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EAN : 9782965220273
Le Tout Sur le Tout (01/01/1988)
  Existe en édition audio
4.06/5   98 notes
Résumé :
Jean-Pierre Abraham a fait le choix du phare d'ArMen comme on décide d'entrer dans un monastère. Ce sera le lieu de l'attente. Les mains occupées par les besognes routinières comme le moine est requis par le cycle des rites, le gardien de phare se fait guetteur de lui-même : « Si quelque chose doit surgir, ce ne peut être que du fond de moi. Et voilà que je guette encore, comme si on allait frapper à la porte ».
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
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ArMen, ce pourrait être le journal de bord d'un jeune homme qui a décidé de mener la vie de gardien de phare au large de Sein. Jean-Pierre Abraham nous emmène bien au-delà. Il a choisi cette vie, qui ressemble à s'y méprendre à celle d'un moine laïque. Cellule qui sert de lieu de couchage, repas frugal, rituels immuables, répétition des taches, silence, attente. Mais surtout quête de lumière et de paix intérieures. Cette recherche essentielle constitue la trame de ce livre.
Ce livre est très cher à mon coeur. Je souhaiterais remercier l'ami qui me l'a offert fort judicieusement à un moment où j'en avais besoin. Cher également, car il m'a permis de réfléchir sur l'importance de la méditation pour m'aider à donner un vrai sens à ma vie.
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Armen, La Pierre, un des phares les plus mythiques des côtes bretonnes, dressé seul aux avant-postes de l'océan sur un caillou au large de l'île de Sein. Jean-Pierre Abraham y a été gardien de phare et c'est cette expérience qui nourrit ce roman, qui prend la forme du journal d'un gardien de phare étalé sur cinq mois (mais dont on n'a que les parties écrites pendant ses factions au phare).
Je pensais lire un livre de mer, j'ai trouvé un livre sur l'isolement et la solitude. Certes, le vent et ses coups de boutoir, la mer et ses vagues impérieuses sont là, mais ce sont la solitude et le repli sur soi qui dominent ce livre. Et surtout, c'est l'attention portée à la lumière qui l'habite. Certes, dans un phare, la lumière est importante, mais ici, ce n'est pas seulement la lumière aveuglante des lentilles de Fresnel qui parcourt ces lignes, c'est un jeu de lumières constant, des reflets sur les cuivres de la rampe d'escalier, les tons des bois lustrés. L'entretien tient une grande place dans ce roman, et le gardien de phare qui partage ses carnets vit cet entretien incessant comme la manière de faire revivre les éclats et les reflets à chacune des marches, dans chaque recoin, du phare. Entre ces temps de cirage ou de décapage qui sont une activité mécanique mais envoûtante, l'âme s'échappe dans des élucubrations douloureuses dont ce récit ne donnera pas la clef. Atmosphère étouffante, mais plus par la personnalité de celui qui écrit que par l'enfermement dans ce phare, sentiment d'une catastrophe éminente (j'ai cru, dans les premières pages que je commençais un livre à suspens, voire d'horreur, mais il n'en est rien).
En définitive, un court roman que j'aurais du mal à classer ou étiqueter. Peut-être la clef est-elle dans les deux livres que le gardien amène dans chacune de ses gardes, l'un sur les Cisterciens qui évoque l'isolement dans un lieu mais aussi en soi et l'autre sur la peinture de Vermeer, grand peintre de la lumière. Je ne sais dans quelle mesure ce récit est autobiographique, et j'ai l'impression désagréable qu'il me manque les clefs pour comprendre le propos de l'auteur. Toujours aussi imperméable à la poésie des non-dits, j'ai eu la sensation de passer à côté de ce livre, mais d'autres lecteurs plus férus de ce type de littérature pourront mieux l'apprécier que moi.
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Si la lecture à voix haute peut sublimer un texte, avoir un beau timbre de voix ne suffit pas pour qu'il prenne vie.
Pourtant le récit de Jean-Pierre Abraham méritait mieux que cette lecture sur un ton monocorde d'Yves Adler dont la belle voix grave aurait pu nous faire entendre la tempête. Il y avait matière à moduler le récit du gardien de phare.
"Armen", qui veut dire pierre en breton, a la particularité d'être le nom d'un phare en pleine mer, au large de la Pointe du Raz dans l'alignement de l'île de Sein.
J'ai eu l'occasion de le voir et mon mari de le photographier car c'est un de nos objectifs de voyages. Nous avons visité pratiquement toutes les côtes françaises pour cela ce qui fait une belle collection de photographies. Je sais donc que l'isolement des phares de pleine mer les rend difficilement accessibles.
Jean-Pierre Abraham raconte son expérience durant un hiver où il y a une tempête, au début des années 60. Les deux gardiens vont être entièrement coupés de terre et vont passer Noël dans le phare, la relève ne pouvant pas être assurée. On mesure à quel point cela a dû être éprouvant, les coups de boutoir porté par la grande houle, jusqu'à l'eau de mer qui réussit à s'infiltrer à l'intérieur du phare. Les gardiens doivent cependant assurer l'allumage et l'extinction du feu et ils ne manqueront pas à leurs tâches, jours et nuits.
Jean-Pierre Abraham raconte aussi l'attente, parfois la peur, mais aussi la beauté des oiseaux ou la violence de la mer.
J'ai été déçue par la façon dont ce texte est raconté car je n'y ai trouvé aucune poésie. Certes il y a quelque chose de monacal dans l'enfermement des deux gardiens mais il n'était pas nécessaire de lire ce récit comme une nécrologie. Pour une fois, je regrette d'avoir choisi une version audio.


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Armen est un phare mythique situé à l'extrémité de la Chaussée de Sein, à dix kilomètres de l'île de Sein, en Bretagne. Ce phare, Jean-Pierre Abraham, a voulu en être gardien, tant cet élément le fascinait. Il le sera durant trois ans et rédigera, au fil de ses périodes d'activité, un journal, « Armen », publié une première fois en 1967.

Par petites touches, il vient décrire son quotidien, non pas en premier lieu le spectacle du dehors qui s'offre au gardien en haut de son phare, mais plutôt la résonnance que ces éléments, le plus souvent déchaînés, peut avoir tant sur le phare que sur son travail de gardien, ses paysages intérieurs et son travail d'écriture.
Les tâches sont d'une régularité métronomique, d'une monotonie rude. Hiver comme été, l'auteur rend bien compte de celles-ci. Il évoque le temps de la relève lorsque les conditions climatiques le permettent, le lien entre gardiens (ils sont toujours deux), l'amitié qui peut naître au-delà des mots. Car, pour éviter de vaciller, l'économie de mots s'avère parfois vitale. Au coeur de cette solitude recherchée, bien des dangers menacent, outre les éléments du dehors : l'ennui, la peur, notamment, figurent en première place. Face à cela, le gardien construit ses défenses. Il emporte avec lui trois ouvrages : l'un de Vermeer, un autre sur un monastère cistercien ainsi qu'un recueil de poèmes de Pierre Reverdy. Et puis, il écrit, pose, juxtapose des mots, ombres sur le blanc des feuilles, pour donner contour, forme au chaos liquide, à la furie des éléments, la solitude voulue et l'ennui, le vide, la monotonie des jours.

Jean-Pierre Abraham est fasciné par les contrastes entre ombres et lumières ; cet amoureux des peintures de Vermeer cherche en ses oeuvres un écho à son expérience sensible. Il traque dans les moindres recoins du phare les parts d'étincelles au creux de la noirceur d'un quotidien douloureux.
On comprend, au fil de son journal, combien il s'efforce de transmuer l'expérience du quotidien, de l'attente, de l'itération en une expérience quasi-mystique, celle d'un moine dans un monastère offrant sa vie et la rythmant par des rituels, autant de scansions vitales pour soi et la communauté.

Et peu à peu, le monde extérieur vient épouser son monde intérieur. Choisit-on un lieu parce qu'il se fait écho de nos paysages intérieurs ? Ou bien notre monde interne devient-il poreux au contact des turbulences du dehors ? Ombre et lumière, le dedans et le dehors viennent se confondre, en une sorte de Yin-Yang, et de cette fusion naît la mélodie des mots.

Ce journal de Jean-Pierre Abraham est une expérience de lecture bouleversante par son caractère inédit et le regard particulier que l'auteur porte sur ses années à Armen.
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En face de la pointe du raz : l'île de Sein.
Au large de l'île de Sein : ARMEN
Pendant cinq mois, un des deux gardiens du phare tient son journal.
Le vent, la tempête, la houle, l'aube après les tours de garde, la peur quand les éléments se déchaînent.… et à l'intérieur, l'entretien, les ombres et les lumières, les escaliers…..
Une forte expérience de la solitude à deux.
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Citations et extraits (44) Voir plus Ajouter une citation
Un calme étonnant s'est installé en moi, qui dure encore. J'ai abandonné à regret, à seize heures trente. Je me suis lavé longuement les mains et j'ai gagné la lanterne pour les cérémonies de l'allumage. Chaque geste était clair et chaque pensée tranquille. Elle est donc bien misérable, cette fameuse inquiétude, qui ne résiste pas à un simple travail, au va-et-vient dérisoire d'un chiffon sur un objet de cuivre ! Il ne faut pas faire le malin. C'est aussi en regardant la mer aller et venir, aveuglément, que je me suis perdu.

(p.48)
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26 novembre, 17 h.
Un court vent de nord faisait briller le flot montant. La mer glissait d'un seul bloc, sans bruit, et le ciel semblait la suivre. Seul, ce phare, dressé, inquiétant de loin j'imagine. Nous qui l'habitons nous sommes au secret. Je crois parfois participer à quelque chose de grave, sans comprendre.
Nous entrons dans la période des vives eaux et l'on aperçoit, à basse mer, un morceau de la roche rouge sur laquelle le phare est bâti. Ar Men en breton signifie La Pierre. Qu'avait-elle de particulier cette roche pour qu'on la nomme ainsi, parmi les dizaines qui émergent sur la Basse-Froide ? J'aime ce nom.
Il faisait le même temps lorsque j'ai vu Armen pour la première fois. La mer était grise, comme toujours lorsqu'on navigue sur un bateau de guerre. J'ai cru reconnaître cet endroit. J'ai souhaité vivre dans ce phare. C'était la meilleure façon pour ne plus le voir. Quand j'ai posé le pied, la première fois, sur ce débarcadère-jouet, je me suis cru chez moi. Mais de toute cette époque, déjà, je me souviens peu.
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Je voudrais finir. Est-ce-que je vais passer ma vie à peindre des murs en blancs, des murs qui ne m'appartiennent même pas ! Le faire et s'en aller.

Et cependant je crois qu'au bout de la monotonie chaque instant doit retrouver sa fraîcheur, révéler à nouveau son pouvoir d'immense surprise.

Je n'ai pas encore en moi le mélange d'insouciance et de hargne nécessaire pour bien naviguer. Un jour, sûrement, je serai à nouveau sur un bateau qui plongera profond dans la lame. Etre en mer avec une fille ,il n'y a tout de même rien de mieux.

(p. 135)
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En venant ici, pourtant, j'espérais quitter à jamais le versant dérisoire de l'attente. Cette façon de tendre l'oreille et de retenir son souffle : l'essentiel de la vie depuis tant d'années. A l'île où je n'attends rien de personne, je passe des journées à guetter les bruits de pas dans le jardin du Grand Monarque, ma maison. Je pensais qu'au phare l'attente prendrait une autre forme. Si quelque chose doit surgir, ce ne peut être que du fond de moi. Et voilà que je guette encore, comme si on allait frapper à la porte. Au fond, rien ne bouge. Il ne se passera rien.

(p.20)
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J’ai découvert au fond de l’armoire de grandes plaques de cuivre que je n’avais jamais vues […] Je les ai fait briller aussi. Je les ai mises en bonne place sur les étagères. Mais les roues dentées sont encore plus belles.
Je crois vraiment que la vie allait mieux d’heure en heure. Je respirais tranquillement ? J’aimais ce travail d’usure lente au bout duquel jailissait une lueur. Tout cela est illusoire, bien sûr. Aussitôt l’air attaque, secrétement, recommancee à ternir ces objets trop provocants.
Peut-être que le cuivre lui-même s’inquiète de sa fanfare et ordonne le repli. En quelques jours l’éclat va changer, s’assombrir, il prendra une sorte de profondeur – C’est le plus beau moment – puis s’endormira peu à peu. Il faudra recommencer. Est-ce que faire les cuivres c’est aussi un acte de foi !
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Hommage à Jean-Pierre Abraham.
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