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EAN : 9782072753473
624 pages
Éditeur : Gallimard (03/05/2018)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 24 notes)
Résumé :
" Sur toute la contrée, depuis les rebords amers du plateau dont les flancs se craquelaient de combes où les torrents menaient sans relâche leur tapage jusqu'aux mornes pentes des Hautes Brandes dont les sentes s'engonçaient sous des arceaux d'aubépines tassées comme des fous rires et, entre les deux, bien sûr, sous les denses nuées de la forêt qui étirait ses membres gourds au vent soudain tiédi, sur toute la contrée, en tout lieu et tout asile et même sur l'onde s... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Henri-l-oiseleur
  31 décembre 2018
"Le veilleur du jour" précède, pour son action, "Un homme plein de misère", récit de l'invasion barbare de Terrèbre. Tout se déroule ici aux derniers temps de l'empire terrébrin, suivant le destin d'un personnage, Barthélémy Lécriveur, engagé comme "veilleur de jour" et chargé de la surveillance d'un étrange monument. Il n'est pas impossible que le véritable sujet soit ce monument secret, recouvert comme le Sphinx ou une ancienne pyramide par le tissu urbain. C'est peut-être lui le héros véritable de tout l'ouvrage. L'action est lente, à la mesure de l'exploration méthodique du monument par son gardien, salle par salle, secret après secret, pendant que la vie extérieure se déroule au-dehors. Le monument aimante de nouveaux personnages, de nouvelles intrigues : Coralie, Zoé, le Chancelier, le policier Molavoine, figures magnifiques, tandis que les intrigues sont un peu laissées dans l'ombre. L'auteur, dirait-on, ne leur accorde que peu d'intérêt. On pense beaucoup à Julien Gracq, lui aussi narrateur négligent, ou encore à Ernst Jünger, dont les romans symboliques, Héliopolis ou Eumeswil, ne se lisent pas ... comme des romans.
Malgré la splendeur de la langue et du style, celle des deux histoires d'amour, et toutes les richesses, ce roman se lit malaisément. Le mystère y est épais, sa résolution lente à venir, les descriptions immenses. La prose se déploie parfois pour elle-même à la façon d'un grand discours qui jouirait de sa propre éloquence : parfois, c'est un poème un peu gratuit, dont le grand style constamment élevé et tenu, sans pause ni variation d'intensité, finit par fatiguer. C'est un reproche que je fais à moi-même plus qu'au livre. Lecteur trop impatient, j'ai mal accepté le rythme de promenade et la hauteur de langage auxquels j'étais invité. Je sais que je suis passé à côté de mille choses, et il me faudra tout relire un jour pour mesurer la beauté de l'ensemble.
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Charybde2
  19 mars 2013
Les désastres qui s'ensuivirent appartiennent à l'histoire officielle de Terrèbre...
Dans ce second tome du cycle des Contrées, souple suite du premier, Jacques Abeille nous entraîne dans une cité ancienne et complexe, capitale de l'empire de Terrèbre, dans le sud lointain des pays des « Jardins statuaires ». Un héros improbable, récent immigrant dans cette métropole nourrie de la ville de Bordeaux familière à l'auteur, se voit assigner une étrange mission de « veilleur du jour » dans un édifice qui est beaucoup plus que ce qu'en indiquent les premières apparences... Intrigue amoureuse et érotisme, beaucoup plus marqués dans ce deuxième volume, rythment une trame qui se révèlera aussi au fond beaucoup plus politique qu'il ne semble, où la sombre guilde des Hôteliers et l'empire barbare que l'on avait vu en gestation jouent pleinement leur rôle... Déroutant par moments, le cheminement est pourtant d'une sûreté implacable, pour une conclusion inattendue, résonnant avec celles du « Rivage des Syrtes » ou du « Désert des Tartares »...
Le style précis et imagé d'Abeille se développe encore, prenant par moments des accents dignes du meilleur Saint-John Perse, et parfois un souffle de l'ironique érudition d'un Borges.
« Alors il s'engageait heureux et d'un pas plus confiant dans la paix des banlieues. le tissu des établissements humains se desserrait et s'usait. On ne rencontrait bientôt plus que de petites maisons isolées dans des jardins clairs parmi lesquels les chemins bifurquaient et, plus profondément encore, des venelles poudreuses à jamais immobiles entre des murettes bancales qui enserraient des potagers toujours déserts. »
« - Tu es un somnambule ; tu ne sais rien, tu ne vois rien et pourtant chacun de tes pas est infaillible. Quelque chose t'attend, j'en suis sûre à chaque mot que tu prononces. »
« Lui regardait toujours la voûte. Il eut le sentiment qu'il avait découvert un secret dont la présence dans une conscience humaine, et non plus seulement à la surface muette des pierres, retentissait comme un scandale qui rouvrait des hostilités inhumaines et hors d'âge entre des puissances monstrueuses. »
« - Et vous êtes le héros du bien ?
- Non. Présenter les choses ainsi ne pourrait que faire sourire. Je dirais plutôt qu'il est l'homme du projet et moi celui du sacrifice, ou encore qu'il est le profanateur et moi le magicien. L'existence de chacun borne celle de l'autre et nos entreprises se contrecarrent sans qu'aucun de nous puisse prétendre en dresser l'exact bilan. »
Et la terrible phrase finale : « Les désastres qui s'ensuivirent appartiennent à l'histoire officielle de Terrèbre. On ne saurait en donner le détail, si vaste est un pays ravagé. »
La suite dans « Les Barbares » et dans « Les voyages du Fils » !
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lehibook
  22 mai 2019
On retrouve dans ce roman le monde des « Jardins statuaires » , la langue si particulière de l'auteur et un schéma similaire : l'arrivée d'un étranger qui catalyse des évènements dans un système pourrissant . le contexte est une ville tentaculaire qui recèle dans les profondeurs d'un énigmatique bâtiment des secrets enfouis, s'y déploie aussi une puissante histoire d'amour , une réflexion sur le pouvoir et la culture . Mais l'auteur est un créateur d'images fulgurantes , exprimées dans un vocabulaire raffiné qui accroît encore le bonheur du lecteur.
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Mikofsky
  15 mai 2017
Chronique complète chez les bergers électriques
Ce livre peut paraitre au premier abord entre du réalisme et du fantastique mais personnellement je la catégoriserais comme un livre onirique. Il n'a quasiment que des bons points à part, peut être quelques longueurs. L'art que déroule Jacques Abeille, au détour de chacune de ses phrases, transforme ce livre en un petit trésor. L'histoire qui partait simple au début, se complexifie. Les personnages sont attachants par leur humanité, leurs forces et leurs faiblesses. Pour conclure je conseille vraiment ce livre, car c'est une expérience inédite (en tout cas en ce qui me concerne). Jacques Abeille mérite d'être encore plus lu et apprécié. Une plume au service d'un livre intemporel, le Cycle des Contrées est incontestablement un classique de la littérature française.
Lien : https://lesbergerselectrique..
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Philemont
  11 avril 2015
Entre le roman d'énigme, la romance, voire même l'érotisme, ou encore le journal intime [...] La lecture confine bien vite à la fascination tant la prose de Jacques ABEILLE est travaillée et pleine de références.
Lien : http://philemont.over-blog.n..
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critiques presse (1)
Chro   30 juin 2015
Il est difficile (...) de ne pas céder au pouvoir d’ensorcellement de cette prose altière et de cet univers complet, qui accomplit la tâche magique des romanciers : inventer d’autres mondes.
Lire la critique sur le site : Chro
Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
Ichirin-No-HanaIchirin-No-Hana   01 septembre 2018
"Vous ne lisez plus ?" demanda la marchande en le scrutant.
Il sursauta comme si elle l'avait pris en défaut.
"Ne craignez point, poursuivit-elle, que je prenne ombrage de votre rêverie. Il n'y a pas de meilleurs lecteurs que les rêveurs.
- Ils sont inattentifs, pourtant.
- Que non point ; mon métier m'a accoutumée à les reconnaître ; eux seuls savent faire fleurir comme il convient les virtualités de l'écrit. Ce qui est écrit à besoin d'être déplié et c'est tout un art que de donner leurs aises aux mots ; aux lieu de faire effet, il faut s'abandonner, vous comprenez ?
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   10 mai 2018
Sur toute la contrée, depuis les rebords amers du plateau dont les flancs se craquelaient de combes où les torrents menaient sans relâche leur tapage jusqu'aux mornes pentes des Hautes-Brandes dont les sentes s'engoncaient sous des arceaux d'aubépines tassées comme des fous rires et, entre les deux, bien sûr, sous les denses nuées de la forêt qui étirait ses membres gourds au vent soudain tiédi, sur toute la contrée, en tout lieu et tout asile et même sur l'onde sans remords, cette odeur verte comme une femme. Et, quand le vent se suspendait, le goût sauvage du silence. Jour après jour, de chemin en chemin selon des pentes capricieuses qu'il ne choisissait jamais, il devait arracher douloureusement chacun de ses pas à ces enchantements, comme si, sans le savoir, il eût poussé devant lui une naissance sourde. Alors il souffrait peut-être, mais les charmes se dispersèrent dans les collines et, lorsqu'il eut atteint la grande plaine des vignes, halluciné dans l'incessant éventail de leurs rangs, il connut l'angoisse de ne plus rien sentir qui méritât d'être aimé et n'aspira plus qu'à mettre enfin le pied sur la route qui entrait dans Terrèbre. (p. 15)
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pikkupaapikkupaa   05 février 2019
Tout ce que je puis faire revient donc à te donner une représentation de ce que je suis et à t'en laissé penser ce que bon te semblera. Cela seul peut te faire saisir pourquoi mes semblables et moi ne pouvons être ni des partisans de l'ordre, que tu te représente comme le souverain bien, ni des fauteurs de troubles.
_C'est pourtant bien ainsi que tour à tour apparaissent les professeurs, ne put se retenir de remarquer Lonvois.
_N'en jugeons pas d'après les extrêmes, répondit Destrefonds. Ceux qui n'ont pas la force de soutenir une certaine tension et s'égarent par faiblesse ne peuvent être considérés comme exemplaires. Toutefois, en considérant les cas extrêmes qui ne sont guère que des échecs, peut-être parviendrait-on à mieux comprendre, à cerner de plus près l'étrangeté de cette fonction. Des professeurs qui ne montreraient que le ridicule des principes sur lesquels se fonde une société - ceux qu'il te plait de nommer des fauteurs de troubles et qui n'en sont tout au plus que les modestes thuriféraires, car on ne les voit guère surgir en période de crise - sont condamnés d'eux-même au silence puisque le contenu de leurs propos, sauf à être de mauvaise foi - ce qui est souvent la cas - ruine l'autorité de leur parole. Ceux qui règlent leur conduite sur un conformisme utilitaire - et qui sont malheureusement bien plus nombreux que les précédents - finalement n'enseignent rien et se contentent de surenchérir l'obligation faite déjà de toutes part à la jeunesse d'imiter et de répéter les rôles et les conduites établis quand elle entre dans le monde.
_Le bon professeur se tiendrait dans le juste milieu", observa Lonvois non sans ironie.
Destrefond à son tour sourit.
"Ce serait là un bien plat aboutissement pour une si longue discussion. Mais en vérité, comment pourrait on parler de juste milieu à propos d'une vie qui par son expérience de la solitude confine à la folie? La banalité, la médiocrité, la disparition des originaux, c'est le plus grave danger qui puisse guetter la profession enseignante, car cette fonction se définirait plutôt par une sorte de paradoxe social. Toute société se caractérise par un certain nombre de luxes, de dépenses intempestives, d'excès dont l'utilité immédiate est fort douteuse et qui contredisent ouvertement les règles pourtant inflexibles de son fonctionnement. C'est sans doute à ce registre qu'appartient la fonction pédagogique. Dans le meilleur des cas, le corps enseignant constitue un autre monde en celui-ci. Au sortir de l'influence de ses maîtres, la jeunesse n'est aucunement conforme au monde comme il va, elle n'est pas non plus en opposition irréconciliable, en sécession; elle dispose seulement d'une réserve d'étrangeté, d'une distance qui est l'espace de son souffle. Ainsi puis-je en juger d'après ma discipline, mais peut-être est-ce trop d'honneur à lui faire. Rien n'interdit de penser qu'elle est le site où se laisse pressentir avec le plus d'acuité - parce que c'est de la culture et de la vie qu'on débat en ses parages - le brutal resserrement de la société auquel tu présides et qui, étrangement, fait que ce monde, d'être policier à l'excès, revient à quelque monstrueux état de nature."
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pikkupaapikkupaa   05 février 2019
"Pardonnez-moi, depuis que j'ai appris cette mort, je sens de toutes part monter en ce monde des menaces contradictoires. Au point où j'en suis, je n'ai plus rien à perdre; mon dernier désir sera que vous échappiez à tout. Il faut vivre en faveur de la vie" ajouta-t-il d'une manière égarée avant que le silence ne tombât entre eux.
[...]
"Vous savez, Monsieur, je ne comprends guère ce qui se passe, mais je m'étonne de vous voir imaginer que l'on puisse et que l'on doive accueillir la mort de ce tout jeune homme avec tranquillité - ou me faut-il comprendre que vous plaidez maintenant pour une résignation désespérée ? - alors que vous semblez vous-même tout bouleversé.
_Éprouvez toute l'indignation qui vous agite le cœur, ce qui n'est certes pas de la tranquillité, encore moins de la résignation, mais ne donnez à vos sentiments, quelle qu'en soit la noblesse, aucune dimension démonstrative et surtout ne les laissez pas paraître au grand jour. A partir de cette épreuve, sachez avec quoi vous ne pactisez pas, ne pactisez jamais, mais n'entrez en lutte avec rien, car c'est la lutte, l'apparence de désordre qui sont souhaitées pour que puisse s'établir sous le jour le plus légitime un régime de contrainte et de terreur policière. La question est de parvenir à ne pas trahir des idéaux qui nous trahissent. Nous sommes engagés dans un paradoxe que seule une abstention radicale peut nous aider à dénouer.
_Vous craignez une insurrection ?
_Je crains pour les insurgés. Tout me porte à croire qu'une telle explosion aura lieu et que ses suites seront catastrophiques.
_Que feront-nous ?
_Notre travail, dans la plus triste banalité, quitte à en réserver les fruits pour des temps meilleurs."
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Erik35Erik35   25 novembre 2016
Que je me sois senti curieux de ce qu'elle était devenue est trop peu dire. Comment te faire comprendre cela ? C'est un sentiment d'homme. Un homme ne peut avoir, comme une femme, la certitude viscérale de sa fécondité. S'il ne voit un jour son enfant sous son plus fragrant aspect, s'il ne repaît ses yeux de la somme de vie qui constitue un être dont il ait quelque manière de répondre, il ne peut se connaître lui-même que stérile, c'est à dire vivant pour la mort. La fécondité de la femme est initiale, précellente ; celle de l'homme ne peut être que future. Il n'y a donc rien d'étonnant à me voir près de toi ce soir, prêt à tout mettre en oeuvre pour retrouver ma fille.
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Videos de Jacques Abeille (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jacques Abeille
Maison de la poésie (10 nov 2017) - Texte et Lecture de Jean-Philippe Domecq, extrait du Dictionnaire des mots en trop (dirigé par Belinda Cannone et Christian Doumet, éd. Thierry Marchaisse, parution novembre 2017).
Le Dictionnaire des mots en trop :
Comment ? s?entend-on déjà reprocher, des mots en trop ? Mais les mots, on en manquerait plutôt.
Et pourtant. Ame, artiste, coach, communauté? ils sont légion ceux qui éveillent notre résistance intime à tout ce qu?ils charrient d?affects, d?idéologie, de pseudo-concepts ? notre résistance mais pas celle du voisin ! ? Quarante-quatre écrivains explorent ici les raisons pour lesquelles ils renâclent devant certains mots, et leurs réflexions critiques témoignent autant d?un état de la langue que des poétiques et des enjeux de notre temps.
Une expérience littéraire qui vient compléter, en l?inversant, celle du Dictionnaire des mots manquants.
Auteurs : Malek Abbou, Jacques Abeille, Mohamed Aïssaoui, Jacques Ancet, Marie-Louise Audiberti, Michèle Audin, Olivier Barbarant, Marcel Bénabou, Jean Blot, Jean-Claude Bologne, François Bordes, Lucile Bordes, Mathieu Brosseau, Belinda Cannone, Béatrice Commengé, Thibault Ulysse Comte, Seyhmus Dagtekin, Louis-Philippe Dalembert, Remi David, Erwan Desplanques, Jean-Philippe Domecq, Christian Doumet, Renaud Ego, Eric Faye, Caryl Férey, Michaël Ferrier, Philippe Garnier, Simonetta Greggio, Cécile Guilbert, Hubert Haddad, Isabelle Jarry, Cécile Ladjali, , Marie-Hélène Lafon, Sylvie Lainé, Frank Lanot, Fabrice Lardreau, Mathieu Larnaudie, Linda Lê, Guy le Gaufey, Jérôme Meizoz, Christine Montalbetti, Christophe Pradeau, Marlène Soreda, Abdourahman A. Waberi.
http://www.editions-marchaisse.fr/catalogue-dictionnaire-des-mots-en-trop
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