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EAN : 9782070444496
592 pages
Éditeur : Gallimard (07/05/2012)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 204 notes)
Résumé :
1ère édition : 1982. Premier livre du Cycle des Contrées.

"Je crus avoir écrit l'œuvre d'un fou."
Jacques Abeille

Que dire d'une œuvre si ample qu'elle échappe aux catégories littéraires ? Les jardins statuaires, c'est à la fois une fable, un roman d'aventures, un récit de voyage, un conte philosophique. À une époque indéterminée, un voyageur découvre un monde mystérieux où, dans des domaines protégés par de vastes enceintes, le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  15 mai 2011
« Je vis de grands champs d'hiver couverts d'oiseaux morts. Leurs ailes raidies traçaient à l'infini d'indéchiffrables sillons. Ce fut la nuit. J'étais entré dans la province des jardins statuaires »
Ainsi débute le périple inédit du conteur de cette histoire, voyageur en quête d'ailleurs, pénétrant dans la contrée mystérieuse des jardins statuaires. Dans ce pays divisé en domaines ceints de hauts murs et bordés de larges rues austères, les hommes d'adonnent à une bien étrange activité, la culture des statues. Aussi délicates que des plantes, les statues sortent de terre en jeunes pousses tendres et fragiles, croissent et se développent sous les soins constants des hommes jardiniers, se transformant ainsi en sculptures guerrières, nymphes ou cariatides, idoles de marbre ou figures d'airain selon la qualité de la terre d'où elles ont pris racine.
Fasciné par la vision d'un monde où règnent tant de paix et d'harmonie, le voyageur-narrateur parcourt le pays, fait halte dans les nombreux domaines, se familiarise avec une population dont il désire entreprendre le récit circonstancié mais dont les us et coutumes ne tardent pas à le laisser perplexe tant ils regorgent de rites, de gestes et d'actions dans lesquels la spontanéité et le libre arbitre n'ont finalement que bien peu de part.
Tout ici semble régi par des codes et des règles, des cérémonies et des chants qui scandent la vie de la communauté.
Ainsi, la femme, être invisible en cette contrée, cloîtrée à l'abri des regards masculins - hormis ceux de son époux - dans un jardin labyrinthique. Ainsi l'étrange rôle du gardien du gouffre ou le sort réservé aux orphelins, ou encore la douloureuse condition des femmes non-mariées, reléguées au rang de filles perdues.
A mesure qu'il pénètre à l'intérieur des terres, le narrateur sent se fissurer le sentiment utopique d'une société idéale dont il s'était préalablement laissé bercer. Progressivement lui parviennent des rumeurs de rébellion, des échos encore informels sur un jeune chef avide de conquêtes, à la tête des peuples nomades des steppes.
Le voyageur s'aventure alors dans les territoires arides délimitant les frontières du Nord du pays, à la recherche de ce légendaire jeune homme qui menace l'ordre fixe, l'immobilité autarcique des jardins statuaires.
Heureux le lecteur qui pénètrera dans le monde paisible et bienveillant des jardins statuaires ! le bonheur qui sera le sien de découvrir ou redécouvrir un chef-d'oeuvre trop longtemps méconnu ! C'est que l'histoire de ce manuscrit comme frappé du sceau d'une malédiction, serait elle-même digne d'un roman. En effet, écrit par le romancier et peintre Jacques Abeille en 1982, Les Jardins Statuaires n'ont cessé de se dérober à l'édition. Manuscrit perdu, incendie, faillite…une série d'infortunes a longtemps soustrait aux regards l'ampleur de ce chef-d'oeuvre de la littérature de l'imaginaire.
Seuls, quelques rares et fervents amateurs de l'étrange, avaient jusqu'ici hissé Jacques Abeille au rang des auteurs culte.
Trente ans plus tard, les éditions Attila mettent un terme au sortilège en rééditant ce somptueux récit qui peut enfin ouvrir grands les portes de son ailleurs aux lecteurs-voyageurs que nous sommes. le sort s'est désormais inversé ; c'est nous-mêmes dès à présent qui sommes ensorcelés, pris par la magie d'un phrasé aux forts pouvoirs magnétiques et l'expression d'une pure poésie aux accents magnifiquement évocateurs et enchanteurs.
Récit de voyage, conte fantastique, quête initiatique, roman onirique, allégorie, Les Jardins Statuaires, échappent à toute velléités de classification. C'est qu'ils sont tout cela à la fois, aussi méticuleux dans la description quasi-ethnologique d'une civilisation aux frontières du mythe, que dans le travail d'orfèvre et la qualité exceptionnelle de leur forme écrite.
A la narration minutieuse des principes de vie d'une société, comparable aux écrits d'un Lévi-Strauss, aux explorations d'Utopie d'un Thomas More ou aux pérégrinations d'un Candide, se joignent le surréalisme d'un Buzzati et la poésie extatique des romantiques du XIXème siècle.
La langue de Jacques Abeille, à ce point ciselée, sertie de rêves, enchâssée d'émotions, vaste pays lui-même à découvrir, est un bijou précieux que tous les amoureux des mots, les épris de littérature et d'imaginaire se feront une intense joie d'appréhender.
« Les réseaux se nouent, se superposent, s'effacent. Les signes pullulent. Il faut que le regard s'abîme.
Pourtant d'autres contrées sont à venir. Il y aura des pays… »

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Ichirin-No-Hana
  24 juillet 2018
Dans un monde et une époque inconnue, nous partons en voyage dans cet univers où les statuts sont cultivés dans d'immenses domaines. Oui, oui, cultivées… Les statuts poussent de façon particulière et de nombreux hommes leur dédient leur vie. Jacques Abeille est un auteur et un peintre surréaliste et nous propose ici un univers original, particulier et rempli de code.
Difficile d'écrire cette critique tant le niveau de cette oeuvre est impressionnant. Des mois après ma lecture, j'en suis toujours autant chamboulée et émerveillée. Jacques Abeille est un auteur avec énormément de talent. Son écriture est travaillée au possible, je crois que c'est la première fois que je suis autant émerveillée par un style. Une écriture qui touche et qui nous transperce directement. Les Jardins statuaires est bien plus qu'un roman de fantasy. C'est un roman où l'on se découvre, on apprend à se connaitre, c'est un véritable récit philosophique. A travers son monde et ses codes, Jacques Abeille nous interroge directement et nous fait passer des messages forts. C'est assez indescriptible. le Jardin statuaire demande de prendre son temps car c'est un récit qui demande beaucoup d'énergie mais qui vaut le coup que l'on lui offre. Sous la forme d'un récit de voyage, nous découvrons en même temps que le protagoniste (dont on sait finalement peu de choses, seulement qu'il est étranger, comme nous, des jardins statuaires) cet univers, et tout autant que lui, on est charmé et curieux d'en apprendre plus. En plus de nous proposer une écriture superbe et des messages forts, l'auteur nous propose une intrigue complète et intelligente et nous offre une fin impactante.
J'ai l'impression de faire un déshonneur total en écrivant une critique aussi basique et avec mon style aussi peu travaillé tant Les Jardins Statuaires fait partie des chefs d'oeuvre pour moi mais je pense que ce roman mérite beaucoup plus de succès qu'il en a. Merci Folio d'avoir réédité ce titre, je serais surement passée à côté sinon.
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LaGeekosophe
  11 novembre 2018
Les livres originaux existent-ils encore ? Les gros lecteurs peuvent se poser la question, car au fil des romans, les ficelles maintes fois exploitées finissent par se voir et par lasser. Alors lorsque j'ai découvert le synopsis totalement hors normes de "Les jardins statuaires" ainsi que sa publication bourrée de péripéties (manuscrit perdu, incendie...), je me suis dit qu'on tenait très probablement une pépite !
Voilà une lecture qui sort tellement des cadres qu'il est difficile de savoir par où commencer. Déjà, le livre fait partie de ces lectures difficilement catégorisables tant elle croise et mélange les genres. On retrouve quelques points communs avec des romans comme "Le Rivage des Syrtes" de Julien Gracq, car l'action ne se passe ni dans lieu, ni à une époque spécifique. C'est un peu comme un conte brumeux, une parenthèse dans la réalité.
Et comme dans beaucoup de contes, le lecteur fait face à une univers à la fois poétique et inquiétant. le narrateur est un voyageur sans attache qui fait halte dans une contrée lointaine et méconnue. Ce pays est divisée en vaste domaines n'ayant que peu de liens les uns avec les autres. L'activité principale des habitants est de faire grandir et s'occuper de statues démesurées qui poussent hors du sol. Jacques Abeille construit autour de ce bien étrange phénomène une société aux rites et traditions abscons pour l'oeil extérieur, mais qui apporte de la cohérence à l'univers créé.
Tout comme le narrateur, nous sommes dans un premier temps séduits par cette société à première vue utopique qui repose sur la cohésion du groupe et des valeurs communautaires fortes. Mais très vite, cet aspect utopique se délite face à une réalité plus sombre. En effet, les domaines observent des règles strictes promptes à isoler et exclure certaines catégories de la population, quitte à prohiber violemment toute forme de rébellion et de protestation.
L'absence des femmes apparaît rapidement comme problématique. Elles sont inexistantes, cachées aux yeux des hommes dans de vastes jardins labyrinthique où elles sont prisonnières. Les activités des hommes leur sont interdites, leur destin est tout tracé dès la naissance : mariée ou prostituée. Quant aux homosexuels, ils sont considérés comme des aberrations dont on ose à peine parler.
Le tout est porté par une écriture limpide, l'auteur entrecoupe son récit de moments très poétiques ou de réflexions philosophiques menées par le narrateur. Jacques Abeille n'hésite pas à utiliser des tournures presque synesthésiques pour brosser le portrait de sa contrée, mélangeant les sens dans l'association des formules.
Le point faible peut se trouver dans une certaines froideur dans l'écriture, ce qui empêche une totale empathie envers les personnages, car ces derniers m'ont paru à certaines reprises distants. Autrement, il n'y a pas vraiment d'éléments rédhibitoires. Mais bien sûr, la singularité de l'oeuvre fait que le livre ne plaira pas à tout le monde ;)
En somme, le livre est parfait si vous cherchez une lecture hors des sentiers battus. On entre même en territoire sauvage ! Avec son univers poétique, Jacques Abeille nous offre une expérience envoûtante unique. Mais loin d'être une simple curiosité littéraire, Les jardins statuaires nous met face à des problématiques sociales poussées : place des femmes, légitimité des normes, fin d'une société étouffée par ses rites et ses traditions, discrimination... A lire donc ? Totalement !
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artemisia02
  11 novembre 2020
J'ai lu ce livre par curiosité et par chauvinisme, l'auteur étant bordelais comme comme moi.
Ce roman est classé SF ce qui est carrément hors de ma zone de confort.
Au début le rythme de l'histoire est lent, l'auteur se livre à un travail de création extraordinaire. Il se révèle capable de décrire un monde dans lequel, un voyageur désirant connaître et écrire un livre, découvre la façon de vivre de ces jardiniers qui cultivent des statues.
Tout une société nous est révélée dans ce qu'elle a de plus beau, un vrai travail d'ethnologie. L'auteur pousse jusque dans les moindres détails cette société qui affiche sa plus belle façade au voyageur mais l'aubergiste de l'hôtel où il vit, va lui montrer le côté sombre de cette civilisation. Poussé par la curiosité, notre voyageur ne cesse de parcourir les contrées afin de visiter plusieurs jardins statuaires.
Le dernier tiers du roman accélère le rythme, comporte un peu plus d'actions, ce qui n'est pas pour me déplaire et me pousse à lire la suite.
Mon seul bémol et pas des moindres est la place faite aux femmes dans ce monde, à mon goût plutôt réducteur. En effet, si elles ne sont pas chassées des jardins et ainsi elles ne peuvent être que des prostituées dont les hôtels gèrent le circuit, elles restent dans les jardins où elles sont réduites à être cachées aux yeux des hommes, bonnes à faire à manger et à élever des enfants, un peu réducteur à mon goût. J'ai trouvé peu de personnages féminins intéressants et une société trop masculine pour moi.
Je ne m'arrête pas là pour autant, je vais poursuivre la lecture du cycle et je verrai ce que ça donne.
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Pois0n
  06 août 2020
Vers le milieu du mois dernier, revenant d'une virée nocturne destinée à photographier la comète Neowise, nous passâmes à côté de la boîte à livres du quartier. Impossible de résister à l'envie d'y jeter un oeil, sous la lumière tremblotante de mon téléphone. Comme d'habitude, beaucoup de vieilleries, quelques Harlequin hélas en mauvais état, de la blanche, une poignée de polars en vrac... Au milieu de tout ça, on repère assez facilement un Folio SF état neuf, surtout avec son titre intrigant et un résumé confirmant l'idée que l'on pouvait se faire du livre. Une balade, une comète, et un nouveau livre sur mes étagères : la définition même d'une soirée parfaite.
Dommage que le livre en question, derrière ses atours attractifs, vienne de décrocher la palme de ma pire lecture de l'année.
Il y a tellement de choses qui ne vont pas là-dedans qu'il vaut mieux commencer par aborder le positif, à savoir l'univers du livre, les fameux jardins statuaires. En soi, l'idée de statues qui poussent dans la terre comme le feraient des plantes – plutôt du chiendent en l'occurrence – est déjà pas mal perchée, mais rendez-vous compte qu'à partir de là, Jacques Abeille a inventé toute une civilisation, avec son histoire, ses traditions. Si vous en avez marre de lire un peu toujours la même chose et recherchez du dépaysement, là, vous en aurez, en pas qu'un peu.
A condition d'aimer les descriptions.
Parce que, premier couac, pendant toute la première moitié du livre – qui fait tout de même 571 pages, pas encore un pavé mais tout de même une belle brique –, il n'y a pas d'histoire. le narrateur, voyageur anonyme, décrit simplement en long, en large et en travers ce qu'il découvre des jardins statuaires et des moeurs des jardiniers. Tout y passe, de la cultures des statues à l'organisation de la société et son sexisme à outrance, les rites de passage à l'âge adulte, la disposition des domaines... En tout franchise, s'il n'y avait pas l'originalité de l'univers, ce serait purement et simplement chiant, d'autant que ce n'est pas comme si le texte était fluide.
Imaginez un kouing-amann qu'on aurait fourré de N*tella, arrosé de sirop d'érable, le tout recouvert d'une généreuse couche de chantilly et saupoudré de brisures de cacahuètes. Eh bien, « Les jardins statuaires », c'en est l'équivalent littéraire. Comme si les littératures de l'imaginaire ne pouvaient se suffire à elles-mêmes et avaient besoin de venir brosser dans le sens du poil les amateurs de belles lettres, quitte à s'enliser dans la surenchère, se vautrer dans une débauche de métaphores, de circonvolutions, au point qu'il arrive régulièrement que l'on perde totalement le fil d'une phrase en cours de route. Les pages vous dégueulent encore et encore des litres de mots à la figure, vous noyant sous un vomi stylistique qui n'a d'autre but que de planquer sous un vernis recherché son absence totale de consistance. Une véritable démonstration de branlette intellectuelle, où l'on se pignole sur de jolies tournures et de pseudo-amorces de réflexions qui d'une part sont abandonnées sitôt lancées par le narrateur, d'autre part n'ont aucun fond, rappelant ainsi à tout bout de champ que la société servant de pilier à ces réflexions n'existe pas. Certes, ses travers sont ceux de l'être humain, dans une version exacerbée de ceux de notre propre civilisation, mais le contexte rend impossible toute comparaison.
Amateurs de belles plumes, tournez-vous plutôt vers les écrits d'Anthelme Hauchecorne, c'est tout autant voire davantage ciselé, mais pas pour ne rien dire.
Bref, il faut se farcir plus de 200 pages de descriptions outrageusement verbeuses avant que ne commence à s'esquisser une histoire. Autant dire que si je n'avais pas pour principe de ne jamais abandonner un livre, ne serait-ce que par respect pour l'auteur qui y a passé des centaines voire milliers d'heures (je peux donc bien lui en consacrer quelques dizaines afin de voir où il voulait en venir), je n'aurais clairement pas tenu le coup jusque-là.
Bah en fait, Les jardins statuaires, c'est un peu un Mad Max Fury Road où la philosophie de comptoir remplace l'action décérébrée, mais l'histoire est la même, à savoir celle d'un bref aller et retour au milieu de nulle part.
Bon, en vrai j'exagère, il se passe quand même deux-trois trucs, comme les rencontres du voyageur avec les femmes du livre.
Donc on a d'un côté un protagoniste qui veut bien admettre que d'accord, la société des jardiniers, – où la femme est au mieux la propriété d'un père puis d'un mari et passe sa vie entière cachée dans un labyrinthe, ou alors prostituée itinérante dans les hôtels – est quand même giga sexiste, que c'est pas tip-top et que s'il y avait du changement, ce ne serait pas si mal.
De l'autre, on a un auteur dont tous les personnages féminins se baladent à poil sans la moindre raison (tandis que les hommes, eux, possèdent de vrais vêtements) et sont présentés de la sorte :
« […] une grande fille point trop mal faite, et qui le laissait voir puisqu'elle ne portait pour tout vêtement qu'une manière de boléro dont sa poitrine généreuse écartait à chaque mouvement les pans, et une bande de tissu dont on ne pouvait deviner s'il s'agissait d'une ceinture fort large ou d'une jupe très courte qui laissait nu le croissant inférieur de ses fortes fesses. »
Ni cheveux, ni visage, ni yeux, ni nez : cette dame, que l'on reverra plus tard dans le texte, ne sera jamais plus que ses nichons et son postérieur. C'est encore pire pour les deux autres, qui se retrouveront dans le lit du voyageur sans davantage de justification qu'il n'en existe à leur nudité. le seul personnage nommé de tout le bouquin, d'ailleurs, c'est celle vouée à devenir la compagne du héros. Alors je ne sais pas vous, mais voir une nana casser des pierres (seins nus) puis récupérer ladite nana la nuit même dans son lit, pour repartir finir son voyage le lendemain, ça n'est pas ce que j'appelle une histoire d'amour crédible. Oui, parce que c'est censé en être une. Et ce bien que le mec la trompe allègrement avec une (jolie) chasseresse (aux seins nus, forcément) quelques jours plus tard, sans que ça ne lui pose le moindre cas de conscience.
Autant dire que venir dénoncer le sexiste d'une société imaginaire à travers un texte où la femme en tant qu'individu n'existe que pour flatter l'oeil du lectorat, c'est assez bancal, peu crédible et tout simplement contre-productif comme démarche.
Alors certes, il reste cette histoire de légende insaisissable, d'effondrement imminent de la société, ces domaines où la pierre, incontrôlable, engloutit tout sur son passage, mais entre la forme qui tape dans la surenchère, et le fond, aussi creux que le gouffre où l'on se débarrasse des statues malades, ça n'est vraiment pas assez pour sauver l'intérêt du truc.
En parlant de se débarrasser des malades pour éviter la contagion, j'ai oublié de mentionner le malaise engendré par la façon dont sont cultivées les statues, où l'on aplanit la moindre difformité avant, à terme, de se débarrasser de celles impossibles à conformer à « la norme ». Mais, à ce stade, on n'est plus à un détail gerbant près, n'est-ce pas ?
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Citations et extraits (43) Voir plus Ajouter une citation
editionsdelabatjoureditionsdelabatjour   14 décembre 2010
Quand la tête tout entière eut émergé, ils posèrent leurs brosses sur le radeau et, à l'aide de chiffons, entreprirent de la sécher, ajoutant à l'effet des brosses un dernier subtil polissage. L'arête du nez apparut ferme et nette et cependant ourlée, dans la lumière frisante du soleil bas, d'un reflet de cire tendre. Le creux des oreilles gagnait une transparence de nacre. Je voyais même maintenant comment, pour travailler, ces deux hommes nus, collaient leur corps contre la statue et je me demandais si le contact de leur peau contre la pierre où glissaient de vagues flocons de terre n'apportait pas aussi une contribution notable à la dernière touche superficielle. Je les vis ainsi, au rythme de l'eau, descendre le long du corps de la Vénus surprise et pourtant impavide. Elle se dressait nue, émerveillée d'être née et à jamais muette dans la lumière tombée du soir.
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psycheinhellpsycheinhell   13 juillet 2011
Je crus avoir perçu le charme sous lequel j'allais. Je songeais par-devers moi que sans doute, ici, dans cet espace clos et soustrait aux variations de la lumière et des astres, le temps était suspendu. Mais cette évocation à peine figurée, je la repoussai. Le temps, plus que jamais, je le sentais à chaque pas, battant inébranlablement, non plus dispersé et scandé selon les tâches et les humeurs du jour, mais concentré et réduit aux plus profondes pulsations organiques. Le temps d'avant la germination et les montées de sève, le temps sans exubérance, le temps des pierres. Il me coupait la parole. Il en résultait en moi, peut-être en chacun, une manière d'angoisse faite de jouissance étouffée. Quelque bonheur écrasé et fort.
En sorte que, lorsque nous avons revu le soleil, non seulement nos yeux en étaient offusqués mais la parole et aussi les gestes nous manquaient. Nous étions engourdis comme au sortir de trop lointains tréfonds.
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claudeparisclaudeparis   06 août 2015
Ne t'est-il jamais arrivé de découvrir quelque chose de très beau, et, soudain, de souffrir très fort, et si vite que tu t'en aperçois à peine, parce que ce fragment de beauté que tu contemples, tu devrais le partager avec quelqu'un et qu'il n'y a que l'absence ?
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EmniaEmnia   14 juillet 2017
- Mais comment aurait-il pu survivre, coupé de tout ce qui donne un sens à une vie de jardinier ?
- De l'une des plus hautes chambres il continuait à fixer le regard sur le monde d'où il était à jamais exclu : ici. Et puis il s'est fait sculpteur.
- Sculpteur ? Quelle inconvenance !
- Mais ce n'est que l'envers de la tâche des jardiniers, à quoi il était voué. Dans les veines du bois, il ne fait que suivre l'appel du cauchemar qu'il porte en lui, son héritage.
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EmniaEmnia   19 juin 2017
- Il est arrivé qu'en se polissant par-dessous, la pierre parvienne d'elle-même à si bien réduire tout ce qui pourrait la rattacher au sol qu'elle s'envole.
- Comment ? m'exclamai-je.
- C'est la vérité pure. La forme nuageuse atteint si bien la perfection qu'elle se confond en elle et que l'on voit soudain s'élever dans les courants ascendants de l'air chaud un nuage de pierre qui va rejoindre les vapeurs célestes.
- Et, ajouta mon guide, lorsque ces nuages parviennent à une certaine hauteur dans le ciel, le gel les fait éclater. Ils choient donc en fragments lumineux que le frottement de leur chute consume et réduit en poudre. Cette pluie très douce tombe, portée par le vent, sur d'autres domaines. Elle se mêle au terreau des plates-bandes comme un levain merveilleux. Les statues, cette saison-là, sont vaporeuses.
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Videos de Jacques Abeille (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jacques Abeille
Maison de la poésie (10 nov 2017) - Texte et Lecture de Jean-Philippe Domecq, extrait du Dictionnaire des mots en trop (dirigé par Belinda Cannone et Christian Doumet, éd. Thierry Marchaisse, parution novembre 2017).
Le Dictionnaire des mots en trop :
Comment ? s?entend-on déjà reprocher, des mots en trop ? Mais les mots, on en manquerait plutôt.
Et pourtant. Ame, artiste, coach, communauté? ils sont légion ceux qui éveillent notre résistance intime à tout ce qu?ils charrient d?affects, d?idéologie, de pseudo-concepts ? notre résistance mais pas celle du voisin ! ? Quarante-quatre écrivains explorent ici les raisons pour lesquelles ils renâclent devant certains mots, et leurs réflexions critiques témoignent autant d?un état de la langue que des poétiques et des enjeux de notre temps.
Une expérience littéraire qui vient compléter, en l?inversant, celle du Dictionnaire des mots manquants.
Auteurs : Malek Abbou, Jacques Abeille, Mohamed Aïssaoui, Jacques Ancet, Marie-Louise Audiberti, Michèle Audin, Olivier Barbarant, Marcel Bénabou, Jean Blot, Jean-Claude Bologne, François Bordes, Lucile Bordes, Mathieu Brosseau, Belinda Cannone, Béatrice Commengé, Thibault Ulysse Comte, Seyhmus Dagtekin, Louis-Philippe Dalembert, Remi David, Erwan Desplanques, Jean-Philippe Domecq, Christian Doumet, Renaud Ego, Eric Faye, Caryl Férey, Michaël Ferrier, Philippe Garnier, Simonetta Greggio, Cécile Guilbert, Hubert Haddad, Isabelle Jarry, Cécile Ladjali, , Marie-Hélène Lafon, Sylvie Lainé, Frank Lanot, Fabrice Lardreau, Mathieu Larnaudie, Linda Lê, Guy le Gaufey, Jérôme Meizoz, Christine Montalbetti, Christophe Pradeau, Marlène Soreda, Abdourahman A. Waberi.
http://www.editions-marchaisse.fr/catalogue-dictionnaire-des-mots-en-trop
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