analyse qu'il poursuivra tout au long de sa carrière de critique d'art. Selon lui, le baroque n'est pas un dispositif artistique conservateur mais révolutionnaire, et un modèle de réflexion sur les changements et les crises, y compris actuelles. Il détermine le canon néobaroque comme une renaissance du baroque historique exhumé, mais aussi comme modèle d'analyse et d'exécution des oeuvres de la modernité.
18. Norte
Edmundo Paz Soldan
3.97★ (50)

Bolivie Roman - Premier livre traduit en France du bolivien Edmundo Paz Soldán, ce roman bien charpenté est une hallucinante fresque sociale, sorte de sauvage valse à trois temps : trois gifles, trois histoires, trois époques, trois perspectives différentes d'approche, cimentés par un thème fédérateur, l'exil et le déracinement, par une même obsession : el Norte, les Etats-Unis. Trois déséquilibres que rien ne peut racheter ni corriger : Jésus le serial killer mexicain trop amoureux de sa soeur (certainement le protagoniste le plus étoffé du roman), Martin, le paysan fou et dessinateur, devenu artiste de renom mais toujours enfermé dans une institution, et le couple chaotique Michelle et Fabian, élève bolivienne et professeur. Malaise du déracinement, malaise du rêve étatsunien qui n'en est pas un. Malaise existentiel, avec pour issue la folie, la violence, la déchéance et une envie de vivre comme seule expression pour surmonter l'échec. Bien plus qu'un objectif à atteindre, el Norte, ce nord tant fantasmé, est moins un pays à atteindre qu'une fuite en avant éperdue, loin de sa terre première où la destinée semblait résolument embourbée, où le rêve, déjà, était frelaté.
19. La fosse aux ours
Esteban Bedoya
3.20★ (9)

Paraguay Nouvelles - Bouleversant sacré et profane, mêlant onirisme, paganisme et sensualité, avec une mythologie latino-américaine entrelacée de fantastique, de sexualité ardente et d'excès explosant les limites entre humanité et bestialité, Bedoya écrit une série de nouvelles au tempérament inouï.
20. Ojo por diente
Ruben Bareiro Saguer
4.00★ (3)

Paraguay Nouvelles - Oeuvre clé de la littérature du Paraguay, Ojo por diente se compose de onze contes, véritables paraboles de la réalité paraguayenne, emplies d'histoires traditionnelles et de constats sociaux violents et d'oppression politique, usant d'une prose poétique d'une vivacité et d'une sensibilité remarquables.
21. Elena y los elementos
Juan Sánchez Peláez
4.00★ (2)

Vénézuela Poésie - Portée par le même hasard amoureux que le poète André Breton, la poésie surréaliste de Juan Sánchez Peláez est habitée par le déracinement et le mythe. La nuit, la perte et la solitude sont également des thèmes récurrents qui reviendront dans ses oeuvres postérieures où se crée une tension ardente et permanente entre érotisme et mysticisme.
22. Fictions
Jorge Luis Borges
4.07★ (3773)

Argentine Nouvelles - Ce recueil de nouvelles paru en 1944 est un sommet de la littérature universelle où l'auteur s'installe dans une métaphysique fictionnelle qui prend appui sur le « livre » comme personnage de fiction, organisant, voire générant la réalité. Jorge Luis Borges renverse le postulat admis d'une littérature reflet du réel, pour faire de ce réel la simple traduction, au sens fort du terme, de la littérature : le monde n'est qu'imparfaite traduction du livre comme modalité première et fondatrice, sorte de bibliothèque aux possibilités aussi infinies qu'insoupçonnées. Tout part du livre, tout y revient, dans un mouvement circulaire qui peut prendre la forme du rêve, du souvenir, de l'énigme, du miroir, du labyrinthe, du duel, de la trahison… Le monde-bibliothèque de Jorge Luis Borges est conçu comme un labyrinthe dont les voies bifurquent dans un retour infini sur elles-mêmes, porteuses du seul paradoxe qui donne un sens à tout labyrinthe : en connaître l'issue le prive de sa nature et de son sens en le rendant semblable à n'importe quel autre tracé. Par ailleurs, un labyrinthe sans issue est une prison. C'est de ce paradoxe dont sont nourries ces nouvelles de Borges, avec le duel et la trahison pour scander le destin des hommes : ils ont beau connaître l'issue qui les libèrerait, seul l'égarement finalement les attend.
23. Cacao
Jorge Amado
3.67★ (270)

Brésil Roman - Cacao brut, pour ne pas dire amer, dans le Brésil des années 30. Bâti comme un témoignage, Cacao ne se drape pas dans une facture romanesque, pas le temps. Pas le temps non plus de s'attacher aux personnages, pas le temps. Alors accompagner, un court instant, cette vibrante ébauche sociale et humaine qui colorera toute sa littérature à venir. Dans cette œuvre de jeunesse, Jorge Amado déroule le tapis de l'exploitation et de l'oppression comme une gifle, sans attendre que nous tendions l'autre joue : ses personnages l'ont déjà fait pour nous.
24. Oeuvres complètes et autres contes
Augusto Monterroso
4.10★ (21)

Guatemala Nouvelles - Ecrit par le maître du récit bref, ironique et humoristique, ce très brillant recueil de nouvelles et contes annoncent dès le titre la volonté ludique d'Augusto Monterroso. L'auteur construit une voix narrative qui entraîne le lecteur dans une illusion de sa perception, par une attitude satirique et humoristique, à l'aide d'une écriture concise et sobre, véritable régal fragmentaire et elliptique : le texte devient miroir tandis que le lecteur interprète à sa volonté les récits. Bref, le lecteur se choisit lui-même, à son envie, et s'y regarde (cf. la nouvelle du dinosaure). A chacun de reconstruire ce qui a bien pu se passer avant, pendant, voire après. L'auteur n'hésite pas à être critique tant avec la politique que le capitalisme et ses classes dominantes, ironisant avec les comportements opportunistes, le duplicité, les prétentions des intellectuels ou encore la mégalomanie. Quant à ses personnages, ils hésitent entre le ridicule et le pathétique, tout en interpelant notre compassion tant ils nous ressemblent. Ainsi, en demandant au lecteur d'assumer ses choix, Augusto Monterroso détermine sa littérature comme un acte de libération de son imagination. C'est une stratégie de déstabilisation qui met tout en doute, lui permettant avec beaucoup d'ingéniosité d'évacuer les idées préconçues et les évidences et de dévoiler les discours dominants. C'est surprenant, génial et drôle. Et sans pitié avec le lecteur.
25. Respiration artificielle
Ricardo Piglia
4.00★ (23)

Argentine Roman - Premier livre de Ricardo Piglia, paru en 1980 en pleine dictature militaire, Respiration artificielle obtient un succès mérité. le rapport immédiat du texte avec L Histoire et les conditions politiques, les motifs qui scandent la composition de ce roman : persécution, exil, échec des idéaux..., en font un emblème de résistance. La sophistication de la forme ont projeté cette oeuvre dans les sphères des grands textes de la tradition littéraire argentine. Véritable laboratoire de l'écriture, où se mêlent avec brio récit d'enquête, genre épistolaire, discussion littéraire pour théoriser la culture argentine et relecture d'auteurs, ce roman talentueux affiche sa volonté de fonder une écriture avant-gardiste pour laisser place à l'audace des interprétations.
26. Conversation à ''La Cathédrale''
Mario Vargas Llosa
4.34★ (133)

Pérou Roman - Ce chef d'oeuvre de Vargas Llosa, à l'écriture rythmée et polyphonique, tisse une soierie aux fils littéraires enchevêtrés : les écritures comme les personnages se multiplient, la linéarité du récit se disloque, tout se dédouble, se rejette et se croise dans une cathédrale qui n'en est pas une, mais un bistrot où Zavalita, le héros, palabre avec l'ancien chauffeur de son père, rencontré par hasard, balayant dix années de leur vie comme de l'histoire sociale et politique du Pérou à l'ère de la dictature. Vargas Llosa empilent les ruptures temporelles et les perspectives en détraquant les dialogues, les pensées et les identités : ces changements discursifs peignent un puzzle de personnages dont les approches se multiplient, à la manière des cubistes. Ce procédé mené avec brio permet de démasquer les âmes comme les situations et les relations ; innocence, complicité, répression, médiocrité, corruption, manipulation et bonne conscience se percutent, les apparences trompeuses se retirent dans une constante quête de soi et du monde, avec une magistrale description du Pérou de l'inexcusable général Manuel Odría.
27. A l'ombre du loup
Eduardo Mignogna
3.90★ (11)

Argentine Roman - Véritable western patagonien, ces nouvelles s'enchaînent de manière fulgurante, dans une tension et une poésie rugueuse mais savoureuse. A Cuatrocasas, village de Patagonie perdu dans le néant d'une nature intraitable, dix-huit personnages diaboliquement humains prennent la parole pour dire que tout est crucial quand il est si difficile de vivre. Dans ce monde d'une sauvagerie fascinante, répugnante et poétique, le réalisme magique se taille une part de lion. Un régal de littérature latino-américaine.
28. Demain sera un autre jour
Juan Carlos Onetti
4.00★ (28)

Uruguay Roman - Dès les années trente naît, en Amérique latine, une nouvelle littérature issue d'un espace socio-économique neuf : la grande ville, accaparée par une haute bourgeoisie, concentrant réfugiés, exilés, étrangers, paysans sans terre, marginaux et hors la loi. Si Roberto Arlt scrute les bas-fonds et ses exclus absolus de Buenos Aires, avec une énergie atomique, la conclusion de cette dissection menant à la folie et la dépossession de soi, Juan Carlos Onetti décortique ici magistralement les mêmes recalés sociaux, mais à Montevideo. Dans une écriture lapidaire et élégante, Onetti aborde la déshumanisation des exclus et des marginaux en une série de quinze nouvelles, où la décadence gangrène les âmes, les coeurs et les destinées : une humanité autant anéantie par la vie que par le recours au rêve. Eternelle voie sans issue. Juan Carlos Onetti n'est pourtant pas pessimiste, mais déconcerté et inquiet. Et fasciné de cette inquiétude. Onetti disait : ma littérature est une littérature de bonté. En effet, sous le cynisme et la vénalité de ses personnages aux défaites interchangeables, pointe la compassion d'un auteur toujours en quête d'une « écriture innocente », subjective, où les liens tissés entre auteur, narrateur et personnages sont étonnamment emmêlés de complexité : Onetti est décoiffant.
29. Les lance-flammes
Roberto Arlt
4.09★ (69)

Argentine Roman - Dans la Buenos Aires des années 30, Roberto Arlt met en scène, avec son habituelle plume colérique et boxeuse, une galerie hallucinée de personnages qui se dépêchent de vivre, de tricher, de manipuler, de résister, de voler, de tuer, de rêver : de survivre. Tous dominés, marginalisés et battus d'avance par une métropole sans pitié pour ce défilé de canailles déjantées. Roberto Arlt est implacable avec ses personnages, mais il ne les déteste pas, il hait la déshumanisation. Dans une langue volontairement populaire, urbaine et incorrecte, déglinguée comme ses protagonistes, il fait saigner les déracinés solitaires dans une exclusion absolue, au sein d'une capitale qui semble concentrer toute l'histoire de l'Argentine et devient un personnage à part entière. Cette ville dominée par une classe possédante ne laisse aucune place aux émigrés et aux recalés sociaux : leur horizon absent les laisse aussi imprécis que sans perspective. Un terrible constat d'abjection que Arlt torture avec brio, où l'exclusion individuelle comme collective donne naissance à une nouvelle race d'hommes, ceux qui ont franchit la limite de la dépossession de soi.
30. Le Carnaval des innocents
Evelio Rosero
3.80★ (44)

Colombie Roman - Entre vaudeville et roman picaresque, Evelio Rosero dresse le portrait d'un médecin obsédé de Simon Bolivar et qui décide, pour le carnaval de sa ville, Pasto, au sud de la Colombie, de construire un char qui révélera la vraie nature du Libérateur. Entre optimisme burlesque et pessimisme bouffon, Evelio Rosero mélange joyeusement les genres, tourne en dérision, pousse ses personnages à se dévoiler, opte pour une construction théâtrale de son livre et nous enjoint à réfléchir sur les grands mythes qui peuplent nos cultures.
31. Santa Evita
Tomas Eloy Martinez
3.39★ (70)

Argentine Roman historique et fictionnel - Certainement son oeuvre la plus lue, Santa Evita reprend les mêmes procédés littéraires (la reconstitution fictionnelle) à l'origine du livre le Roman de Perón (La novela de Perón), écrit quelques années auparavant. Tomás Eloy Martínez s'appuie sur documents et témoignages mais accentue fortement l'invention pure. le résultat est passionnant, mélangeant sources variées, registre du nouveau roman historique et fiction autoréfléchie. Le décès d'Eva Perón et sa dépouille embaumée aux mains des forces militaires sert de trame de départ à un captivant récit sur le parcours du personnage politique le plus mythique et le plus controversé d'Argentine. Le style narratif de l'auteur, souvent poétique, construit une belle intrigue fictionnelle et historique aux stratégies de roman policier, presque labyrinthiques, interrogeant l'Histoire de l'Argentine.
32. Tierces personnes
Rafael Menjivar Ochoa
5.00★ (5)

Salvador Roman - C'était son livre favori. Rafael Menjivar Ochoa disait de lui : c'est le livre que j'aurais aimé qu'on écrive pour moi, reconnaissant par là sa tendance au dédoublement, lui l'écorché paranoïaque et sa relation passionnelle avec la mort. Tierces personnes est une galerie de portraits désespérés, slalomant entre la mort, la solitude, la folie, la réclusion et l'hallucination, tous étrangers à leur propre existence, tous partie d'un même être humain, d'une même vie : ils n'en sont que des facettes différentes. Véritable chercheur en littérature expérimentale, Rafael Menjivar Ochoa observe ses personnages tels des rats de laboratoire lâchés dans un labyrinthe. Une suite de variations sur l'enfer, dans lesquelles l'auteur révèle la tragique condition humaine : un livre incandescent.
33. Avec et sans nostalgie, nouvelles
Mario Benedetti
4.12★ (7)

Uruguay Nouvelles - Une suite de récits mi légers, mi fragiles, ironiques et plein d'humour, sans époque définitive, où le grand Mario Benedetti réunit ses thèmes de prédilection : l'exil, la solidarité, l'amour, le désamour, le temps, la frustration, la torture, l'incommunication dans un monde en perpétuel conflit. Son écriture volontiers polyphonique souligne chaque récit avec l'usage de l'allégorie pour consolider le contenu narratif. Si le style est grandiloquent quand il évoque les puissants et les militaires et plus simple et discret quand il évoque ceux sur qui s'exerce cette puissance, c'est parce que Mario Benedetti prend parti : il fait le choix de sembler partial pour mieux transmettre à tous ce que ses protagonistes et leurs douleurs de vivre ont d'universel.
34. Lettres à un jeune romancier
Mario Vargas Llosa
4.10★ (77)

Pérou Essai fictionnel - Ecrire est une très intense façon de vivre, disait Mario Vargas Llosa. Lire cet essai (qui n'en est pas un : la fin nous renvoie à une pirouette vargassllossiène comme disent les péruviens) le lire donc de façon littérale, comme un guide de stratégies littéraires pour écrire un roman, c'est tomber dans le piège tendu par l'auteur. Ce qu'il propose en conseils d'écriture pour réaliser une fiction est appliqué à ce livre même. La presse latino-américaine en a explicitement parlé à la sortie de ce livre : prêter à l'auteur la prétention de faire un guide du bon romancier, c'est n'avoir compris ni Vargas Llosa ni sa littérature. Mario Vargas Llosa, qui ne sait écrire qu'avec la totalité de sa personnalité, évoque son oeuvre, ses élans créatifs et ses inspirateurs littéraires par le biais de la fiction, comme toujours : ces lettres sont fictives et le destinataire est un protagoniste fictif. Ses conseils très judicieux et limpides ne sont qu'un prétexte à écrire sur son écrit, donc à parler de sa vie et de lui-même, et d'abord et avant tout de la lecture, puisque le lecteur préexiste dans l'écrivain qu'il est. "La chose la plus importante qui me soit arrivée dans ma vie est d'apprendre à lire", disait-il. Imitant pour le titre de ce livre celui de Rilke, il en fait un autre travail pour un autre objectif. Mario Vargas Llosa est resté profondément sartrien dans sa vision du rôle de la littérature comme instrument de connaissance pour changer le monde, même s'il a pris ses distances avec l'idéologie sophiste d'un Sartre capable de démontrer tout ce qu'il croyait et de croire tout ce qu'il démontrait. Pour Vargas Llosa, aujourd'hui plus proche de Camus, la littérature (et la sienne) est un mode d'expansion de la vie (de sa vie) où l'imagination (la fiction) "permet de remettre en ordre le chaos du monde". Egalement mode de connaissance secrète sur le désir, le rêve et la fantaisie, sa littérature est aussi un acte de rébellion qui défie le réel puisque, pour lui, la langue écrite opère la réalité. Ces Lettres à un jeune romancier sont adressées par l'auteur à lui-même et les lire est un des meilleurs moyens d'aborder la profondeur formelle et sensible de sa littérature.
35. Palinure de Mexico
Fernando del Paso
4.05★ (31)

Mexique Roman - Le Palinure de Fernando del Paso est un univers narratif en soi, véritable jeu de piste époustouflant, d'une érudition hors du commun, conviant le lecteur à partager un délire littéraire dans la cour des miracles qu'est Mexico. Fernando del Paso trace la trajectoire d'un étudiant en médecine, amoureux fou de sa cousine, qui achève son périple, en octobre 1968, lors des évènements de la place des Trois-Cultures à Mexico. Tout est navigation à la dérive dans cette oeuvre, les déclinaisons et variations transforment phrases, chapitres et paragraphes, avec le corps et l'amour pour ancrage. Dans ces pérégrinations cauchemardesques, c'est la dynamique érotique qui fait triompher la vie. L'auteur explore avec jubilation une multitude de procédés d'écriture, dont la poésie, pour exorciser les risques d'éclatement et de morcèlement du corps. A la menace de l'histoire, la fragilité des êtres et la précarité de la condition humaine, Fernando del Paso multiplie les lumières du rêve et de l'érotisme, invitant une inépuisable dynamique du langage : pour lui, l'écriture dit les forces de la vie.
36. L'intempérie
Pedro Mairal
3.58★ (11)

Argentine Roman - Avec cette mystérieuse intempérie qui s'abat sur l'Argentine, Pedro Mairal travaille les mémoires et le pouvoir de renaître au silence, bâtit une métaphore hallucinante des crises récentes mais aussi toutes celles traversées par son pays au cours de son histoire, mais surtout, au travers de ces martyrs à qui la répression ne laisse qu'un oeil, Mairal laisse dans le sillage de ce livre l'image même de l'écrivain : écrire envers et contre tout, pour dire.
37. L'homme en arme
Horacio Castellanos Moya
3.60★ (27)

Salvador - Horacio Castellanos aborde la guerre civile au Salvador au travers de la vision crue et cynique d'un ex-soldat, sans illusion, égaré dans une violence ahurissante. L'auteur porte un regard sans concession sur la société centraméricaine contemporaine - regard critique que l'on retrouve dans ses essais. Son style est net, efficace, proche de la dissection, souvent insoutenable et très journalistique, ce qui donne à ses récits un souffle documentaire les rendant effroyablement réels.
38. L'Ange boiteux
Rodrigo Rey Rosa
3.88★ (14)

Guatemala Roman - Rodrigo Rey Rosa, avec un style étonnant qui frappe à l'estomac, engendre ici l'histoire de la descente aux enfers d'une bande de jeunes truands et du fils d'un riche propriétaire qu'ils ont kidnappé. La violence est un véritable protagoniste et manipule des personnages sans repère qui ne peuvent lui échapper, jusqu'à ce qu'elle devienne un comportement, bien plus qu'un moyen. Cette dérive de quelques individus est une allégorie de celle du Guatemala, où la violence est un sport national institutionnalisé par un Etat bien plus truand que ces jeunes paumés et à qui, finalement, il donne l'exemple.
39. Le bal des masques
Sergio Ramirez
2.83★ (7)

Nicaragua Roman - Lauréat du Prix Laure Bataillon en 1998 pour ce livre, le bal des masques, Sergio Ramirez signe une oeuvre très théâtrale, confinant un défilé de protagonistes dans un même espace qui comprime les esprits et oblige à la confidence. Tous et toutes se dévoilent, dans une sarcastique ritournelle de petites infamies et dressent une scène loufoque de leurs moeurs, obsédées d'égoïsme et d'intérêt personnel, tandis que le pays sombre dans la violence.
40. Mon ange
Guillermo Rosales
3.90★ (220)

Cuba Roman - Je dis que ce livre est sauvagement torturé, culotté et brutal, courageux, sordide, amoral et détraqué. Je dis qu'il a l'odeur fauve de cuir crasseux d'un ring des quartiers portuaires de Valpo, le goût aigre et dépravé du vomi dont la gueule béante des exilés de tout recouvre les détenus. Je dis qu'il frappe d'humanité, de vide, de soumission, d'absence, de folie, de survie à tout prix comme les bastons scélérats à creux de dix mètres au large d'Unimak Island, je dis que ce livre arbore cette tignasse pouilleuse de petit saligaud qui casse les vitres de nos évidences... (PSM)
41. La Traversée secrète
Carlos Victoria
3.50★ (14)

Cuba Roman - D'inspiration autobiographique, La traversée secrète est un roman d'apprentissage, narrant le parcours initiatique de Marcos, étudiant à la Havane, confronté aux doutes quant à la justesse de la cause révolutionnaire, aux dangers et aux écueils d'une société castriste à la morale psychorigide et perverse, mais amoureux de son île. Si le ton est ironique et désabusé, l'écriture est rythmée et particulièrement inspirée et les dialogues chatoyants de justesse. En quête d'une réconciliation avec lui-même, Carlos Victoria laisse cette allégorie à ses lecteurs : notre vie est comme une bouteille à la mer, porteuse d'un message illisible, flottant vers une destination inconnue.
42. Avant
Carmen Boullosa
4.00★ (6)

Mexique Roman - Second roman de Carmen Bullosa, Avant expérimente la narration comme un jeu teinté d'autobiographie. Ce témoignage d'une fillette devenue conscience fantasmagorique, fragmentée entre les souvenirs et la mort, se trame avec un turbulent Mexico des années 50 comme toile de fond. Toujours à la lisière de la folie, cette histoire schizophrène nous emmène dans les méandres imaginaires, féconds mais chancelants d'une enfant habitée de voix et de visions. Remarquablement construit selon un montage anachronique de souvenirs, ce livre suit un fil conducteur dicté par les peurs et la confrontation avec les hallucinations, entraînant le lecteur dans une confidence étonnante.
43. L'art de la résurrection
Hernán Rivera Letelier
4.09★ (35)

Chili Roman - Un décor de solitude immuable : le Chili du Nord, où tout est à bout de souffle, la fièvre minière du salpêtre, un paysage quasi biblique, fait pour la révélation : Hernan Rivera Letelier plante une fresque proche du fantastique. Ne manque qu'un Christ. Domingo Zárate Vega sera celui-là : un clochard céleste avant l'heure, le Christ d'Elqui, aidé par des apôtres chômeurs et dont les miracles ne fonctionnent pas, cumulant les moqueries. En quête d'une Marie-Madeleine pieuse et pas farouche, c'est Magalena Mercado, prostituée mystique qui fait crédit, qui jouera ce rôle. Le Messie réincarné et son équipage de prédicateurs, sincères, ridicules, à la morale volontiers élastique et follement courageux, débordent d'humanité, de poésie et de délire, aussi fous que ce livre picaresque, croustillant et drôle. Hernan Rivera Letelier utilise ici à merveille la ressource esthétique du rire et de la folie pour engendrer une vision critique des conditions sociales des mineurs du salpêtre et de la dictature des possédants comme celle des gouvernants. Il sort également la religion de son abri, l'église, et l'expose aux hommes, au désert de son origine, sans artifice possible. Le résultat est bluffant.
44. Les bas-fonds du rêve
Juan Carlos Onetti
3.72★ (76)

Uruguay Nouvelles - Juan Carlos Onetti signe treize récits étincelants, tous affiliés à la ville imaginaire de Santa Maria, non-lieu archétypal de l'espace urbain exotique, à l'orée de l'enfer. Il trace les trajectoires de personnages louches aux contours décalés et à l'identité trouble que le narrateur observe et fréquente dans les lieux chers à la littérature d'Onetti : les bas-fonds, leurs vices, leur dénuement et leur perdition. Juan Carlos Onetti décortique ici la construction de la fiction, scrute l'origine de la création et le pouvoir de la narration au sein même des bas-fonds de l'âme, là où rien ne compte, où tout est possible. D'un puzzle morcelé de rêves débridés, Onetti empile, recolle, joint, change, superpose jusqu'à la brume, le flou, la contradiction, l'anéantissement de l'histoire : il propose de dessiner l'anatomie de la création littéraire.
45. L'amour désenfoui - Cartes postales des tropiques avec femmes
Jorge Enrique Adoum
4.12★ (10)

Equateur Poésie - Construit comme une fiction romanesque, ce long, intense et étonnant poème philosophique, empli d'érotisme et de réflexions sur le paradoxe de la fugacité et de l'éternité de l'amour, se déploie autour de la découverte archéologique d'une sépulture, celle des Amoureux de Sumpa, deux squelettes en position amoureuse dans un cimetière précolombien équatorien. Trois temps forts traversent l'écriture poétique de Jorge Enrique Adoum dans cette oeuvre : l'amour, le langage et l'ironie. Une voix narrative poétique, absorbée dans la contemplation des amants chargés d'Histoire, symbolisant le passé, admire leur innocence et leur absence de sacralité, révélant un conflit interne au regardeur, celui de l'insatisfaction et du désordre émotionnel de l'homme contemporain. A partir de cette vision désenchantée, le poète interroge la notion d'éros, sorte d'instance primordiale enchâssée dans un temps cosmique. Les amants de Sumpa, dans leur nudité spirituelle et leur éternelle jeunesse, ont rencontré la mort dans le plaisir et ont atteint à tout jamais l'éternité, loin de l'homme moderne aux amours fugaces et à la culpabilité permanente. Ironiquement, Jorge Enrique Adum dénonce cette artificielle culpabilité imposée par une société dont le système de valeurs dénie tout amour et érotisme. le poème devient alors une invitation au retour à la pureté initiale déculpabilisée. Reste le pessimisme de l'auteur qui clôt ce superbe poème, attendri par les Amoureux de Sumpa, mais empli de la triste certitude que l'homme moderne est voué à ne plus savoir aimer. Cette oeuvre très originale éclaire une dimension d'importance de la poésie de Jorge Enrique Adoum : le langage. Ici, l'amour et les corps des amants sont langage et grammaire. Leur état initial d'innocence devient une sorte de pré-langage pur mais aussi silence des signes, que cette poésie finalement risque de corrompre.
46. Glose
Juan José Saer
3.95★ (148)

Argentine Roman - Véritable prouesse narrative, le roman Glose biaise son approche du Banquet de Platon et de l'Ulysse de Joyce et réussit une perspective littéraire qui marque l'œuvre entière de Saer. Deux jeunes gens déambulent et conversent le long de l'avenue centrale d'une ville de province argentine. Cette conversation reconstruit de façon mouvante et humoristique une fête d'anniversaire à laquelle aucun des protagonistes n'a assisté. Juan José Saer met en scène l'insaisissabilité du réel et de l'être, l'incertitude qui imprime tout récit, tout souvenir et toute tentative de connaissance du passé. L'impossibilité narrative sous-tendue par l'intrigue centrale crée paradoxalement un récit ardent du destin individuel et collectif des humains, confirmé par l'évocation du futur qui les attend sous la dictature militaire des années 70. Ironisant sur un discours philosophique et une perception mélancolique du monde qui caractérisent toute sa littérature, Juan José Saer réussit dans Glose une construction formelle d'une rigueur absolue, une sophistication inouïe de l'écriture dont se dégagent une émotion et un humour qui font de cet ouvrage une œuvre maîtresse.
47. Altaigle
Vicente Huidobro
4.33★ (10)

Chili poésie - Altaigle, long poème eschatologique de plus de deux mille vers d'une beauté parfaitement maîtrisée, invite à l'enfance de la vie, la vie primordiale, aux origines de la langue, au chaos premier de la pensée, comme une aventure dans et par le langage où le poète est à la fois maudit, destructeur et créateur. Suite de ruptures et de vertiges vers une progressive désarticulation, Altaigle est à l'image de la crise religieuse du poète, de la crise politique et guerrière du monde et salue l'espoir d'une révolution, celle de Russie puis évolue vers un véritable anarchisme de la langue, sa liberté. Ecrit sur une période de 12 ans, Altaigle regroupe toutes les expériences poétiques de Huidobro.
48. Le recours de la méthode
Alejo Carpentier
4.56★ (45)

Cuba Roman - Pour Alejo Carpentier, l'expérience latino-américaine est un tout. Ce livre brillantissime n'échappe pas à cette règle. Son héros extravagant, le Premier Magistrat, archétype de tous les tyrans, est entre deux mondes : Paris où il mène grand train avec un visage mondain et son pays latino-américain où il réprime brutalement toute opposition. Lors d'une première rébellion, sa route dictatoriale va croiser celle d'un étudiant, lui aussi archétypal, allégorie de tous les révolutionnaires utopistes. le dictateur, cartésien dans ses discours, barbare dans sa répression, perd peu à peu de son hégémonie, à la faveur d'une seconde rébellion, laissant un espoir politique provisoire à l'étudiant. Anticartésien, l'ordonnancement des sept chapitres suit le fil conducteur chaotique de carnavals, massacres et autres scènes de carnage où la chronologie et l'espace, bousculés, permettent toutes les identifications à tous les régimes autoritaires d'Amérique Latine. Alejo Carpentier, toujours à distance du passé, pose le présent comme seul temps possible pour les changements, temps que l'être humain doit réinvestir pour ne pas s'enfermer dans une répétition des expériences passées. Avec sa langue baroquisante et son humour décapant, Alejo Carpentier met l'écriture au service de la dénonciation des abus de pouvoir et de la répression notamment des intellectuels dont le passage en prison, en Amérique Latine, fut presque un passage obligé.
49. L'employé
Guillermo Saccomanno
3.85★ (61)

Argentine Roman - Ce roman d’anticipation, terrible dystopie où le protagoniste n’a qu’un nom, l’employé, pour le désigner, est une formidable évocation de l’univers saccomannien : déshumanisation institutionnalisée, étouffement et écrasement d’un monde implacable et chaotique, sclérosé et désespérant, noirceur des âmes et valeurs humaines décharnées... Pris dans un étau existentiel, professionnel, familial et social, où l’environnement est hallucinant de pression, de peur, de traitrise, de lâcheté, d’aliénation et de violence, l’employé doit choisir entre confort d’une routine vide de sens, faisant de lui un soldat du quotidien, et échappée belle. Cette évasion ne peut être que sentimentale, dernier recoin de valeurs sauvegardées : c’est à l’intérieur de l’humain que règnent les derniers possibles, c’est bien le rêve qui est subversif parce qu’il est l’ultime danger dans un système déshumanisé. Guillermo Saccomanno qui a connu la dictature argentine de Videla, dépeint un monde semblable au nôtre où la compétition, les comportements prédateurs et le conformisme dominent sur l’empathie : le même monde, mais poussé au bout du bout de sa logique humainement mortifère. Terrifiant comme une tragédie annoncée.
50. Tous sangs mêlés
José María Arguedas
4.06★ (16)

Pérou Roman - Ce roman passionnant et ambitieux d'Arguedas est une oeuvre à plusieurs voix très réussie sur le thème du Pérou en pleine mutation à la fin des années 1950 et plus particulièrement la région andine, annonçant la fin d'une domination terrienne coloniale et l'avènement d'un capitalisme industriel soutenu par de grands intérêts internationaux. L'intrigue de cette oeuvre , écrite comme un vaste poème épique, se développe autour d'un axe central incarné par deux frères, l'un entrepreneur ambitionnant la modernisation économique du Pérou, et l'autre frère grand propriétaire terrien conservateur. José Maria Arguedas évoque avec brio l'effritement du pouvoir terrien au profit d'un nouveau capitalisme, celui très prédateur des grands trusts miniers et les conséquences sociales et économiques pour les populations indiennes prolétarisées. De multiples voix assurent la narration de ce roman, illustrant à merveille une société péruvienne en tension et devenue terriblement conflictuelle. Tous sangs mêlés consacre surtout l'avènement d'un mouvement indigène qui prend conscience de ses valeurs communautaires, de son identité comme de son exploitation et s'ouvre à la révolte. En tentant de comprendre les grandes mutations de son pays, Arguedas révèle combien il souhaite un Pérou réconcilié dans toutes ses identités.
51. Fausses manoeuvres
Rafael Cadenas
3.12★ (5)

Vénézuela Poésie - Une écriture portée par le mysticisme et un certain orientalisme. Une dimension religieuse consubstantielle au langage s'affirme dans cette oeuvre marquée par une réflexion sur le moi en tant que réceptacle de la condition humaine universelle.
52. Paysan sans terre
Eduardo Caballero Calderón
4.00★ (1)

Colombie Roman - Dans ce roman écrit en 1954, Eduardo Caballero Calderón brosse le portrait accablant des paysans maintenus dans la plus grande misère par ceux qui possèdent sans partage la terre depuis des siècles, avec la collaboration des chefs locaux. Ces grands propriétaires attisent les haines entre paysans conservateurs et libéraux qui se lancent dans une guerre fratricide.
53. La femme au linceul
Maria Luisa Bombal
4.00★ (11)

Chili Roman - Avec une écriture raffinée et dépouillée, Maria Luisa Bombal crée une atmosphère étrange et inquiétante où tout se délite : les rapports au sein du couple, la communication entre les êtres, les espérances. Ne restent que l'aliénation, l'enfermement de l'être et l'hallucination. Des thématiques récurrentes dans son oeuvre, considérée comme la première en Amérique Latine à manifester des tendances surréalistes.
54. La Venta : Précédé de Parole obscure
José-Carlos Becerra
4.12★ (5)

Mexique Poésie - On a vu dans La Venta la «sensualité totalisante» à laquelle parvient enfin Becerra, le livre «fondamental» et encore «l'un des meilleurs que sa génération ait produits». José Joaquín Blanco affirme que ce livre rend presque inutiles les autres. Moi je vois dans ce poème une rupture et aussi la continuation de sa poétique, en laquelle il est évident qu'il avait assimilé l'héritage de la tradition puis était parvenu à se couper d'elle. Il y a chez Becerra une intensité de vie qui se manifeste dans ses poèmes de diverses manières. Dans la voracité du vers long qui s'étend sur le papier comme une tache dans le vert infini de la terre de Tabasco. Dans son discours interminable l'homme parle avec la nature et avec les «autres». Dans La Venta se distingue un appel venu des racines de cultures déjà ensevelies, que le poète a perçu sans pouvoir résister : c'était l'appel de la mort, celui justement auquel il a répondu sur la route de Brindisi un jour du printemps 1970. - Alvaro RUIZ ABREU
55. Bomarzo
Manuel Mujica Lainez
4.60★ (52)

Argentine Roman - Adepte d'une littérature historique très documentée, Manuel Mujica Lainez brosse un portrait envoûtant de l'extravagant aristocrate italien Pier Francesco Orsini. Ce livre, paru en 1962, habité pat de nombreux personnages historiques, riche de références et de citations érudites rompt avec les récits essentiellement centrés sur l'Amérique Latine. Avec Bomarzo, l'auteur entame une trilogie européenne, s'ouvrant à un humanisme plus universel. le narrateur semble être Orsini lui –même et joue avec l'unité temporelle donnant à L Histoire une conception moderne : elle contient des versions multiples, voire contradictoires. Un roman passionnant à l'esthétique sophistiquée, comme le siècle des sculptures du Bois sacré de Bomarzo.
56. Le Paradis, c'était nous
Rosa Beltran
4.00★ (4)

Mexique Roman - Ce second roman de Rosa Beltran est une satire acerbe de la classe moyenne mexicaine de la fin du 20ème siècle, et viatique par lequel Rosa Beltran met l'accent sur ce qu'elle considère comme une crise socio-culturelle traversée par son pays et vécue à travers la cellule de base qu'est la famille.
57. Juan de la Rosa
Nataniel Aguirre
3.00★ (2)

Colombie Témoignage historique - Oeuvre hybride entre le témoignage socio-historique et les mémoires d'un colonel vétéran, marquée par le romantisme, souvent manichéenne, exaltant le patriotisme des indépendantistes républicains. L'intérêt de ce livre procède dans la volonté de relater les faits au plus près de la réalité (soulèvement pour l'indépendance de Cochabamba), vu par les yeux d'un enfant, Juan de la Rosa : mort de sa mère, répression espagnole, résistance, déroute et victoire. L'auteur crée une tension entre vie intime et destinée nationale, n'hésitant pas à évoquer la bravoure des femmes qui ont lutté contre la cavalerie de Goyeneche. Nataniel Aguirre a de toute évidence réussi à semer les ferments du destin historique national de la Bolivie et cette oeuvre lui offrira la postérité.
58. Hechos consumados : Teatro 11 obras
Juan Radrigán
3.40★ (5)

Chili Théâtre - Le théâtre de Juan Radrigán a pour pivot la marginalité sociale et existentielle, autour de laquelle se déploient ses personnages, dans une atmosphère chargée des destins tragiques des humains et de leur désespoir. C'est aussi un théâtre politique qui évolue dans le contexte de la dictature chilienne où Pinochet a instauré un libéralisme économique très abrupt et dévastateurs pour les perdants du capitalisme globalisé. Des dialogues vifs et populaires accentuant le drame de la marginalité, souvent étonnement philosophiques, des situations épurées aux décors dépouillés, s'enroulent autour d'une domination sociale conflictuelle, mais aussi une quête exacerbée de dignité où personne n'échappe à sa condition sociale et surtout culturelle. Radrigán a été le premier au Chili à élire les parias sociaux comme personnages centraux de ses oeuvres théâtrales, utilisant le langage oral populaire pour mieux développer chez ses personnages comme ses lecteurs ou spectateurs une vision critique de la modernité ainsi qu'une conscience de soi et de l'identité chilienne quand ce pays s'abreuvait au pire de son Histoire politique et sociale : l'ère Pinochet.
59. La gloire de Don Ramiro
Enrique Rodriguez Larreta
4.00★ (3)

Argentine Roman historique - Ce roman historique, consacré par la critique de son temps et fondé sur un long travail de documentation, raconte la vie au temps de Philippe II (16ème siècle), d'un jeune hidalgo velléitaire qui mène, d'Avila jusqu'en Amérique, une vie marquée par le crime et le parjure. Eclairé par la rencontre avec Rosa, la future sainte de Lima, il est frappé par la grâce peu avant sa mort. S'inspirant de Walter Scott, notamment du goût de celui-ci pour les rebondissements, mais également du réalisme et du naturalisme français, Enrique Rodriguez Larreta verse surtout dans cette oeuvre tout l'esprit du modernisme : exaltation de la forme et goût pictural pour l'artifice, raffinement aristocratique et archaïsme érudit, descriptions précieuses et surtout érotisme morbide.
60. La Mort à Véracruz
Héctor Aguilar Camín
3.80★ (10)

Mexique Roman - A travers l'enquête menée par le narrateur, l'auteur aborde avec acidité les grands problèmes de la vie sociale et politique du Mexique contemporain, comme la question du pétrole et son omnipotence économique. Certainement le meilleur dans la lignée des polars politiques mexicain, ce livre fait preuve d'une narration vertigineuse qui révèle un langage des bas fonds politiques pour initiés, dont Héctor Aguilar dénonce les stéréotypes, en opposition avec l'écriture épurée qu'utilise le narrateur : l'écriture est tendue à souhait, à l'image de la violence et des tensons politiques qu'il décortique. Les dialogues parfaitement maîtrisés individualisent chaque personnage et le livre ne tombe jamais dans le manichéisme ou les généralisations, évitant le jugement moral : même le narrateur est porteur de contradictions. La lutte pour le pouvoir, les contre pouvoirs, les conspirations, les pulsions, les passions, tout s'oppose à tout, tout se confronte, chacun est au service de sa propre logique et vision du monde : tout est inquiétant dans cet ouvrage déstabilisant, de l'absence d'éthique jusqu'à la mort, en passant par la soumission.
61. Entre Marx et une femme nue : Texte avec personnages
Jorge Enrique Adoum
3.83★ (8)

Equateur Roman - Ce livre consacre Jorge Enrique Adoum en tant que romancier soucieux d'identifier les conflits engendrés par une vie et une histoire politique mouvementée, souvent cruelle et la violence d'une société aliénante. S'il dénonce les déchirements et les souffrances des nations et des peuples latino-américains, soumis par le patriarcat rural, exploités par l'industrialisation et atomisés de misère dans les bas-fonds urbains, il s'en prend également aux mouvements de gauche qui souhaitent soumettre la culture à une idéologie et réduire l'écriture à un instrument. Jorge Enrique Adoum, féroce, parfois amer, renvoie dos à dos les idéologies qui optent pour la sclérose là il faut ouverture au monde. La forme et la poésie de l'écriture sont ardentes et amènent avec talent une réflexion de fond sur la politique mais aussi sur le métier d'écrivain.
62. Frutos de mi tierra
Tomás Carrasquilla
4.00★ (3)

Colombie Roman - Ce premier roman de Tomás Carrasquilla, publié en 1896, s'inscrit dans le courant régionaliste et réaliste. Il excelle dans la description des coutumes paysannes colombiennes de la région d'Antioquia. Une galerie de protagonistes, menuisier, sorcière, prêtre ou magicien donnent des couleurs très typées à sa narration. Carasquilla exalte le caractère jovial et entreprenant de ses personnages ruraux, s'inspirant de légendes de la tradition orale. Cette forte présence de l'oralité a eu un impact fort sur toute la production écrite de cette époque. Dans ce roman, Tomás Carrasquilla montre également sa méfiance à l'égard d'une modernité et d'une industrialisation qui s'annoncent, avec un sentiment de nostalgie pour la vie rurale et de la perte de sa culture orale. Peut-être Carrasquilla est-il aussi la voix d'une société paternaliste traditionnelle menacée par une nouvelle économie.
63. Pájinas Libres
Manuel González Prada
4.00★ (2)

Pérou Essai - Véritable sociologue positiviste, Manuel Gonzalez Prada dissèque un pays humilié par la défaite de la guerre du Pacifique. Il crée une oeuvre intransigeante, significative d'une révolte croissante, d'abord contre sa propre classe, l'aristocratie, puis contre toutes les injustices et les oppressions. le prolétaire, et en particulier l'indigène, est au coeur d'une espérance régénératrice qui dépasse le patriotisme pour acquérir une dimension universelle. Faisant de la connaissance l'instrument privilégié de l'émancipation et de l'élévation morale, l'auteur exhorte l'élite intellectuelle à transformer une société engluée dans la mentalité coloniale.
64. Abolition de la mort
Emilio Adolfo Westphalen
4.00★ (5)

Pérou Poésie - Publié en 1935, ce deuxième recueil de poèmes d'Emilio Adolfo Westphalen est certainement l'une des formes les plus achevées de la poésie péruvienne du 20ème siècle, par sa manière personnelle d'intégrer les influences avant-gardistes et d'exploiter toutes les possibilités expressives de la langue espagnole. Composé de 9 longs poèmes, ce livre est tel un flot continu d'images et refuse la logique discursive pour progresser par des variations et des répétitions : au centre de cette réalité qu'il transfigure, l'auteur place la femme-enfant aimée, récréant un présent qui repousse le temps et la mort.
65. Hablar soñando
Eduardo Carranza
4.00★ (2)

Colombie Poésie - Cette anthologie de la poésie d'Antonio Carranza montre à quel point il fut influencé par Valéry et Eluard, mais aussi par les poètes espagnols de la génération de 1927. S'il emprunte à ces derniers leur force d'expression, son inspiration vient également de Neruda et Huidobro. Son oeuvre a largement contribué à la rénovation de la poésie colombienne, mettant fin au modernisme. Sa poésie reste cependant suggestive et mélancolique, et les plaines orientales de son enfance marqueront fortement le tempérament très personnel de son oeuvre.
66. L'Amérique latine face à l'histoire
Leopoldo Zea
3.83★ (3)

Mexique Essai philosophique - Pour Leopoldo Zea, disciple du philosophe espagnol José Gaos, la philosophie n'est pas une activité décontextualisée purement spéculative ou cognitive, mais elle doit déboucher sur une action et une politique et s'appuyer constamment sur L Histoire pour en élucider philosophiquement les cas concrets qu'elle lui propose. Dans cet essai passionnant, Leopoldo Zea refuse l'affirmation hégélienne selon laquelle l'Amérique n'a pas inventé ni produit mais s'est contenté d'imiter et propose l'intégration de l'Amérique latine et la reconnaissance du continent dans le concert global des nations. Dans la même veine positiviste que José Gao et revendiquant le droit à l'altérité, Leopoldo Zea se réclame d'une philosophie de l'histoire latino-américaine comme philosophie du combat pour la liberté.
67. Tratado de las sensaciones
Arturo Carrera
3.33★ (3)

Argentine Poésie - “Tratado de las sensaciones” est un livre important dans l'oeuvre d'Arturo Carrera, écrit dans la continuité du précédent, El vespertillo de la parcas. Ces deux oeuvres se lient et se lisent comme des liens de parenté : El vespertillo est le livre des femmes, des mères, des soeurs… et le traité est celui des hommes, des pères, des frères… Identité et filiation sont des obsessions qui couvrent ces oeuvres, avec des recours subtils à l'enfance, aux naissances, l'étonnement des pères d'être pères. Sa poésie lumineuse est comme le résultat d'une investigation personnelle où culmine une philosophie de la composition, dans un répertoire d'anecdotes d'enfance dont les sensations priment sur les faits. Une sorte de rêve de souvenir à propos duquel Arturo Carrera s'impose une réflexion profonde sur le travail poétique.
68. Le Partage des eaux
Alejo Carpentier
4.07★ (442)

Cuba Roman - Fruit de ses excursions dans la grande savane vénézuélienne et champ d’expérimentation de son réel-merveilleux, ce roman d’Alejo Carpentier relate les aventures d’un musicologue qui fuit la grande ville déshumanisée et découvre un prometteur continent vierge et idéalisé, véritable voyage introspectif dans l’espace et le temps. Le monde américain primitif y est magnifié pour les potentialités qu’il recèle. L’écriture hautement érudite, le mystère du récit, les références mythologiques enlacent le lecteur pour mieux le déstabiliser et l’emmener dans une quête orphique. La langue narrative est incroyablement caribéenne, faite de dérives baroques et de distorsions, rythmée par la répétition de motifs telle une respiration. Ce voyage aux confins de l’humanité, du temps et de la musique s’effectue par étape, chacune spatialisée, dont l’histoire, la géologie et la culture semblent cristallisées et dont la composition romanesque devient la métaphore d’un temps mythique. Ces étapes sont autant de caps existentiels que le voyageur franchit. Lui-même enchâssé dans un temps comme suspendu, il revient en lui-même sans échapper à l’échec, notamment sentimental, mais poursuit ses « pas perdus ». Ce voyage qu’Alejo Carpentier nous invite à partager nous signifie que nous sommes contemporains de tous les temps de l’homme et que l’opposition entre civilisation et barbarie est vaine. Ce monde des « pas perdus – pasos perdidos » où le temps, l’espace, les valeurs, le progrès sont bousculés raconte un univers latino-américain résolument hybride, remettant en cause la solidité d’une modernité univoque, orpheline de ses origines. Le partage des eaux a contribué à installer la notoriété internationale d’Alejo Carpentier. A très juste titre.
69. Juvenilia
Miguel Cané
3.00★ (2)

Argentine Roman - Cette oeuvre littéraire autobiographique de 1884 trouve son origine dans les souvenirs nostalgiques de l'adolescence de Miguel Cané, au collège national de Buenos Aires. Un personnage lui sert de guide intellectuel, un professeur français, haut en couleur et anticonformiste : Monsieur Jacques. Avec une prose sensible et expressive, Cané retranscrit émotions et situations, dont le témoignage sur une époque de l'histoire argentine trouve ici toute sa valeur. Juvenilia reste l'expression romanesque la plus achevée de cette génération aux accents naturalistes.
70. Miroir aller retour
José Triana
3.12★ (4)

Cuba Poésie - Moins fulgurante que son théâtre, la poésie du cubain José Triana est comme lui : modeste et solitaire. D'une infinie simplicité, son art poétique discret et subtil jour avec l'image qui elle-même joue avec l'être humain. Interrogation sur l'être, le paraître, l'imaginaire et le vrai, voir et deviner, rien ne semble intangible et fixe dans la poésie de José Triana, ni l'individu, ni l'universel.
71. Le monde hallucinant
Reinaldo Arenas
4.17★ (44)

Cuba Roman - Roman multiforme, autobiographique, d'aventure et historique, le monde hallucinant est un récit singulier d'une énergie langagière et d'une richesse narrative époustouflantes. Ce récit aux allures volontairement picaresques retrace les tribulations, au début du 19ème siècle, du prêtre dominicain mexicain Fray Servando Teresa de Mier, connu pour avoir été exilé et persécuté par l'Inquisition en raison d'un fameux sermon aussi iconoclaste qu'hérétique, défendant la thèse d'une Vierge de Guadalupe apparue au Mexique bien avant l'arrivée des Conquistadors. Prétexte à un récit où les chapitres sont classés de façon fantaisiste, ces mémoires apologiques du religieux recèlent transpositions, inventions, fictions, où les souffrances endurées par Fray Servando Teresa de Mier évoquent celles de Reinaldo Arenas lui-même. Entre péripéties burlesques et situations parodiques, décalages, déséquilibres et contradictions, viennent se glisser des éléments autobiographiques de l'auteur, conférant au roman des élans tragiques et subversifs. Nulle réalité définitive professée sur la vie de ce prêtre, mais des versions parfois paradoxales des évènements qui font un pied de nez aux discours dominants des pouvoirs, prétendument détenteurs d'une vérité incontestable, que Reinaldo Arenes vient comme à son habitude renverser. C'est profond, baroque et magnifiquement dissident.
72. Evaristo Carriego
Jorge Luis Borges
3.39★ (70)

Argentine Essai et fiction - Jorge Luis Borges est un grand admirateur de la poésie d'Evaristo Carriego, d'abord farouchement moderniste puis fondateur du courant poétique sencillismo avec le poète Baldomero Fernández Moreno, tous deux sous l'influence d'Almafuerte ; et Borges est tout aussi amateur de l'effacement des frontières entre essai critique et fiction, possible et incertain, littérature et philosophie. Cet essai fictionnel en est l'exemple même. Evaristo Carriego est autant consacré au poète des faubourgs de Buenos Aires, aux métaphores vertigineuses de ses vers, qu'à la capitale argentine et aux interrogations de l'auteur sur l'écriture qui lui feront conclure à la fin de sa vie : "un homme se fixe la tâche de dessiner le monde" et Borges le fit de façon labyrinthique. Ecrit en 1930 à un tournant de sa littérature, Borges, qui vient de rencontrer Bioy Casares, délaisse la poésie pour s'orienter vers l'écriture d'essais et de fictions en prose et inaugure un ton nouveau d'une grande impassibilité formelle et que ce livre illustre parfaitement. Pour Borges, une autobiographie est un paradoxe et ce n'est pas par les faits qu'il évoque la vie du poète Evaristo Carriego mais par ses goûts littéraires bien plus constructeurs d'un écrivain, à l'instar de Borges qui fut aussi grand lecteur qu'auteur. Il détermine également le poète par ses amis, notamment écrivains, là encore un trait typiquement borgien. Sans limiter un homme à son œuvre, Borges crée un parallèle fort comme s'il s'évoquait lui-même. Quand Borges aborde le criollisme romantique du poète, c'est aussi le sien propre qu'il revendique entre les lignes : son argentinité. Loin d'une autobiographie qui rendrait compte du réel, Borges impose sa vision de la littérature et de la poésie : le droit à l'autonomie et à l'irréalité de l'écriture. Si par cet essai fictionnel, Borges fait œuvre de mémoire bien plus qu'œuvre historique, il tente avec cette stratégie littéraire (un écrivain lisant un autre écrivain) de construire sa propre figure d'auteur.
73. José Martí. Ismaelillo
José Martí
3.38★ (6)

Cuba Poésie - Publié à New York à la fin du 19ème siècle (1882), Ismaelillo constitue une étape marquante dans l'art poétique de José Martí tant ce recueil s'inscrit clairement dans le mouvement moderniste initié en Amérique latine par l'immense poète nicaraguayen Rubén Darío. Et c'est à New York que le poète et père de la nation cubaine va oeuvrer au processus d'indépendance de son pays. Père d'une nation en cours de réalisation mais également père d'un fils, car ces vers intimes évoquant la vie de José Martí en quinze poèmes sont dédiés à son enfant dont il est séparé puisque son épouse ne l'a pas suivi aux Etats Unis. Vers intensément émotifs construits tel un rêve éveillé, obsédés de souvenirs, visions graves et oniriques qui s'approprient tout l'espace textuel, son fils est au centre de ses émotions mais aussi pilier du poète, l'aidant au delà de l'intimité paternelle à se réaliser en tant qu'homme porté par un projet politique. le fils devient refuge et protection, inversant les rôles. L'Ismaël biblique sert de prénom au fils évoqué et devient petit Ismaël dans le titre du recueil, fils chassé avec sa mère dans la Génèse par Abraham mais béni par l'Eternel qui lui promit descendance et grande nation. C'est ce qui arrivera après les guerres cubaines d'indépendance : la naissance d'une république que José Martí ne connaitra pas de son vivant.
74. Los perros no ladraron
Carmen Naranjo
3.38★ (4)

Costa Rica Roman - Oeuvre à la forme originale, sorte de long dialogue en plusieurs épisodes, Los perros no ladraron renouvelle à sa sortie, en 1966, la fiction littéraire costaricienne par ses choix formels et thématiques. Carmen Naranjo opte pour le monde urbain et la classe de la moyenne bourgeoisie et dresse un tableau doux amer de la société de son pays, se moquant de la bureaucratie, du snobisme et des phénomènes de consommation. Si l'écriture est agréable et dépouillée, Carmen Naranjo me paraît meilleure poète que romancière. Ce livre reste cependant plaisant et offre une vision perspicace des préoccupations de la bourgeoisie du Costa Rica.
75. En esta tierra redonda y plana
Carmen Naranjo
3.50★ (5)

Costa Rica Poésie - La poésie de Carmen Naranjo est merveilleusement délicate, sensible et d'une pureté remarquable. Evoquant à la fois son amour pour son pays, pour la latinité de son continent, le syncrétisme spirituel propre à l'Amérique latine et les idiosyncrasies culturelles de chaque région, son amour d'un homme, de la nature et son amour de l'amour, Carmen Naranjo livre également tout en finesse ses douleurs et ses peines pour un continent en souffrance, traversé par les injustices et les violences sociales et politiques. C'est beau, émouvant, concis et simple.
76. La neige de l'amiral
Alvaro Mutis
4.02★ (157)

Colombie Roman - La neige de l'amiral est le premier livre d'une série de six romans, tous écrits autour de l'alter ego de l'auteur, Maqroll le Gabier, l'antihéros poète et marin, protagoniste fétiche d'Álvaro Mutis, "Maqroll est tout ce que j'ai voulu être et que je ne fus pas", aventurier solitaire né quelques années plus tôt dans un poème du recueil Memoria de los hospitales de Ultramar. Maqroll a un don, celui de vivre des aventures incroyables dans des endroits perdus soumis à une perpétuelle dégradation. Dans La neige de l'amiral, à l'écriture d'une poésie folle, ce hussard moderne en constante errance entame un voyage initiatique qui interroge son existence, à bord d'une embarcation remontant le fleuve Xurandó à travers la forêt tropicale. Le récit est construit sous la forme d'un journal tenu par Maqroll le Gabier, et les personnages douteux et alcooliques qui accompagnent ses péripéties sont tous à l'image des paysages traversés : en dégradation avancée. Au fur et à mesure que l'embarcation pénètre dans la jungle, les effets dévastateurs de la nature hostile se font sentir sur tous, tandis que pour Maqroll, cette errance tropicale devient prétexte à mettre sa vie en jeu pour mieux la questionner. Dans ce voyage initiatique mêlant épreuves, purgatoire et résurrection, le poète marin aventurier dépasse l'expédition pour une véritable aventure intérieure, dans la pure veine littéraire latino-américaine des héros de La Voragine de José Eustasio Rivera ou de celui du roman Le partage des eaux d'Alejo Carpentier, tous confrontés à eux-mêmes et à leur destin; comme Maqroll, dans une selva primordiale qui les malmène et les révèle.
77. L'Ombre du Caudillo
Martín Luis Guzmán
3.90★ (15)

Mexique Roman - Précurseur du roman politique latino américain contemporain, L'ombre du caudillo de Martín Luis Guzmán est une dissection d'une grande précision du fonctionnement du système politique mexicain et de ses dérives autoritaires, Guzmán ayant appartenu aux cercles proches de ce pouvoir. Dans un style presque clinique, l'auteur se penche de façon très critique sur les machinations et les intrigues politiques dans le Mexique des années 1920 à 1928, où culmine la lutte entre le démocrate Ignacio Aguirre et le véreux Hilario Jimenez et où tous les coups sont permis. Pro Aguirre, Martín Luis Guzmán lui confère une aura presque christique mais semble pourtant le vouer à une fatalité inexorable, à la manière d'une tragédie grecque. L'auteur ne ménage pas non plus le peuple mexicain, aussi désabusé qu'inerte, et dénonce derrière la rhétorique populiste la mise en place d'un régime très conservateur au détriment d'une vision progressiste de son pays. le tout est présenté de façon cinématographique, avec un sens profond de la mise en scène et des contructions propres au roman, Guzmán étant partisan d'une écriture engagée et convaincu du pouvoir de la littérature à influer sur les évènements, les humains et les opinions. Les régimes mexicains suivants révèleront la justesse de l'analyse sociale et politique si pertinente de Martín Luis Guzmán, même s'il n'a pas toujours compris la profondeur sociale du ùouvement zapatiste.
78. Traditions péruviennes
Ricardo Palma
3.62★ (5)

Pérou Nouvelles - Traditions péruviennes est un ouvrage au croisement de deux influences littéraires latino américaines de la fin du 19ème siècle et du début du siècle suivant : le costumbrismo et la grande littérature classique du Siècle d'Or espagnol. Adoptant le récit cours et énergique de type journalistique, Ricardo Palma en appelle aux truculences du parler populaire de Lima et théâtralise à merveille ses récits fictionnels. Il mêle L Histoire aux scènes de rue, et les souvenirs populaires aux chroniques de type colonial et prend grand plaisir au jeu verbal, créant un véritable genre littéraire. C'est plaisant, souriant, ironique et très bien écrit. Souvent taxé d'écrivain colonial, son oeuvre est en phase avec ses idées politiques libérales, anticléricales, urbaines et modernes : pour Ricardo Palma, l'héritage indigène est rétrograde et source de misère. Mais il ne se montre jamais méprisant, seulement ironique et avec le sourire. Le mouvement littéraire indigéniste rétablira plus tard, au 20ème siècle, la richesse de la culture rurale indienne.
79. Opération massacre
Rodolfo Walsh
4.20★ (17)

Argentine Essai Enquête - Opération massacre est une enquête journalistique sur des faits réels, des exécutions politiques survenues en juin 1956, mais qui emprunte tous les codes propres au roman policier, profondément narratif et d'une étonnante valeur prédictive en regard des années de violente dictature que connaitra par la suite l'Argentine. En 1955, le gouvernement de Perón est renversé par des généraux conservateurs. Une faction de l'armée restée péroniste tente un coup d'Etat en juin 1956 mais échoue.Sur ordre des généraux au gouvernement, la police de Buenos Aires arrête arbitrairement un groupe de partisans péronistes retrouvés ensuite assassinés dans une décharge de la banlieue de la capitale, sans que leur participation n'ait jamais été prouvée. Certains survivront cependant au massacre. Rodolfo Walsh, alors journaliste, reconstitue les faits (et les enrichit au fur et à mesure des éditions), le matériel narratif étant organisé selon trois temps : les hommes, les faits, les preuves, inaugurant une nouvelle forme romanesque dite nouveau journalisme d'une grande fluidité. Opération massacre est complété d'une lettre ouverte rédigée en mars 1977 où Rodolfo Walsh dénonce les ravages de la dictature des généraux argentins. L'auteur est assassiné le lendemain de sa parution et sa dépouille ne sera jamais retrouvée. Si l'objectif de Walsh dans ce livre est de démontrer, convaincre et dénoncer, son récit passionnant et d'une grande vivacité s'élabore cependant avec une mise en place de codes fictionnels propres au roman policier, rendant incontournable l'expression de la vérité : recours au suspens, énoncés performatifs… Cette oeuvre multiforme, à la fois témoignage, enquête, pamphlet, chronique politique, est finalement une mise en garde solitaire adressée à l'Argentine, d'une pertinence inouïe et que l'histoire récente de ce pays malheureusement confirmera.
80. Le jouet enragé
Roberto Arlt
4.17★ (35)

Argentine Roman - Servi par un génial talent de conteur, le jouet enragé est un amer récit d'apprentissage au style démentiel : Roberto Arlt contorsionne la grammaire, torture la syntaxe et gifle chaque page d'argot de Buenos Aires et de phrases kitsch clinquantes. D'une expressivité inédite, son écriture séditieuse renverse tout et accompagne avec maestria son héros désabusé et la barbarie de la capitale, pulvérisant la morale bourgeoise qui préside à la littérature argentine de la fin des années 20, pour une canaillerie assumée, annonçant la grande rupture littéraire qu'est l'oeuvre de Arlt. Ce premier roman de Roberto Arlt narre en quatre épisodes la lutte d'un adolescent, Silvio Astier (ou Arlt tant il y a de similitudes), pour échapper à la misère, à la marginalisation et à l'humiliation que lui impose son extraction sociale. Anti-héros picaresque, le jeune Silvio est en quête d'un paradis d'abondance tandis que la réalité lui assène une suite de revers caricaturaux et d'injustices, croisant personnages pathétiques de méchanceté et dépourvus de valeurs, dans une ville monstrueusement hostile et désespérante. Silvio se résigne, puis perd espoir pour enfin rejoindre dans une sorte d'ultime revanche le camp qu'il méprisait, l'infamie et la perversion étant sa seule manière d'être enfin exceptionnel. Le monde urbain argentin est décrit depuis ses bas-fonds dans toute sa noirceur, dans un amoralisme sans aucune culpabilité puisque le héros ne juge pas la société depuis des codes moraux mais avec un individualisme forcené. C'est magistral, redoutable et d'un pessimisme halluciné.
81. Pálido, pero sereno – Pâle, mais serein
Carlos Eduardo Zavaleta
3.50★ (3)

Pérou Roman - Carlos Zavaleta a atteint sans doute un sommet avec cette oeuvre dotée d'une psychologie profonde, d'un éclatant sens dramatique et d'une superbe architecture narrative. A partir d'un conflit familial aux allures de tragédie grecque où le héros, Pablo, grandit dans la haine des siens aux côtés d'une mère démoniaque, personnage d'une densité épouvantable, Carlos Zavaleta déroule une spirale narrative qui attire au fur et à mesure du récit une foule d'évènements extérieurs venant percuter la vie de Pablo. Ainsi dans un va-et-vient permanent entre passé et présent, province et villes, dominants et minorités indiennes, l'auteur multiplie les histoires, déplace les paysages et les lieux, balançant entre échelle familiale et intime de ses protagonistes et perspective collective du Pérou, tandis que le héros tente de se frayer un chemin personnel dans un pays à la réalité hostile et violente. Pálido, pero sereno est une oeuvre passionnante et très maîtrisée, où l'auteur invite les ombres politiques de son pays où alternent brefs instants démocratiques et longues dictatures, mais convoque surtout le métissage du Pérou, ses oppressions sociales et ses visages identitaires contrastés.
82. Légendes du Guatemala
Miguel Angel Asturias
3.61★ (153)

Guatemala Roman - "Ce livre, qui a donné à l'auteur une reconnaissance internationale, illustre la rencontre de Miguel Angel Asturias avec le surréalisme représentant pour lui la découverte et la reconnaissance de l'inconscient culturel indigène. Dans cette oeuvre, le processus de création évoque la participation d'une mémoire individuelle, celle des souvenirs d'enfance, et d'une mémoire collective, celle des traditions culturelles mayas, fusionnant à travers l'oralité et le rêve. le tout est à l'image de la très originale langue littéraire d'Asturias. Paul Valéry qui avait préfacé la première édition en France de ce livre qualifiait ces légendes d'histoires-rêves-poèmes. " (PSM)
83. Pedro Luis Raota, sus fotografías
Pedro Luis Raota
4.50★ (1)

Argentine Photographie - Les livres sur l'oeuvre de ce photographe argentin, pourtant internationalement reconnu, sont malheureusement rares. Ce catalogue de ses photos est donc précieux et retrace une carrière aussi brillante que fulgurante. Pedro Luis Raota recourt à un style unique, très personnel pour dire l'inquiétude de la vie. Ses photographies, où l'ombre anxieuse sert d'écrin à une lumière primale et sûre d'elle, capturent le pathétique, la joie, l'impuissance, le traumatisme avec une clarté intellectuelle et une sensibilité inouïes. Quoiqu'il nous donne à voir, l'oeil de Pedro Luis Raota ne se départit jamais de son humanité ou de sa tendresse. C'est tout simplement magistral.
84. Monsieur le Président
Miguel Angel Asturias
4.02★ (198)

Guatemala Roman - C'est une période historique vécue par Asturias durant son enfance et son adolescence, la dictature d'Estrada Cabrera, qui est le support de cette fiction. Elaborée selon trois mouvements, dont les titres insistent sur la temporalité indéfinie de la dictature, cette oeuvre reconstruit à merveille le climat de dégradation morale d'une société broyée par la terreur. Le récit s'organise autour de l'assassinat d'un colonel proche du dictateur, prétexte pour entamer la persécution de deux opposants au régime, un général et un avocat. A cette trame s'ajoute l'histoire d'amour entre le favori du dictateur et la fille du général opposant. A partir de ces deux axes narratifs, le roman incarne tout à la fois l'univers misérable des laissés-pour-compte, la cruauté du régime totalitaire, la délation comme sport national et le contrôle policier de la population. L'ombre du dictateur parcours tout le roman au travers des agissements de ceux qui servent son pouvoir. Si Asturias donne une dimension esthétique au langage populaire guatémaltèque, enchâssé dans un cadre culturel bien précis, la réalité qu'il construit dans cette oeuvre devient universelle, s'attachant à montrer les ressorts internes des êtres humains dans un environnement autoritaire. D'un point de vue littéraire, on sent les influences de l'onirisme surréaliste et de l'oralité qu'Asturias a expérimenté lors des 10 années qu'il a passées à Paris. Ce roman brillant se pose comme l'archétype littéraire du dictateur latino-américain en renouvelant la structure du récit, le langage et la temporalité.
85. Benzulul
Eraclio Zepeda
4.00★ (3)

Mexique Nouvelles - Eraclio Zepeda se considère comme un "conteur solidaire" au service de la culture orale traditionnelle, et c'est à cette tradition de la littérature indigéniste mexicaine que se rattache cette oeuvre. Il publie ce premier recueil de nouvelles, Benzuzul, en 1959, où ses descriptions des moeurs et des paysages locaux se teintent de magie et de merveilleux et où est soulignée l'exploitation subie par les indiens depuis des siècles. Son art de conteur permet de sublimer l'anecdote derrière laquelle transparaît la fatalité.
86. Hommes de maïs
Miguel Angel Asturias
4.03★ (51)

Guatemala Roman - A la manière du temps maya, Miguel Ángel Asturias au travers de plusieurs superbes récits autonomes, organise son écriture de façon circulaire et non linéaire, alternant entre un maïs exploité comme denrée économique et un maïs sacré, élément fondateur de la tradition indigène. Multipliant les possibilités d'interprétation en intriquant réalité et mythe, l'auteur au travers de ses protagonistes, réinvente en permanence le réel et déstabilise la lecture pour mieux unifier ensuite les récits autour d'une prémonition première où la réalité devient légende. On retrouve dans cette oeuvre magnifique les fondements essentiels de la littérature d'Asturias : offrir un espace au langage symbolique maya-quiché, aux mythes pré-colombiens et à l'oralité populaire des métis, tout en autopsiant les luttes sociales et politiques qui traversent l'histoire comme le présent du Guatemala.
87. Arturo Montoto, catálogo de dibujos
Arturo Montoto
4.25★ (4)

Cuba Photographie - Arturo Montoto est le peintre cubain le plus remarquable de sa génération, en exposition permanente au musée national des Beaux Arts de Cuba. Sa virtuosité technique est présente tant dans ses dessins que dans ses peintures. Il montre ici une maîtrise absolue du dessin (sans doute dûe au très haut niveau de formation classique de l'Académie Surikov de Moscou dont il est diplômé). Ses dessins révèlent une séduction inouïe de l'élan sous un calme classique : presque anatomiques, obsédés de muscles, de veines et de tendon, bras esseulés, jambes, bustes, dos… Des interprétations vraies du corps plutôt que des recompositions du réel. Héritage assumé des oeuvres anatomiques de la Renaissance italienne, Arturo Montoto ne dément pas le théoricien des arts du 15ème siècle Leon Battista Alberti dans son de Pictura : "en peignant un nu, il faut d'abord disposer les os et les muscles que tu recouvres légèrement de chair et de peau…".
88. Con tinta en la boca – la fotografía documental de Antonio Turok
Antonio Turok
4.25★ (2)

Mexique Essai Photographie - Analyse de l'art photographique d'Antonio Turok, notamment son travail réalisé au Chiapas.
89. La fiesta y la rebelión
Antonio Turok
4.25★ (2)

Mexique Photographie - Certainement le plus grand, le plus brillant, le plus engagé des photographes mexicains contemporains. le génie artistique d'Antonio Turok est inouï et son humanisme incandescent. Chacune de ses photos est époustouflante. (voir ma critique concernant son ouvrage Chiapas : el fin del silencio) Pour celles et ceux qui auraient la chance de se rendre au Mexique, je recommande vivement de visiter le Centro Fotográfico Manuel Álvarez Bravo à Oaxaca de Juárez qui expose régulièrement le travail de Turok (l'entrée est gratuite et le bâtiment colonial sublime).
90. L'oubli que nous serons
Héctor Abad Faciolince
4.10★ (285)

Colombie Roman autobiographique - Véritable plaidoyer contre la terreur politique, comme l'écrit Vargas Llosa dans la préface, le livre autobiographique de Victor Abad est un travail de mémoire familiale pour cet écrivain distrait qui dit tout oublier, mais aussi un travail de mémoire collective pour les colombiens. C'est donc le destin d'un peuple et d'une nation livrée à une violence institutionnalisée, gravé dans celui d'une famille, l'assassinat jamais élucidé d'un père par des sicaires, parce qu'être un humaniste dans la tradition des Lumières en 1987, en Colombie, relève du scandale : un homme debout est un homme dangereux. C'est enfin un hommage rendu à l'écriture, cette expression qui, ici, invite la mémoire pour construire une oeuvre et placer les ombres absentes et aimées côté soleil.
91. Poesía por mandato : Antología personal 1978-2012
Juan Calzadillas
2.83★ (3)

Vénézuela Poésie - Toute la poésie de Juan Calzadilla s'épanouit autour d'un pivot central : la violence urbaine. Usant dune écriture fragmentaire, souvent lapidaire, Calzadilla joue avec nos nerfs, avec un goût prononcé pour le sarcasme allant jusqu'à la désillusion la plus dépouillée qui soit. Carence de nature, forêts de béton, hommes aux mouvement reptiliens adaptés au vide de la ville comme des caméléons, détails urbains qui réduisent la vision et obturent l'espace... C'est une poésie réflexive et immédiate, parfois froide (même trop froide) et automatique, presque plane, où les paysages ne sont qu'intérieurs et cachés dans les silences. (A ne pas lire un jour d'hiver sans chauffage, avec un blues de premières neiges à l'âme)
92. Voyage à pied
Fernando González
3.83★ (4)

Colombie Journal, Essai - Cette extravagante déambulation colombienne ne décrit pas de paysages mais des sensations de joie intenses puis un flot de réflexions et d'analyses : situation politico-socio-religieuse de la Colombie des années 1920 et autant de bilans originaux et polémiques que l'auteur dresse autour de ses sensations physiques. Comme Nietzsche (que l'auteur appelle "prédicateur de l'énergie"), Fernando González Ochoa mesure la valeur de la métaphysique, de la théorie de la connaissance et de l'éthique à partir de l'affirmation même de la vie, sphère de la joie et de la douleur, et considère que le catholicisme fait de l'être humain un individu torturé de culpabilité, saturé de remords, gavé de mensonge et de morale, devenu triste animal épandeur de sa désolation. D'où la crise d'urticaire des archevêques à l'encontre de cette philosophie gambadeuse qui se termine par un reproche acerbe et humoristique, sur le ton d'un sermon par Dieu le Père en personne, contre une société colombienne malade de son catholicisme.
93. Los parientes de Ester
Luis Fayad
4.00★ (1)

Colombie Roman - Certainement le roman phare de Luis Fayad. L'auteur s'intéresse aux transformations sociales et économiques survenues dans les villes de son pays durant la période du Front National, de 1958 à 1974, époque d'alternance politique entre conservateurs et libéraux, et à leurs conséquences sur les structures familiales toujours attachées aux valeurs traditionnelles. Cette confrontation entre une mentalité encore rurale et le développement anarchique en quête de modernité rythme ce livre à l'écriture précise et réaliste. Luis Fayad nous fait partager le quotidien d'une famille gagnée par la déchéance d'une ville en mutation constante où s'impose la loi du plus fort et aborde ainsi son thème de prédilection : la problématique de l'homme contemporain en milieu hostile.
94. Proses apatrides
Julio Ramon Ribeyro
4.63★ (47)

Pérou Philosophie, poésie - A la fois réflexion philosophique et littéraire, d'une impeccable facture, ces textes courts de Julio Ramon Ribeyro sont éblouissants, élaborés autour d'une structure à la fois harmonieuse et solide, d'une forme aussi percutante que sobre, interrogeant le sens de la vie et celui de la création. Ici, pas de fiction. L'auteur intériorise son observation du réel et joue habilement de la psychologie individuelle, peuplant ses textes de personnages ou d'objets aussi dégradés que leur environnement, où l'idéalisme s'absente au profit de la frustration, dans un scepticisme ou un fatalisme souvent teinté d'humour noir. Le langage pur, sincère, ni ostentatoire ni faussement érudit, est inouï d'élégance et de fulgurance. Entre livre de sagesse, interrogation d'esthète et cadeau surprise, Julio Ramon Ribeyro fait d'une pensée parcellaire un livre total. Aucun genre littéraire ne peut s'emparer de ces singulières Proses apatrides. Proses fragmentaires fugaces, ironiques, mélancoliques, méditatives, cinglantes : les réunir est pour l'auteur le meilleur moyen de les extraire de leur solitude comme de la sienne.
95. Los bandidos de Río Frío
Manuel Payno
3.00★ (1)

Mexique Roman - C'est sans doute l'oeuvre majeure de Manuel Payno qui nous offre ici un tableau détaillé de la société mexicaine de son temps. Cette vaste fresque de plus de 900 pages donne la part belle au langage courant et aux expressions typiques. Ecrit dans un style journalistique empli de suspens, proche du feuilleton, et fondé sur un fait divers qui à l'époque a défrayé la chronique, ce livre retrace la carrière criminelle du colonel Juan Yáñez. le tout est un mélange vivant et original de roman naturaliste, humoristique, de traditions typiques, d'horreur et de crimes. Cette oeuvre au langage coloré est pleine d'anecdotes et constitue un témoignage très précieux sur la langue et la société mexicaine du 19e siècle.
96. Cuentos
Roberto Jorge Payró
2.50★ (1)

Argentine Nouvelles - Roberto Jorge Payró, dont l'oeuvre est pleine d'inquiétude sociale, dépeint dans ses contes des personnages typiques de la veine voyous criollos, dans une écriture souvent ironique qui superpose langue littéraire et populaire typique du style costumbrismo. Les histoires de Payró, sans profonde originalité, proposent une peinture de moeurs assez pessimiste malgré quelques touches picaresques. Ces contes ont l'avantage de livrer une réalité intime de l'Argentine de la fin du 19e siècle au travers des traditions (souvent orales) et de la vie quotidienne de ses protagonistes.
97. Los relampagos de agosto
Jorge Ibargüengoitia
4.00★ (4)

Mexique Roman - Inspiré de plusieurs mémoires historiques reconnus qu'il parodie et d'un esthétisme néo baroque décoiffant, ce livre d'Ibargüengoitia raconte avec brio l'autobiographie apocryphe de l'imaginaire Général José Guadalupe Arroyo, personnage narrateur qui réinvente une série de légendes et d'événements historiques dont il fut protagoniste, à partir de sa vision d'écrivain et de citoyen mexicain, affirmant avoir eu raison contre tous. Cette oeuvre drôle et passionnante se déroule au crépuscule de la lutte révolutionnaire mexicaine (mouvement social le plus important de ce pays au XXe siècle) et décrit les mésaventures d'un groupe de militaires se rebellant contre le gouvernement fédéral. L'auteur déroule sous nos yeux, à travers les récits du Général Guadalupe Arroyo, une étape tardive de cette Révolution et peu reprise par les historiens : la brève révolution escobariste de 1929. L'auteur en profite pour analyser lacunes et conséquences politiques subsistant après la Révolution de 1910 avec une acuité redoutable, jouant avec l'altérabilité de l'Histoire officielle et les paradoxes de la condition humaine. La période post révolutionnaire fut donc un carnaval et déboucha sur une ultime secousse, celle de 1929, avec à la clé 70 ans de pouvoir faussement démocratique, voir dictatorial, violent et militarisé ("Mais qui voudrait des élections libres ?"). de cette profanation romanesque les grands héros révolutionnaires sortent démythifiés et la réalité mexicaine moins solennelle. Une belle et drôle désacralisation historique pleine de verve et lucidité.
98. Sin Remedio
Antonio Caballero
4.00★ (5)

Colombie Roman - Un roman essentiel pour comprendre l'évolution de la société en Colombie, happée par la spirale de la violence sociale et politique. A travers le regard désabusé mais lucide d'un poète marginal, riche et oisif, dans la Bogota des années 70, Antonio Caballero dessine un pays dominé par une oligarchie fossilisée dans ses privilèges et une jeunesse impuissante. L'axe narratif de ce volumineux roman s'élabore à partir des conflits intérieurs du poète oisif à la vie bourgeoise que lui offre sa classe sociale et sa propre évolution politique. Au-delà du portrait au vitriol de la société colombienne et de la bourgeoisie de Bogota, l'auteur insiste sur la difficulté de l'écriture, le combat avec la langue, la quête d'une parole authentique au milieu d'un bavardage vide de sens des dîners en famille, des discours électoraux ou des engagements maoïstes qui harcèlent le quotidien de son protagoniste, poète sans oeuvre, sans parole, sans écrit, dans un monde fondamentalement apoétique.
100. El caballo perdido
Felisberto Hernandez
3.25★ (2)

Uruguay Roman - Imaginatif et inventif quand Felisberto Hernández fait un retour sur son passé, il évoque dans ce recueil sa jeunesse, en particulier sa formation musicale. Il meuble ses souvenirs d’un animisme imaginaire par lequel les objets sont dotés d’une âme qui fait d’eux les maîtres d’un monde imprévisible et fantasmatique. Comme dans ce livre, toute l’œuvre, très talentueuse, de Felisberto Hernández tourne autour d’une thématique en sourdine : la difficulté de se situer dans le monde.
101. Los mártires
Fermín Toro
3.00★ (1)

Venezuela Roman - Ce livre est considéré comme le premier roman du Venezuela, ce qui fait de Fermín Toro non seulement le premier romancier de son pays, mais aussi le premier à s'aventurer dans le genre de la fiction, alors qu'il n'avait jusque là publié que des poèmes et des textes journalistiques. De formation classique, Toro révèle ici, comme dans tous ses écrits, une profonde préoccupation humaniste. Dans un style sensible, à la fois d'un romantisme socialisant mais aussi journalistique proche du Costumbrismo, Los mártires nous plonge au coeur de la révolution industrielle dans la Grande-Bretagne du XIXe siècle. Les personnages de Fermín Toro, piégés dans les privations et la pauvreté, révèlent un fort contraste entre une société anglaise opulente et la misère de la majorité de la population, avec son lot de coups de sort s'acharnant sur les familles ouvrières et les attendus profiteurs et exploiteurs. Le narrateur de cette aventure sociale semble être un étranger récemment arrivé à Londres (Toro a séjourné en Angleterre en 1839), ville dont il découvre autant l'architecture que la criante pauvreté, pour nous livrer une talentueuse critique sociale de l'ère du Progrès et de ses laissés pour compte. Cependant, Fermín Toro est d'obédience libérale : s'il dénonce les effets du système capitaliste sur les ouvriers, il ne s'en prend pas aux causes ni au système qui les crée pour mieux prospérer.
102. Obra escogida
Franz Tamayo
3.75★ (2)

Bolivie Poésie - La poésie de Franz Tamayo, immense poète bolivien, est particulièrement érudite et hermétique. Fortement teintée d'indigénisme, elle est d'une incroyable originalité. Si on peut y lire l'influence moderniste qui a traversé une majeure partie de la poésie latino américaine, ses vers restent inclassables, d'une indépendance à tout mouvement littéraire ou intellectuel, à l'image de son auteur. Très lyrique, sa création poétique est très inventive, mêlant cultures européennes et indianité (Franz Tamayo est polyglotte), références philosophiques nietzschéennes et tragédies classiques.
103. Les amants de Potosi : Manchay Puytu, chronique d'un amour que Dieu voulut occulter
Nestor Taboada teran
4.00★ (1)

Bolivie Roman - Recueil de plusieurs oeuvres de Nestor Taboada Teran, cet ouvrage démontre tout le talent de l'auteur, un des meilleurs romanciers boliviens et certainement le plus lu dans son pays. Se définissant lui-même comme un historien-écrivain, il utilise la fiction pour redéfinir l'identité bolivienne en posant un regard nouveau sur certaines périodes de l'Histoire de son pays et en en révélant les racines profondes, souvent de façon polémique, toujours en rupture avec le discours historique officiel. Ses personnages aux destins souvent tragiques mêlent leur trajectoire à la grande Histoire, reflétant toutes les ambivalences de l'identité bolivienne : métissage, colonisation, culture rurale et urbanisation, despotisme et mépris social. le style pur et simple en rend la lecture particulièrement savoureuse.
104. Photopoetry
Manuel Alvarez Bravo
4.07★ (7)

Mexique Photographie - Semblant chercher la frontière des choses et des êtres, les photographies d'Álvarez Bravo s'amusent : jeux de la lumière, mystères des espaces intermédiaires, philosophies des paysages humains, essences des contrastes où naissent pièges et refuges, des désirs du regard, des peaux nues, des tissus, des visages, des dos des humains comme s'ils allaient partir ; leur part invisible doucement suggérée pour mieux stimuler l'imaginaire. Entrevoir plus que voir. Environnements intimes, familiers juxtaposés aux conditions sociales, symbolique pré colombienne côtoyant allégories occidentales, ordre cosmique et désordre terrestre, tout nous devient plus humain et plus proche dès que la photographie devient adéquation entre le photographe et le réel. Car ce que semble vouloir Manuel Álvarez Bravo en photographiant les choses et les êtres, c'est approcher leur totalité. Faire enfin exister la réalité.
105. Noticias del Imperio
Fernando del Paso
4.00★ (3)

Mexique Roman - D'une composition sophistiquée, ce brillant roman s'ancre dans L Histoire pour dire l'obsédante mémoire du suicide de Maximilien de Habsbourg, durant le second empire mexicain, opposant l'idéal aristocratique de l'empereur à la réalité indigène de Benito Juarez qui mit fin à l'empire et devint chef d'Etat. L'heure de construire l'identité nationale de Mexique advint avec la tragique destinée de Maximilien. Ce grand classique des Lettres mexicaines est un roman chorale où l'écriture polyphonique convoque la diversité des perspectives, des points de vue et des langages, décrivant un monde mexicain complexe et plein de dissonances. Ce qui est particulièrement réussi par l'auteur est ce talent à revenir, malgré les voix voix multiples, à la dimension personnelle de l'être humain et son histoire. Face à la menace complexe de l'Histoire et à la précarités des êtres et de leur existence, Fernando del Paso oppose les forces de la vie et la dynamique de l'écriture. Un roman magistral.
106. Le livre des navires et bourrasques
Daniel Moyano
4.67★ (4)

Argentine Roman - Ce roman de Daniel Moyano marque une double rupture avec ses oeuvres précédentes : rupture thématique car il abandonne le sujet de l'exil intérieur pour celui de l'exil extérieur, rupture formelle car il traduit une ambition esthétique nouvelle, servie par une écriture en état de grâce. Des procédés tels que le collage, le pastiche littéraire, le recours aux chansons, tout cela contribue à rattacher le roman à des pratiques consacrées par le Boom littéraire latino-américain. L'expérience biographique suscite un récit cathartique dans le but d'apprivoiser un traumatisme réel...
107. Poesías Completas
José María Egurén
3.83★ (3)

Pérou Poésie - Assez hermétique, la poésie de José María Egurén est une aventure symboliste singulière et dérangeante, créant un univers brumeux de visions et de symboles mystérieux et secrets. Refus des formes visibles et de la réalité, quête de l'énigme et de l'inconnu, le monde de nos habitudes est détruit de l'intérieur par d'étranges automates, ou le discours tourne à vide, laissant place à l'unique musique de l'écriture. José María Egurén est l'un des fondateurs de la poésie péruvienne moderne mais son écriture poétique complexe et talentueuse reste difficile d'accès.
108. Vif comme le désir
Laura Esquivel
3.55★ (48)

Mexique Roman - Au travers du regard de sa fille Lluvia qui mène la narration de ce livre, Jubilo déroule sa vie jusqu'au silence de son lit de mort. Tout commence à l'époque révolutionnaire du Mexique du début du 20ème siècle : Jubilo enfant a un don, celui de déchiffrer les sentiments tus. Cette passion de la communication codée ou non-verbale se traduira par l'exercice du métier de télégraphe et l'amour intense pour sa femme Lucha, d'extraction sociale plus élevée que lui. Ouvrant la porte, mais sans excès, au réalisme magique avec le personnage de Jubilo, Laura Esquivel impose la puissance du mot au niveau de celui du désir, chacun moteur de vie et de destinée. L'auteur impose également un fragile équilibre, proche du funambule, entre le monde maya et le monde espagnol, l'ardeur amoureuse et la haine, la bénédiction d'un don et les malheurs qu'il engendre, le bonheur et la tragédie. Une écriture vivace, à la fois tellurique et délicate, rend ce roman particulièrement attachant, jouant la note aigüe jusque la discordance entre le désir et le mot, l'amour et la parole, la vie et le dire.
109. El Huanakauri
Alberto Zum Felde
4.00★ (1)

Argentine Essai littéraire et sociologique - El Huanakauri, paru en 1917, dont le titre fait référence à une colline sacrée des Incas près de Cuzco, est un essai où l'auteur revendique la nécessité de construire un américanisme radical, rattaché à la tradition non européenne, mais sans tourner le dos pour autant aux sources gréco-latines. Alberto Zum Felde pose ainsi les bases d'un style latino américain, issu de sources intellectuelles à la fois classiques et positivistes, à partir d'une lecture renouvelée de la littérature uruguayenne (car Zum Felde est d'abord un immense critique argentin), attentive aux essences nationales, où la rigueur analytique des textes s'accompagne d'une mise en valeur sociologique.
110. Poesía continua (1966-2017)
Waldo Rojas
4.00★ (1)

Chili Poésie - D'une infinie richesse, l'écriture poétique de Waldo Rojas ne se livre pas avec aisance : secrète, fluide et teintée de mille nuances, elle se fait visionnaire pour aller au devant des mystères du monde tout en se méfiant du réel. D'une grande agilité verbale, son écriture poétique est toute de perceptions, de prémonitions, parfois de mélancolie puisque l'auteur, exilé, est un des membres les plus représentatif des écrivains de la diaspora chilienne (suite au coup d'Etat de septembre 1973). Waldo Rojas signe dans ce recueil une poésie aussi sensible qu'exigeante.
111. La isla virgen
Demetrio Aguilera Malta
3.25★ (2)

Equateur Roman - Aguilera Malta créé avec talent un monde où les forces du bien et du mal se livrent une bataille éternelle. A travers l'histoire de cette Isla Virgen, île vierge, l'auteur évoque ces territoires encore préservés de son Equateur natal, dernière demeure des indomptables cholos, métisses indigènes et blancs, qui tentent de garder leur identité et leur mode de vie face à une envahissante et destructrice modernité.
112. Historias conversadas
Héctor Aguilar Camín
4.00★ (1)

Mexique Nouvelles - "Quiero lo mismo que La Gallega". Infante le había traído esa vez de regalo a La Gallega, la hija de Pepe Almudena, una muñeca holandesa de porcelana, una de esas muñecas de colección, con articulaciones en hombros y tobillos y unas facciones tan perfectas, tan expresivas, que en cualquier momento podían arrancarse a hablar. Le había entregado el regalo al llegar y ahí se había estado Araceli jugando con su regalo a la vista de todos. Bueno, pues el mismo tiempo que Pedro Infante pasó admirando a Violeta, Violeta lo pasó hipnotizada por la muñeca que La Gallega acunaba en sus brazos, vestía y desvestía, mostraba y celebraba, pero no dejaba que la tocara nadie, Violeta menos que nadie.
113. Después de la cita y otros cuentos
Juan Garcia Ponce
3.00★ (2)

Mexique Nouvelles - Ella caminaba no muy rápidamente, por sobre el pasto húmedo y muelle, en el centro de la avenida. Podía tener quince o veinticinco años. Bajo la amplia gabardina sus formas se perdían borrosamente. Sus cabellos, cortos, despeinados, enmarcaban una cara misteriosamente vieja e infantil. No estaba pintada y el frío le había enrojecido la nariz, que era chica, pero bien dibujada. Una bolsa grande y deteriorada colgaba desmañadamente de su hombro izquierdo.
114. Falsas criaturas
Julio Inverso
3.25★ (2)

Uruguay Poésie - Très marqué par la culture rock et la poésie romantique anglaise et germanique, Julio Inverso est le représentant de la poésie gothique ou grunge uruguayenne, le noir, la mort et les vampires faisant partie de ses thèmes récurrents. Par delà la provocation et les excès, sa poésie fugace et précaire dénote une hypersensibilité à l'image de sa disparition prématurée. (PSM)
115. El polvo y el oro
Julio Travieso Serrano
4.83★ (3)

Cuba Roman, Histoire - Superbe et vaste fresque historique de l'époque coloniale à la révolution castriste, ce roman est aussi une palpitante saga familiale qui retrace la vie de six générations et débute avec un espagnol plein d'ambition débarqué à La Havane. Bourré de références historiques richement documentées, cette saga haute en couleurs permet au lecteur de traverser les époques en les vivant chacune dans l'intimité d'une famille cernée par la réussite sociale, les trahisons, les amitiés, les amours et les tragédies...
116. Navidad en las montañas
Ignacio Manuel Altamirano
3.25★ (2)

Mexique Roman - Par le biais de deux protagonistes et de leur improbable rencontre, un capitaine de l'armée envoyé dans un village perdu dans les montagnes et un religieux qui dédie sa vie aux plus humbles de cette région isolée, Altamirano propose un programme d'harmonie sociale et religieuse pour le Mexique. L'auteur y rassemble également un certain nombre de souvenirs d'enfance, mêlant assez judicieusement romantisme, idéalisme et réalisme. (PSM)
117. Palomita Blanca
Enrique Lafourcade
3.00★ (6)

Chili Roman - Palomita Blanca est le roman le plus lu par les Chiliens (plus d'un million d'exemplaires vendu et plus de 70 rééditions). Dans les années précédant l'arrivée au pouvoir de Salvador Allende (et notamment pendant la saison électorale des années 1970), deux jeunes gens s'aiment et se déchirent : Juan Carlos le bourgeois de gauche radicale et Maria d'origine modeste, dans une ambiance de chaos social et économique et de crise générationnelle version hippie et marijuana. Dans une écriture familière truffée d'idiomes typiquement chiliens qui rend la lecture parfois contraignante, Lafourcade décrit assez bien les inquiétudes des chiliens où l'attentisme côtoie le militantisme et son lot de conflits.
118. Le deuil humain
José Revueltas
4.00★ (6)

Mexique Roman - Le deuil humain de José Revueltas est dans la lignée d'un courant en vogue à son époque : la philosophie de la mexicanité, inaugurée par Samuel Ramos. Dans ce livre, la crue d'un fleuve réunit les destins et les souvenirs de la révolution de quelques habitants d'un hameau. Cette révolution qui n'a instauré ni justice sociale, ni changement politique s'oppose à de vaines tentatives d'organisation de coopérative paysanne. le monde rural se retrouve exclu de l'Histoire, aux mains des héritiers de la colonisation, partagés entre les défauts de la Conquista et les contraintes traditionnelles précolombiennes. Le lyrisme de ce magnifique roman soutient le mythe au détriment de l'Histoire : le communisme trop idéalisé disparaît derrière la force du passé ancestral. José Revueltas signe une oeuvre particulièrement réussie.
119. Mis primeros treinta años
Manuel Piedra Martel
4.00★ (1)

Cuba - Témoignage, Journal - Cet ouvrage de mémoires de guerre est certainement une des plus intéressantes façons de vivre la guerre d'indépendance cubaine de l'intérieur, au rythme des batailles, des blessures et des convictions de ceux qui ont combattu pour s'extirper du joug espagnol et accéder à leur émancipation.
120. Race de bronze
Alcides Arguedas
4.00★ (3)

Bolivie Roman - L'intention d'Alcides Arguedas dans ce roman est de présenter de façon objective et même brutale les conditions de vie et d'exploitation des indiens de l'Altiplano, montrant une société hétérogène, violente et cloisonnée, marquée par le conservatisme d'un système colonial dominateur. Cette oeuvre majeure de la littérature bolivienne inaugure l'apparition de l'indigène, jusqu'alors invisible, au coeur de la production romanesque de ce pays. Ainsi, Race de Bronze s a participé activement au processus de la future conscience nationale bolivienne et a contribué de manière décisive au développement ultérieur du roman indigéniste.
121. Crónicas para sentimentales
Jacinta Escudos
3.00★ (2)

Salvador Roman - Ce livre de Jacinta Escudos respecte un thématique commune à l'ensemble de son oeuvre qui se caractérise par une attaque radicale et particulièrement réussie contre la parole vide et la littérature du marché, tant sous la forme du sentimentalisme creux que sous celle du ready-made. Jacinta Escudos reste une des voix littéraires les plus prometteuses du Salvador.
122. Fils d'homme
Augusto Roa Bastos
4.07★ (65)

Paraguay Roman - Initialement conçu comme un conte, Fils d'homme suit, dans l'édition originale, une structure binaire : les chapitres impairs sont narrés à la première personne, les chapitres pairs sont confiés au lecteur à la troisième personne. Cette alternance permet d'évoquer et de représenter les événements historiques (missions jésuites, dictature, guerre de la Triple Alliance, crises politiques, guerre du Chaco…), autant à travers un personnage narrateur et intellectuel que via la vision globale d'un héros collectif, le peuple paraguayen. Par sa thématique et ses procédés narratifs autant que linguistiques, Fils d'homme constitue une oeuvre talentueuse à part dans les lettres paraguayennes. Les différentes publications de cette oeuvre connaissent trois versions, l'une d'origine, l'autre française qui rompt la structure binaire originelle des chapitres et la version espagnole de 1985 plus pertinente et retravaillée que celle française.
123. Eloy
Carlos Droguett
3.50★ (4)

Chili Roman - Adoptant le point de vue du personnage central, le bandit Eloy, le narrateur nous offre le compact et intense récit d'une longue nuit d'attente : encerclé par la police, Eloy se remémore sa vie et ses rêves jusqu'à l'aube. Carlos Droguett a écrit un texte de 52 paragraphes et une phrase finale, sorte de continuum narratif occupé par la conscience du protagoniste et ses souvenirs, comme un roman de la souvenance, où Eloy incarne le personnage paradigmatique de l'auteur...
124. Un tal Servando Gomez
Samuel Eichelbaum
3.00★ (1)

Argentine Théâtre - Associant l'exploration psychologique, où affleurent des touches freudiennes, à un théâtre d'idées, Samuel Eichelbaum nous livre une oeuvre introspective dont l'intrigue s'agrippe à la prise de conscience de personnages solitaires et confrontés à des dilemmes tragiques. Il dépasse ainsi le tableau descriptif et la peinture légère qui caractérisait à l'époque de cette pièce le théâtre argentin pour rénover en profondeur la scène nationale.
125. La Vorágine
José Eustasio Rivera
3.64★ (24)

Colombie Roman - Roman édité en 1924 puis retravaillé en 1928 avec sa forme définitive, la Voragine est un tryptique où chaque partie correspond à un espace naturel déterminé : haut plateau, plaine et forêt, selon l'itinéraire suivi par un couple de protagonistes fuyant la ville et un mariage arrangé pour la compagne. Après les immenses plaines, ils trouvent refuge dans une hacienda et se lient d'amitié avec le couple de propriétaires. Quand leurs relations se dégradent, les deux femmes s'enfuient pour les plantations d'arbres à caoutchouc. Les hommes partent à leur recherche en affrontant l'enfer de la forêt amazonienne, risquant leur équilibre physique et mental. Si le style de Rivera est volontiers lyrique, parfois très élaboré, l'auteur dévoile avec talent les faiblesses de l'homme confrontés à ses propres démons dans une nature hostile, dans une oeuvre à mi-chemin entre fiction et réalité. C'est aussi un formidable témoignage de la Colombie des années 20 et un réquisitoire contre l'exploitation des plus démunis et de leurs conditions de travail infra humaines. A ce titre, La Voragine est le premier roman de dénonciation sociale de la littérature Colombienne.
126. Huasipungo
Jorge Icaza
3.90★ (22)

Equateur - L'action de ce roman indigéniste se situe dans les années 1910. Il s'agit de l'histoire tragique des indigènes d'un huasipungo, parcelle communautaire où ils vivent misérablement, exploités par un riche propriétaire terrien. Celui-ci, aidé par l'Eglise et les troupes gouvernementales déloge par la force et dans le sang les indigènes qui osent défier son pouvoir et lui résister. Icaza dénonce avec un réalisme cru la misérable condition des indigènes d'Equateur en milieu rural. Huasinpungo reste le meilleur exemple d'une tradition littéraire indigéniste équatorienne qui puise ses racines dans le roman moderniste de Gonzalo Zaldumbide, Eglogatragica, mais aussi chez Pio Jaramillo et Fernando Chavez. le langage de l'indigène, filtré par une récréation artistique, révèle qu'il est culturellement et sociologiquement par la culture hispanique dont il a intégré les structures de domination. La violence des situations et l'infamie de la condition indigènes sont parfaitement transcrites par un style rude et des descriptions sans concession : Jorge Icaza signe une oeuvre de dénonciation emblématique du courant du réalisme social et des préoccupations de la génération des intellectuels latino-américains des années 1930.
127. Vaste est le monde
Ciro Alegría
3.67★ (7)

Pérou Roman - Ce roman publié en 1941 met en scène la lutte menée par un maire indien pour défendre la petite communauté de Rumi contre le propriétaire terrien qui convoite ses terres. La communauté indigène impuissante à se défendre commence une diaspora de comuneros. Loin de Rumi, ils découvrent un monde vaste mais étranger très hostile : mines, plantations de coca, forêts d'hévéas, où règne l'arbitraire, l'exploitation et les mauvais traitements. Avant tout conteur, Ciro Alegria superpose sur la matrice narrative, l'histoire de Rumi, des épisodes secondaires riches en personnages et intrigues, rendant hommage à la culture populaire indigène, à l'instar des oeuvres de son compatriote José Maria Arguedas. Grande fresque indigéniste, ce roman réaliste pose avec talent et pertinence le problème de l'intégration du monde indien dans un Pérou en mutation, où le choix donné aux natives oscille entre la difficulté à se moderniser en conservant leurs valeurs ancestrales ou migrer à Lima pour grossir les rangs de prolétaires corvéables à merci. Ce roman illustre toute l'oeuvre du fondateur du roman péruvien au XXème siècle qu'est Ciro Alegria, inquiet du devenir de son pays et grand conteur de la complexité de son métissage.
128. Los invasores José
Egon Wolff
3.50★ (1)

Chili Théâtre - Cette pièce de théâtre néoréaliste, écrite en 1963, est l'une des plus connues au Chili. Lucas Meyer, riche industriel et sa femme sont dans leur luxueuse demeure quand un envahisseur, puis un autre, puis plusieurs investissent leur domicile. Ces intrus sont des laissés pour compte : c'est donc d'une invasion sociale qu'il s'agit, abolissant les frontières de classe, révélant bien plus le monde des nantis que celui des pauvres qui sont au service des privilèges de ces premiers. Egon Wolff décrit avec un talent rare la force destructrice des conditions sociales, les conflits inhérents à l'opportunisme et la cupidité des élites, la peur de perdre leurs avantages, mais aussi le non-sens de la possession matérielle, du langage, de la culture et de la morale asservis aux nantis, refusés par les plus pauvres qui transgressent toutes les séparations sociales. Cette pièce est largement prémonitoire et annonce les grands mouvements socialistes argentins qui culmineront avec Allende et disparaitront avec Pinochet. Contrastes flagrants entre chiliens riches et pauvres, mais aussi entre pays développés et tiers-monde : l'exploitation est la même, c'est seulement une question d'échelle.
129. Facundo
Domingo Faustino Sarmiento
3.00★ (10)

Argentine Essai - Domingo Sarmiento établit une opposition irréductible entre le monde urbain, civilisé et d'origine européenne et le monde rural incarné par le gaucho, métis semi-nomade et sauvage. Cette dichotomie rend la guerre civile inévitable, ne trouvant un terme que dans l'extermination d'un des deux camps. Sarmiento produit un texte inclassable, où le récit romanesque se mêle à la thèse sociologique : Facundo impose une vision qui guidera longtemps la pensée libérale argentine. Cette oeuvre révèle, plus que la profondeur de l'analyse, la capacité de l'auteur à fournir à la culture de son pays un texte fondateur.
130. Vida del ahorcado
Pablo Palacio
4.00★ (1)

Equateur Roman - Echappant à toute classification littéraire, ce court récit romanesque de Pablo Palacio, publié en 1932, est certainement son oeuvre la plus remarquable et la plus déjantée. Ni indigénisme ni réalisme social tant courus à l'époque, Vida del ahorcado crée une rupture littéraire par un assemblage de séquences dont le lien entre elles n'est révélé qu'à la fin, par le choix étonnant des thèmes (fils, père, mère, épouse, assassin tous tourmentés et imprécis, ignorants d'eux-mêmes). Un superbe moment littéraire.
131. Doña Bárbara
Rómulo Gallegos
3.31★ (37)

Venezuela Roman - Parue en 1929, cette oeuvre de Rómulo Gallegos s'inscrit dans le courant criolliste vénézuélien et aspire à l'origine de sa création, sous le titre initial La Casa de los Cedeños, à rendre compte des luttes claniques qui caractérisent le monde rural du Venezuela à la fin du 19ème siècle. Puis le personnage de Barbara s'impose à l'auteur pour dire l'opposition entre nature et culture, barbarie et civilisation, thèmes fondateurs de la mythologie latino-américaine, lui conférant son titre définitif : Doña Bárbara. Si Rómulo Gallegos oppose avec vivacité et justesse deux mondes qui résument les bouleversements sociaux à venir de son pays...
132. La roulotte
Enrique Amorim
3.50★ (3)

Uruguay Roman - Son ouvrage La roulotte, grand succès littéraire, considéré comme un roman rural, est composé d'une série d'estampes narratives assez brutales, unies par un fil thématique, la servitude humaine et la pauvreté, où les protagonistes apparaissent et se retirent au gré des caprices du narrateur. L'auteur retrace la vie d'une troupe de prostituées parcourant l'intérieur du pays et offrant leurs services aux villageois et aux paysans. Si ce livre a l'apparence d'un récit rural réaliste, la violence des plaines uruguayennes et des villages perdus est largement exagérée. Enrique Amorim dynamite le mythe du gaucho et de la vie campagnarde pour le transformer en hallucination sinistre et pourtant incroyablement plausible, remplaçant une légende par une autre, sensuelle, haute en couleurs, crue, violente et douloureuse. Sous la plume d'Enrique Morim, ce qui est totalement inventé devient pour le lecteur la réalité rurale pittoresque uruguayenne.
133. Dos veces junio
Martin Kohan
4.33★ (3)

Argentine Roman - Dans Dos veces junio, Martín Kohan met en parallèle la coupe du monde de football de juin 1978 qui se jouait alors en Argentine et la défaite de la guerre des Malouines contre la Grande-Bretagne en juin 1982. Il traite ainsi, à travers deux événements historiques qui marquèrent profondément les mentalités argentines, la période sombre de la dictature militaire. Sans jamais tomber dans l'insoutenable représentation de l'horreur qui caractérise par exemple l'écriture d'Enrique Medina, il s'affranchit d'un postulat traditionnel de la littérature argentine : à l'inverse de Manuel Puig et de Ricardi Piglia, il confie la narration aux bourreaux en transcrivant l'ensemble des petites inquiétudes, consternantes, qui traversent l'esprit d'un soldat, convaincu que la torture des subversifs est utile à la patrie, ou encore les conseils d'un médecin aux tortionnaires afin de maintenir en vie leur victime. Au lieu de permettre à la parole subversive de se répandre et de limiter le discours autoritaire à ses représentations les plus schématiques, le roman de Martín Kohan révèle cette parole officielle dans toute son atrocité.
134. Un jour comme tant d'autres
Manlio Argueta
3.88★ (4)

Salvador Roman - C'est avec ce roman que Manlio Argueta obtient une reconnaissance internationale puisqu'il sera traduit dans plus d'une dizaine de langues. Argueta a forgé cette oeuvre en puisant dans l'histoire et la riche tradition orale du Salvador, structurant sa narration à partir de témoignages et de voix marginales jusqu'alors condamnées au silence. C'est avec une écriture aussi simple que lumineuse que Manlio Argueta a construit cette biographie collective du peuple salvadorien.
135. Chile, pais de rincones
Mariano Latorre
3.00★ (2)

Chili Nouvelles - En tant que chef de file de la littérature nationale chilienne, ses récits visent à préserver les valeurs éternelles des traditions nationales. Son projet intellectuel et sa stratégie littéraire sont cohérents : son écriture est une quête d'une authenticité chilenne. C'est pourquoi Mariano Latorre n'hésite pas à parcourir le paysage en tous sens, faisant des éléments spatiaux, sociolinguistiques, ethniques de chaque région les motifs clés de son discours. Ses narrations s'intéressent à la faune, à la flore, à la ruralité, à la topographie chilienne qui font l'objet de longues et minutieuses descriptions, parfois transpercées d'un élan poétique d'une indéniable qualité.
136. Le Fablier
Juan-José Arreola
4.17★ (3)

Mexique Nouvelles - D'une nouvelle à l'autre, le lecteur, confabulé avec l'auteur, passe des gloses comiques et fantaisistes d'expressions figurées homériques à l'univers kafkaïen d'un garde barrière, ou à une leçon d'art narrée par un disciple de Léonard de Vinci. Hilarantes fantaisies mécaniques et industrielles, inquiétantes paraboles sur la conjugalité et la souffrance amoureuse, vaudevilles condensés en deux pages proposent une vision satirique de l'humanité séculaire ou celle d'un monde contemporain régi par le seul profit et le leurre du progrès. Juan José Arreola se fait moraliste pour traiter avec ironie les démêlés des hommes avec le sacré, dans des fables empreintes d'une grande érudition, parsemées d'évocations des grands textes de la tradition littéraire occidentale, réduits à leur quintessence parodiée. Juan José Arreola signe ici un véritable enchantement.
137. Metaforismos
Augusto Roa Bastos
3.50★ (1)

Paraguay Essai - Ce livre insolite est un ensemble de sentences courtes extraites des oeuvres antérieures d'Augusto Roa Bastos, mais aussi de sa correspondance, de brouillons, de fragments d'œuvres détruites… Véritable concentré de sa pensée rebelle à tout discours dominant et bien-pensant, l'auteur empile épigrammes, paraboles, divagations, proverbes de son crû, réflexions, avec ironie et humour et parfois de façon désabusée, voire pessimiste. Devenus néologisme avec le titre Metaforismos, ces métaphores-aphorismes portés au-delà de l'aphorisme et de la métaphore, jouent brillamment de l'équilibre instable entre imagination et raison, fiction et réalité, humour désinvolte et rigueur critique, transformant le langage symbolique en intrigue. L'essayiste qu'est l'auteur est tout aussi présent dans ce livre que le romancier, et éclaire avec bonheur les talents et les partis-pris de l'ensemble sa production littéraire.
138. La limace
Gabriel Casaccia
4.33★ (5)

Paraguay Roman - Premier grand roman paraguayen contemporain, que certains jugeront antipatriotique, La limace combine une analyse psychologique impitoyable des personnages à une prose chirurgicale, et sert une satire dans laquelle le premier rôle est concédé aux anti-héros. Gabriel Casaccia situe volontairement la fin de son histoire en 1951, soit l'année même où il termine ce roman. La fusion entre le réel et la fiction sert l'autocritique explicite de la réalité paraguayenne, qui, à son tour, ouvre de nouvelles perspectives pour une prose jusque là dominée par l'image idéalisée du pays présentée par des écrivains nationalistes.
139. Bien trop de livres ? Lire et publier à l'ère de labondance
Gabriel Zaid
3.60★ (7)

Mexique Essai - Gabriel Zaid a beaucoup écrit sur la politique de l'édition et de la diffusion du livre (notamment dans les revues Plural et Vuelta), dont il est devenu un spécialiste mondial, comme en témoigne cet essai très réputé. Avec une verve ironique et une grande compétence, Gabriel Zaid clame sa foi en la survie du livre face aux nouveaux moyens d'information et de communication. Les essais politiques et la poésie de ce grand intellectuel mexicain sont également incontournables.
140. El Enriquillo
Manuel de Jesús Galván
3.00★ (2)

République Dominicaine Roman - Ce roman, d'inspiration romantique, est une vaste fresque de l'île de Saint-Domingue au 16ème siècle, construite à travers le récit du soulèvement du Cacique Enriquillo contre les Espagnols, auquel après sa défaite le roi Charles Quint accorde son pardon. La vision idyllique que Manuel de Jesús Galván propose de la nature dominicaine, dont l'indigène est partie prenante, a fait de cette oeuvre un texte anticolonialiste emblématique, en particulier à travers la lecture qu'en a proposé le cubain José Marti.
141. La Havane pour un infante defunt
Guillermo Cabrera Infante
3.50★ (46)

Cuba Roman - Proche de la veine humoristique de Trois tristes tigres, Guillermo Cabrera Infante en emprunte également les excès langagiers, l'obsession lexicale associative et le brio. La Havane des années 1950 est le décor vivant de ce récit, une estampe à jamais saisie dans la fascination mélancolique qu'elle exerce sur l'auteur. La ville est reconstituée par la mémoire d'un homme en quête rétrospective de son enfance et de son adolescence, ainsi que de ses premiers émois aussi bien cinématographiques qu'amoureux. Roman délicieusement érotique dans un premier temps, La Havane pour un Infante défunt est aussi une chronique tendre et nostalgique d'une Havane surannée à jamais disparue. le protagoniste, narrateur à la première personne, y conte par le menu, tout au long des douze chapitre qui compose le livre, son parcours amoureux semé d'allégresse, d'embûches et de défaites, autrement dit sa recherche effrénée de la femme idéale et de la félicité. Se succèdent, à un rythme parfois effréné, des saynètes charnelles et jubilatoires où un langage cru et dénotatif le dispute à une invention lexicale sophistiquée. Cependant, au-delà de cet apparent divertissement littéraire, ce livre aux nombreuses inspirations autobiographiques montre un auteur en rupture, rendant un émouvant hommage à l'amour, à la femme, à la sensualité et au désir.
142. Obra completa
Evaristo Carriego
3.90★ (5)

Argentine Poésie Théâtre Prose - Cet ouvrage qui rassemble toute la création littéraire d'Evaristo Carriego, principalement sa création poétique, montre nettement l'évolution de son écriture et de ses choix d'expression. La première phase de sa poésie est impérieusement moderniste, accentuée de préciosité, d'exotisme hypnotique et de sensualité morbide. La seconde phase, la plus intéressante, signe une poésie d'un renouveau remarquable et d'une originalité inédite. Sous l'influence du poète Pedro Bonifacio Palacios dit Almafuerte qui se détourne du modernisme pour une poésie plus simple et plus sociale, Evaristo Carriego change les décors de ses poèmes pour choisir les faubourgs de Buenos Aires, la modestie sociale de ses habitants et ses mélodrames : filles perdues, voyous aux airs de gauchos, orphelins des rues, veillées mortuaires... Son style se dépouille et recherche simplicité et naturel, inaugurant avec le poète Baldomero Fernández Moreno un nouveau courant poétique, le sencillismo, Grand admirateur d'Evaristo Carriego, Jorge Luis Borges lui consacre dans les années 30 un essai fictionnel et les musiciens de tango reprendront ses poèmes les plus célèbres.
143. Le désert et sa semence
Jorge Barón Biza
3.45★ (26)

Argentine Roman - Ce roman tire paradoxalement sa puissance de ses profondes maladresses, intentionnelles ou non, liées à une dimension autobiographique affichée sans fard autant que refusée. Ce terrible récit prend comme point de départ le vitriolage avéré de la mère de l'auteur, Clotilde Sabatini, farouche opposante péroniste, par son mari Raul Baron Biza, héritier d'une vieille famille de Cordoba, misanthrope alcoolique et pornographe, opposant aux dictatures, qui se suicide le lendemain de son acte. L'impossibilité d'une langue littéraire affichée par Jorge Baron Biza, par l'utilisation du coliche (sorte de castillan contaminé), exprime comme cher Arlt la difficulté à transcender une réalité intime et renvoie à la tentation solipsiste. L'histoire croisée de ces trois êtres, père, mère et fils, déplace les figures du mythe oedipien pour en faire une tragédie grecque inversée, dans l'Argentine des années 1960, où les références au péronisme servent de contrepoint politique à ce qui aurait pu rester un simple fait divers : un visage détruit par le vitriol et sa reconstruction postérieure dans une clinique de Milan. C'est en évoquant son séjour dans cette ville avec sa mère qui se suicide à son tour, quatorze ans après, que le narrateur en anti-Oedipe parfait, admet sa propre culpabilité : incapable d'aimer sa mère et de tuer son père.
144. Falsas memorias
Hugo Achugar
4.00★ (2)

Uruguay Biographie romancée - Cette vraie-fausse biographie de Blanca Luz Brum, aventurière, peintre, poète, militante communiste, critique littéraire et qui mena sa vie tambour battant, est en fait un prétexte pour Hugo Achugar pour tenter de mieux intimement cerner les personnalités politiques et artistiques qui ont approché la belle Blanca dans les années 1920-1930. Au travers des souvenirs et des pensées fictives qu'il prête à Blanca Luz Brum et de ses vraies rencontres et péripéties, fruit d'une très riche recherche, c'est un bouillonnant environnement intellectuel latino-américain que l'auteur reconstruit avec grande finesse. Quant à la ravissante Blanca Luz Brum, même si l'auteur la traite avec affection, elle aura fait et pensé tout et son contraire, obligeant ses convictions à faire le grand écart. Sa vie, surtout sentimentale, reste cependant palpitante : militante communiste au Pérou aux côtés de l'écrivain José Carlos Mariátegui , elle participe à l'évasion du fasciste chilien Patricio Kelly, est courtisée par Neruda, épouse le poète uruguayen Juan Parra del Riego sandiniste et révolutionnaire, elle fera de la prison, s'exilera un peu partout, sera l'amante du peintre mexicain David Alfaro Siqueiros… Pour terminer très pieuse et fervente admiratrice de Pinochet. Reconnaissons que pour une femme de l'entre deux guerres, sa liberté d'action reste bluffante.
145. Voix
Antonio Porchia
4.29★ (30)

Argentine Recueil - C'est à compte d'auteur que ce recueil Voix d'aphorismes poétiques a été publié pour la première fois (Antonio Porchia était imprimeur) pour ensuite franchir les frontières et être traduit en Europe. L'intérêt majeur de ces élans de pensée emplis de fulgurances est qu'ils suggèrent sans jamais imposer. La langue poétique de Porchia est dépouillée de tout rythme ou rhétorique pour se concentrer sur le concept bien plus que l'émotion ou le sentiment. L'auteur, utilisant la pensée intuitive, s'étonne du monde autant que de lui-même, suspendant l'instant présent pour mieux l'interroger.
146. La vida inútil de Pito Pérez
José Rubén Romero
3.25★ (2)

Mexique Roman - Ce roman mexicain extrêmement populaire de José Rubén Romero, publié en 1938 à l'époque post révolutionnaire et cardeniste, illustre parfaitement la vision amère et désabusée de l'auteur pour la Révolution de 1910 et sa longue suite de désillusions sociales et de violences militaires. Pourtant, ce livre est alerte et plutôt amusant. Ce roman, sorte de picaresque moderne, met en scène le personnage de Pito Pérez auquel un voisin demande de lui conter sa vie contre une bouteille d'alcool. Pito accepte et raconte ses débuts de campagnard puis sa vie citadine. Début peu prometteur : après ce marché éthylique, il n'y aura plus d'espoir permis. La vie de Pito est aussi inutile que maltraitée par des conditions sociales et des injustices épouvantables. Au travers d'un langage populaire et d'un humour acerbe, l'auteur dresse un portrait à charge du Mexique des années 30 et arrive à s'en divertir. Quand on a les poches vides, en Amérique Latine, on a encore et toujours de l'humour puisque c'est gratuit.
147. Contrebande
Enrique Serpa
3.74★ (100)

Cuba Roman - Au-delà du roman d'aventure maritime et de la sombre fresque sociale cubaine, nous livrant une situation humaine épouvantable pour les éternelles victimes des crises économiques et autres marginaux et recalés de la réussite libérale, Enrique Serpa choisit la mer comme pilier fondateur et salvateur romanesque, voire poétique, ce qui est une première dans la littérature cubaine. Passionné d'anthropologie et de psychologie, l'auteur tisse des portraits en miroir de ses deux protagonistes principaux, mêlant dérive alcoolisée et courage, velléité et prise de risque, cupidité et sens des valeurs, leardership et suiveur, sondant avec maestria les démons intérieurs qui sommeillent en eux. Pour tracer la frontière entre le bien et le mal, Enrique Serpa choisit le trafic, le risque illégal et l'avidité comme écrin louche pour mieux les révéler, mais aussi l'océan parce qu'en mer on ne tergiverse sur rien. Enrique Serpa révèle également, dans ce qui constitue son oeuvre majeure, les monstres en sommeil qui résident dans les entrailles de l'île et se préparent à émerger : anarcho-syndicalisme et communisme germent déjà sous la poigne de fer d'un président Machado qui a vendu aux américains l'indépendance de sa nation, historiquement très chère payée par les cubains.
148. La mujer de Strasser
Héctor Tizón
4.00★ (1)

Argentine Roman - L'histoire de la Mujer de Strasser se situe à à Yala, autour de la construction d'un pont, chantier inutile et prétexte symbolique, où tout s'écoule dans un puzzle de fragments dominé par un illogisme onirique et des rencontres hasardeuses, dont des personnages féminins (et l'un est inspiré par la mère de Tizon). Sorte d'ombres spectrales, perdues, les protagonistes confrontés à une réalité géographique sans pitié et un monde en déroute, se cherchent autant eux-mêmes que leur propre vérité. C'est certainement l'un des meilleurs romans d'Héctor Tizón.
149. La Fin de la folie
Jorge Volpi Escalante
3.69★ (43)

Mexique Roman - La fin de la folie est un roman grinçant, critique et réflexif, d'une grande maîtrise narrative, paré des caractéristiques d'un ouvrage de sciences sociales et mettant en scène les aventures picaresques d'un intellectuel mexicain psychanalyste de métier. Son protagoniste vit les évènements de mai 1968 à Paris et adopte les théories des grands maîtres à penser du tout Paris de gauche : Lacan, Barthes, Cohn-Bendit, Foucault. Puis passage obligé par la Havane castriste et le Chili d'Allende... de retour au Mexique, il applique ces théories sans nuance et devient, comme ses mentors intellectuels parisiens, un membre de l'intelligentsia urbaine mexicaine, puis après moult péripéties, doute puis désespère de ses convictions, jusqu'à sa disparition le jour de la chute du mur de Berlin. Volpi narre avec causticité l'échec de l'utopie révolutionnaire bourgeoise, cette folie gauchiste qui se terminera sur un nouvel ordre mondial ultra libéral, détournant avec délice la vie et les oeuvres des donneurs d'ordre intellectuels dits de gauche que son héros a croisés sur les pavés parisiens ou ceux de la Havane. C'est réjouissant, drôle, érudit, lucide et fichtrement (im)pertinent.
150. El Uruguay Laico
Gerardo Caetano
4.00★ (1)

Uruguay Essai - Dans cet essai politique et historique passionnant, Gerardo Caetano propose une étude très complète du rôle de l'Église catholique concernant les questions de la nation et du nationalisme en Uruguay, entre 1859 et 1934 et son implication dans la consolidation et le développement de l'Uruguay moderne, avec toutes les tensions sociales et politiques engendrées par cette influence religieuse. Le rôle des différentes Églises protestantes dans le processus de sécularisation est également abordé. La laïcité est analysée au travers des tensions entre catholiques et anticléricaux au regard de l'enseignement, tout au long du processus de modernisation de l'Uruguay, posant cette question finale aux citoyens comme aux institutions : est-il possible de croire sans appartenir ?
151. Quand je serai roi
Enrique Serna
3.05★ (48)

Mexique Roman - Une folle chorale baroque et foisonnante nous plonge dans l'enfer sur terre. Les nombreux personnages sont tous secondaires parce qu'il n'est pas question dans ce monde urbain mexicain d'être principal en quoi que ce soit. Dans cette satire sociale à la fois sombre, bariolée et pleine d'un humour plus corrosif que des vapeurs de colle, Enrique Serna nous dit l'absence d'avenir d'une société à la dérive, quelle que soit la classe sociale, individualiste, intellectuellement indigente, rapace et lâche, où règne l'indécence, le mépris social et surtout l'absence de perspective pour d'innombrables marginaux : lire Enrique Serna amuse et terrifie. Ecrite sur le ton d'un Balzac mexicain, cette comédie humaine dresse le portrait d'un monde malade de ses excès, bourré de contradictions et d'hypocrisie, sans jamais se départir d'un sens aigu de l'autodérision. Même si ses personnages sont d'une âpreté parfois insoutenable et confrontés à des situations d'une grande cruauté, Enrique Serna choisit toujours le côté humain de ses protagonistes. Son écriture énergique est particulièrement travaillée, dense et intense, et rappelle que, dans un Mexique ravagé par l'analphabétisme et la corruption à tous les étages, la littérature est d'abord et avant tout un plaisir, puis ensuite une manière d'aiguiser son intelligence.
152. Matías El Apóstol Suplente
Julio de la Vega
3.25★ (2)

Bolivie Roman - Ce récit parodique de Julio de la Vega s'inspire des mouvements guérilleros des années 1960 et plus précisément de l'épopée révolutionnaire de Che Guevara, superposant avec humour les doutes de Matias, l'apôtre remplaçant de Judas et ceux d'un guérillero bolivien. Sorte de long monologue, l'histoire de Matias El Apostol revisite avec une ironie très lucide les péripéties auxquelles est confronté tout individu engagé pour révolutionner le monde.
153. Gazapo
Gustavo Sainz
3.50★ (1)

Mexique Roman - Premier roman de Gustavo Sainz, ce livre irrévérencieux et d'une grande vivacité nous narre l'histoire d'un groupe d'adolescents de la classe moyenne urbaine, oscillant entre réalité et fantasme, expérimentant sexe en groupe, drogue, séduction, manipulation et rejet du monde trop étroit des adultes. L'attitude transgressive de ses protagonistes est une métaphore dénonçant l'état de déréliction de la société du Mexique moderne. Déstructuré, parfois déroutant, Gazapo met en scène la rupture entre les générations et dynamite les codes traditionnels de la forme romanesque.
154. Mamita Yunai
Carlos Luis Fallas
3.67★ (5)

Costa Rica Roman - Beau témoignage historique (1941) et critique sociale en règle. L'auteur dénonce les abus épouvantables et les injustices d'une multinationale américaine, la United Fruit Company, installée au Costa Rica. C'est également une critique du système politique costaricien inféodé aux intérêts des Etats-Unis. Dans une narration réaliste et crue, Carlos Luis Fallas conte les péripéties de Sibajita, en lutte contre la pauvreté et les injustices vécues par les indigènes, les travailleurs et tous les laissés pour compte sociaux et économiques de son pays.
155. L'odyssée barbare
Daniel Sada
4.00★ (16)

Mexique Roman - Quatre ans d'écriture, sept cents pages, Daniel Sada donne dans ce livre toute la mesure de son talent d'écrivain. Ce livre est structuré en quinze temps, eux-mêmes divisés en courts chapitres, où les personnages abondent dans de petites histoires, puis des pus grandes, où se mêlent violence, amour, corruption, ambitions, rêves... A partir d'un fait divers où des militaires volent dans un village, à la vue des électeurs, une urne, Daniel Sada bâtit tout au long de ce livre une allégorie géante de son pays. Son écriture est incroyablement travaillée, explorant en permanence les limites du langage, utilisant autant le castillan classique que le parler populaire du nord du Mexique. Jamais folklorique ni anecdotique, cette oeuvre est aussi ardue que magnifique.
156. Chau Misterix
Mauricio Kartun
3.00★ (1)

Argentine Théâtre - Dans Chau Misterix, quatre enfants-adultes évoquent, un jour de carnaval des années 1950, leur passage à l'adolescence et la perte de l'innocence et du paradis. On trouve dans cette pièce les éléments constitutifs de l'oeuvre théâtrale de Mauricio Kartun : l'adolescence réelle ou allégorique comme point de référence et d'ancrage de la mémoire individuelle et collective, et une vision parodique du désarroi.
157. Tengo miedo torero
Pedro Lemebel
4.50★ (6)

Chili Roman - Au-delà d'une histoire d'amour homosexuelle entre un jeune patriote de gauche, qui projette d'assassiner Pinochet, et un gay, Pedro Lemebel joue avec les nerfs de toute forme dictature grâce à une écriture particulièrement transgressive, résolument résistante face au système culturel officiel chilien de l'époque. Très révélatrice d'une fin de règne dictatorial sombre et tragique, cette oeuvre illustre surtout le grotesque et le ridicule de la démesure du système Pinochet. Artiste et écrivain courageux et authentique, Pedro Lemebel assume sa différence et se dresse contre les tabous et les préjugés moraux de la société chilienne, jusqu'à composer un tableau saisissant de la vie nationale
158. Jamais plus de peine ni d'oubli
Osvaldo Soriano
4.50★ (28)

Argentine Roman - Dans un village argentin, deux idéologies s'affrontent jusqu'à la guerre et l'assassinat. Tous les coups sont permis, toutes les armes autorisées, toutes les mutilations possibles, mêlant horreur et burlesque. Au delà de la lutte sanglante et rocambolesque qu'Osvaldo Soriano met en scène dans ce roman entre la gauche et la droite péroniste, mouvement politique à l'époque en voie d'éclatement, l'auteur en fait surtout émerger toutes les contradictions. C'est aussi la violence d'Etat qui est dénoncée, préfigurée par cette guerre idéologique au sein d'un village, annonçant les exactions de la future dictature militaire pour laquelle le péronisme en délitement a tracé une voie royale. Si Osvaldo Soriano n'a jamais ambitionné d'être un auteur de l'avant-garde littéraire argentine, il excelle dans son style de conteur d'une maîtrise parfaite, assorti d'une écriture énergique à l'humour picaresque. Enfin, pour Soriano, les drames idéologiques sont d'abord et avant tout absurdes : il nous le rappelle avec humour et intelligence, ces deux ingrédients indispensables à toute position raisonnablement humaniste.
159. En familia
Florencio Sánchez
3.25★ (2)

Uruguay Théâtre - En familia est une pièce traçant le portrait d'une famille de la classe moyenne tombée en disgrâce sociale à cause d'une père joueur compulsif. Toute la famille sombre dans le chaos moral quand le fils aîné, en visite dans la demeure familiale, entreprend de sauver la situation en assumant l'autorité. Il s'oppose à son père qui ironise sur la morale qu'il juge méprisable de son fils, alors qu'il lui a lui même inculqué ces valeurs dans son enfance. Florencio Sánchez, devenu anarchiste et syndicaliste à l'époque de la rédaction de cette pièce, ironise grâce à des répliques et des situations douces-amères sur le modèle bourgeois et ses valeurs, mais dénonce également l'hypocrisie de ce milieu et l'autorité infondée du patriarcat.
160. Musée du roman de l'éternelle
Macedonio Fernández
4.00★ (12)

Argentine Roman - Macedonio Fernández, contemporain de Joyce, est un des premiers écrivains à rompre avec l'illusion référentielle et à composer des oeuvres dont le référent est le texte lui-même, et non pas une réalité extérieure à ce texte. Appliquant à son récit les principes de l'ultraïsme de l'avant-garde qui rejetait l'anecdote pour miser sur la métaphore, l'auteur tue autant le roman que la fable en les réduisant à une simple textualité, où l'intrigue est sans cesse annoncée et prorogée, d'où les nombreux prologues dans ce Musée du Roman de l'Eternelle. Il disqualifie le récit du roman en présentant un texte qui se présente virtuellement comme romanesque, mais qui rejette, hormis l'humour, toutes les qualités qui en feraient un roman plaisant à lire, fluide, aseptisé et bourgeois : il ruine soit en interpellant le lecteur, soit en parodiant les conventions littéraires l'effet d'évasion romanesque, pour dire l'incommunicabilité des passions humaines et l'impossible compréhension du monde.
161. Los Sorias
Alberto Laiseca
4.50★ (3)

Argentine Roman - Oeuvre incontournable de la littérature argentine contemporaine, la saga Los Soria est une extravagante fantaisie qui raconte l'affrontement entre trois grandes dictatures. L'épopée politique tient de la farce rabelaisienne mais ne dédaigne pas, dans une sorte de parodie de Tolkien revisitée par Jarry, la description minutieuse de systèmes sociaux complexes, dont la magie n'est pas absente. Les Soria se rattache indéniablement, de manière personnelle, comique et imaginative, au courant du réalisme extravagant (réalisme délirant dira l'auteur) et a fortement influencé des auteurs argentins tels que César Aira et Rodrigo Fresan.
162. La Zone du Silence
Homero Aridjis
3.50★ (3)

Mexique Roman - Homero Aridjis orchestre avec brio une enquête policière et une quête philosophique qu'il situe dans un désert mexicain mystérieux et envoûtant, où son exaltation des prodiges de la nature et du miracle de la rencontre amoureuse va de pair avec la dénonciation d'une violence barbare associée au narcotrafic.
163. El derrumbamiento
Armonía Somers
3.25★ (2)

Uruguay Nouvelles - Armonía Somers est un électron libre de la littérature uruguayenne : à côté d'elle, les romancières ou poétesses d'Uruguay font figure de jeunes filles rangées. Ces cinq récits réunis dans El derrumbamiento illustrent à merveille la narrative imaginaire unique et délirante d'Armonía Somers. L'auteur offre un univers d'une tension fantasmagorique inédite, cerné de déviance et de perversion, de cruauté, de mal, de maladie et de décomposition. de plus, ses personnages, oscillant entre sexualité empreinte de religiosité et de religion estampillée d'érotisme, sont des malades pluriels. Le plus étonnant est que ces récits obsessionnels, presque pathologiques, sont d'une poésie inattendue. Armonía Somers mérite d'être lue.
164. Et nous irons tous en enfer
Fernando Vallejo
3.50★ (29)

Colombie Roman - Le narrateur protagoniste est de retour à Medellin, sa ville natale, pour accompagner l'agonie de son frère Dario, atteint du sida et homosexuel comme lui. Leur ancienne complicité renaît et ils se remémorent leur passé familial : une mère tyrannique, un père asservi. Fernando Vallejo assure une réelle continuité avec ses oeuvres précédentes, autant par les références autobiographiques que par les traits stylistiques récurrents, en particulier une violence verbale qui atteint ici son apogée. La cible de cette diatribe est la mère, surnommée la folle, dépourvue de sentiment maternel, sorte de Folcoche de Bazin. Après avoir engendré une multitude d'enfants, elle crée autour d'elle un monde de chaos et de mort. Cette génitrice au recours permanent à l'injure semble être le modèle qui conduit le narrateur à adopter le même comportement verbal. Ce combat du narrateur contre sa génitrice s'accomplit au travers de l'apologie de l'homosexualité et de la prostitution, antithèse de la folie reproductrice de la mère. Mais la folie n'est pas seulement familiale, la mère est aussi le symbole de la folie collective de la Colombie : même volonté d'imposer sa volonté par la force, même obsession religieuse à se reproduire, même chaos mortifère. le roman devient un monologue avec la mort puis une voix d'outre-tombe, autant celle d'un narrateur révolté que celle d'un peuple. Ou comment régler de façon baroque ses comptes avec l'existence, où vie et mort sont un même déterminant.
165. La sombra de Heidegger
José Pablo Feinmann
4.00★ (2)

Argentine Essai Philosophie - Dans cette oeuvre, José Pablo Feinmann aborde les relations entre intellectuels et pouvoir, au travers de l'histoire du troisième Reich et de Heidegger. Comme dans ses autres nombreux essais, l'auteur s'attache à exprimer le point de vue d'un philosophe formé à la sociologie, sensible aux mécanismes de la violence politique, qu'il analyse sans cacher son engagement militant, dans la lignée d'une pensée de gauche anti-impérialiste.
166. Chango, ce sacré dieu
Manuel Zapata Olivella
4.00★ (3)

Colombie Roman - Sans doute l'oeuvre majeure de Manuel Zapata Olivella, ce brillant livre traite de l'épopée vécue par les africains débarqués de force sur le continent américain, dans le cadre du commerce triangulaire. Dans une prose très lyrique, l'auteur évoque leur mythologie ancestrale, les conditions de la traite, le métissage et les discriminations, qu'ils soient criollos, zambos ou mulatos, mais aussi leur révolte, à l'image du célèbre esclave marron insurgé Benkos Biohó. Ce brillant roman est d'abord une démarche individuelle intellectuelle puis se mue en une recherche collective de l'identité des Noirs du nouveau monde, ou comment, grâce à l'écriture, passer de l'oppression à la libération (on retrouve le même projet littéraire sartrien libératoire que chez Vargas Llosa dans les années 60).
167. Cuentos de barro
Salvador Salazar Arrué (Salarrué)
4.00★ (1)

Salvador Nouvelles - Les contes de Salvador Salazar Arrué (Salarrué), écrits en 1933, sont d'une belle vivacité et recréent la réalité paysanne et quotidienne du Salvador où les protagonistes et la nature hésitent entre beauté, hostilité, brutalité et dénuement. Utilisant le langage populaire salvadorien (d'où la nécessité du lexique en fin d'ouvrage), mêlant drame et humour avec beaucoup de rythme, Salarrué excelle dans cette veine régionaliste, à la fois expressionniste et très intériorisée et sensible.
168. Terre de personne
Eduardo Antonio Parra
4.00★ (5)

Mexique Roman - Avec un goût affirmé pour le roman noir, Eduardo Antonio Parra nous offre une série de nouvelles habitées par une fascination quasi scientifique pour la violence avec un vrai désir de la comprendre, d'en discerner l'anatomie pour tenter de la dépasser. C'est en utilisant paradoxalement des anti-héros, des situations rocambolesques, dramatiques, voire fantastiques, et des clichés efficaces nous plongeant dans la misère sociale et l'obscurantisme, que l'auteur livre une vision la plus authentique possible de son pays tout en frôlant l'irrationnel. C'est diablement fascinant.
169. Campo
Javier de Viana
3.00★ (1)

Uruguay Nouvelles - Sans doute le plus réussi des recueils de nouvelles de Javier de Viana. Campo conte la vie des gauchos avec un certain penchant pour le décadent et le sordide. Javier de Viana évoque la fin inéluctable de leur mode de vie au travers des guerres civiles initiées par les caudillos derniers représentants des gauchos. L'auteur, dans ces nouvelles, narre un héroïsme bientôt révolu sur un ton naturaliste exacerbé où l'influence de Zola est indéniable, même si le modernisme y est discrètement présent. A lire pour mieux connaître le vrai monde gauchesco uruguayen aujourd'hui disparu.
170. Les gauchos juifs
Alberto Gerchunoff
3.64★ (11)

Argentine Roman - Publié à l'occasion du centenaire de l'Indépendance, Les gauchos juifs est autant un livre sur l'errance symbolique gaucha que sur l'identification nationale, face à la xénophobie de la bourgeoise argentine à l'encontre des nouveaux arrivants, notamment Juifs. Dans ce livre, Alberto Gerchunoff réclame de façon sous-jacente à l'oligarchie de son pays, pour les juifs , et au travers de la forte identité argentine du mythe du gaucho, un espace historique et social pour sa communauté immigrée sur cette terre du Nouveau Monde ainsi qu' une reconnaissance de leur participation à la construction nationale et de leur parfaite intégration aux normes spécifiquement argentines : adhésion nationale vaut identité nationale de plein droit pour ses compatriotes Juifs selon Alberto Gerchunoff. Au delà de la question juive, c'est bien le statut de l'immigré et de son adhésion au projet du pays qui est débattu ici.
171. Cóndores no entierran todos los días
Gustavo Álvarez Gardeazábal
4.00★ (1)

Colombie Roman - D'une grande densité dramatique, Cóndores no entierran todos los días dénonce les crimes perpétrés par Condor, chef de la faction conservatrice de Tulua dans la lutte qui l'oppose aux libéraux, à la suite de l'assassinat du candidat à la présidence Gaitan en 1948. Cette année aura marqué le début de la période dite "de la Violence" en Colombie et qui durera dix ans. Ce roman très bien écrit fait partie du mouvement littéraire colombien "littérature de la Violence" et invite à découvrir de l'intérieur un pays socialement et politiquement ravagé.
172. Lima, l'horrible
Sebastian Salazar Bondy
Pérou Essai - Paru en 1964, cet ouvrage majeur de Sebastian Salazar Bondy est un brillant et virulent pamphlet contre le mythe d'une cité coloniale idéale, mythe inoculé dans la culture péruvienne et monté de toute pièce par la classe dominante. Dans cette cité, Lima l'horrible, les élites bourgeoises font main basse sur la ville et son centre, au nom d'un passé hispanique glorieux, pour mieux éloigner en périphérie les classes pauvres qui leur servent de domestiques ou d'ouvriers. Cette pensée unique élitiste qui a capturé l'histoire et la culture de la ville à son profit empêche notamment les populations d'héritage précolombien d'en avoir leur propre vision culturelle. C'est au sein de cette fausse terre promise que les élites de la capitale se sont assoupies pour profiter de leurs privilèges et de leur domination, alors que le pays est pleine mutation et que Lima croît avec une misère inouïe, ce que Salazar Bondy appelait "la petite mythologie du monde de la classe moyenne". Mais il est question avant tout pour cet auteur de lutter pour la cause perdue de la littérature dans le Pérou de l'époque. Un livre d'une actualité étonnante.
173. Kazbek
Leonardo Valencia
3.50★ (1)

Equateur Roman - Kazbek est court un roman, original, où l'auteur interroge la création artistique et littéraire mais aussi la condition humaine. Le protagoniste, Kazbek, est un écrivain équatorien installé à Barcelone et qui aspire à écrire un grand roman digne des meilleurs livres de sa bibliothèque. Ce grand roman en gestation a pour protagoniste Dacal, personnage insaisissable sur lequel d'autres auteurs ont tenté en vain d'écrire. Pour mener à bien sa quête d'informations sur Dacal, Kazbek revient en Équateur et rencontre un artiste qui, au lieu le renseigner sur Dacal, lui offre plusieurs dessins d'insectes équatoriens afin que Kazbek écrive des textes à leur sujet. Cette commande littéraire va changer la vision du monde de Kazbek. Les interrogations philosophiques sur la création littéraire et artistique sont amenées de façon très personnelle, au travers d'une aventure d'une grande fluidité. L'ensemble est réussi.
174. Los recuerdos del porvenir
Elena Garro
4.83★ (10)

Mexique Roman - L'oeuvre culminante d'Elena Garro est sans conteste Los recuerdos del porvenir, les souvenirs de l'avenir. Tout, mythe, tout roman, écrit Carlos Fuentes, pourrait s'intituler comme l'excellent livre d'Elena Garro, Les souvenirs de l'avenir : à la fois mémoire du futur et prédiction du passé. le protagoniste de ce roman est un village au sud de Mexico, Ixtepec, envahi par les troupes gouvernementales. Dans ce monde de sentiments exacerbés, marqué à la fois par le destin et le miracle, Elena Garro campe deux prodigieux personnages féminins à la recherche "du sourire d'un passé qui menace de s'estomper comme une volute de fumée".
175. Pitre de la langue
Néstor Sánchez
3.50★ (2)

Argentine Roman - Ce roman inclassable de Néstor Sánchez est plus proche d'un texte expérimental que d'une oeuvre romancée. Rêvant du livre parfait, son héros quitte sa province natale pour tenter toutes les expériences qui inspirerait la future oeuvre. Obsédé par l'alliance parfaite des mots, teinté de mysticisme, à mi-chemin entre les jeux surréalistes et le free jazz, ce livre de Néstor Sánchez dépasse la question de la création littéraire et s'interroge sur le sens d'une existence vouée à la mort et sur le déracinement.
176. No una, sino muchas muertes
Enrique Congrains
3.33★ (3)

Pérou Roman - Enrique Congrains Martin jette un éclairage brutal sur les zones urbaines encore marginales de Lima, taudis du Centre et terrains vagues pelés où s'installent les migrants venus de la Sierra, dans la pure veine du néoréalisme urbain. La jeune Maruja, protagoniste centrale, évolue au milieu des dépotoirs d'ordures, le long du Rimac avec pour seul bien un matelas éventré et pour seul trésor un tube de néon. Adolescente rebelle, rien ne l'asservit, pas même la pauvreté puisque cette oeuvre bannit tout misérabilisme. Un classique de la littérature sociale péruvienne.
177. Zama
Antonio Di Benedetto
4.00★ (11)

Argentine Roman biographique - Cette narration biographique d'un fonctionnaire tropical velléitaire, Diego de Zama, souvent lâche, parfois téméraire, se déroule entre 1790 et 1799 dans la vice-royauté de Buenos Aires. Zama abandonne fierté et ambitions au rythme de ses désenchantements professionnels et existentiels. Son récit sonde sa progressive déchéance et ses espoirs déçus, jusqu'à son détachement absolu et ses renoncements ultimes. L'existentialisme qui imprègne cette oeuvre sinueuse, étonnante et inclassable d'Antonio di Benedetto, cèle le destin arbitraire auquel cet anti-héros se soumet, avec une introspection qui évolue de l'analyse vers les dérives hallucinatoires avec un ultime recourt à la fantaisie magique quand le livre aborde le monde indigène, procédé qui influencera fortement entre autres Juan José Saer, César Aira et Cortazar.
178. Las horas violentas
Luis Spota
3.50★ (1)

Mexique Roman - A l'aide d'une écriture rythmée, pleine de vivacité et accessible, Luis Spota propose un roman où la littérature est au service de la dénonciation et du témoignage, et où l'art maîtrisé du dialogue et le langage familier invitent le lecteur à vivre de l'intérieur le milieu du syndicat mexicain et ses dérives. Luis Spota passe au cribles toutes les corruptions : politique, syndicaliste, administrative mais aussi individuelle. Cette corruption s'accompagne d'une violence, souvent urbaine, de renoncements et de compromissions qui broient toutes les convictions les plus sincères. L'originalité de la dénonciation de Luis Spota est qu'elle n'incrimine pas des causes politiques, sociales ou la cupidité des capitalistes, à l'origine de cette violence et de cette corruption. Pour l'auteur, la racine du mal est plus profonde : ce sont les instincts élémentaires de l'homme et un vice immuable consubstantiel à la société mexicaine qui congédie toute forme d'engagement honnête. C'est cette position radicale que l'on retrouve dans toute l'oeuvre de Luis Spota qui lui vaut tant de controverses.
179. La Résistance
Ernesto Sabato
3.67★ (26)

ARGENTINE - C'est bien d'une esquisse d'éthique qu'il s'agit. D'une proposition d'éthique de vie par la résistance qu'Ernesto Sabato, préoccupé par le destin social dans ses essais comme dans ses romans, offre aux lecteurs sous la forme de cinq lettres et un épilogue, telle une sortie de scène d'un écrivain humaniste engagé et inquiet du monde qu'il laisse aux vivants avant de s'en retirer pour toujours, monde qui depuis le début du 20ème siècle pourrait se renommer "âge des catastrophes". Il n'y a pas de "c'était mieux avant" avec Sabato, il compare entre passé et présent ce qui n'a pas progressé ou a dangereusement dérivé. Cette analyse lui permet de détecter des tendances menaçantes pour le destin de l'humanité auquel il propose de résister : surpopulation, globalisation, massification, marchandisation, standardisation des désirs, hyper individualisation, abêtissement, solitude existentielle, sujétion, vide spirituel, indifférence métaphysique. Bref : un nihilisme en accélération. Ce que Sabato regarde dans le passé, c'est la part grecque qui a participé à la fondation des valeurs de l'Occident, tout ce qui constituait l'éthique de la "vergogne" s'opposant au pire des défauts pour les grecs : l'hubris. Ainsi; il appelle à refonder l'humanisme et ses valeurs communautaires de camaraderie, d'empathie et de solidarité pour donner une chance éthique au genre humain, en misant sur la culture et l'éducation à la façon d'un José Marti qui prônait la liberté par la connaissance, replaçant les valeurs de l'esprit et l'homme au centre de tout. Au fond, Sabato reprend le constat des philosophes de l'École de Francfort : le mythe du Progrès constant initié au siècle des Lumières n'est plus au service de l'homme mais de son asservissement voire de sa destruction. Cet essai rédigé comme une mise en garde est aussi un témoignage de son temps. S'il doute du destin de l'homme, l'auteur garde un espoir d'avenir pour l'humanité.
180. Diez
Juan Emar
4.00★ (2)

Chili Nouvelles - Diez est un recueil de nouvelles où Juan Emar porte un regard lucide et subversif sur la société de son temps. Dotées de remarquables qualités narratives, ces fictions rupturistes privilégient une phrase éclatée où se mêlent sarcasme, ironie et humour très noir. Les jeux intertextuels de son discours tissent un riche réseau référentiel composé d'apports picturaux, musicaux, linguistiques et culturels. Juan Emar reste un écrivain marginalisé, très avant-gardiste, très cultivé, largement exclu en son temps de la place qu'il méritait.
181. Tres novelas breves
Adolfo Couve
4.00★ (1)

Chili Nouvelles - Une voix narrative distanciée, laconique, presque impersonnelle rend compte d'événements sans importance où prime la description des personnages et de l'espace, car l'histoire naît d'un minimum d'éléments pour Adolfo Couve : c'est leur puissance signifiante qui engendre leur intensité tragique, leur ironie ou leur cruauté. L'expression est subtile, tenue et la rigueur et la précision construisent un dépouillement de style d'une grande finesse. Une belle écriture qui prolonge son oeuvre picturale.
182. La forêt et les dieux : Religions afro-cubaines et médecine sacrée à Cuba
Lydia Cabrera
3.00★ (7)

Cuba Essai - C'est l'oeuvre phare de Lydia Cabrera qui a été une intellectuelle cubaine prolifique. Elle y étudie la religion, la magie, les superstitions et la médecine sacrée d'origine africaine à Cuba. Cet ouvrage reste une référence essentielle, comme le reste de son oeuvre, y compris les contes et légendes traditionnels de son île natale, pour saisir les phénomènes de syncrétisme à Cuba. A lire en s'accompagnant également des oeuvres de Fernando Ortiz, fondateur du transculturalisme cubain et dont Lydia Cabrera a repris le flambeau.
183. Anónimo
Ignacio Solares
4.00★ (1)

Mexique Roman - Anónimo est certainement l'oeuvre la plus aboutie et la plus philosophique d'Ignacio Solares. Habitué dans ses livres et pièces de théâtre à explorer les limites de la réalité et le monde paranormal, il s'en donne à coeur joie dans Anónimo et c'est assez réjouissant. Organisé autour de trente cinq courts chapitres, Anónimo nare l'étrange histoire d'un homme qui se réveille dans le corps d'un autre, allongé dans un lit inconnu aux côtés d'une femme qui n'est pas la sienne. A la recherche de l'homme qu'il a été, il se découvre mort et assiste à son propre enterrement face à sa veuve éplorée. Convaincu que personne ne le croira, il se décide à vivre la vie d'un autre tout en s'interrogeant sur ce qu'il est sans l'être. A la recherche de lui-même, son protagoniste s'interroge sur sa propre absence, sur sa présence en un autre, sur l'altérité, imposant à son personnage une réflexion sur les fondements de l'identité, notamment mexicaine. L'écriture dans ce livre agit à la fois comme révélatrice de la conscience du manque et une purification face à un désespoir personnel et une frustration de l'existence. C'est mystérieusement philosophique, surréaliste et rondement mené : un très bon moment de littérature.
184. Farabeuf ou la chronique d'un instant
Salvador Elizondo
4.00★ (7)

Mexique Roman - L'origine de l'histoire de ce livre, inscrit dans la lignée du nouveau roman, de Salvador Elizondo réside dans une photographie d'un supplice chinois incluse en 1961 par Georges Bataille dans Les larmes d'Eros. Farabeuf, un chirurgien spécialisé dans les amputations devient dans ce livre l'auteur de cette photo et va répéter sur une femme, à Paris, ce supplice qu'il a immortalisé à Pékin, dans une quête érotico-sadique. C'est donc l'histoire d'un instant et de sa beauté perverse, celui qui précède la rencontre entre cette femme et Farabeuf, mais aussi l'instant de la photo prise à Pékin. Calquée sur les Fragments d'Héraclite, la narration parcellaire interroge la plénitude de l'instant, entre chirurgie et torture, douleur et plaisir, mort et agonie. Inspiré par le Baudelaire des Petits poèmes en prose, ce livre témoigne également de l'obsession des sacrifices humains, jouant avec les codes littéraires du roman gothique anglais tout en étant à la limite de l'expressionnisme. Etrange, dérangeant et déroutant.
185. Criollos en Paris
Joaquín Edwards Bello
4.00★ (3)

Chili Roman - Nommé diplomate en 1925 à Paris, Joaquin Edwards Bello noue des liens avec les Latino-américains et autres Chiliens installés dans la ville Lumière. Dans Criollos en Paris, il les décrit savoureusement, peignant un portrait aussi sévère que tragique de ces sud-américains éloignés de leurs racines. Lucide, observateur aigu et cosmopolite, Joaquin Edwards Bello se montre, comme à son habitude et sans concession, un remarquable critique de son temps et de sa société.
186. El Desván
Ramón H. Jurado
4.00★ (1)

Panama Roman - Ce récit très réussi de Ramón H. Jurado, à la fois psychologique et philosophique, où se mêlent angoisse et terreur, tourne résolument le dos à l'univers rural caractéristique de la production romanesque panaméenne et ouvre de nouvelles voies littéraires à toute une génération d'auteurs du Panama qui n'a jamais abordé la thématique existentielle. Jusque là auteur d'oeuvres naturalistes et historiques, Ramón H. Jurado signe ici un livre désincarné qui explore la douleur et la tragédie humaine au travers d'un personnage atteint d'atrophie et confronte la terreur et la souffrance à l'indifférence, pour mieux dévoiler les dessous de la conscience humaine.
187. Le Siècle des lumières
Alejo Carpentier
4.14★ (391)

Cuba Roman - Sans doute le plus abouti des romans d'Alejo Carpentier tant la maîtrise en est parfaite et la maturité d'écriture indéniable. Dans ce livre, L Histoire, passion de l'auteur, est au service d'une fiction aussi théâtrale que baroque. Alejo Carpentier choisit pour son roman un temps historique précis : celui des débuts de l'émancipation latino-américaine et de l'influence de la toute jeune Révolution française, dans un lieu propice aux brassages des populations et des idées : les Caraïbes. Les protagonistes fictifs côtoient des personnages réels, cernés par les paradoxes de l'idéal révolutionnaire : violence, barbarie, intolérance, idéalisme, cynisme, pragmatisme. Cette fresque historique quasi épique n'a pas uniquement valeur de construction romanesque ou de réflexion méditative sur l'émancipation des peuples latino-américains. Alejo Carpentier y voit une spirale infernale répétée à l'infini dans laquelle les révolutions entraîneront toujours l'humanité, à l'image de la conclusion chaotique de son roman.
188. Obra negra
Gonzalo Arango
3.00★ (2)

Colombie Nouvelles - Obra Negra, recueil de nouvelles, d'essais et d'oeuvres de théâtre, illustre parfaitement toute l'oeuvre littéraire de Gonzalo Arango, dite nadaïste : elle exprime le désespoir d'une génération perdue qui cherche par la transgression lyrique à être entendue et à exorciser le démon de la violence qui ravage tout le pays. Nihiliste, Gonzalo Arango ne cessera de porter sur la Colombie un regard critique et particulièrement lucide.
189. Deux étrangers sur la terre
Héctor Tizón
3.83★ (7)

Argentine Roman - Dans une écriture extrêmement belle, Héctor Tizón déroule un récit où le protagoniste, mélancolique voyageur de commerce, traversant des paysages poussiéreux et aussi désolés que lui, retrouve goût à a vie en décidant de répondre aux lettres d'une certaine Abigail, lettres destinées à un tiers et trouvées par hasard dans une chambre d'hôtel. L'auteur joue avec ses personnages tout en laissant la nostalgie et la mémoire traverser son récit. Là encore, dans cette oeuvre, comme dans d'autres de ses livres, il laisse le hasard décider du ressort de son histoire et du destin de ses héros.
190. Le puits
Augusto Céspedes
4.50★ (8)

Bolivie Nouvelle - Cette nouvelle est merveilleusement écrite, comme une suite de brèves, où les humains se diluent dans une désillusion croissante. Faisant preuve d'un sens aigu de l'observation et de l'analyse, Augusto Céspedes fouille dans l'histoire chaotique de la Bolivie pour nous en offrir une représentation riche et objective. Son écriture limpide et d'une grande précision mêle humour, drame et absurdité pour mieux dénoncer une guerre, celle du Chaco qu'il a couverte en tant que journaliste, horriblement meurtrière, où il dénonce tant d'hommes sacrifiés au nom des intérêts économiques des grandes puissances mondiales et au gré des erreurs politiques et militaires de la Bolivie.
191. Los Réprobos
Fernando Vaca-Toledo
4.00★ (3)

Bolivie Roman - Inconnu en Europe, Fernando Vaca-Toledo est pourtant un auteur réjouissant, peu prolifique cependant. Son oeuvre Los réprobos est un régal de subversion où toutes les parties prenantes dans les secousses politiques que la Bolivie a connues dans les "années Ché Guevara" en prennent pour leur grade : dictateurs, parti communiste, guérilleros, avec une ironie décapante. Surtout, Vaca-Toledo démonte avec joie le mythe du guérillero christique et celui de la "théologie de la libération". Etre un prêtre catho et flinguer lui pose un problème de fond, être un combattant du peuple et faire régner la terreur communiste en réponse à la terreur dictatoriale encore plus. Un anti-bréviaire à l'attention des post soixanthuitards qui portent avec élégance un t-shirt Ché Guevara made in Viet-Nam par des gamins de huit ans exploités. Et dédicace spéciale aux camarades et à la famille cubaine qui ne supportent plus ce "socialismo irrrrevocable" qui leur pourrit la vie depuis 1959 mais fait si chic dans les outlaw parties rive gauche.
192. La guerre de la fin du monde
Mario Vargas Llosa
4.25★ (543)

Pérou Roman - Mario Vargas LLosa ne puise pas son inspiration dans son pays d'origine, le Pérou, mais met en scène avec brio la rébellion de Canudos (1896-1897), communauté de personnes misérables, exclues de la société, adeptes du fanatique Antonio Maciel, le Consejero, qui fascine ses fidèles par ses prêches messianiques, dans l'aride sertao du Nordeste brésilien. A partir d'un considérable travail de documentation historique et de la chronique de cette rébellion, Hautes Terres, du brésilien Euclide da Cuhna, Mario Vargas LLosa, selon la théorie du roman total, crée un monde foisonnant d'aventures et de personnages. A travers ces protagonistes multiples, paysans sans terre, assassins repentis, parias et ceux de l'autre camp, militaires, anarchistes et journalistes, Mario Vargas Llosa, au travers de ces prismes aussi variés qu'opposés, tente de cerner le phénomène Canudos : Etat dans l'Etat, porté par un rêve millénariste, Canudos ose braver les lois de la toute jeune république brésilienne avant d'être anéanti. Ce passionnant roman historique aborde une problématique inhérente à la naissance de toutes les nations latino-américaines : utopies, fédéralisme ou centralisme, mais s'inscrit aussi dans le contexte latino-américain de l'époque de son écriture, les années 1980 : violence, fanatisme religieux et politiques, les sujets majeurs des romans postérieurs de Mario Vargas Llosa.
193. Carne de quimera, novelines neblinosos
Enrique Labrador Ruiz
4.00★ (2)

Cuba Nouvelles - C'est certainement dans les contes et les nouvelles qu'Enrique Labrador Ruiz donne le meilleur de son écriture. L'auteur joue sur les dédoublements entre réalité et fiction, se servant avec finesse des richesses sémantique de sa langue et des facettes ironiques et humoristiques du discours, avec un évident désir de transgression formelle que l'on retrouve également dans sa poésie.
194. 1492, les aventures de Juan Cabezón de Castille
Homero Aridjis
4.16★ (45)

Mexique Roman - Comment l'Histoire peut se raconter ? C'est la principale interrogation posée par Homero Aridjis dans cet ambitieux roman, optant pour la narration subjective d'une fiction aux accents autobiographiques : c'est le "je" qui témoigne d'une période historique essentielle de l'Espagne, 1391-1492, permettant à l'auteur d'introduire de facto une vision critique des événements. Dans ce dialogue entre littérature et Histoire, "1492" propose une vision alternative à L Histoire officielle, redonnant à cette date charnière pour l'ancien monde (puis pour le nouveau monde dans son roman suivant) un renouveau historique d'une vitalité intellectuelle inouïe. "1492" retrace l'itinéraire de Juan Cabezón de Castille, juif converti en quête de sa bien-aimée également "conversa", au travers d'une Espagne violemment tourmentée par l'Inquisition et marquée par la persécution des Juifs. Homero Aridjis joue talentueusement avec les ambivalences d'identité : les Juifs d'hier se font nouveaux Chrétiens, l'Espagne plurielle d'avant devient univoque dans tous ses aspects, et l'auteur les oppose dans un duel continu et passionnant : mémoire officielle contre mémoire vécue, chrétiens contre juifs, dominants contre marginalisés. Aridjis, dont toute l'oeuvre est marquée par le syncrétisme, sous tend dans ce roman un appel à l'ouverture d'esprit et à la coexistence des différences.
195. Teatro
Carlos Solórzano
3.25★ (2)

Guatemala Théâtre - Ce livre regroupe toute la prolifique production théâtrale de Carlos Solórzano qu'il qualifie lui-même de symbolique, philosophique et poétique. On y retrouve des thématiques récurrentes fortement influencées par le violent contexte guatémaltèque et son histoire politique et sociale très chahutée : peurs et conflits des humains, résistance, dictature, oppression… S'inspirant du style théâtral de Camus (marqué par une réflexion philosophique et politique) qu'il a rencontré lors de son séjour à Paris en 1948, et à travers un langage suggestif, souvent poétique, l'auteur déploie dans son théâtre les grandes interrogations humaines, ses peurs, sa lutte pour l'émancipation en présentant avec beaucoup de pertinence les mécanismes d'oppression du pouvoir. Carlos Solórzano reste optimiste dans ses pièces, malgré les drames humains : toujours en quête de dignité de l'être humain, il cherche à éveiller les consciences et prend le parti de l'autonomie intérieure de l'individu pour surmonter les dominations et persister dans la résistance à tout asservissement.
196. La Vie à crédit de Jacob Lerner
Isaac Goldemberg
3.83★ (8)

Pérou - Tous les livres d'Isaac Goldemberg font la part belle au vécu que l'écriture prolonge et souvent exorcise. Sous le charme des mots et la virtuosité de la plume, la quête et l'affirmation identitaire sourdent en permanence, reflet de sa propre existence en constant partage (enfance péruvienne partagée entre catholicisme et judaïsme, père exilé d'Ukraine, errance entre Pérou, Espagne et Israël) et des origines juives de sa famille. L'inquiétude vitale, la plongée dans l'histoire personnelle et mythique – l'errance et l'exil – nourrissent autant sa prose que sa poésie. de la méditation à l'humour, du pastiche irrévérencieux ou affectueux, bien des échos et de hommages littéraires se font entendre à pas de velours dans les mots d'Isaac Goldemberg : des lyriques du Siècle d'Or à César Vallejo, l'auteur ajoute sa voix, celle originale qui chante, dessine et revendique une double culture. Mais au-delà du circonstanciel, consciente de la finitude et de l'éphémère des choses, s'élève surtout la voix d'un écrivain chez qui palpite l'authenticité, servie par un véritable art d'écrire.
197. Aquellos años del boom
Xavi Ayén
4.00★ (4)

Essai Littérature latino-américaine - Cet essai de plus de 800 pages est certainement l'une des enquêtes les plus complètes et les plus passionnantes sur le boom littéraire latino-américain des années 1967-1976 : pour la première fois, des auteurs latino-américains franchissent les frontières nationales et deviennent la révolution littéraire des années soixante-soixante-dix. Une succession d'oeuvres mythiques ont reconfiguré la carte littéraire mondiale. L'épicentre de ce boom littéraire est en couverture : Vargas Llosa et Marquez, dont les oeuvres Cent ans de solitude et La ville et les chiens sont les piliers de ce mouvement littéraire. Si ces deux auteurs sont en toile de fond de cet essai, des voix littéraires multiples les rejoignent : Carmen Balcells, Carlos Barral, éditeur de Seix Barral, Carlos Fuentes, Álvaro Mutis, Julio Cortázar, José Donoso, Sergio Pitol… Des centaines d'anecdotes jalonnent ce travail de fond aux informations très détaillées, balayant tout le travail de ces écrivains, jusqu'aux relations avec leurs éditeurs et le rôle joué par la ville de Barcelone, étape décisive d'une reconnaissance internationale.
198. Tout n'est pas veille lorsqu'on a les yeux ouverts
Macedonio Fernández
4.25★ (10)

Argentine Essai Philosophie - Macedonio Fernández compose ici un recueil de fragments (publié en 1928), sorte d'essai philosophique, fictionnel et poétique qui oppose la réalité du rêve aux illusions de l'état de veille, jusqu'à brouiller toutes les frontières entre conscience et subconscience. Macedonio Fernández est absolument génial dès qu'il s'agit d'interroger l'homme et le monde par une métaphysique de l'absurde, mêlant plusieurs genres intellectuels de façon désordonnée et souvent inachevée. C'est magistral et on comprend pourquoi Borges et Leopoldo Marechal l'admiraient tant. Cet essai est une étrange combinaison de métaphysique, d'occultiste intuitif, de mystique et de poésie, sur un ton humoristique qui convoque l'absurde. L'auteur interroge l'inexistence du temps et de l'espace, la définition de l'être par ses sens, niant la philosophie kantienne et la loi de cause à effet. Il philosophe de façon originale, non académique, à partir d'une pensée fondamentalement créative, à partir de ses propres interrogations. " C'est un long essai sur l'idéalisme, écrit dans un style délibérément emmêlé et complexe, conforme à l'enchevêtrement de la réalité elle-même" disait Borges sur Tout n'est pas veille lorsqu'on a les yeux ouverts.
199. Historias de Tata Mundo
Fabián Dobles
3.50★ (5)

COSTA RICA - Dans ce livre emblématique de la littérature costaricienne, Historias de Tata Mundo, publié en 1956 et composé de vingt-cinq récits aux tonalités à la fois picaresques et quotidiennes, on décèle tous les traits fondamentaux de l'oeuvre de Fabian Dobles : les conditions de vie misérables du peuple et les luttes des travailleurs ruraux et urbains. le narrateur, Tata Mundo, et les protagonistes des récits sont incarnés par une oralité populaire très vivante et le rendu de leur langage est clairement envisagé par l'auteur comme un élément identitaire fondamental. Fabian Dobles affirme dans ce livre, classé comme réaliste expressif, sa volonté de cerner la notion de patrie en concevant le personnage de Tata Mundo qui a valeur d'archétype national. Il y a chez cet auteur une constante préoccupation pour le destin des hommes et leurs conditions de vie, rendant terriblement attachantes ses oeuvres romanesques. Son discours littéraire est marqué par le marxisme de son engagement politique, mais parce que Dobles appartient à la "génération de 1940" costaricienne, ses romans sont également très régionalistes, dans la pure veine du costumbrismo et sont un appel à la prise de conscience des conditions sociales qu'endurent les costariciens tout en mettant en avant la valeur de la culture populaire des humbles de son pays.
200. Le singe grammairien
Octavio Paz
3.80★ (17)

MEXIQUE - Pour Octavio Paz "les temps et les lieux sont interchangeables". Il l'illustre par ce livre aux deux récits géographiques et temporels convergents : la route de Galta, en Inde et un jardin à Cambridge, point de départ d'une quête sur le sens du langage et ses rapports avec la réalité consciente, autour du jeu des correspondances secrètes entre verbe et idée, mot et perception, érotisme et connaissance. Cette oeuvre peut être lue comme le récit d'un voyage, un essai sur le processus créatif et un poème en prose dans lequel une voix lyrique explore l'intériorité du poète et ses liens avec l'écriture. Cette expérience poétique engage également de nombreuses préoccupations philosophiques récurrentes dans l'oeuvre de l'auteur, liées à l'altérité, au sacré, au temps et à la parole poétique comme source d'entendement des nouvelles réalités. Le singe grammairien est donc un "récit-essai-poème en prose" singulier qui puise dans la littérature indienne classique et la sagesse orientale, écrit par l'auteur à Cambridge après un long séjour en Inde en tant qu'ambassadeur du Mexique, poste dont il a démissionné pour protester contre le massacre, dans son pays, d'étudiants sur la Plaza de Tlatelolco. Composé comme un rituel, le poème unit l'humain à l'acte même de création et le texte devient l'espace de rencontre entre deux êtres à travers l'écriture et la lecture. le poète découvre l'image de son propre travail pour révéler une réalité qu'il explore par son rapport au langage : le corps comme langage, le langage comme corps, le chemin comme une métaphore de la création, la création comme forme de connaissance. Demandant à son auteur comme à son lecteur de parcourir ce chemin pour progresser vers la vérité de l'univers et de l'écriture, son récit fait triompher l'analogie, seul langage capable d'exprimer les paradoxes d'un monde contradictoire. Evoquant le va-et-vient continu des choses aux mots et de ceux-ci aux choses, d'un corps à un autre corps, d'un texte à un autre et d'une culture à une autre, le poète consacre l'importance de l'intertextualité. Le singe grammairien est une des nombreuses oeuvres d'Octavio Paz dans lesquelles il se situe poétiquement dans le repli entre le langage et le corps, entre la vie et l'au-delà, prônant l'abolition des contraires par leur convergence et l'analogie comme transparence universelle.
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