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EAN : 9782072989681
192 pages
Gallimard (25/08/2022)
3.9/5   529 notes
Résumé :
PIERRE ADRIAN

Que reviennent ceux qui sont loin

« Là, sur la route de la mer, après le portail blanc, dissimulées derrière les haies de troènes, les tilleuls et les hortensias, se trouvaient les vacances en Bretagne. Août était le mois qui ressemblait le plus à la vie. »

Après de longues années d’absence, un jeune homme retourne dans la grande maison familiale. Dans ce décor de toujours, au contact d’un petit cousin qui l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (139) Voir plus Ajouter une critique
3,9

sur 529 notes
« Cet été-là, je revins avec un sentiment familier mais que j'identifiais seulement. Celui de renouer avec un bonheur certain. » Alors que ses vingt ans lui avaient fait mépriser l'univers clos de la sphère familiale pour l'envoyer se frotter au monde, la trentaine toujours célibataire du narrateur lui a, sans qu'il s'explique vraiment pourquoi, donné l'envie d'un retour au bercail. Lui, qui depuis dix ans boudait la grande maison de vacances où, chaque été, en bord de mer à l'extrême pointe de la Bretagne, le clan familial continue invariablement de se rassembler, décide soudain de renouer avec cette tradition estivale qui le renvoie au temps sacré de son enfance.


Là, cruellement soulignées par une décennie d'absence et par l'imperturbable pérennité des lieux, pendant qu'entre le même farniente à la plage et les mêmes réjouissances festives qu'autrefois, il se surprend à observer avec nostalgie un petit cousin de cinq ans, Jean, en qui il se revoit à cet âge, lui sautent à la figure la cruelle mesure du temps passé et de notre éphémère fragilité. Très vite, les jours fuyant, aussi désespérément que le sable entre les doigts, vers la fin de la saison, la dispersion de la vaste tribu et l'hibernation de la grande maison devenue ruche pour quelques semaines, cet homme, jusqu'ici empli du tranquille sentiment d'éternité que confère la jeunesse, ne peut plus s'empêcher de voir en ce fugitif temps des vacances la réplique miniature de l'écoulement de notre vie, depuis l'insouciance et l'impression d'infini du début, puis le sentiment d'urgence lorsque le mitan est passé et, enfin, la triste solitude dans laquelle tout s'achève.


A vrai dire, s'il se retourne avec tant de tristesse sur cet été de retrouvailles dont il décrit au passé les mille insignifiants et monotones bonheurs, ce n'est pas seulement parce que personne ne sait si sa grand-mère centenaire sera toujours là dans un an, ni même parce que, devenu oncle, il se retrouve face à l'enfant qu'il n'est plus, et qu'après ces semaines de vie en groupe, la solitude lui serre la gorge. Si, avec le décalage dans le temps, toute cette période lui insuffle une telle nostalgie, c'est surtout pour l'avoir vécu dans l'ignorance du drame qui devait survenir dans la foulée, précipitant sous le choc une averse de sentiments doux-amers, face à la fugacité de la vie et à la discrétion du bonheur, déjà enfui avant même que l'on ait pris conscience de son existence.


Contrairement au roman Les locataires de l'été de Charles Simmons auquel ce livre m'a beaucoup fait penser, l'auteur ne nous laisse que tardivement entrevoir l'épée de Damoclès qui pèse sur son récit. Aussi, pas de tension ici, menant au terme dramatique annoncé, mais la mélancolique rétrospective d'une saison frappée par une injuste fatalité ressemblant à un coup de tonnerre dans un ciel bleu. D'une sobre et infinie délicatesse, la narration est une merveille ciselée par une plume remarquable de beauté et de profondeur, qui, sur le fond prégnant d'une Bretagne au goût de madeleine de Proust, nous parle de la vie et du bonheur avec l'émotion de celui qui en perçoit l'éphémère fragilité. Un coup de coeur qui grandit encore à la seconde lecture.


Merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour cette (magnifique) découverte en avant-première.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Ce n'est pas qu'une maison , cette maison Blanche où , chaque année règne une joyeuse ambiance où chacun se croise où chacun vénère la grand - mère, ultime propriétaire des lieux après le décès du grand - père. Non , ce n'est pas qu'une maison , c'est un phare qui se dresse face à l'océan. On y vient petit , on y vient grand , on s'en éloigne, on y revient . En août. Jusqu'à l'ultime feu d'artifice offert par la commune .
Le narrateur , après une " pause " vient s'y ressourcer et constate combien ce temps si particulier lui avait manqué : des valises qui se font et se défont , des portes qui claquent , s'ouvrent , se ferment, les us et coutumes des uns , des autres , les odeurs matinales des toasts grillés et du café juste fait les cris des enfants ou , plus inquiétants , leurs silences ....les soirées arrosées...
Là est l'histoire familiale , là sont les racines présidées par la présence bienveillante et tutélaire d'une vieille dame qui " passe " peu à peu mais inexorablement .Et qu'arrivera -t-il à la maison lorsqu'elle sera partie?
Faire resurgir des souvenirs , même récents ,voilà.J'adore lire les ouvrages de souvenirs nostalgiques , ceux de Pagnol , par exemple,mais ceux -là évoquent un passe révolu . Ici , ils sont le reflet d'une histoire à faire perdurer un socle pour aller de l'avant .
Ce petit roman ( 180 pages ) est assez lent et se savoure comme le " tortillon " de la fête foraine enroulé autour de son petit bâton . Comme la vie qui s'écoule inexorablement ,chaque enfant reprenant le flambeau lorsqu'arrive son tour , sauf si ...Histoire familiale , stop ou encore ?
Ce jeune auteur est étonnant de lucidité et , surtout , il écrit trés bien . Il est rare , hélas , de trouver maintenant ,des verbes aux temps virevoltants dans de belles phrases ; profitez - en , c'est monnaie - courante ; je pensais même qu'une telle maitrise syntaxique n'existait plus , surtout chez un si jeune auteur .
Je suis tombé sous le charme de cet ouvrage et j'ai même décidé de le relire . Bien entendu , il ne s'agit que d'une décision personnelle qui n'engage que moi , tout comme les 5 étoiles , du reste .
Je tiens à féliciter l'auteur , remercier chaleureusement les éditions Gallimard et toute l'équipe de Babelio pour leur confiance souvent renouvelée pour mon plus grand plaisir .
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Comment raconter l'histoire d'une famille sans histoire, qui se retrouve chaque été au bout du Finistère, au nord de Brest, dans la maison acquise par le grand-père, officier de marine ayant toujours porté de son vivant costume et cravate ?

Autour de la grand-mère, bientôt centenaire, les enfants désormais retraités gèrent l'intendance et accueillent « ceux qui reviennent de loin » pour partager souvenirs et nouvelles, entourés d'adolescents ou de jeunes adultes, plus ou moins fidèles, comme l'auteur, à ces traditionnelles retrouvailles, pour découvrir les nouvelles « pièces rapportées » et la jeune génération et replonger ainsi dans les souvenirs heureux de l'enfance.

Loin du monde et de ses tracas, dans un microcosme sans télévision, sans ordinateurs, la vie s'écoule sans histoire entre plage et jardin.

Mis à part Catherine et François, l'oncle bricoleur, les membre de cette famille restent anonymes. Dans le voisinage Anne revient souvent sous la plume du romancier et, progressivement, Jean, un enfant accapare son attention puis son affection.

Comment me demandez vous, charmer un lecteur sans une histoire (un scénario) et sans héros ?

En lui racontant sa propre histoire, en rafraichissant ses souvenirs, en lui révélant la faune et la flore, en lui faisant entendre le vent, la mer, la pluie, en le laissant écouter les papotages et les médisances qui alimentent les propos quotidiens de toute communauté, car l'écrivain est doté de capteurs sensoriels affutés et une odeur, un frémissement, un murmure, une ombre encrent sa plume et donnent naissance à des phrases superbement écrites, dans une langue riche qui maitrise parfaitement la concordance des temps (ce qui devient rarissime en notre siècle).

Ce sont nos enfances, nos adolescences, nos vacances, qui revivent pour notre plus grand bonheur.

Au fil des chapitres je revis ma jeunesse, je revois nos enfants, je retrouve nos petits enfants assis dans la librairie Dialogues à Brest au rayon BD et je finis par avoir l'impression d'être adopté par cette grande famille.

Merci Pierre Adrian pour cette belle soirée que cet ouvrage offre en nous ramenant dans le pays de Léon.

La Bretagne n'est pas seulement belle, elle est unique. Brest est la porte du Ciel !
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Parfois, il y a des rencontres avec les livres, des rencontres rares qui résonnent comme une évidence, des histoires qui vous touchent car elles sont un miroir de votre vie.
Lire « Que reviennent ceux qui sont loin » a été comme renouer avec mon enfance. Pierre Adrian est un formidable conteur qui m'a emmenée autant dans son histoire que dans mes souvenirs d'autrefois. J'ai été touchée, dès les premiers mots par la douceur et la nostalgie qui se dégageaient du texte. Je vous en livre les premières lignes :

« Je ne revins pas à la grande maison par hasard. On ne retourne jamais à quelque part par hasard. Secrètes sans doute, j'avais mes raisons après tant d'années de revoir la grande maison au mois d'août. Il y avait le temps qui passait et la certitude désormais que rien n'est éternel. Un jour viendrait où ce paysage, tel que je l'avais laissé enfant, n'existerait plus. Il appartiendrait à d'autres. Il serait abattu et reconstruit. D'autres familles s'y retrouveraient en été et les enfants d'autres noms joueraient sous les arbres. Grand-mère allait bientôt mourir. Grand-père était déjà mort. Les oncles et les tantes, les cousins vieillissaient. »

*
L'histoire se passe en Bretagne. Imaginez une petite route qui mène à la mer, puis un portail blanc qui s'ouvre sur un jardin d'hortensias bleus. Et lorsque la maison dissimulée par la végétation apparaît, vous savez que vous êtes arrivés, que vous êtes enfin chez vous.

J'aime ces romans dans lesquels les vieilles demeures sont au coeur du récit. Elles renferment une histoire familiale, avec ses joies et ses drames, ses rires et ses pleurs.
La maison dégage une atmosphère chaleureuse, accueillante. Y séjourner, c'est comme voyager dans le temps, les murs de la bâtisse ayant capturé les souvenirs, ces petits riens, ces détails qui sont autant de repères nécessaires qui mis bout à bout, remplissent nos pensées et nous accompagnent notre vie durant.

*
Un jeune homme revient passer ses vacances d'août dans la maison familiale bretonne, après de longues années à avoir préféré des destinations plus exotiques comme lieu de vacances.
Là se bouscule un monde joyeux, animée et virevoltant de cousins et de cousines, d'oncles et de tantes, de neveux et de nièces, sous le regard doux et généreux de l'aïeule.
Quelques mots suffisent à nous attacher à cette grand-mère coquette et prévenante que tous aiment et respectent.
Un regard suffit à aimer le petit Jean, un mot et nous voilà à bricoler avec François.

Les personnages font l'objet d'une description faite de souvenirs et d'anecdotes au fur et à mesure que le jeune trentenaire se mêle avec discrétion à sa famille. Ces flashbacks sont comme des instantanées, des vieilles photographies sépia qui dévoileraient des impressions fugitives, des odeurs agréables de café et de pain grillé, des senteurs marines, des sensations déplaisantes des grains de sable disséminés dans les draps de lit, des souvenirs de jeunesse où les enfants libres et chahuteurs rythmeraient la vie de la maison.

L'auteur dessine ses personnages avec beaucoup de sincérité, d'authenticité et de générosité. On sent qu'il les aime, qu'il a pris plaisir à nous les rendre vivants et attachants. Chaque personnalité remémorée m'a émue, tant les descriptions sont délicates, douces, pleines de tendresse et d'affection. On ressent la cohésion et la complicité autour de cette famille. C'est beau de les voir vivre en toute simplicité, entremêlant plage et châteaux de sable, jeux d'enfants et disputes, repas et convivialité, baignade et pêche, sorties en mer et balades le long de la grève ou dans l'arrière-pays.
Le lecteur est accueilli comme un ami de la famille, invité à partager ces bonheurs simples avec toute cette tribu : moments essentiels, moments forts, fugaces, chaleureux, conflictuels ou douloureux.

*
Quels sont les moments qui comptent dans une vie ? Quels sont ceux qui resteront superficiels, futiles, creux ?
Ce mois de vacances est comme une parenthèse nécessaire pour le jeune homme, une prise de conscience que le temps court, file, s'échappe, qu'on ne peut le rattraper, et que le temps qui nous reste ne doit pas être rempli de regrets, ni de tristesse.

« Au cours de ce voyage, jamais ne me parut aussi évidente la fragilité des miens. Les années passant, avec l'âge et dans la mort, elle se révélait. Mon père et ma mère aussi pouvaient être brisés et il revenait à nous désormais de les serrer dans nos bras. Les plus forts avaient besoin du soutien des faibles. Sans doute était-ce cela une famille, un enchevêtrement, une tour en Kapla dont l'équilibre précaire tient, coûte que coûte, grâce à la solidité des uns et malgré la fébrilité des autres. »

*
Pour conclure, lire ce roman a été un très grand plaisir, un joli moment de lecture qui me laisse un délicieux sentiment de mélancolie.
Un récit nostalgique et doux, qui nous parle de liens familiaux, de souvenirs, d'amour, d'amitié, et de transmission. Un coup de coeur très personnel.
A lire pour tous ceux qui recherchent une histoire émouvante, le temps d'un été.

***
Pour finir, je tiens à remercier très chaleureusement toute l'équipe de Babelio pour leur confiance, les éditions Gallimard pour cette jolie découverte, et Pierre Adrian pour ces jours de lecture où j'ai plongé dans de magnifiques souvenirs d'un temps passé où se mêle un présent encore douloureux.
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Ils ne reviendront pas ceux qui sont loin, si loin que, souvent, ils ont fait le grand saut vers l'au-delà, avec leurs croyances ou leurs incroyances, leurs certitudes et leurs doutes, ils laissent une mémoire à cultiver et c'est ce que réalise Pierre Adrian dans ce roman, mais il le fait alors que la plupart sont encore bien vivants, tout en approchant du terme, comme cette grand-mère quasiment centenaire qui est le coeur de "la grande maison".

Des grandes maisons comparables à celle évoquée dans ce livre, j'en ai connues, pas en Bretagne, et j'y ai ressenti cette atmosphère que Pierre Adrian décrit parfaitement dans ce roman. Il a su imprégner son texte de l'essentiel qu'il fallait de nostalgie, de mélancolie, d'ennui au point que suivre ses pas parmi les siens, dans la maison, sur la plage ou au village fut un réel plaisir.

Il a déroulé les us et coutumes d'une famille nombreuse, au mois d'août, allant de la plage qui favorise bronzage des jeunes et des vieux, qui favorise aussi les conversations, les silences, jusqu'aux traditions, depuis la messe dominicale au feu d'artifice du 15 août, égrenant les jours qui coulent dans un bonheur éphémère retrouvé chaque été.

Son écriture est modulée par le rythme des marées et de la vie quotidienne estivale dans la grande maison, coeur vibrant de la famille. Bien sûr, il n'a pas évité certains clichés avec les ciels étoilés ou l'écume des vagues sur les rochers, clichés finalement nécessaires car tout cet ensemble n'est-il pas réellement une immense photographie où s'inscrivent des destins, passés, présents et à venir.

Ceux qui sont loin reviennent toujours en fait, dans les rêves, les souvenirs, les histoires vécues, les références comportementales et le souhait de l'auteur m'a paru exaucé malgré les durs moments de la fin du livre, moments annoncés, que le lecteur s'apprête à l'avance à découvrir, acceptant lui aussi le destin quel qu'il soit.
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critiques presse (2)
Telerama
02 mars 2023
Rares sont les écritures aussi limpides et ouvragées, capables de susciter une émotion proche des larmes. TTTT
Lire la critique sur le site : Telerama
Bibliobs
21 octobre 2022
Ce roman, si léger, si soyeux qu’il ne laisse jamais deviner un épilogue dramatique, où il trouve sa douleur et sa morale, ressemble à un film de Claude Sautet qui aurait été tourné sur « la Côte sauvage » de Jean-René Huguenin.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (249) Voir plus Ajouter une citation
Les enfants étaient déposés à la librairie, rue de Siam. On y passait des heures entières à piocher dans le rayon des bandes dessinées. Allongés dans les allées, adossés aux présentoirs et mêlés à d'autres enfants inconnus, nous nous perdions dans nos lectures. Nous ne faisions plus attention à la douce rumeur de la librairie, au va-et-vient des clients attirés par un rayon, aux familles qu'on conseillait. Cela dans l’agitation exceptionnelle des jours de pluie, avec ces parapluies tassés dans les corbeilles à l'entrée de la librairie, l’odeur de l'humidité, de manteaux mouillés et les traces de chaussures dans le hall. À la fin, je ne comprenais jamais qu’on puisse acheter un livre. Puisqu'on nous laissait faire,

Je pensais qu'il suffisait de le lire sur un fauteuil de la librairie et de le remettre à sa place ensuite.
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L'été nous filait entre les doigts. Pour se consoler nous avions le spectacle des grandes marées. Quelques jours encore et ce serait la pleine lune. Alors la mer la nuit ressemblerait à ces lacs noirs qu'on rencontre dans les pays du Nord et sur la bonace se réfléchiraient les lumières du phare et des balises.

Je vivais en sursis, sans billet retour mais sachant bien que moi non plus je n'avais plus rien à faire ici. La ville m’attendait et tous ses plaisirs. Il fallait aussi savoir en jouir avant septembre, quand les cafés ont rouvert, que certains amis sont rentrés mais que le monde se tient encore à distance.

La dernière quinzaine d'août était le temps de la confusion, des jours en suspension. La jouissance laissait la place aux résolutions, le désordre à l'organisation. Certains savaient jouir des plaisirs sans penser à leur fin et ils étaient les plus gais. Aussi les derniers jours d'été révélaient-ils deux sortes d'hommes. Ceux qui vivaient sans jamais songer à la mort et ceux qui y pensaient sans arrêt.
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« A ton avis, pourquoi on se sent si bien ici ? »

Elle écrasa son mégot sur une marche et répondit :

« II n'y a pas que nous. Tout le monde se sent bien ici, se sent chez soi. Parce qu'on y vient en vacances depuis qu'on est tout petits.

— Oui.

— Alors on n'a que des bons souvenirs. C'est pour ça qu'on se sent en paix. On a toujours connu le bonheur en Bretagne. »

Anne insista. Elle répéta. Personne n’avait de mauvais souvenirs ici, personne. «Je vais te dire, notre seul chagrin est de devoir partir. »

Je lui demandai si elle l'avait toujours su, car moi je ne m’en rendais compte que maintenant. Elle dit que c’était comme si je lui demandais si elle aimait ses sœurs. C’étaient des choses qu'on savait sans avoir besoin de se les dire.
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Enfin, la petite grand-mère était assise sur sa chaise basse, épaulée par Catherine, la femme de François, qui s'inquiétait toujours. J'embrassai grand-mère avec soin afin de ne pas la brusquer. Il me semblait partois qu'elle était en cristal et qu'un mauvais geste détruirait d'un coup cette petite dame fragile. Le temps l'avait tassée sur elle-même. Ele me reconnut sans m'identifier et demanda comme chaque fois : « D'où viens- tu? » Cette interrogation vague permettait de lui rappeler qui j'étais, le fils de sa fille. Elle s'excusait, comme ma mère qui ne commençait jamais une phrase sans être « désolée », et répondait qu'elle était perdue. «Je ne sais pas ce que j'ai aujourd'hui... », soupira-t-elle encore. Et moi j'aurais pu lui répondre que je devinais bien ce qu'elle avait : elle avait l'extrême vieillesse, bientôt un siècle, l'immense fatigue de la vie. On ne lui demandait pas de se souvenir de nous. C'était déjà admirable d'être là. Sa présence était désormais la seule chose qu'on attendait d'elle.
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Au cours de ce voyage, jamais ne me parut plus évidente la fragilité des miens. Les années passant, avec l’âge et dans la mort, elle se révélait. Mon père et ma mère aussi pouvaient être brisés et il revenait à nous désormais de les serrer dans nos bras. Les plus forts avaient besoin du soutien des faibles. Sans doute était-ce cela une famille, un enchevêtrement, une tour en Kapla dont l’équilibre précaire tient, coûte que coûte, grâce à la solidité des uns et malgré la fébrilité des autres.
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