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EAN : 9791095630395
432 pages
Editions du Commun (16/04/2021)
4.83/5   6 notes
Résumé :
Ce n’est pas un hasard si les plus proches riverains de l’usine Lubrizol, partie en fumée toxique fin septembre 2019 à Rouen, étaient les habitant·es de l’aire d’accueil des « gens du voyage » de Petit-Quevilly. Partout en France, les lieux « d’accueil » attribués aux personnes relevant de cette dénomination administrative se trouvent à l’extérieur des villes, loin de tout service, ou dans des zones industrielles à proximite... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Je suis William Acker sur les réseaux sociaux depuis un moment avec grand intérêt, étant donné que c'est une des rares personnes un peu médiatiques à s'exprimer sur les conditions de vie et d'habitat des « gens du voyage ».

L'auteur est lui même issu des communautés dites des « gens du voyage ». Juriste, il a décidé de recenser les aires d'accueil en France et de créer un inventaire critique de celles-ci. Dans son essai, il va parler de l'histoire des communautés dites des « gens du voyage », des noms qui leur sont donnés : rroms, manouches, tsiganes, etc., des aires d'accueil (qui n'ont souvent d'accueil que le nom) et des conditions de vie pour les « gens du voyage ».

Il m'aura fallut quelques mois pour terminer cet ouvrage que j'ai longtemps laissé en pause, alors même qu'il était très intéressant. C'est un essai qui parlait d'un sujet que ne connaissais quasiment pas, si bien que j'ai appris énormément de choses. Comme beaucoup, j'ignorais à quoi pouvait ressembler la vie sur une aire d'accueil, je ne m'étais jamais questionnée sur leur emplacement (pour l'écrasante majorité, les aires sont éloignées des villes), ni sur la dangerosité de ces aires (ce qu'on a pu voir avec l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen).

Les « gens du voyage » sont méprisé•es, rejeté•es, classé•es dans des endroits où on ne les verra pas (et encore, quand l'aire d'accueil existe puisque, en dépit de la loi, seules 3,6% des communes françaises ont une aire d'accueil). Comme le dit si bien William Acker à un passage du livre, iels sont parfois moins bien traité•es que des animaux : il prend l'exemple d'une aire d'accueil qui a été construite dans un lieu où il a été refusé qu'une SPA soit construite pour le bien-être des chiens... C'est vous dire comme la société voit les « gens du voyage ».

En fin d'ouvrage, l'auteur propose un inventaire des aires d'accueil françaises, par département en répertoriant le nombre d'aires, la distance avec la mairie, le pourcentage d'aires isolées du tissu urbain d'habitation, les aires avec des nuisances, les communes accessibles, les sites Seveso... Pour vous donner une idée, il y a 1358 aires répertoriées et 51% d'entre elles sont polluées, 70% sont isolées...

Un essai édifiant sur les conditions de vie des « gens du voyage » et de l'état des aires d'accueil, la plupart du temps isolées et polluées. Un livre nécessaire pour déconstruire les clichés et prendre conscience de la réalité du quotidien des « gens du voyage ».
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William Acker, dans un ouvrage précis, riche et accessible, nous donne à voir les « gens du voyage », appellation générique qu'il présente et analyse par l'histoire de ceux que l'on appelle désormais législativement ainsi.

Présentation de leur histoire en France depuis le XIXème siècle donc, mais aussi distinction des diverses appellations utilisées pour les nommer et recontextualisation du sens de ces appellations (Rroms, tsiganes, manouches, gitans, etc.), description de leurs conditions de vie actuelles s'appuyant sur des témoignages et sur la situation géographique des aires d'accueil qui leur sont dédiées.

A cet effet, l'auteur, juriste issu de ces communautés, a ajouté après son analyse un inventaire des aires d'accueil par département : nom de la commune, latitude, longitude pour chaque aire, ainsi que distance entre aire et mairie, entre aire et habitations les plus proches, proximité de zones industrielles, polluantes – usines, Seveso ou non, déchetteries… -. Ce travail, minutieux, a commencé à être effectué après l'incident Lubrizol de Rouen, pendant lequel l'aire d'accueil qui était à proximité du site Seveso qui avait pris feu n'a pas été évacuée – il a même été demandé aux habitants de rester sur l'aire d'accueil et de se confiner dans les caravanes en attendant… Il met ainsi au jour une situation catastrophique : seulement 3,6% des communes françaises ont des aires d'accueil dédiées aux « gens du voyage », alors qu'elles sont obligatoires, et payantes – oui, l'on paye un loyer, souvent prohibitif, pour y stationner ; 70% de ces aires sont isolées du reste de la commune, souvent parquées dans les zones industrielles, et de fait la moitié des aires sont polluées, de diverses manières que ce soit – et encore, l'on parle de pollution visible et immédiate….

Où sont les gens du voyage ? est en somme un ouvrage nécessaire, pour déconstruire les clichés, pour prendre conscience de la réalité des conditions de vie des « gens du voyage », entre marginalisation de masse, racisme éhonté, et conditions de vie insalubres.
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Les habitants de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) savent que l'aire d'accueil des gens du voyage est adossée à une déchetterie préexistante. Il me souvient que, questionné lors d'une séance publique du conseil municipal, pour justifier le choix du lieu, le maire de l'époque avait parlé d'autres lieux possibles – ou plutôt impossibles du fait de la résistance des voisins et d'une municipalité (de gauche) voisine. Mais dans d'autres villes et communes, sait-on où vivent les gens du voyage ? Où sont les « lieux d'accueil« , les « aires » reléguées loin de tout, rendues invisibles dans des campagnes ou des zones industrielles que la population « normale » ne fréquente pas ?

Constatant qu'on ne peut localiser les aires d'accueil avec des données publiques non contestables, William Acker s'est attaqué à la tâche de les recenser systématiquement dans chaque ville de chaque département de France. Il accompagne leur localisation de quelques critères factuels : coordonnées cartographiques, distance de la mairie, environnement, type de nuisance voisine éventuelle. Plus de quarante-cinq sites sont l'objet d'une photographie aérienne édifiante.

Dans la première partie de l'ouvrage, William Acker procède à une analyse du monde du Voyage : les noms qu'on donne aux personnes, leurs lieux de vie, leur histoire à partir de la naissance de la « question nomade », l'évolution et la dénaturation du Voyage, la sédentarisation, le traitement médiatique des gens du voyage, leurs rapports avec l'État et avec les municipalités, le racisme qu'ils subissent de la part de l'État et des citoyens, la méconnaissance.
Cette étude sociétale, historique et politique fourmille de détails, de témoignages, d'exemples et de citations puisés dans l'histoire de la famille de l'auteur et dans sa connaissance de ce monde.

Le recensement de William Acker est sans appel sur le caractère systémique de la mise à l'écart des gens du voyage, et sur leur exposition à diverses pollutions (qu'on se rappelle l'incendie de l'usine de Lubrizol à Rouen). Il raconte comment notre modernité continue une forme d'encampement discriminant un mode de vie qu'insupportent les sédentaires. Il est aussi un appel à ceux qui se soucient de justice environnementale.

Un ouvrage intéressant et nécessaire pour comprendre la subtilité et la complexité de ce monde du Voyage que l'on regarde trop souvent avec simplisme.
Lien : https://lecturesdereves.word..
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
En géographie il existe une notion intéressante, celle de capacité de charge d'un milieu emprunté à la biologie, qui désigne un nombre maximum ou optimum d'animaux qu'un territoire donné peut tolérer. Et j'utilise cette notion en toute conscience, elle traduit un sentiment fréquemment éprouvé et que j'entends autour de moi, celui d'être parfois moins bien traité que des animaux. Des histoires d'aires d'accueil construites sur des terrains refusés aux SPA pour le bien-être des chiens, on en a entendu quelques-unes. Des panneaux « interdits aux gens du voyage » on continue d'en trouver plus souvent que ceux qui interdisent les chiens. Alors j'utilise en toute conscience la notion de capacité de charge, car c'est cela l'accueil, quel nombre de « gens du voyage » un milieu peut-il supporter ?
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Mais il y a quelque chose de plus profond dans le lien et la symbolique entre aire et cimetière : la mise à l'écart. C'est un sentiment diffus, une impression de chaque instant, plus on vit, plus on les cherche, plus on le sait, plus on le sent, « l'aire d'accueil des gens du voyage » est un lieu que l'on ne veut pas voir. Comme le cimetière c'est un lieu qui s'éloigne des autres et cela a une fonction précise : vous permettre de ne pas y penser. On ne vit pas avec les morts, on ne vit pas avec les « gens du voyage ». La première action permet d'avancer, l'autre permet d'ignorer.
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Tout le monde perçoit bien que les « gens du voyage » ne se caractérisent pas uniquement par l'habitat mobile. On fait bien la distinction avec les autres, ceux qui décident de revendre leur maison pour vivre l'aventure itinérante en camping-car, eux ne seront jamais obligés de vivre dans une « aire d'accueil des gens du voyage ». Ceux qui vivent à l'année dans un terrain de camping en mobile-home, ceux qui choisissent la yourte, la tiny housse ou optent pour la « vie de bohème » en van Volkswagen. Le gens-du-sur-place fait parfaitement la distinction, il parle de « communauté des gens du voyage », en a une image aux contours flous, mais relativement bien ancrée et parfois se pose la question : qui sont les « gens du voyage » ?
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Rappelons à toutes fins utiles que le génocide des Tsiganes aura causé la mort de 300 000 à 600 000 personnes en Europe. Soit 80 % à 90 % de la population tsigane germanophone et 40 % de la population tsigane du reste de l'Europe.
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La précarité économique et administrative réduit au silence. Les aires ne sont pas faites pour l'habitat, elles sont faites pour le stationnement. Or un nombre important des « occupants » des aires sont en réalité des « habitants », c'est-à-dire qu'ils s'y fixent en l'absence de solutions alternatives.
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