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Mona de Pracontal (Traducteur)
EAN : 9782072943928
112 pages
Gallimard (30/09/2021)
3.85/5   198 notes
Résumé :
Comment dire adieu à un être cher alors que le monde entier est frappé par une crise sanitaire, que le défunt repose au Nigeria et que ses enfants sont bloqués en Angleterre et aux États-Unis ? Le père de Chimamanda Ngozi Adichie vient de mourir. Séparée de ses proches, cette dernière vit un deuil empêché et solitaire. Elle écrit alors sous la forme de courts chapitres, composés comme des soubresauts de chagrin et de rage, où l’amour et l’admiration qu’elle portait ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (52) Voir plus Ajouter une critique
3,85

sur 198 notes
Ayant moi-même fait l'acquisition de cet ouvrage pour la médiathèque pour laquelle je travaille, car sa quatrième de couv' m'avait intriguée, je tenais à vérifier ce qu'il en était réellement quant au contenu, savoir à quel types de lecteurs je pourrai le conseiller et surtout assouvir ma curiosité en constatant si l'écriture était belle, bien que je savais d'avance que le contenu serait, quant à lui, extrêmement dur !

La perte d'un être cher est toujours un événement bouleversant, pour ne pas dire traumatisant alors imaginez-vous celle d'un père, qui se produit en pleine période de pandémie (celle que nous traversons et subissons actuellement et ce, depuis près de deux ans) , alors que les aéroports sont paralysés, que l'interdiction de voyager à l'étranger est de rigueur et que cette fameuse personne, que l'on avait pris l'habitude de ne voir plus que par écran interposé vit dans un pays qui n'est plus le vôtre ! Eh bien, c'est ce qui est arrivé à notre auteure, Chimamanda Ngozi Adichie, d'origine nigérienne mais vivant actuellement aux Etats-Unis. Alors que frères et soeurs sont répartis sur trois continents différents, le chagrin est décuplé et les remords aussi ! La culpabilité aussi s'invite parfois et l'auteures nous livre ici un témoignage bouleversant des épreuves qu'elle a dues endurer tout au long de cette période sans toutefois tomber dans le pathos !

Un court essai, extrêmement bien écrit mais ô combien lourd de sens ! A découvrir et à faire découvrir mais tout en sachant dans quoi vous vous embarquez car il est impossible de ressortir indemne d'une telle lecture et pourtant, cette dernière m'a permis de relativiser sur bien des points et elle nous fait prendre conscience combien la vie est précieuse et mérite d'être vécue ! Un brillant hommage à un brillant professeur e'université mais avant tout à un homme, un père !
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« Il avait une forme de naïveté, l'innocence des justes. » dit Chimananda quand elle apprend par téléphone que son père vient de mourir. Elle vit aux Etats Unis, un de ses frères an Angleterre, et les parents à Aba, au sud est du Nigéria.

Le chagrin est une plaine immense, et les raisons de pleurer un être adoré, comme c'est le cas, indéfiniment ramifiée. le chagrin déracine, arrache définitivement ce qui nous attache au monde connu, et nous, dit l'auteur, qui croyons que le chagrin touchait les autres, et que nous étions en quelque sorte, de par l'amour porté, de par la bonté du père, non attaquables, nous plongeons.
Je dis nous, parce que Chimananda, dans ses notes, rappelle l'arrogance que nous pouvons avoir à l'idée de ne pas perdre un être cher, et le déluge lorsque cela nous arrive. Avec ses mots, elle arrive à nous rappeler cet enseignement cruel, cette affliction totale du corps, l'inéluctabilité de la mort.

Entre l'intuition que d'autres morts vont advenir, le rire , lié au chagrin, qui prend une dimension particulière, la rage d'entendre certaines condoléances, qui finalement rendent réel ce que l'on voudrait impensable, les mots ne pouvant exprimer la brutalité de la mort, la colère, puisque la vie continue, la peur, la honte de n'avoir pas compris, pas fait, pas dit au-revoir, les regrets, les remords, l'envie d'empêcher la nouvelle immonde, l'essai de « la faire se déproduire », le doute complet que cela soit arrivé, le silence, pour ne pas inonder les autres du « tumulte incessant de mes pensées », l'impensable du « jamais plus » entre dans sa vie.

Ce chagrin est doublé par le fait que les frontières du Nigéria sont fermées, cause covid, elle ne peut s'y rendre momentanément. Et il faudra plusieurs mois pour que l'enterrement ait lieu, mettant Chimananda dans une position de désenchantement vis-à-vis de son pays natal. le virus a, certes, rappelé la possibilité de la mort et sa banalité, il a, pourtant, rendu les rituels beaucoup plus compliqués et sauvages.

Ces notes lui permettent d'honorer la personne du père.
« Il n'était pas, il est », phrase tellement profonde si l'on sait que l'admiration qu'elle lui porte ne peut, ne doit, ne va pas s'éteindre.
Des phrases crucifiées, « une érosion, un ignoble déferlement de déluges qui laissent notre famille déformée pour toujours. Les épaisseurs de perte donnent le sentiment que la vie est mince comme du papier », et le rappel, pour nous lecteurs, que ce chagrin nous lie, nous pauvres humains lorsque survient la fin d'un proche .
Injustice de la mort, qui frappe au hasard, découverte que nous n'avons pas forcément le temps et que l'amour ne fait pas tout, rappel de qui était ce James Nwoye Adichie, un sage, ses études brillantes, sa rencontre avec Grace, sa femme, le rapprochement intellectuel entre père et fille, le Biafra , aussi.
Un grand livre, hommage à un père « qui était vraiment quelqu'un de charmant » et qui l'est toujours pour nous à la lecture de ces notes.
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« Comment dire adieu à un être cher alors que le monde entier est frappé par une crise sanitaire, que le défunt repose au Nigeria et que ses enfants sont bloqués en Angleterre et aux États-Unis ? le père de Chimamanda Ngozi Adichie vient de mourir. Séparée de ses proches, cette dernière vit un deuil empêché et solitaire. Elle écrit alors sous la forme de courts chapitres, composés comme des soubresauts de chagrin et de rage, où l'amour et l'admiration qu'elle portait à son père explosent à chaque page.”

Cet extrait du quatrième de couverture dit le noyau central de ce très beau texte, où Chimamanda Ngozi Adichie exprime avec la plus grande énergie le chagrin insoutenable de la mort brutale d'un père tant aimé et tant admiré, et le supplément de douleur dû à la pandémie et aux restrictions sanitaires, où même enterrer les êtres aimés devient très, très compliqué ou impossible !

L'auteure parle avec talent, finesse, tendresse infinie de la personnalité extraordinaire d'un père savant, lucide , bienveillant, tolérant dans un Nigéria à l'histoire violente, un père et un époux très aimant envers sa famille, ses six enfants qui vont réussir aux quatre coins du monde , dont notre écrivaine, envers qui il ressent , lui-aussi, une fierté immense !

Chimamanda Adichie , parallèlement à ces notes de chagrin foudroyantes, nous parle aussi de son pays natal , des noirceurs de son histoire, des coutumes et traditions spécifiques, envers lesquelles son père n'était pas toujours en accord. ..

Un petit trésor de pudeur et d'intelligence pour honorer un Père, qui fut un socle d'Amour et de Savoir. Comme une flamme, un exemple, un modèle référent, à jamais ; une ABSENCE impossible à combler… !

Ce précieux récit intime me donnera un autre regard, une autre attention affinée, lorsque je lirai ses textes… ce que je vais faire très vite… « Americanah » étant depuis des lustres dans ma PAL… Je viens de réserver à l'une de mes bibliothèques un autre texte mettant en exergue ces traditions nigérianes et les excès qu'elles entraînent parfois : « L'Hibiscus pourpre ». Cela sera une de mes prochaînes lectures !
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Comment réagiriez-vous si, en plein confinement, alors que vous l'avez vu deux jours auparavant via Zoom, vos appreniez la mort brutale d'un père très aimé ?
C'est ce qui est arrivé à l'autrice nigériane et c'est ce qu'elle décrit dans ce court récit. Sa première réaction – à sa propre surprise – est très physique : sanglots bien sûr, tremblements, mais aussi tout son corps - « je ne savais pas qu'on pleurait avec ses muscles » note-t-elle avec acuité.

On la suit dans son cheminement non pas « en deuil » - elle récuse le terme – mais en chagrin : oui.
Et comme il était dans leur village natal au Nigeria, et l'autrice aux Etats-Unis, avec une impossibilité de se rendre sur place pour cause de pandémie, les obsèques sont repoussées de mois en mois. de toute façon la narratrice n'en veut pas : elle refuse ses images où l'on voit des voisins défiler dans la maison familiale pour présenter leurs condoléances - sa manière à elle de mettre le deuil à distance.

Elle se remémore aussi des souvenirs avec son père – et c'est à la fois un plaisir de l'évoquer et une souffrance de savoir qu'on ne pourra plus les partager avec lui. Elle se confronte à cette Absence avec un grand A, contre laquelle l'esprit se révolte : « Rien ne m'a préparée à ma rage rugissante et malheureuse » énonce-t-elle dès le départ.
Et un peu plus loin d'autres mots rejoignent son vocabulaire comme quotidien, comme celui de « Jamais » : « Jamais est entré dans ma vie », dit-elle, « pour y rester. (..) Pour le restant de mes jours, je vivrai en tendant les mains vers des choses qui ne sont plus là."

Evoquant la figure de son père dans un très bel hommage littéraire, James Nwoye Adichie, on découvre un intellectuel passionnant – et on apprend quelques mots de la langue igbo. Il reste le souvenir principal d'une « chance folle d'avoir été heureux » dans une cellule familiale « intacte et sécurisante » et on se dit qu'elle a trouvé les mots exacts pour découvrir une enfance qu'on aimerait tous avoir eue. Sa vocation d'écrivain provient certainement de là.

Oui, la douleur de la perte est totale, et c'est un paradoxe de comprendre a posteriori que le bonheur passé « devient une faiblesse parce qu'il vous laisse sans défense devant le chagrin. »

L'auteure nigériane de « Americanah » sait vraiment trouver les mots pour évoquer cette expérience certainement universelle – le deuil faisant partie intégrante de nos vies – et c'est toujours réconfortant de trouver quelqu'un qui met des mots justes sur une douleur partagée.

Sa dernière phrase concède un dernier regret : « J'écris sur mon père au passé et je n'arrive pas à croire que j'écris sur mon père au passé ».
Tout est dit en une simple phrase – et c'est toute la force de l'écriture.
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J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce chagrin et ce deuil. Trop loin de moi, d'une autre culture. Et finalement, tristement banal. Je me sens trop éloigné de cette famille du Nigeria dispersée entre l'Afrique, l'Europe et les USA. Et puis je ne peux m'empêcher de penser à ce que j'entends sur ce pays, la violence, les enlèvements, la misère. Alors, la mort d'un professeur d'université, une famille riche… Et puis, peu à peu, l'auteure parvient à me transmettre son chagrin. Plus on avance dans la lecture, plus elle nous parle des origines Igbo de sa famille, des rituels à faire lors d'un deuil, de ses souvenirs, la guerre du Biafra…Le récit de l'enlèvement de son père me touche beaucoup. Et puis, ce livre est certainement une manière d'accepter le deuil et participe à ses différentes étapes. Un court récit pour comprendre, écrit dans une très belle langue.
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Citations et extraits (76) Voir plus Ajouter une citation
Parce que j’aimais tant mon père, que je l’aimais si farouchement, si tendrement, j’ai toujours, dans un coin de ma tête, redouté ce jour.
Mais, anesthésiée par sa relative bonté, je croyais que nous avions le temps. Je croyais que le moment n’était pas encore venu. « J’étais persuadée que Daddy était parti pour être nonagénaire », dit mon frère Kene. Nous l’étions tous. Peut-être aussi avions-nous cette croyance déraisonnable que sa bonté, le fait que c’était quelqu’un de tellement bien, allait le maintenir parmi nous bien au-delà de ses quatre-vingt-dix ans.
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Ma mère dit que des veuves sont venues lui expliquer la coutume. Tout d'abord, la veuve aura la tête rasée-sans la laisser continuer, mes frères s'empressent de dire que c'est ridicule et qu'il n'en est pas question. je dis que personne ne rase jamais la tête des hommes quand leurs épouses meurent, personne n'impose aux hommes de manger frugalement des jours durant, personne ne s'attend à ce que les corps des hommes portent l'empreinte de leur perte. Mais ma mère dit qu'elle veut tout faire: "Je ferai tout ce qui se fait. Je le ferai pour Daddy." (p. 80)
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Le chagrin n'est pas vaporeux; il a du corps, il est oppressant, c'est chose opaque. Son poids est plus lourd le matin, après le sommeil (...)
Je ne reverrai jamais mon père. Jamais plus. J'ai l'impression de ne me réveiller que pour sombrer, encore et encore. A ces moments-là, je suis certaine de ne plus jamais vouloir faire face au monde. (p. 41)
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"Un ami m'envoie une phrase de mon roman : "Le chagrin était la célébration de l'amour, ceux qui pouvaient ressentir un véritable chagrin avaient la chance d'avoir aimé." Comme c'est étrange que la lecture de mes propres mots me cause une douleur si exquise."
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"Jamais" est entré dans ma vie pour y rester. "Jamais" semble si injustement punitif. Pour le restant de mes jours, je vivrai en tendant les mains vers des choses qui ne sont plus là. (p. 66)
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Vidéo de Chimamanda Ngozi Adichie
Présenter les succès des femmes comme des évidences plutôt que des exceptions : voilà le précieux conseil de l'écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie pour éduquer un enfant de manière féministe.
#feminisme #education #cultureprime _____________
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