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Critique de nadejda


nadejda
  29 septembre 2011
«Luanda se précipite à toute allure vers le Grand Désastre. Huit millions de personnes hurlant, pleurant et s'esclaffant. Une fête. Une tragédie. Tout ce qui peut arriver arrive ici. Ce qui ne peut pas arriver arrive aussi.... Nous baignons dans la lumière. Nous sommes plongés dans l'obscurantisme et la misère.
(...) Bienvenue à Lua. Entrez et laissez la raison à l'extérieur.»(p 78)

C'est un conseil à suivre pour tout lecteur de «Barroco Tropical» qui va se laisser entraîner à la suite de Bartolomeu Falcato, jounaliste-écrivain borgne, dans son enquête folle au sein de cette ville qu'il lui arrive de détester mais qu'au fond il adore.

Lua, («diminutif affectueux avec lequel nous autres Luandais appelons notre ville») Luanda, Sao Paulo da Asunçao de Luanda son beau nom ancien, va vous absorber, vous allez vous y perdre dans un rire... qui s'étrangle parfois dans une grimace de dégoût et de douleur. 

Ville démesurée, grouillante, décharge à ciel ouvert, où nul ne sait si celui qu'il croise va le tuer ou le sauver, ville de l'amour fou mais aussi de grande Peur ; où tous ceux qui s'en éloignent, parce qu'on leur conseille vivement ,s'ils veulent rester en vie, ou parce qu'ils veulent fuir, y reviennent même au péril de leur vie. Car on ne peut rester longtemps loin de cette vie foisonnante et violente, fascinante à l'égale de Kianda la belle chanteuse dont est amoureux Bartolomeu.

«Je suis dramatique par culture et par formation. Nous autres, Angolais, nous sommes un peu dramatiques, n'est-ce pas ? Nous aimons l'outrance.» nous dit-elle.

L'outrance se retrouve dans tous les personnages principaux et secondaires :

Une mère des saints brésilienne qui veut revenir à la source africaine des rites de candomblé et souhaite à 80 ans se remarier avec un beau noir qui finalement se transformera en un portugais plus très jeune, tenancier de «l'Orgueil grec», «une des dernières tavernes portugaises au monde», où elle délivre ses oracles.
Lulu Banzo Pombeiro mari et impresario de Kianda. «Ma grand-mère, elle, a une expression qui définit avec une précision cruelle un type comme Lulu Banzo Pombeiro : «Certaines personnes, même très bien chaussées, ont toujours l'air de marcher pieds nus».
Nubia une ancienne Miss Angola qui se prend pour la vierge et parle depuis l'au-delà, après avoir été jetée d'un hélicoptère par les sbires du régime dictatorial qu'elle a eu l'audace de dénoncer, et veut se faire engrosser par Bartolomeu en qui elle voit la réincarnation de Joseph.
Une Fillette-Chien à la tête d'une meute dont Bartolomeu guette l'apparition dans la décharge du Golfe «Entre nous, il devient de plus en plus difficile de faire la distinction entre la ville et la décharge.(...) Des gens vivant au milieu des ordures c'est quelque chose de courant. Ce qui m'intéressait c'était de vérifier l'allégorie -- une petite fille développant la capacité de communiquer avec des chiens à cause d'une incapacité à se faire entendre des êtres humains.» p 115

Des anges noirs qui dansent sur un toit d'immeuble, 

et... ce n'est qu'un petit aperçu de ce qui vous attend.
C'est grâce à cette démesure, reflet d'une réalité, que José Eduardo Agualusa, jouant sur différents registres, du roman d'amour à l'enquête politico-policière sans oublier une grande poésie, dénonce les abus et la cruauté d'une société à la dérive. Ils nous permet d'en supporter la vision dantesque comme leur fantaisie, leur inventivité et leur folie permettent à ceux qui y sont immergés d'y survivre. Et pour qualifier ce roman pourquoi ne pas utiliser le beau nom employé par Kianda en en-tête de ses notes : L'Elucidaire.
Merci à Babelio et sa masse critique et aux Editions Métailié pour m'avoir offert cette belle lecture qui m'a permis de découvrir une autre facette de José Eduardo Agualusa dont j'avais aimé «Le marchand de passés».
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