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Pierre Adrian (Autre)
EAN : 9782849906965
Éditeur : Editions des Equateurs (26/08/2020)

Note moyenne : 3.78/5 (sur 27 notes)
Résumé :
Rome, 1975. Un vent de liberté souffle sur la ville, tout semble possible, et pourtant nos destins ne tiennent qu'à un fil, une rencontre parfois. Les vacances d'été touchent à leur fin, trois garçons des beaux quartiers rencontrent deux jeunes filles du peuple. Ils flirtent en musique dans les cafés et au volant de belles voitures. Ils boivent, fument et ne vivent que dans l'attente de la prochaine soirée. Jusqu'à ce que les garçons invitent les filles à faire la f... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
nameless
  18 septembre 2020
Dans l'Italie des années 70, le climat est électrifié par les combats sociaux, grèves, demandes de réforme, exigences de liberté, droit au divorce pour terrasser le Divorce à l'italienne. La lutte des classes est à son apogée opposant dans les facultés, manifestations ou cours d'usines, fascistes et révolutionnaires. C'est aussi le temps de la fête car dans cette décennie naissante, il y a toujours, quelque part, une fête, l'été semble éternel. Ce que j'ai aimé en premier au cours de cette lecture, c'est la reconstitution fidèle et documentée de l'atmosphère d'une époque. le style de Pierre Adrian est sobre, d'une précision chirurgicale très évocatrice : le sens de la formule, une brève anecdote, un détail architectural ou sociologique, le rappel d'un tube estival, l'usage du bon mot au bon endroit, et voilà que dans la tête du lecteur se bousculent des scènes du Fanfaron, des Vitelloni, des airs de Nino Rota qui annoncent en précurseurs le fait divers authentique rapporté dans Les bons garçons.

Ils sont trois, aux manières d'enfants sages et bien élevés, petits romains friqués, fils à papa, fascistes en derbys dont la beauté trouble de mauvais garçons comme celle d'Alain Delon dans Rocco et ses frères, fait tomber les filles comme des mouches. Ils habitent chez leurs parents dans des ghettos huppés de résidences cossues et de voies privées où vivent médecins, hommes d'affaires et avocats. Ils vont à la messe le dimanche et bientôt, ils seront casés avec des bonnes femmes comme il faut, vierges homologuées par un médecin au doigté inquisiteur, pieuses, prêtes à aider leur mari toute la vie, quel que soit le prix à payer.

Mais ils sont aussi, encouragés par la certitude d'appartenir à la classe supérieure inculquée dès leur naissance et par l'impunité dont ils pensent légitimement devoir bénéficier, des petites frappes, des gouapes maquées avec la mafia. Ils trempent dans tous les trafics de drogues aux mains des fascistes, consomment et vendent. Ils écument les plages où ils ont un succès stupéfiant, c'est le mot, auprès de filles dont la peau dénudée gomme les origines sociales. Une fois dévêtus de leur coton bon marché ou de leur soie sauvage, les corps des bourgeoises ou des ouvrières des faubourgs ont la même valeur. Il n'y a qu'à se servir.

Ils hameçonnent des filles qui sentent la misère, font mine de s'intéresser à elles, les appâtent avec la promesse d'un shooting pour roman-photo alors qu'elles ne seront, au mieux, que coiffeuses. Ils les invitent à une fête. Les filles sont flattées, car bien qu'elles jugent et critiquent les riches d'en haut, au fond elles les envient car ils passent à la télé et font tourner le monde. Maria Grazia et Raffaela sont des proies ideales.

La suite est inspirée d'un fait divers qui a bouleversé l'Italie en 1975, surnommé par la presse le massacre du Circeo, haut-lieu de la décadence et de la mythologie. Il ne faut pas chercher dans Les bons garçons un récit sanguinolent, glauque et complaisant de ce qui a été infligé aux filles dont l'une a survécu en feignant la mort. Les détails sont à peine esquissés lorsqu'ils sont nécessaires. Les questions posées par Les bons garçons vont bien au-delà des manchettes de la presse de caniveau car le fait divers est un fait social à part entière, et par conséquent historique, qui porte un éclairage sur les « dérèglements du monde », sa monstruosité, ses laideurs, ses failles. Roland Barthes a souligné qu'il peut être considéré tel un « témoignage capital de la civilisation » (Structure du fait divers. Essais critiques. 1981).

En ce temps-là, en Italie, on assassine tous les jours, Pier Paolo Pasolini est massacré quelques jours après un éditorial au titre provocateur : « Abolissons la télévision et l'école obligatoire ». Dans son article il évoque aussi le massacre de Circeo.
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michfred
  03 octobre 2020
En refusant par referenfum que la démocratie chrétienne ne supprime la toute nouvelle loi sur le divorce,  L'Italie serait-elle devenue un pays moderne? A Rome, on y croit et tout semble  sourire à la trépidante capitale en ce mois de mai 1975:   la Lazio  romaine est championne d'Italie ! Il fait beau, il fait "bleu" :  deux ragazze des quartiers populaires, Maria Grazia et Raffaella se sentent des ailes sur leur mobylette!  A Rome, la mer est si proche ! 
Le maillot est un passeport anonyme. Les plages d'Ostie sont le lieu où les jeunes romains de toutes classes viennent se mélanger. Sur le "lungomare",   les fils à  papa des beaux quartiers viennent s'encanailler avec les jolies prolétaires en goguette.
La bande du riche  Gabriele,  fils de famille gâté et militant néo fasciste désoeuvré -   Matteo le psychopathe allumé , Luca le go between discret  et Alberto l'irrésistible beau ténébreux -  vient elle aussi zoner entre les cabanes et les bars où  la douce Maria travaille et où Raffaela l'intrépide,  enfourchant sa mobylette, vient la retrouver après le boulot.
Eux cherchent la chair fraîche, le frisson de l'interdit, le jeu dangereux. Ils veulent impunément exercer  leur pouvoir de mâle et de possédant, assouvir leurs pulsions, dominer, humilier.  
Elles regardent sans crainte ces jeunes gars  qui se tiennent bien droit dans leurs chemises bleues repassées de frais, parlent un italien châtié,  ont des derbies en cuir souple, roulent en voiture , bref offrent l'image rassurante de bons garçons de bonne famille. On peut avoir confiande: ce sont de "bravi ragazzi"...
Quand on sait que le récit est inspiré d'un fait divers atroce, qui bouleversa l'Italie, et eut pour cadre le Circeo, cette colline chic, en bord de mer, où,  dit-on, la magicienne Circé changea en porcs les compagnons d'Ulysse,   on sent, dès les premières lignes que le récit file tout droit vers son noir accomplissement, vers son sombre destin mythique.
Toute la force, toute la réussite de ce thriller tendu comme un arc, vient de la rigueur avec laquelle on le sent filer vers la catastrophe, dans une Italie des années de plomb parfaitement évoquée, sur fond de luttes politiques et sociales, noirs contre rouges, nantis contre prolos.
La pression se fait de plus en plus prégnante, suffocante, et pourtant toutes les scènes de violence sont passées sous silence. Pari réussi : ces ellipses volontaires suggèrent plus qu'elles ne disent- et rendent l'horreur et l'angoisse plus fortes encore d'être laissées à notre imagination.
Un bijou sombre,   remarquablement écrit par un amoureux de l'Italie, qui la connaît comme sa poche et sait la regarder au fond des yeux...
Encore une trouvaille de Nameless, chercheuse d'or (noir) et grande pourvoyeuse de pépites !  Merci, Michelle!
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diablotin0
  19 septembre 2020
Avec "Les bons garçons", on se transporte 50 ans en arrière, dans les années 70 en Italie. Pierre Adrian nous aide en nous incitant à écouter des morceaux de Gino Paoli, lucio Battisti, santo California, Rubettes,... Une certaine légèreté, une envie de liberté colore la première partie de ce roman.
La rencontre des deux jeunes filles Maria Gracia et Raffaella venant du peuple et les trois garçons Alberto, Matteo et Gabrielle issus des beaux quartiers ne fait que raviver cette envie de vivre, de profiter de la vie. Leur rencontre est prometteuse. Cette différence de classes sociales n'est pas à priori un obstacle. Ils programment une soirée dans une villa de la famille de Gabrielle, située dans le riche quartier de Circeo. Cette soirée tant attendue va faire basculer leur vie. Cette histoire est tirée d'un fait réel, ce qui bien évidemment renforce la noirceur de ce roman.
Je ne connaissais pas ce que l'on a appelé le massacre de Circeo et qui peut donc se résumer par ces 3 jeunes hommes neofascistes nés de bonnes familles ayant torturé, violé et tué ces 2 jeunes filles de milieu populaire.
A côté de mon immersion dans les chansons italiennes qui donne ce petit côté nostalgique, mes recherches sur ce drame de Circeo m'ont fait amplement relativiser cette image douce et romantique de l'Italie.
Je suis très contente d'avoir eu la chance de recevoir ce livre dans le cadre de la dernière masse critique, je remercie donc Babelio et les éditions des Équateurs. (merci également pour le petit mot qui accompagnait ce livre !)
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Brooklyn_by_the_sea
  20 septembre 2020
D'abord : merci à BABELIO et aux Editions Equateurs pour l'envoi de ce livre dans le cadre de l'opération Masse Critique de Septembre.
C'est l'histoire d'un été 75, d'une balade du mois d'Août qui n'a malheureusement rien à voir avec celle de CharlElie Couture.
Inspirée d'un fait divers qui a révolté toute l'Italie, Pierre Adrian raconte la mortelle aventure de deux amies à peine sorties de l'adolescence, issues d'un quartier populaire, qui mordaient la vie à pleines dents avant de rencontrer ces "bons garçons" de la bonne société romaine.
J'ai énormément aimé la reconstitution de cette Italie des années 70, chaude, lumineuse, bruyante, odorante -et violente. J'ai adoré y retrouver tous les chanteurs de ces années-là : Adriano Celentano, Lucio Battisti, Caterina Caselli..., et toutes leurs chansons qui résonnent de soleil, de jeunesse, d'été éternel. Oui, mais.
Ce que j'ai découvert avec ce roman, c'est que, malgré cette Dolce Vita apparente, le fascisme continuait d'infecter paisiblement le cerveau de certains étudiants ou footballeurs de la péninsule. Et c'est ce qui m'a le plus glacée : le rappel de la désinvolture avec laquelle cette doctrine déshumanise, et combien elle restait tolérée, minimisée (hier comme aujourd'hui d'ailleurs, et encore partout).
C'est donc une lecture éprouvante, à la fois radieuse et affreuse, qui m'a parfois (dans sa seconde partie) fait penser à "De sang froid" de Truman Capote dans sa façon distante de relater les faits. Mais j'en suis sortie trop réfrigérée pour pouvoir pleinement apprécier l'oeuvre à sa juste mesure.
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fabien2830
  13 janvier 2021
L'histoire est poignante et terrible. Elle commence par une ballade à bord de vespa, « la Dolce Vita » quoi ! Puis l'ambiance devient pesante, on sent que quelque chose va dérailler. On plonge dans l'horreur.
Ce roman relate un fait divers macabre italien : le massacre du Circeo ou Circé. Nom donné au rapt, aux tortures, aux viols et au meurtre infligé sur deux jeunes femmes par trois jeunes bourgeois néofascistes à San Felice Circeo, une commune balnéaire connue pour le phare du Mont Circé, dans le Latium italien.
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critiques presse (2)
LeParisienPresse   17 novembre 2020
Le jeune écrivain se penche sur la chevauchée meurtrière de trois « bons garçons » de la bourgeoisie romaine dans les années 1970.
Lire la critique sur le site : LeParisienPresse
LeFigaro   08 octobre 2020
Un roman solaire et tragique, joyeux et triste dans l'Italie de 1975.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
BazartBazart   06 janvier 2021
Mais toutes, elles étaient engluées dans ce quotidien familial, bien obligées d’aider leur mère à nourrir et laver les derniers-nés. "
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michfredmichfred   03 octobre 2020
Parmi les nouvelles, il y avait aussi cet éditorial de Pier Paolo Pasolini au titre provocateur : « Abolissons la télévision et l’école obligatoire. » Dans son article, l’écrivain parlait du meurtre de Maria Grazia. L’Italie vivait « un contexte criminaloïde de masse », disait-il. Pour réduire la criminalité, il appelait donc à l’abolition de la télévision et de l’école secondaire obligatoire. Il écrivait : « Qu’est-ce qui a transformé les masses de jeunes en masses criminaloïdes ? Je l’ai déjà dit et répété des dizaines de fois : une seconde révolution industrielle qui en Italie est en réalité la première ; le consumérisme qui a cyniquement détruit un monde réel en le transformant en une totale irréalité, où il n’y a plus de choix possible entre le mal et le bien. "
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namelessnameless   17 septembre 2020
Il était le genre de fasciste qui prend votre joint pour l'écraser sur la semelle de ses pompes en vous sortant que toutes les dépendances sont mauvaises. Que le haschisch est un plaisir de nègre.
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namelessnameless   16 septembre 2020
Ce 12 mai [1974], on votait par référendum dans toute l'Italie. La démocratie chrétienne souhaitait remettre en cause la loi Fortuna-Baslini qui autorisait le divorce depuis quatre ans. On demandait aux Italiens s'ils voulaient, oui ou non, abroger la loi.
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diablotin0diablotin0   19 septembre 2020
L'appartement prenait les courants d'air. On avait rallumer toutes les lumières et dans les têtes il règnait un désordre pas possible. Mme Albieri se tenait immobile, les yeux dans le vague. Elle n'avait pas seulement fait lever son mari. Elle avait réveillé la rue, le quartier et Rome. Rlle avait réveillé la nuit.
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