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Martin Rueff (Traducteur)
EAN : 9782743615789
123 pages
Éditeur : Payot et Rivages (13/09/2006)

Note moyenne : 2.93/5 (sur 7 notes)
Résumé :

Profanations : il s’agit en dix gestes, de penser la profanation comme l’acte de création et la tension de la modernité : « La profanation de l’im-profanable est la tâche politique de la génération qui vient ». Dix profanations, dix gestes : dix textes, dix essais, souvent courts, de style varié et de registre souvent différent. Dix actes. Il ne s’agit plus ici de commenter, mais d’... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Luniver
  27 août 2020
Dans mes derniers essais, j'ai souvent entendu parler d'Agamben, en des termes plutôt élogieux. C'est donc tout naturellement que j'ai cédé devant ce petit essai d'une centaine de pages, qui pourrait me familiariser avec les idées de l'auteur.
Autant le dire tout de suite, la plupart des propos me sont passés complètement au-dessus de la tête. Si l'auteur part de situations de la vie quotidienne comme base de réflexion à ses développements, il me semble quand même qu'il faut avoir un certain bagage en philosophie pour suivre ses idées (ce qui n'est pas mon cas). Malgré la brièveté des chapitres, il suffisait en général de deux ou trois paragraphes pour que je perde le fil.
Je suis tombé sur quelques passages intéressants, mais je n'ai poursuivi mon effort que parce que l'essai était court. J'aurais rapidement rendu les armes devant un livre plus épais.
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Enroute
  24 octobre 2016
La profanation consiste à ramener à un usage possible ce qui a été préalablement consacré, c'est-à-dire séparé de la société profane dans une sphère où la chose est devenue hors d'usage. le malheur de notre monde est que le capitalisme, nouvelle religion qui ne peut avoir d'autre but que la destruction du monde par sa mystique négative, désactive la profanation. Non seulement nous ne connaissons plus le sens du sacré (et de fait le sens du profane) du fait que tout devient consommable, utilisable, mais de plus, nous ne pouvons plus rien placer dans la sphère du sacré :
tout rite ou tout comportement qui irait dans ce sens est automatiquement désactivé par la mise en scène de notre société qui expose les objets (sous vitrine, dans les musées) et met en scène (les comportements). Cette fausse distanciation qui en réalité nous ramène à nous-mêmes, frustre et empêche la séparation entre profane et sacré, en empêchant la profanation d'être mise en oeuvre. C'est nous qui sommes séparés en deux, en qui profane et sacré se mélangent dans un gloubi-boulga indigeste.
Continûment mis à l'épreuve de ne pouvoir jouir de ce qui nous entoure, nous sommes de plus incapables de jouer, en ce sens que le jeu a justement pour fonction de profaner le sacré en mimant des rites qui tournent à vide. C'est pourquoi il est urgent de retrouver la capacité de profaner afin que nous retrouvions une mystique positive et non pessimiste, comme le capitalisme, actuellement dans sa dernière phase, nous offre la sienne.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
alzaiaalzaia   01 novembre 2019
Les Latins nommaient Genius le dieu auquel chaque homme se trouve confié au moment de sa naissance. L'étymologie est transparente et reste encore visible dans la proximité de génie et d'engendrer. Que Genius ait eu quelque chose à voir avec engendrer apparaît d'ailleurs évident si l'on pense que pour les Latins l'objet « génial » par excellence était le lit : génialis lectus, parce que c'est là que s'accomplit l'acte de la génération. De là que le jour de la naissance était consacré à Genius ; c'est pourquoi nous le nommons encore généthliaque. Malgré l'odieuse ritournelle anglo-saxonne, désormais inévitable, les cadeaux et les banquets avec lesquels nous célébrons les anniversaires constituent un souvenir de la fête et des sacrifices que les familles romaines offraient au Genius le jour de la naissance de l'un de leur membres. Horace évoque le vin pur, le cochon de lait (…) l'agneau « immolé »(...) mais il semble qu'à l'origine il n'y avait que de l'encens et de délicieuses fougasses au mil parce que Genius, le dieu qui préside à la naissance, n'aimait pas les sacrifices sanglants.
« Il se nomme mon Génie parce qu'il m'a engendré (...) » Mais cela ne suffit pas. Genius n'était pas simplement la personnification de l'énergie sexuelle. Certes, chaque homme avait son Genius et chaque femme sa Junon qui manifestaient tout deux la fécondité qui engendre la vie et la perpétue. Mais comme il en résulte avec évidence du terme ingénium, qui indique la somme des qualités physiques et morales qui sont innées chez celui qui vient au jour, Genius était en quelque sorte la divinisation de la personne, le principe qui gouverne et qui exprime la totalité de son existence. C'est pourquoi ce n'est pas le pubis, mais le front qui était consacré à Genius ; et le geste de porter la main au front que nous accomplissons presque sans nous en apercevoir dans les moments de désarroi, quand il nous semble que nous nous sommes comme oubliés nous-mêmes, rappelle le geste rituel de Genius (latin). Et puisque ce dieu est en un certain sens celui qui nous est le plus intimement attaché, il est nécessaire de l'apaiser et d'attirer ses bonnes grâces pour chaque aspect et à chaque moment de notre vie.
Une expression latine exprime à merveille le rapport secret que chacun d'entre nous doit savoir entretenir avec son Genius : indulgere Genio. Il faut consentir à son Genius, s'abandonner à lui, nous devons lui céder tout ce qu'il nous demande, parce que ses exigences sont les nôtres, son bonheur notre bonheur. Quand bien même ses prétentions – nos prétentions – pourraient sembler déraisonnables et capricieuses, il est bon de les accepter sans discuter. Si, pour écrire, vous avez besoin – s'il a besoin – de ce papier jaunâtre, de ce stylo spécial, s'il faut précisément cette lumière pâle qui tombe de votre gauche, il est inutile de se dire que tout stylo quel qu'il soit fera l'affaire et que tout papier comme toute lumière sont bons. S'il ne vaut pas la peine de vivre sans cette chemise en lin céleste (et par pitié, surtout pas la blanche avec son petit col d'employé), si on sent bien qu'on ne peut pas s'en sortir sans ces cigarettes longues au papier noir, il ne sert à rien de se répéter qu'il n'y a là que des manies et qu'il serait temps, finalement, d'y mettre bon ordre. Genium suum defraudare, frauder son propre génie, signifie en latin : s'empoisonner la vie, se faire du tort. Genialis, géniale, en revanche, cette vie qui éloigne le regard de la mort et répond sans ambages à l'élan du génie qui l'a engendré.
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duplauduplau   14 juillet 2016
Chacun d’entre nous a déjà rencontré ces créatures que Benjamin définit comme « crépusculaires » et inachevées, semblables aux gandharva des sagas indiennes, mi-génies célestes, mi-démons: « Nulle n’est assignée à un endroit précis, nulle n’a besoin de contours nets et inimitables; nulle qui ne soit en train de descendre ou de monter; nulle qu’on ne puisse prendre pour son ennemi ou pour son voisin; nulle qui n’ait atteint son âge et qui soit pourtant arrivée à maturité; nulle qui ne soit complètement épuisée et qui pourtant ne se trouve qu’au début d’un long voyage. » Plus intelligents et plus doués aussi que nos autres amis, toujours tendus vers des idées et des projets pour lesquels ils ont toutes les qualités, ils ne parviennent cependant à rien finir et restent généralement sans oeuvre. Ils incarnent le type de l’éternel étudiant et de l’aigrefin qui vieillit mal et qu’il faut bien finir, fût-ce à contrecoeur, par laisser derrière nous. Et pourtant, il y a quelque chose en eux, un geste inachevé, une grâce inattendue, un certain aplomb mathématique dans les jugements et dans le goût, une souplesse comme aérienne des paroles et des gestes qui atteste qu’ils appartiennent à un monde complémentaire, qui indique une citoyenneté perdue ou un ailleurs inviolable. On peut dire alors qu’ils nous ont porté assistance, même si nous ne savons pas comment. Peut-être cette assistance consistait-elle précisément en ce qu’ils n’offraient pas le moindre secours, en ce qu’ils nous opposaient avec obstination leur « pour nous, il n’y a rien à faire ». Mais c’est précisément pour cette raison que nous savons que nous les avons trahis.
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LuniverLuniver   27 août 2020
La muséification du monde est aujourd'hui achevée. L'une après l'autre, progressivement, les puissances spirituelles qui définissaient l'existence des hommes – l'art, la religion, la philosophie, l'idée de nature et jusqu'à la politique – se sont retirées docilement dans le Musée. Musée ne désigne pas ici un lieu ou un espace physiquement déterminé, mais la dimension séparée où est transféré ce qui a cessé d'être perçu comme vrai et décisif. En ce sens, le Musée peut coïncider avec une cité tout entière (comme Evora ou Venise déclarées pour cela patrimoine de l'humanité), avec une région (déclarée parc ou oasis naturel) et parfois même avec un groupe d'individus (en tant qu'ils représentent une forme de vie disparue). Mais de manière plus générale, tout aujourd'hui peut devenir Musée à partir du moment où ce terme nomme tout simplement l'exposition d'une impossibilité de l'usage, de l'habitat et de l'expérience.
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LuniverLuniver   26 août 2020
Le jeu comme organe de la profanation connaît partout une décadence. Que l'homme moderne ne soit plus capable de jouer est prouvé précisément par la multiplication vertigineuse des jeux, des nouveaux comme des anciens. En fait, dans le jeu, comme dans les danses et les fêtes, il recherche désespérément et obstinément exactement le contraire de ce qu'il pourrait y trouver : la possibilité de retrouver l'ancienne fête perdue, un retour au sacré et à ses rites, ne fût-ce que sous la forme des vaines cérémonies de la nouvelle religion spectaculaire, ou d'une leçon de tango dans une salle de province. En ce sens, les jeux télévisés de masse font bien partie d'une nouvelle liturgie ; ils sécularisent une intention religieuse qui s'ignore. Restituer le jeu à sa vocation purement profane est une tâche politique.
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LuniverLuniver   25 août 2020
Benjamin dit quelque part que la première expérience que l'enfant a du monde « n'est pas que les adultes sont plus forts, mais qu'il est incapable de magie ». Cette affirmation, faite sous l'effet de la mescaline, n'en est pas moins exacte. Il est probable en effet que l'invincible tristesse dans laquelle sombrent parfois les enfants naisse précisément de cette prise de conscience qu'ils ne sont pas capables de magie. Ce qu'ils nous est donné d'atteindre à travers nos mérites et nos efforts ne peut nous rendre véritablement heureux. Seule la magie en est capable.
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