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EAN : 9782226441614
272 pages
Albin Michel (28/09/2022)
4.02/5   31 notes
Résumé :
Profondément engagée pour la cause des femmes, Laure Adler retrace la vie et l’œuvre d’une brillante intellectuelle féministe : Françoise Héritier. Une précurseuse, une aventurière de la pensée, une citoyenne engagée et une amie très chère, qui n’a cessé de déconstruire les idées reçues sur le masculin et le féminin et de lutter contre toutes les formes d’oppression dont souffrent les femmes.

« Bien avant la naissance de #MeToo, elle se révèle à la fo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Aujourd'hui je vais évoquer Françoise Héritier le goût des autres, formidable biographie écrite par Laure Adler. La journaliste historienne est familière du genre, elle a notamment publié en 2011 Françoise (sur la femme de presse et de pouvoir Françoise Giroud). Elle est aussi l'auteure d'un texte intime très émouvant sur un deuil impossible intitulé A ce soir.
La protagoniste de cette nouvelle biographie, Françoise Héritier, est une anthropologue française décédée en 2017 qui a succédé à Claude Lévi-Strauss au Collège de France quand le maitre de la discipline a pris sa retraite. Elle a notamment publié (ouvrages grand public, de véritables révélations pour moi) Les deux soeurs et la mère, masculin/féminin en deux tomes. A la fin de sa vie elle a rencontré un grand succès de librairie avec le sel de la vie et le goût des mots (textes que je n'ai pas lus). Sa biographe était aussi son amie depuis plusieurs décennies, ce lien fort entre les deux femmes transparait tout au long de l'ouvrage sans que cela nuise à la qualité et à l'objectivité du récit. Laure Adler remonte aux origines de Françoise née en 1933 en Auvergne et grandie dans une famille modeste. Les liens familiaux, pour celles dont les premiers travaux portent en particulier sur les structures de la parenté, sont rapidement distendus puisque la jeune fille n'accepte pas d'être reléguée au sort des femmes de son époque et aspire à travailler et à ne pas suivre le modèle du mariage imposé encore prédominant alors. Ses premiers terrains de recherche sont réalisés en Afrique plus particulièrement chez les Samo. Force est de reconnaitre que : « l'Afrique devient son continent : par le coeur, par la peau, à la vie, à la mort. de ce continent, elle attend d'être transformée, épanouie, accomplie. » L'ouvrage se lit avec plaisir, Laure Adler mêle parcours professionnel et personnel. Elle rencontre Françoise Héritier quand elle est elle-même étudiante et suit certains de ses séminaires ; jusqu'au décès de Françoise, Laure est présente à ses côtés en particulier dans les épreuves de la vie et son texte est truffé d'anecdotes personnelles délicieuses. Ce livre s'apparente à un exercice d'amitié et de remerciement, un hommage et un témoignage pour que l'oeuvre de Françoise Héritier ne soit pas négligée. Elle écrit : « elle fut une précurseuse, une grande théoricienne de la pensée, tout en étant une citoyenne engagée. Jamais elle ne se ménagea, ni physiquement ni mentalement. » Son travail de chercheuse dans la continuité des théories de Lévi-Strauss à qui elle rend constamment hommage même quand sa pensée conceptuelle s'en éloigne est stimulant. Voici en quelques mots des éléments de son savoir : « c'est de la culture que vient la famille et non de la nature. L'inégalité entre les sexes n'est pas d'ordre biologique mais idéologique et elle est le fruit d'un rapport de forces. » Il est intéressant de constater combien sa position de femme lors de son accession à des postes importants a suscité jalousie et incompréhension. A ce titre, le court entretien avec Maurice Godelier est fort éclairant et peu flatteur pour cet homme par ailleurs intelligent. Héritier a réfléchi et théorisé autour de la notion d'inceste, inventant l'inceste du deuxième type, un concept d'une évidente pertinence quand elle l'explique, puis s'est intéressée à la domination masculine en établissant son universalité et en déconstruisant moult théories. Elle était également engagée à gauche, a dirigé le Conseil National du Sida, a oeuvré pour le droit des prisonniers, a poursuivi bien après sa retraite son travail et son investissement sociétal. La biographie révèle aussi des aspects plus secrets de sa vie personnelle. Françoise Héritier a d'abord épousé Michel Izard, le père de sa fille, Catherine, puis ensuite elle a été très amoureuse de Marc Augé, complice intellectuel et sentimental. Sa beauté de jeunesse s'est affadie avec les ravages de la maladie dont elle était atteinte. La souffrance due à sa maladie auto-immune qui a progressivement, outre la douleur violente, limité ses possibilités de déplacement est racontée pour comprendre les brusques interruptions de ses cours. Laure Adler raconte ses hospitalisations, son absence de plainte, ses inquiétudes pour sa fille fragile et hospitalisé pour lutter contre sa volonté d'en finir. Ces pages sont émouvantes et humanisent si besoin était cette femme exceptionnelle qui culpabilise vis-à-vis de son enfant qu'elle a parfois négligée au profit de ses recherches ou de sa carrière. Françoise Héritier (que j'ai eu la chance d'entendre en conférence et en interview en plus de l'avoir lue) avait une voix captivante avec une douceur solide qui lui permettait de développer aussi bien des théories ardues que des contributions sociétales passionnantes. En guise de conclusion et de synthèse Laure Adler affirme : « Françoise a fait aux sciences humaines un legs considérable : la pensée du corps est devenue une banalité désormais, le statut des émotions est à présent légitimé, l'autobiographie, comme point d'ancrage pour la découverte du monde intellectuel et sensible, revendiquée. Elle a mis au point de nouveaux outils pour penser la domination du masculin. (...). Elle a jeté une nouvelle lumière sur le mariage, la famille, la société. Par la conjonction de ses combats féministes et d'anthropologue, elle a donné des outils théoriques à des champs de recherche nouveaux : les violences genrées, les conséquences de la domination masculine, les effets pervers de la symbolique du corps. »
Françoise Héritier le goût des autres est une admirable introduction à l'oeuvre de l'anthropologue et à ses principaux travaux. Laure Adler ne cache pas son admiration et son amitié personnelle pour le sujet de sa recherche et le lecteur devine l'importance que leur lien a dû avoir pour elle qui dans cette biographie se cache derrière la protagoniste disparue.
Voilà, je vous ai donc parlé de Françoise Héritier le goût des autres de Laure Adler paru aux éditions Albin Michel.

Lien : http://culture-tout-azimut.o..
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Françoise Héritier, née en 1933 dans La Loire, est devenue après des études à Paris, une figure incontournable de l'ethnologie française. Subjuguée par l'un de ses professeurs à la Sorbonne, Claude Lévi-Strauss, elle réalise que son destin n'est pas de devenir « l'épouse de », comme il était alors de bon ton dans son milieu de le devenir, mais bien de s'accomplir à travers ses passions. Elle va, sa vie durant, parcourir l'Afrique pour étudier les comportements humains dans des sociétés encore peu influencées par la « mondialisation ». Attentive à la cause des femmes, elle n'aura de cesse de rendre compte de l'oppression qu'elles subissent à plusieurs niveaux dans chaque groupement humain. Elle succédera à son mentor à sa chaire au Collège de France lorsqu'il prendra sa retraite contre l'avis de bon nombre de ses pairs, en partie parce qu'elle est une femme, en partie parce qu'ils convoitaient la place, vivant là ce qu'elle avait dénoncé toute sa vie. Elle tiendra bon et sera longtemps la seule femme parmi les hommes dans ce milieu de l'intelligentsia, somme toute assez machiste. Elle est décédée fin 2017 après avoir réalisé de nombreuses recherches sur, entre autre, le rapport masculin/féminin dans la société depuis la nuit des temps.
 Laure Adler, sans doute parce qu'elle l'a bien connue mais aussi parce qu'elle a des talents de conteuse indéniables, réalise le tour de force de nous livrer une biographie vivante et très documentée sans être pesante d'une grande dame de l'ethnologie.
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Je connais et apprécie le travail de Laure Adler. Je connaissais un peu moins Françoise Héritier. Je l'avais vue lors de son passage à la Grande Librairie et dans un documentaire lors de l'exposition « Déflagrations » au Mucem en 2021 (150 dessins d'enfants réalisés en situation de guerre ou de violence de masse).

Alors quand déambulant dans ma médiathèque préférée, je suis tombée cette biographie, je l'ai tout de suite empruntée.

Laure Adler était une amie de longue date de Françoise Héritier. L'admiration profonde qu'elle lui portait, le lien d'amitié à toutes épreuves qui les unissait transparaissent tout au long du livre.

Françoise Héritier, née dans une famille plutôt modeste, décide de poursuivre des études contre l'avis de sa famille. Elle choisit l'anthropologie, devient une disciple de Claude Lévi-Strauss. C'est une femme de terrain qui prend grand plaisir, malgré les difficultés, à passer des mois dans un village de la tribu Samo en Afrique.

» Elle revient admirative de cette société samo dont elle a pénétré progressivement les modes de pensée et les règles, tant leur respect de chacun dans la communauté est central. La manière de régler les conflits est équitable et sans violences irréparables. »

Ses travaux de recherche ont été pendant toute sa vie la lutte contre toutes les formes d'oppression que le masculin fait subir au féminin.

» En conviant à ces séminaires des psychanalystes, des biologistes, des historiens, des philosophes, Françoise tente de comprendre la genèse de la violence pour pouvoir ensuite penser une éthique universelle. Elle cherche à mettre en évidence les mécanismes de la violence et de l'intolérance qui régissent, selon elle, toutes les cultures. Et pourtant, la violence n'est en rien nécessaire. Elle n'est pas naturelle : c'est une construction humaine. Prendre conscience de ses rouages est un premier pas pour tenter de la réduire à néant. »

Son engagement, sa force de travail malgré une santé fragile l'amèneront à exercer des postes à haute responsabilité (Collège de France, CNRS, Présidente du Conseil National du Sida ).

Françoise Héritier ne fut pas épargnée dans sa vie privée : divorces, maladie auto-immune douloureuse, fragilité psychologique de sa fille unique…

Ce qui ne l'a pas empêchée d'être toujours sur le front (bien avant la période # MeToo) pour défendre les femmes.

» En tout cas, le fond de la question, c'est que l'idée même de l'égalité homme/femme n'est pas acceptée au fond du coeur de milliards d'individus dans le monde et pas seulement par des Etats, des groupes de pensée et des gouvernants, parce que cette égalité accorderait aux femmes le statut d'individu libre, et donc de personne, ce qui leur est fondamentalement dénié. »

Découvrir Françoise Héritier à travers la plume de Laure Adler fut un moment de lecture fort inspirant.
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Une biographie admirative et chaleureuse qui rappelle très opportunément le parcours d'exception de cette femme qui a, de manière limpide et opiniâtre, tout au long de sa vie, oeuvré pour démontrer et démonter les racines de la domination masculine.
une personnalité solaire qui avait aussi sa part d'ombre avec notamment des relations complexes avec son unique fille.
un livre qui donne envie de prolonger la rencontre, je suis allée regarder quelques vidéos, la voix douce et flutée de Françoise Héritier m'accompagne désormais.
sur le plan littéraire, la lecture de cette biographie est agréable et fluide, une réserve: il me semble que le découpage en chapitres qui ne respectent pas toujours une chronologie linéaire entraîne l'auteur à se répéter parfois.
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Faisant valoir la relation privilégiée qu'elle a eue avec Françoise Héritier, Laure Adler nous trace d'elle un portrait qui, s'il ne manque pas d'intérêt, aurait du mal à être qualifié de "sans concession". A ses yeux, son amie ne péchait que par un manque de confiance en elle qui l'a empêchée plus d'une fois d'exprimer plus clairement ses convictions.
Faites ce que je dis, pas ce que je fais, pourrait-on faire remarquer à Françoise Héritier comme à Laure Adler, toutes deux en opposition à la "domination masculine" dans leurs idées mais moins enclines à le montrer dans leurs actes. Ainsi Françoise acceptait-elle de son premier mari l'interdiction qu'il lui avait édictée d'arriver en même temps que lui sur leur lieu de travail commun (un couple fusionnel, quel ridicule !). de même son admiration sans bornes pour son mentor Claude Levi-Strauss lui a-t-elle fait fermer les yeux sur la farouche opposition de celui-ci à voir entrer Marguerite Yourcenar à L Académie Française au seul motif qu'elle était une femme ! Quant à Laure Adler, pourquoi donc a-t-elle conservé le nom de son premier mari après son divorce plutôt que d'exister en Laure Clauzet, son nom de naissance ?
Une biographie un peu plan-plan mais instructive quant aux observations réalisées par Françoise Héritier l'anthropologue lors de ses séjours en Afrique.
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critiques presse (1)
Elle
13 octobre 2022
Ce goût de vivre de Françoise Héritier, Laure Adler le transmet à son tour. Il faudrait offrir ce livre à tous les jeunes tant il encourage la curiosité et l’empathie, questionne les inégalités entre les femmes et les hommes, et ouvre des possibles.
Lire la critique sur le site : Elle
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Arrivée dans un village délaissé par les chefs traditionnels, elle est accueillie par des femmes qui l'emmènent dans un bois sacré où est dressé l'autel de la pluie, à l'abandon. Les femmes lui font comprendre que la sécheresse sévit depuis longtemps et déplorent l'absence de culte. Françoise prend des photos et dessine l'autel sur son carnet. La pire heure arrive -midi- et chacun s'assoit et s'assoupit sous un fromager. Une heure plus tard le ciel s'assombrit, de gros nuages noirs crèvent et arrosent le village. Une délégation de femmes vient immédiatement la voir pour la remercier. Elles établissent un rapport de cause à effet entre l'attention qu'a prêtée Françoise, le matin même, à l'autel de la pluie et l'orage, et elles sont fières que ce soit un étranger -en l'occurence une étrangère- qui montrent aux Samo qu'ils font fausse route en abandonnant leurs traditions. Elles demandent de parler à leurs maris pour les convaincre de pratiquer. Françoise refuse, mais les femmes du village continuent à la considérer comme la faiseuse de pluie.
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p. 133 Malgré la reconnaissance, le sentiment d’illégitimité continue à l’habiter et ne la quittera jamais. Histoire de fille, histoire d’éducation, histoire de reproduction de clichés sexistes intériorisés. Combien d’entre nous vivent encore ce genre de situation. Françoise saura trouver les mots pour le dire dans « Au gré des jours » : je n’an avais pas fini avec l’angoisse et la peur de ne pas être à la hauteur de ce qu’on attendait de moi. J’ai toujours eu ce sentiment – et je l’ai encore à bientôt 84 ans – de ne pas être à ma place, d’être une intruse, presque une usurpatrice. Je sais que c’est faux et que tout provient de l’éducation que j’ai reçue qui faisait des filles des sous-produits à côté de l’humanité accomplie que représentait les hommes. Et la formidable assurance qu’avaient mes camarades puis mes collègues mâles de leur légitimité à être et de leur supériorité ne pouvait que m’enfoncer…
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p. 252 Pour la première fois, elle évoque son âge, sa mémoire qui fout le camp, l’énergie qui diminue, le cerveau qui a de la peine à assembler les idées : « les mots manquent, le contour des choses s’estompe, tout ce qui était clair s’assombrit. Que sais-je ? Rie, si peu, trop peu, l’écume, la poudre. »
(…) elle a de moins en moins peur du cœur qui flanche en pleine nuit, de ce corps douloureux et du tarissement de cette source vive, toujours renouvelée, de l’étonnement devant l’existence : « savoir qu’on est en train de vivre son 84 printemps et s’étonner que cela fasse si peu de printemps. » La vieillesse est une lutte contre l’envie d’abdiquer peu à peu au quotidien.
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p. 257 Célébrer Françoise, c’est savoir ce que nous lui devons, mais aussi se souvenir de sa joie, sa joie de vivre. Ne pas se laisser aller à la mélancolie, profiter de chaque instant, attendre le printemps, chaque printemps, avec impatience, changer de trottoir pour marche au soleil et se réciter par cœur certaines de ses phrases, comme celle-ci dont j’ai fait une maxime : « se réjouir de se savoir mortelle, car c’est ce qui leste la vie. » Savoir que l’on ne sait rien, ou si peu ou trop peu, et ne pas le regretter : « Que sais-je ? J’ai conscience que je ne sais rien, à peine savoir vivre. »
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