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EAN : 9782266118354
608 pages
Pocket (06/06/2002)
4.13/5   659 notes
Résumé :
Dans le milieu, on l'appelait Papillon : jamais là où on le croyait, arrivant quand on ne l'attendait plus, "allant de fleur en fleur". C'étaient les années 30. Et en 1930, justement, il "tombe" : il est arrêté pour un meurtre qu'il n'a pas commis, car Henri Charrière n'est ni barbeau ni tueur. Commence alors la plus fantastique des aventures. Condamné au bagne à vie à Cayenne, grâce à de faux témoignages, il refuse cette peine aussi injuste que démesurée : la grand... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (58) Voir plus Ajouter une critique
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sur 659 notes
« - Comment tu t'appelles ?
- Papillon.
- Papillon ? Tu es un papillon ? Pauvre de toi. Un papillon ça vole et ça a des ailes. Où sont les tiennes ? 
- je les ai perdues.
- Faut les retrouver, comme ça tu pourras t'évader. Les gaffes ils n'ont pas d'ailes ».


C'est dans la marine que l'auteur réalise son tatouage éponyme : un papillon au bas du cou comme une prédiction, un animal totem. Ce récit débute dans les années 1930 lorsque, délinquant jugé coupable d'un meurtre qu'il n'a pas commis, il est envoyé sur les traces de Dreyfus (sans Zola à ses côtés) au Bagne de Cayenne, autrement dit « aux durs » : là où sont envoyés « les durs ». C'est sans compter sur la détermination de notre insaisissable Papillon qui, éperdu de liberté, ne cesse de s'envoler par-delà les failles du système comme entre les mailles détendues d'un filet mal tricoté.


Il saisit sa chance dès son transfert où, en graissant quelques pattes, il s'évade avec deux complices. Il met alors à profit ses notions de navigation pour rejoindre la terre ferme… Mais les pays alentours rejettent les bagnards comme la mer ses déchets. C'est donc le début d'une incroyable épopée qui nous est contée, un jeu de trape-trape grandeur nature où les complices iront de séparations en retrouvailles. Par chance, les populations locales jugent les bagnes inhumains et sont donc relativement bienveillantes avec les évadés. En outre, il existe une très grande solidarité entre prisonniers, bagnards et évadés, qui font tous jouer leurs relations pour aider l'un des leurs dans le besoin. Enfin, notre « héros » a une cachette infaillible pour son « épargne », qui lui ouvrira plus d'une porte. Ah, s'ils savaient d'où vient l'argent, ceux qui l'acceptent ! Mais l'argent n'a pas d'odeur… Surtout dans les pays où la population est si pauvre que les gardiens et directeurs de prison s'achètent comme le pain et les cigarettes se trafiquent.


On vit mille vies dans ces 600 pages dont voici un infime aperçu : Après escale sur une île de lépreux pour acheter un bateau convenable, nos gus se font choper et mettre en prison par un pays qui traque les clandestins sur leurs rives. Mais ce n'est pas une simple prison mal surveillée qui va retenir un papillon : un sciage de barreau et quelques entourloupes plus tard, il s'est envolé de nouveau ! Accueilli par des indiens qui lui offrent femmes et enfants, il repart hélas par esprit de vengeance - des comptes à régler en France - se fait dénoncer chez des bonnes soeurs à qui il a offert des perles (une longue histoire^^), repasse par la case prison surveillée par des gros méchants qui le mettent au cachot, envahi deux fois par jour par les marées montantes charriant crabes et autres joyeusetés. Homme d'action ne se laissant jamais abattre, il va fuir de nouveau, se faire rattraper, dynamiter un mur de prison, se briser les deux pieds en fuyant, rappelant par-là « L'Astragale » d'Albertine Sarrazin, récit qui lui a donné envie d'écrire le sien, et tellement d'aventures encore que vous n'en reviendrez pas ! « Tous ces gens, tous ces êtres que j'ai connus dans cette cavale valent la peine de l'avoir faite ».


Dès le départ, on enchaîne très vite 6 cavales (et ce n'est pas fini) au point de trouver l'évasion un peu facile et le récit un peu exagéré… On se croirait avec les Daltons, ne va-t-on pas se lasser ?
C'est alors que la pénitentiaire le ramène aux travaux forcés. « Ah ! M'y voilà bien revenu dans le chemin de la pourriture. J'avais pourtant pu m'en débarrasser très vite et je volais sur la mer vers la liberté, vers la joie de pouvoir être de nouveau un homme, vers la vengeance aussi ». Nouveau suspense, car notre Papillon national a une soif de liberté incommensurable, et cherche déjà à s'envoler de nouveau vers de nouvelles incroyables aventures, quitte à s'enfuir dans des tonneaux ou même à se jeter à la mer : Autant se faire dévorer vivant par les requins en tentant quelque chose, que de leur être jeté en pâture une fois mort comme finissent tous les cadavres des durs - y compris celui de son meilleur ami, ce qui l'a énormément choqué. A cela s'ajoutera l'arrivée de la seconde guerre mondiale. Quelle conséquence aura-t-elle dans les bagnes ?


A travers son récit volage, malgré l'incroyable optimisme du personnage et ses belles envolées, nous revisitons la triste Histoire d'une punition à vie, de conditions inhumaines et dégradantes organisées par le pays des droits de l'Homme : « Puisque vous êtes le dénommé Papillon, faites-moi confiance, je vous couperai les ailes et vous n'êtes pas prêt de vous envoler ».
Mais de son corps emprisonné, toujours les pensées s'envolent, libres et chaque fois plus fortes, telles celles du Vagabond des étoiles de Jack London. « Les images du passé m'arrachent de ma cellule avec une telle puissance que je vis vraiment plus d'heures libres que d'heures de réclusion ». Et heureusement. Car les travaux forcés, à côté des deux années de réclusion et d'isolement total qu'il subira en punition de sa cavale, sans aucune parole ni jamais de contact, c'est presque la liberté. On est d'ailleurs surpris par cette impression de fausse liberté à l'intérieur du bagne : on se déplace, on joue, on commerce. Juste assez pour éviter toute révolte. Tellement sûrs que toute évasion est impossible… sauf à s'envoler.


Toutes ces aventures emmènent le lecteur dans des univers très différents à chaque fois. le langage parlé de l'auteur contribue à nous immerger dans l'action car il n'est que verbe et tout entier, même dans ses réflexions, tendu vers sa prochaine action. Finalement, en ce qui me concerne, qu'importe si ce récit n'est pas totalement autobiographique : Ce livre a été pour moi comme la jungle dans laquelle Henri Charrière nous emmène, comme cette vase de sables mouvants dans laquelle a péri son ami et complice : plus je m'enfonçais dedans, plus les péripéties, l'intrication des liens humains et les images d'anthologie m'empêchaient de faire demi tour. L'évolution du personnage aussi qui, d'animé par un esprit de vengeance, est petit à petit gagné par la bonté de ceux qu'il rencontre, et par la prise de conscience du prix de la liberté, et du poids de son attitude passée dans la balance. Un repentir mesuré, chèrement acquis et généreusement délivré.


Ainsi parce qu'il a le mérite de nous intéresser au système qu'il dénonce, que les aventures décrites sont au moins issues de situations vécues (même si pas toutes par l'auteur), et parce que l'ensemble est finalement aussi prenant que divertissant, j'ai pris plaisir à cette lecture : elle parvient à nous intriguer pour ses évasions, nous intéresse pour son côté historique et le recours aux bagnes, nous captive pour ses aventures invraisemblables que seuls les livres pourront - espérons-le - nous faire vivre. Un récit riche dont l'essentiel demeure en refermant l'ouvrage : le contenu incroyable de la vie d'un bagnard évadé, un homme qui suit sa propre ligne de conduite, son propre code de l'honneur, bref : une aventure faite d'action et d'images, digne d'une bande dessinée, où la cruauté la plus sadique côtoie l'humanité la plus digne.


« Un homme n'est jamais perdu. Malgré tout ce qu'il a pu commettre à un moment donné de sa vie, il y a toujours une chance de le récupérer et d'en faire un homme bon et utile à la communauté. N'est-ce pas vous autres ? »


« Et s'envoler
Comme les papillons.
Trois petits tours et puis partir,
Car papillon jamais revenir. » (Louis Chedid)
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Mon avis porte sur la dernière adaptation de ce roman :

« -Y a aucun moyen de s'évader !
-Y a toujours un moyen… »

Papillon, c'est d'abord pour moi le film de Franklin J. Schnaffner sorti en 1973 avec Steve McQueen et Dustin Hoffman. Je l'ai vu beaucoup plus tard, dans les années 80, mais c'est un film qui est resté gravé dans ma mémoire. D'abord par son sujet, un homme condamné alors qu'il clame son innocence et ensuite par l'interprétation de ses deux têtes d'affiche. Un Steve McQueen parfait, j'avais eu l'occasion de le voir dans nombre d'autres films, mais aussi et surtout un Dustin Hoffman, excellent, que je découvrais alors.

L'injustice, la survie en milieu hostile, les conditions de vie terribles au bagne de Cayenne, la soif de vivre, l'envie irrépressible de liberté, autant de thèmes qui hantèrent longtemps le gamin que j'étais. Je fus d'autant plus marqué par cette histoire qu'elle est inspirée d'une histoire vraie, celle d'Henri Charrière, le Papillon de l'histoire surnommé ainsi à cause de son tatouage. Il se raconta plus tard dans un livre dont le succès fut colossal. La véracité de certains épisodes de son récit a été remise en cause depuis mais ça c'est une autre histoire…

N'en reste pas moins un sujet propice au romanesque dans toute sa violence, sa dureté, comme le cinéma et les spectateurs en raffolent.

Pour ce remake, c'est Michael Noer, un réalisateur danois, découvert dans le très différent La Chambre d'en face qui est à la barre et il s'acquitte honnêtement de sa tâche.

Les premières images nous plongent, brièvement, dans le Paris des années 30, une légèreté qui donne encore plus de contraste à la suite de l'histoire.

Le réalisme cru des scènes de bagnes, la boue, la merde, l'isolement, les paysages de Guyane aussi superbes qu'angoissants, une nature hostile aux côtes rocailleuses et un océan dont l'immensité évoque paradoxalement un effroyable enfermement.

Le film, bien plus dur et violent que son original, est rythmé, la réalisation soignée, les images léchées, les scènes de bagarres convaincantes, on ne s'ennuie pas une seconde.

Le film dont on a peut-être trop peu parlé dans tout le cinéma de cette année est servi pas ses deux interprètes principaux, Charlie Hunnam (Crimson Peak), peut-être un peu trop monolithique, et Rami Malek (excellent Freddy Mercury dans Bohemian Rhapsody), toujours aussi étonnant d'expressivité, un acteur qu'il me tarde de retrouver dans les prochaines sorties.

Un homme prêt à tout, une détermination qui jamais ne faiblit, toujours y croire, l'histoire incroyable de Papillon...

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Voici une étourdissante épopée, 43 jours après son arrivée au bagne de Cayenne dans les années 30, Papillon s'en évade.
S'en suivront 13 ans d'aventures pour parvenir enfin libre au Vénézuéla.
Henri Charrière, dans un style imagé et efficace, nous raconte ses cavales, 2500 km en mer, l'île de Trinidad, la Colombie et ses cachots sous-marins, les indiens Guajiros, les cavales de Baranquilla, les retours au bagne, la réclusion (2 ans dans une cage à fauve), l'amitié et enfin la vie trafiquante du bagne.
Ce passionnant roman d'aventure a donné lieu à une adaptation cinématographique qui rend bien, grâce peut-être à sa distribution prestigieuse, la tragique humanité de ce périple douloureux.
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On va commencer franchement: si l'adaptation cinématographique avec Steve McQueen et Dustin Hoffman fait clairement partie de mes classiques, le roman lui, ne m'a pas plu du tout! J'ai même été de plus en plus agacé au fur et à mesure que les pages défilaient!
Je m'explique.
Dès le départ, tout m'a paru trop gros, trop facile ou trop binaire.
Henri Charrière a effectué plusieurs cavales, et ce qui m'a frappé, c'est la facilité avec laquelle il déclare qu'il est un bagnard évadé aux gens qu'il rencontre...
J'avais naïvement cru que l'on se faisait tout petit lorsque l'on était en fuite.
Enfin, toutes ces personnes font pour l'immense majorité preuve d'une bonté sans égale pour lui et ses co-évadés.
Pourquoi ?
Je pense que beaucoup de choses sont largement enjolivées, et j'ai eu à certains passages l'impression d'être dans une série américaine de 3e zone.
Le texte est parfois simpliste, voire scolaire, mais cela ne m'a pas dérangé, après tout, Henri Charrière ne se revendique pas comme auteur mais comme témoin du Bagne français.
j'ai eu l'impression d'être baladé dans le texte, où les gens sont TRES gentils, ou TRES méchants...
Je mets deux étoiles car les analyses sur la France, le système carcéral de l'époque et la nature humaine de Mr Charrière sont profondes et touchantes.

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Bonjour,
Ayant lu le livre de Henri Charrière intitulé “Papillon” pour l'école, je publie cette analyse pour vous aider à vous faire un avis sur cette oeuvre.
Henri Charrière, surnommé Papillon à cause du tatouage qu'il porte sur sa poitrine, est condamné au bagne à perpétuité pour un meurtre qu'il affirme n'avoir pas commis. Il est envoyé à Saint-Laurent-du-Maroni d'où il s'évadera avec deux autres bagnards. C'est là que commence son incroyable aventure.
Celle-ci est composée de plusieurs facettes absolument différentes. Elle comprend des moments de joie indescriptibles, surtout présents lors des débuts de cavales réussis avec ses compagnons de fortune. Ces moments-là se déroulent souvent à bord d'une barque ou d'un bateau de fortune.
Il y a aussi les moments de doute, ces moments où il se sent abandonné par ce Dieu qu'il apprend à connaître tout au long de l'histoire à travers des personnages religieux qui l'aident dans tous ses périples à garder la foi et à croire que tout est possible. Et pourtant, malgré toutes ces difficultés, il reprend toujours espoir.
Dans cette histoire, Papillon rencontre aussi des moments auxquels il se trouve confronté et obligé de puiser dans une force morale indispensable et d'une puissance extraordinaire pour ne pas devenir fou ou se suicider. Il développe d'ailleurs au cours de ses années de bagne des méthodes très singulières qui lui permettent de garder une santé plus ou moins correcte, surtout au cours de ses deux années de réclusion. Papillon est aussi un habitué du rationnement, puisqu'il doit se l'imposer à plusieurs reprises dans le livre, que ce soit pour rester en vie dans les cachots sombres ou sur un bateau de fortune.
Cette oeuvre comporte également des descriptions de paysages à couper le souffle, ainsi que d'ambiance inquiétantes, chaleureuses, et des moments de soulagement et de douleur.
Enfin, ce que je trouve le plus beau dans ce livre, ce sont toutes les rencontres qui s'opèrent entre Papi et les autochtones, les gardiens, les autres bagnards, les autorités. Il donne l'impression d'avoir une capacité d'adaptation et d'être extrêmement sociable, car où qu'il se rende, il fait connaissance avec des gens qui ont le désir de l'aider. Ces gens sont souvent très pauvres, ont aussi connu le bagne, ou sont très malades, mais ils font toujours de leur mieux pour aider Papillon à partir en cavale ou à se refaire une nouvelle vie. Il rencontre aussi quelques personnes méfiantes qui le dénoncent ou tentent de le tuer, mais il s'en sort toujours et passe son chemin.
Je conclurai avec mon avis sur ce livre. Papillon m'a fait vibrer tout au long de son histoire. le suspense était par moments haletant, et je conseille cette biographie à tout amateur de bons romans d'aventure.
Je fus toutefois très déçu par ce que j'ai découvert en me documentant sur ce livre, car j'ai appris que le fait que ce soit une autobiographie d'Henri Charrière est remis en question. Il est prouvé que c'est en fait un assemblement d'histoires arrivées à d'autres bagnards ayant côtoyé Papillon.
C'est donc à défaut d'être une histoire tout à fait véridique, que ce récit m'a fait passer de très agréables moments.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
Maturette et moi marchons lentement au milieu de la foule. On a besoin de côtoyer des gens, d'être bousculés, de nous assimiler à elle pour en faire partie. Nous entrons dans un bar et demandons des bières. Ça semble rien de dire : "Two beers, please", oui, c'est tellement naturel. Eh bien, malgré cela, ça nous paraît fantastique qu'une coolie indoue avec sa coquille d'or dans le nez nous demande après nous avoir servis : "Half a dollar, sir." Son sourire aux dents de perle, ses grands yeux d'un noir-violet un tout petit peu bridés sur les coins, ses cheveux de jais qui tombent sur ses épaules, son corsage demi-ouvert sur le début des seins qui laisse entrevoir qu'ils sont de toute beauté, ces choses futiles si naturelles pour tout le monde nous paraissent à nous autres fantastiquement féériques. Voyons, Papi, c'est pas vrai, ça ne peut pas être vrai que si vite, de mort vivant, de bagnard à perpète, tu sois en train de te transformer en homme libre !
C'est Maturette qui a payé, il ne lui reste qu'un demi-dollar. La bière est délicieusement fraîche et il me dit : "On en boit une autre ?" Cette deuxième tournée qu'il voudrait boire me paraît une chose à ne pas faire.
- Voyons, il n'y a pas une heure que tu es en vraie liberté et déjà tu penses à te saouler ?
- Oh ! je t'en prie, Papi, n'exagère pas ! Entre boire deux bières et se saouler, il y a loin.
- Peut-être tu as raison, mais je trouve que décemment on ne doit pas se jeter sur les plaisirs que nous offre le moment. Je crois qu'il faut les déguster petit à petit et non en glouton. D'abord, cet argent n'est pas à nous.
- Oui, c'est vrai, tu as raison. On va apprendre à être libre au compte-gouttes, c'est plus à la hauteur.
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La gifle a été si forte que je ne m'en suis relevé qu'au bout de treize ans. En effet, ce n'était pas une baffe ordinaire, et pour me la balancer, ils s'étaient mis à beaucoup.
Nous sommes le 26 octobre 1931. Depuis huit heures du matin on m'a sorti de la cellule que j'occupe à la Conciergerie depuis un an. Je suis rasé de frais, bien vêtu, un costume d'un grand faiseur me donne une allure élégante. Chemise blanche, nœud papillon bleu pâle, qui apporte la dernière touche à cette tenue.
J'ai vingt-cinq ans et en parais vingt. Les gendarmes, un peu freinés par mon allure de "gentleman", me traitent courtoisement. Il m'ont même enlevé les menottes. Nous sommes tous les six, cinq gendarmes et moi, assis sur deux bancs dans une salle nue...
(extrait du premier cahier "Le chemin de la pourriture - Les assises"
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"Cet homme qui abandonne sa maison avec trois forçats évadés dedans nous donne une leçon sans égale, voulant nous dire: Vous êtes des êtres normaux; jugez si j'ai confiance en vous pour que, douze après vous avoir connus, je vous laisse seuls dans ma maison auprès de ma femme et de ma fille. Cette façon muette de nous dire: J'ai vu, après avoir conversé avec vous trois, des êtres parfaitement dignes de confiance au point que ne doutant pas que vous ne pourrez ni en fait, ni en geste, ni en parole vous comportez mal chez moi, je vous laisse mon foyer comme si vous étiez de vieux amis -- cette manifestation nous a beaucoup émotionnés.
Je ne suis pas intellectuel qui peut vous peindre, lecteur -- si un jour ce livre a des lecteurs -- avec l'intensité nécessaire, avec de puissante verve, l'émotion, la formidable impression de respect de nous-mêmes, non: d'une réhabilitation sinon d'une nouvelle vie. Ce baptême imaginaire, ce bain de pureté, cette élévation de mon être au-dessus de la fange où j'étais embourbé, cette façon de me mettre en face d'une responsabilité réelle du jour au lendemain viennent de faire d'une façon si simple un autre homme de moi que ce complexe de forçat qui même libre entend ses chaînes et croit à chaque instant que quelqu'un le surveille, que tout ce qui m'entraînait à devenir un homme taré, pourri, dangereux à tous les instants, passivement obéissant en surface et terriblement dangereux dans sa révolte, tout cela comme par enchantement, a disparu. Merci, Maître Bowen, avocat de Sa Majesté, merci d'avoir fait de moi un autre homme en si peu de temps!"
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Un homme n'est jamais perdu. Malgrè tout ce qu'il a pu commettre, à un moment donné de sa vie il y a toujours une chance de le récupérer et d'en faire un homme bon et utile à la communauté.
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Il y a des petits voleurs, maladroits puisqu'ils se font souvent prendre, qui sont relégués - ce qui revenait, de mon temps, au même que d'être condamné à perpète - et qui n'ont, dans toute leur vie de voleurs, pas volé dix mille francs. C'est là où il y a le plus grand non-sens de la civilisation française. Un peuple n'a pas le droit de se venger ni d'éliminer d'une façon trop rapide les gens qui provoquent des ennuis à la société. Ces gens sont plus des gens à soigner qu'à punir d'une façon aussi inhumaine.
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