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A la rencontre du Continent GRACQ : un rêve romantique en vingt-deux paysages

Liste créée par dourvach - 22 livres. Thèmes et genres :

Accéder à l'essence de nos rêves... Voyages intérieurs d'un géographe sentimental, écrivain amateur, "provincial" et universel. Romancier sans égal, inventeur d'espaces-temps sensuels et minéraux, sans doute intemporels... Auteur discret s'il en fût, également celui de très beaux textes critiques, d'essais historiques et poétiques, il fut également romancier (dès 1938) puis dramaturge (en 1948) de sa très riche "Matière de Bretagne". Non accessoirement "mordant" pamphlétaire, infiniment cohérent en son "incompréhensible" refus des prix-goncourt et autres su-sucres à chien-chiens... De "La littérature à l'estomac" (1949) à son "éclat" paisible de 1951 : simple illustration d'une rare cohérence... Puissance d'une écriture perfectionniste forgée à la lumière du culte de la Littérature : celle de son cher "grand" XIXème siècle français... Viennent ces souvenirs lumineux de cette fin août 2007, lorsque nous fumes si simplement reçus — deux heures durant et toutes émotions tues — dans "le petit salon face à la Loire" par notre hôte, M. Poirier. Pélerinages réguliers de la mémoire : si l'on pouvait se souvenir de chaque mot, chaque détail de l'après-midi... Ecoute attentive, bienveillance, authenticité, cohérence, envergure, humanité... Mystères, aussi. De son "Château d'Argol" à ses "Carnets du Grand Chemin", son bel archipel à aborder patiemment... Cet homme si pudique fut-il "Notre dernier romantique" jusque dans ses silences ? A cette question finale de l'entretien réalisé par Dominique Rabourdin à Saint-Florent-le-Vieil début 2007 pour "Le magazine littéraire" : " — Etes-vous stoïcien ? N'avez-vous pas peur de la mort, de votre propre mort ? ", Julien Gracq répondra : — " La perspective de ma disparition ne me scandalise pas : la mort semble partout inséparable de la vie, individuelle ou collective. La mort survient, un jour ou l'autre ; quoique très proche pour moi, sa pensée ne m'obsède pas : c'est la vie qui vaut qu'on s'en occupe. ". Monsieur Louis Poirier (1910-2007), professeur agrégé de géographie, "de" Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire) : si tôt devenu "Julien GRACQ" pour toujours.
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1 Au Château d'Argol
Julien Gracq
19 critiques 13 citations

[1938 : Librairie José Corti] - ROMAN _________________________________________________________________________________________________________ " La lune baignait tout le paysage avec une capiteuse douceur. La nuit dispensait ses trésors. Dans le ciel chaque étoile avait pris sa place avec la même exactitude que dans une carte sidérale et présentait une image tellement probante de la nuit telle qu'on la connaissait de toujours et qu'on pouvait à bon droit l'attendre, que le coeur était touché devant cette scrupuleuse, naïve et presque enfantine reconstitution comme devant l'acte d'une bonté insondable. La nuit dispensait ses trésors. " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par ophrys, "Babelio", nov. 2010] Ajouter à mes livres
2 Manuscrits de guerre
Julien Gracq
6 critiques 9 citations

[1940 comme début de composition / 2011 : José Corti Editeur] - JOURNAL DE GUERRE _________________________________________________________________________________________________________ " Ce qui frappe dans toutes ces actions, c'est la complète incohérence. Du moins du petit coin où nous sommes. Ces Allemands qui passent, sur qui nous ouvrons un feu d'enfer, et qui ne répondent pas d'un seul coup de fusil. Puis rien. Puis cette attention soudaine du canon anti-char. Puis on nous oublie, on nous délaisse, comme le pinceau aveugle d'un projecteur qui sautille sur une étendue de campagne. " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par brigetoun, "Babelio", mai 2011] Ajouter à mes livres
3 Un beau ténébreux
Julien Gracq
8 critiques 29 citations

[1945 : Librairie José Corti] - ROMAN _________________________________________________________________________________________________________ " - Et le jugement serait sans appel ? - Il n'a jamais d'appel. Personne ne songe à en faire. Quelle question pourrait jamais formuler l'inexprimable ? D'ailleurs, ce serait à faire périr de honte, l'humilité ne descend pas jusque là. Chacun connaît d'instinct ce jeu de massacre et chacun le respecte, et, c'est assez remarquable, s'en sent même obscurément ennobli. Chacun jonche sa route de cadavres et de dieux, et personne ne ressuscite, et la Bible même veut que l'archange ne puisse tomber qu'en gardant son imprescriptible couronne. " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par lexote, "Babelio", juin 2010] Ajouter à mes livres
4 Liberté grande - La terre habitable - Gomorrhe - La sieste en Flandre hollandaise
Julien Gracq
1 critique 6 citations

[1946 : Librairie José Corti] - PROSE POETIQUE _________________________________________________________________________________________________________ " Gêné que je suis toujours, sur les lisières d'une ville où cependant il serait pour nous d'une telle séduction de voir par exemple les beaux chiendents des steppes friser au pied même de l'extravagance priapée des gratte-ciel, déçu par le dégradé avilissant, la visqueuse matière interstitielle des banlieues, et, sur les plans, leurs cancéreuses auréoles, je rêve depuis peu d'une Ville qui s'ouvrît, tranchée net comme par l'outil, et pour ainsi dire saignante d'un vif sang noir d'asphalte, à toutes ses artères coupées, sur la plus grasse, la plus abandonnée, la plus secrète des campagnes bocagères. " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par Charybde2, "Babelio", févr. 2016] Ajouter à mes livres
5 André Breton : Quelques aspects de l'écrivain
Julien Gracq
1 critique 4 citations

[1948 : Librairie José Corti] - ESSAI LITTERAIRE _________________________________________________________________________________________________________ " Le culte de la poésie s'est renforcé en eux dans la proportion exacte où elle leur est apparue, de plus en plus clairement, comme un moyen de sortie, un outil propre à briser idéalement certaines limites. Dans la mesure même où elle s'identifie pour lui à un « esprit d'aventure au-delà de toutes les aventures », Breton est perpétuellement tenté d'en déceler le surgissement partout où s'ouvrent pour lui les failles par lesquelles on peut espérer d'échapper à l'humaine condition. Elle triomphe dans la folie (L'Immaculée Conception), étincelle dans le « hasard objectif », dans la « trouvaille » ? brille de tous ses feux dans « l'amour fou », comme dans toute entreprise de libération de l'homme. (Monnerot indique avec justesse que, de manière obscure, pour les surréalistes, la poésie « communique » avec la révolution). Ce que Breton en vient finalement à baptiser « poésie », c'est tout fil d'Ariane dont un bout traîne à portée de sa main et permet de l'aider à sortir du labyrinthe. " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par Charybde2, "Babelio", mars 2016] Ajouter à mes livres
6 Le Roi pêcheur
Julien Gracq
6 critiques 9 citations

[1948, Librairie José Corti] - THEÂTRE _________________________________________________________________________________________________________ - KUNDRY : " Tu vois cette fenêtre..... là-haut ? Tu peux y grimper ? " - KAYLET : " Mais c'est très haut. " - KUNDRY : " Poltron !..... tu es très agile. Tu grimpes à tous les arbres de Montsalvage. Tu grimpes même sur le dais du trône d'Amfortas. Je t'y ai vu perché, quand il n'est pas là ! " - KAYLET : " Il ne faut surtout pas le dire. " - KUNDRY : " N'aie pas peur. Mais alors grimpe à cette fenêtre, Kaylet. Grimpe vite ! Tu verras dans la grande salle. Il faut que je sache. " - KAYLET : " Je n'ose pas..... Si on me voyait ! " - KUNDRY : " Personne ne te verra. Tu es trop petit..... " - KAYLET : " Mais c'est défendu de suivre l'office !... " - KUNDRY : " Monte ! Je prendrai tout sur moi ! " (Kundry le pousse en hâte. Kaylet escalade la fenêtre et regarde.) " ..... Tu vois ? " - KAYLET : " Oui. " - KUNDRY : " Le chevalier est là ? " - KAYLET : " Oui. Il est près du roi..... Oh ! c'est si beau, Kundry..... si tu voyais. Je vois Léhelin, Yvain, Kingrival..... tous ! " - KUNDRY : " Et le chevalier ? Tu le vois bien ? " - KAYLET : " Oui..... Il est tout pâle..... " - KUNDRY : " Regarde ! Regarde de tous tes yeux -- regarde bien ! " - KAYLET : " Il y a tout un cortège qui entre dans la salle..... Il y a des hommes d'armes..... Oh ! c'est si brillant : des lances, des casques..... Il y a Bohort. " - KUNDRY : " Bohort ! " - KAYLET : " Oui. Et maintenant..... Oh ! Kundry..... Kundry, j'ai peur ! " - KUNDRY : " Regarde, imbécile ! " - KAYLET : " Kundry ! c'est le Graal !..... Mes yeux me brûlent. " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par dourvac'h, "Babelio", mai 2014] Ajouter à mes livres
7 La Littérature à l'estomac
Julien Gracq
9 critiques 31 citations

[1949, Librairie José Corti] - PAMPHLET _________________________________________________________________________________________________________ " De ce que l'écrivain dispose aujourd'hui de mille manières de se manifester qui portent souvent infiniment plus loin que ses livres, il se trouve que sa mise en place gagne infiniment en rapidité à emprunter d'autres voies que la lente pénétration, la lente digestion d'une oeuvre écrite par un public que la faim ne dévore pas toujours. Mille impressions sensibles - dans notre civilisation amoureuse de graphiques, d'images parlantes - inscrivent aujourd'hui pour l'oeil plus que pour l'intelligence et le goût un ordre de préséances obsédant qui n'est pas celui de la lecture, et qui va jusqu'à déclencher une espèce d'automatisme de répétition : grosseur des caractères dans les journaux, fréquence des photographies, manchettes des revues, "présidiums" de congrès d'écrivains, comme une salle de distribution des prix, "ventes" littéraires publiques, dont on diffuse les chiffres, apposition de noms au bas de manifestes, grandes orgues radiophoniques, séances de signatures où le talent de l'écrivain, de manière obscure, triomphe aux yeux dans l'étendue de sa performance, comme un champion d'échecs qui donne des simultanées. Le grand public, par un entraînement inconscient, exige de nos jours comme une preuve cette transmutation bizarre du qualitatif en quantitatif, qui fait que l'écrivain aujourd'hui se doit de représenter, comme on dit, une surface, avant même parfois d'avoir un talent. " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par milgoul, "Babelio", juill. 2010] Ajouter à mes livres
8 Le Rivage des Syrtes
Julien Gracq
56 critiques 116 citations

[1951, Librairie José Corti] - ROMAN _________________________________________________________________________________________________________ " C'était une sorte d'iceberg rocheux, rongé de toutes parts et coupé en grands pans effondrés avivés par les vagues. Le rocher jaillissait à pic de la mer, presque irréel dans l'étincellement de sa cuirasse blanche, léger sur l'horizon comme un voilier sous ses tours de toile, n'eût été la mince lisière gazonnée qui couvrait la plate-forme, et coulait çà et là dans l'étroite coupure zigzagante des ravins. La réflexion neigeuse de ses falaises blanches tantôt l'argentait, tantôt le dissolvait dans la gaze légère du brouillard de beau temps, et nous voguâmes longtemps encore avant de ne plus voir se lever, sur la mer calme, qu'une sorte de donjon ébréché et ébouleux, d'un gris sale, qui portait ses corniches sourcilleuses au-dessus des vagues à une énorme hauteur. Des nuées compactes d'oiseaux de mer, jaillissaient en flèche, puis se rabattant en volutes molles sur la roche, lui faisaient comme la respiration empanachée d'un geyser ; leurs cris pareils à ceux d'une gorge coupée, aiguisant le vent comme un rasoir et se répercutant longuement dans l'écho dur des falaises, rendaient l'île à une solitude malveillante et hargneuse, la muraient plus encore que ses falaises sans accès. " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par Nastasia-B, "Babelio", janv. 2015] Ajouter à mes livres
9 Les terres du couchant
Julien Gracq
12 critiques 12 citations

[1953-1956 ; José Corti éditeur, 2014] - [ébauche de] ROMAN _________________________________________________________________________________________________________ " En somme, nous vivions bien. Chaque saison amenait ses fruits et ses plaisirs, et la Terre du Couchant n'était pas avare. Les vices dans le gouvernement du Royaume étaient si vieux, et leurs méfaits si capricieux dans leur enchevêtrement qu'ils finissaient par participer des hauts et des bas qui donnent sa variété à tout spectacle naturel : si on formait le voeu parfois de les voir « s'arranger », c'était de la même lèvre pieuse dont on souhaite que le temps « s'arrange » après la grêle ou la gelée. Comme l'habitué des alpages a cessé de réfléchir au caractère fâcheusement raboteux des montagnes, simplement on naissait à Bréga-Vieil au coeur d'un paysage social accidenté. Le secret conseil du Royaume était l'absence complète de mouvement, et la connaissance que l'homme accroche son champ et le laboure sur des pentes dix fois plus fortes que celles qu'il supporterait d'un pont de navire, quand celui-ci va sur la mer. " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par johnfool, "Babelio", oct. 2014] Ajouter à mes livres
10 Un balcon en forêt
Julien Gracq
29 critiques 31 citations

[1958, Librairie José Corti] - ROMAN _________________________________________________________________________________________________________ " Quand Mona s'éveillait, avec cette manière instantanée qu'elle avait de passer de la lumière à l'ombre (elle s'endormait au milieu d'une phrase, comme les très jeunes enfants), cinglé, fouetté, mordu, étrillé, il se sentait comme sous la douche d'une cascade d'avril, il était dépossédé de lui pour la journée ; mais cette minute où il la regardait encore dormir était plus grave : assis à côté d'elle, il avait l'impression de la protéger. Le froid se glissait dans la pièce malgré le feu mourant ; à travers les volets mal joints suintait une aube grise; un instant, il se sentait porté au creux d'un monde éteint, dévasté par de mauvaises étoiles, tout entier couvé par une pensée noire : il promenait les yeux autour de lui comme pour y chercher la coûteuse blessure qui faisait le matin si pâle, refroidissait cette chambre triste jusqu'à la mort. « Qu'elle ne meure pas », murmurait-il superstitieusement, et le mot éveillait dans la pièce aux volets fermés un écho distrait : le monde avait perdu son recours ; on eût dit que de son sommeil même une oreille s'était détournée. " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par litolff, "Babelio", déc. 2010] Ajouter à mes livres
11 Préférences
Julien Gracq
4 critiques 15 citations

[1961, Librairie José Corti] - ESSAI LITTERAIRE _________________________________________________________________________________________________________ " Tout livre [...] non seulement des matériaux que lui fournit la vie, mais aussi et peut-être surtout de l'épais terreau de la littérature qui l'a précédé. Tout livre pousse sur d'autres livres, et peut-être que le génie n'est pas autre chose qu'un apport de bactéries particulières, une chimie individuelle délicate, au moyen de laquelle un esprit neuf absorbe, transforme, et finalement restitue sous une forme inédite non pas le monde brut, mais plutôt l'énorme matière littéraire qui préexiste à lui. " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par johnfool, "Babelio", mars 2013] Ajouter à mes livres
12 Lettrines 1
Julien Gracq
1 critique 5 citations

[1967, Librairie José Corti] - ESSAI LITTERAIRE & OROGRAPHIQUE _________________________________________________________________________________________________________ " Grèves de la Loire dans l'île Batailleuse - Dès qu'on est couché au niveau de l'eau, champs et maisons cachés au regard, les berges s'ensauvagent, et les heures passent au long d'une espèce d'Orénoque ou de Sénégal, gris ou bleu selon le moment, troué de grèves qui rendent ici plus frappant qu'ailleurs le vers de Baudelaire : " Cieux déchirés comme des grèves." _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par nadejda, "Babelio", janv. 2011] Ajouter à mes livres
13 La presqu'île
Julien Gracq
7 critiques 21 citations

[1970, Librairie José Corti] - RECUEIL DE NOUVELLES : "La route", "La presqu'île", "Le Roi Cophetua" _________________________________________________________________________________________________________ " Cette voie forestière perdue, sous son gazon fin parfois rougi de fraises, avec ses passées de bêtes, ses flaques d'eau noire, son odeur de mousse humide et de champignon frais, si entièrement reprise par la sauvagerie des bois qu'on luttait difficilement contre l'impression qu'elle allait finir là en impasse, que les arbres allaient se refermer sur sa fente étroite, mais la digue de pierre, le mur invisible que le chemin enfonçait sous lui dans le sol, avait contenu obstinément l'assaut de la forêt, et la Route indéfiniment s'enfonçait, amicale et vaguement fée, filtrant à travers le sous-bois sa lumière calme et rassurante d'éclaircie, pas à pas écartant devant nous comme une main le rideau des branches. " _________________________________________________________________________________________________________ ["La route" - extrait choisi par Wyoming, "Babelio", nov. 2017] Ajouter à mes livres
14 Lettrines 2
Julien Gracq
5 citations

[1974, Librairie José Corti] - ESSAI LITTERAIRE & OROGRAPHIQUE _________________________________________________________________________________________________________ " Nantes. Je feuillette un recueil d'anciennes photographies de la ville, au temps où j'étais pensionnaire au lycée. S'il est une ville dont la forme ait changé plus vite que le coeur d'un mortel... Mais « fourmillante cité, cité pleine de rêves » pour moi, oui, toujours ! J'ai davantage rêvé là, entre onze et dix-huit ans, que dans tout le reste de ma vie : que faire d'une vie commencée de vivre si irrémédiablement sur le mode de l'ailleurs." _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par Grapheus, "Babelio", déc. 2016] Ajouter à mes livres
15 Les eaux étroites
Julien Gracq
11 critiques 19 citations

[1976, Librairie José Corti] - ESSAI LITTERAIRE & OROGRAPHIQUE _________________________________________________________________________________________________________ " Les images que déroule tout voyage initiatique renvoient chacune en énigme à une rencontre préfigurée qu'elles font pressentir et qui les achèvera ; la puissance d'envoûtement des excursions magiques, comme l'a été pour moi celle de l'Evre, tire sa force de ce qu'elles sont toutes à leur manière des "chemins de la vie" [...] " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par nadejda, "Babelio", janv. 2011] Ajouter à mes livres
16 En lisant en écrivant
Julien Gracq
5 critiques 22 citations

[1980, Librairie José Corti] - ESSAI LITTERAIRE _________________________________________________________________________________________________________ " Si je pousse la porte d'un livre de Beyle, j'entre en Stendhalie, comme je rejoindrais une maison de vacances: le souci tombe des épaules, la nécessité se met en congé, le poids du monde s'allège; tout est différent : la saveur de l'air, les lignes du paysage, l'appétit, la légèreté de vivre, le salut même, l'abord des gens. Chacun le sait (et peut-être le répète-t-on un peu complaisamment, car c'est tout de même beaucoup dire) tout grand romancier crée un "monde" - Stendhal, lui, fait à la fois plus et moins : il fonde à l'écart pour ses vrais lecteurs une seconde patrie habitable, un ermitage suspendu hors du temps, non vraiment situé, non vraiment daté, un refuge fait pour les dimanches de la vie, où l'air est plus sec, plus vivifiant, où la vie coule p lus désinvolte et plus fraîche - un Éden des passions en liberté, irrigué par le bonheur de vivre, où rien en définitive ne peut se passer très mal, où l'amour renaît de ses cendres, où même le malheur vrai se transforme en regret souriant. " _________________________________________________________________________________________________________ [Extrait choisi par keisha, "Babelio", juin 2011] Ajouter à mes livres
17 La Forme d'une ville
Julien Gracq
3 critiques 5 citations

[1985, Librairie José Corti] - ESSAI LITTERAIRE, HISTORIQUE & OROGRAPHIQUE _________________________________________________________________________________________________________ "Quand je poussai une dernière fois derrière moi la porte du jardinet de la rue Haute-Roche, le jour qui se levait avait cette rémission limpide, bénigne, d'après-matines, encore peuplée par le seul chant des oiseaux, qu'évoque pour moi le titre d'un roman d'André Dhôtel que je n'ai pas lu : "Les Rues dans l'aurore". " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par dourvac'h, "Babelio", juin 2015] Ajouter à mes livres
18 Autour des sept collines
Julien Gracq
2 critiques 8 citations

[1988, Librairie José Corti] - ESSAI LITTERAIRE, HISTORIQUE & OROGRAPHIQUE _________________________________________________________________________________________________________ " C'est un "work in progress", Rome, un bric-à-­brac somptueux de matériaux urbains dépareillés en instance d'assemblage et de réemploi ; seulement ce chantier en rumeur, c'est surtout celui du travail négateur du temps. " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par DelphineMa, "Babelio", avril 2017] Ajouter à mes livres
19 Carnets du grand chemin
Julien Gracq
5 critiques 30 citations

[1992, Librairie José Corti] - ESSAI LITTERAIRE & OROGRAPHIQUE _________________________________________________________________________________________________________ " Je me promène le long de la plus haute crête de ce massif de dunes forestier. Du côté de l'ouest, la mer à l'horizon apparaît en festons isolés dans les échancrures du tapis grumeleux que mon - il surplombe ; le bleu lavé, évanescent, le vert pelucheux, argenté comme le duvet qui vêt la coque de l'amande, prennent sous le soleil de dix heures une immobilité, une fixité contemplative de lavis chinois qui ne semble pas appartenir à nos climats : je marche dans une forêt du pays du Matin Calme. De temps en temps, une pomme de pin, à quelques mètres devant moi, percute le tapis d?aiguilles avec un choc mat : peu de promeneurs y prêteraient attention, mais dix ans de familiarité avec la pinède me font dresser l'oreille : une pomme de pin en sève ne choit pas d'elle-même, une pomme de pin sèche n'a pas cet impact alourdi. Je ramasse la pomme, et je distingue à la base l'éraflure fraîche des incisives aiguës. Ni le bruit clair des griffes sur l'écorce, ni le geignement hargneux de la grimpée n'ont signalé de fuite : la bête est là encore, tapie de toute sa longueur derrière une branche. Il me faut parfois trois ou quatre minutes pour distinguer le bout de queue révélateur qui dépasse, ou le museau pointu avec l'oeil rond qui guette de profil : vérification faite - avec la sagacité comblée et discrète de Derzou Ouzala dans sa taïga - je m'éloigne sans déranger plus longtemps l'animal menu dont le coeur doit battre si vite. " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par michfred, "Babelio", juill. 2015] Ajouter à mes livres
20 Entretiens (livre non massicoté)
Julien Gracq
1 critique 6 citations

[2002, José Corti éditeur] - RECUEIL DE SIX ENTRETIENS avec l'auteur _________________________________________________________________________________________________________ " Il y a, sous la croûte obscure de la langue, comme dans les profondeurs de la mer et les hauteurs du ciel, des châteaux et des presqu'îles. L'objet de la littérature est leur « magique étude ». " _________________________________________________________________________________________________________ [extrait choisi par manolle, 2012] Ajouter à mes livres
21 Gracq : Oeuvres complètes, tome 1
Julien Gracq
4 critiques 3 citations

[1989, "Bibliothèque de la Pléiade", Gallimard] : OEUVRES COMPLETES, période 1938 à 1957 _________________________________________________________________________________________________________ " Quand j'étais petit, notre vieux serviteur allait se coucher dans le grenier sans lumière. Il était si habitué qu'il marchait dans le noir sans tâter, aussi vite qu'en plein jour. Eh bien ! que veux-tu, à la fin la tentation a été trop forte : il y avait une trappe sur son chemin, je l'ai ouverte... Le vieillard sembla réfléchir avec difficulté. - ... Je pense que c'est énervant, les gens qui croient trop dur que les choses seront toujours comme elles sont. Il ferma à demi les yeux, et se mit à hocher la tête, comme s'il allait s'endormir. - ... Et peut-être ce n'est pas une bonne chose, que les choses restent toujours comme elles sont. " _________________________________________________________________________________________________________ ["Le rivage des Syrtes" - extrait choisi par Nastasia-B., "Babelio", janv. 2015] _________________________________________________________________________________________________________ " Je n'ai lu, à ce jour, qu'un roman de Julien Gracq, "Le rivage des Syrtes", et il y a plusieurs années de cela. Il me souvient en avoir retiré un immense plaisir et ce, de façon curieuse. Car tout n'est qu'attente et l'on aurait pu penser, ennui. Or dans ce roman où il ne se passe presque rien, aucun bâillement n'est venu brouiller ma lecture. Sans doute était-ce dû à la magnificence d'une écriture qui m'avait transporté, alors. J'y ai vu, à ce moment-là, l'un des grands romans européens du XXème siècle. Et je m'étais contenté de l'assimiler à une allégorie de la transgression qui conduit l'homme, de toute éternité, à faire reculer son horizon propre, en-deçà duquel, tout le conduit à demeurer, sa sécurité, la tradition, le conservatisme, la peur de l'inconnue, etc. J'ai considéré que cette transgression était, au fond, le principal moteur de l'aventure humaine. En cherchant à connaître ce qu'il y a derrière la limite de son regard, en bravant le danger de la curiosité, l'homme s'est conformé à son destin qui le pousse à explorer l'univers qui l'entoure, au-delà des mers, au-delà des cieux, au-delà de ses propres croyances, et ce, malgré les dangers, malgré les catastrophes annoncées, malgré l'angoisse de l'inconnue. Je n'ai pas cherché à déceler, dans ce roman, une allusion au contexte historique de l'époque, ni une philosophie particulière de l'Histoire, encore moins à identifier une cité-Etat à laquelle pourrait renvoyer Orsenna, quand d'autres l'ont rapprochée de la Vénitie, ni les plages de Libye baignées par la mer de Syrte, ou la ville de Syrte elle-même. Comme beaucoup de lecteurs, peut-être, j'ai vérifié ma géographie méditerranéenne, pour me rendre compte, comme l'a si bien exprimé un commentateur (Antoine Blondin) que J. Gracq a écrit un magnifique « imprécis d'histoire et de géographie à l'usage des civilisations rêveuses. » Rarement livre a donné lieu à autant d'analyses : renvoie- t-il à une conception particulière de l'Histoire ? D'aucuns ont tenté d'y déceler un Occident courant à sa perte, en raison de ce déclin dont on dit qu'il est amorcé depuis longtemps. D'autres y ont vu une allégorie de la transgression qui favorise le changement. Ou bien encore, l'ont rattaché au symbolisme, en ce qu'il transcenderait l'histoire phénoménale, la réalité identifiée dans le temps et l'espace, pour seulement en saisir « l'esprit ». Le style et la langue ont été décortiqués, une langue magnifique pour les uns, trop « classique », pour les autres, déniant à la prose de Gracq, le qualificatif de poétique. Sa filiation avec d'autres auteurs a été recherchée, Junger, par exemple, a-t-il été une source d'inspiration ? etc., etc. J'ai simplement trouvé que c'est un très grand et très beau roman, magnifiquement écrit. Je l'ai aimé ; le reste n'est que rhétorique bavarde... " _________________________________________________________________________________________________________ [critique de PatrickCasimir, "Babelio", nov. 2017] Ajouter à mes livres
22 Gracq : Oeuvres complètes, tome 2
Julien Gracq
1 critique 5 citations

[1995, "Bibliothèque de la Pléiade", Gallimard] : OEUVRES COMPLETES, période 1958 à 1992 _________________________________________________________________________________________________________ " Rien dans cette guerre ne ressemblait aux autres ; c'était une dégénérescence molle, un crépuscule mourant, indéfiniment prolongé, de la paix, si prolongé qu'on pouvait rêver malgré soi, après cette étrange demi-saison, cette plongée dans la lumière de nuits blanches, d'un jour neuf se soudant à l'autre sans solution de continuité. " _________________________________________________________________________________________________________ ["Un balcon en forêt" - extrait choisi par zaphod, "Babelio", août 2015] _________________________________________________________________________________________________________ "La situation imaginative préférée d'un écrivain de fiction ne coïncide pas, dans mon esprit du moins, avec sa manière de vivre. Il faut une tension liminaire, qui exige plus ou moins de dépaysement : il s'agit toujours quant au lieu de l'action, et même s'il y a des ressemblances avec des lieux familiers, d'un "pays où l'on n'arrive jamais", pour parler comme André Dhôtel. Confins, lisières, frontières, effectivement, sont des lieux qui m'attirent en imagination. " _________________________________________________________________________________________________________ ["Entretiens" - extrait choisi par dourvac'h, "Babelio", juin 2015] Ajouter à mes livres
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