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Lydia Chweitzer (Traducteur)
ISBN : 2264027312
Éditeur : 10-18 (12/09/1999)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 228 notes)
Résumé :
Dans un Moscou frappé par la Révolution, Vadim fait l'expérience irréversible de la cocaïne. Tour à tour amoureux et manipulateur, le jeune homme, sous l'emprise de la drogue, dissèque les tréfonds de son âme, jusqu'à tomber dans le cauchemar de la dépendance. Là se briseront les turbulences de l'adolescence. Comparé tour à tour à Proust et Musil, Aguéev nous a légué un livre fascinant
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
Merik
  07 avril 2018
Il plane, ou il a plané, une aura de mystère autour de ce roman. Sur l'auteur tout d'abord, dont l'identité semble certaine depuis peu seulement. On a pensé à Nabokov, il y a eu des enquêtes, la dernière s'arrêtant à Mark Lévi de source quasi certaine *. Mark Lévi, nom de plume M Aguéev, un illustre inconnu dont peu d'éléments biographiques majeurs lui survivent, en dehors de la parution en 1930 de son unique livre. Et s'il y a eu autant de volonté à savoir presque un siècle après, on se doute que c'est pas pour le premier roman de gare venu de l'est. Non, c'est surtout parce que le contenu est édifiant.
Dès le début on est saisi de stupeur quand Vadim, du haut de ses 16 ans, de honte fait passer cette vieille dame loqueteuse pour sa gouvernante, en lieu et place de sa pauvre mère venue lui apporter au lycée une enveloppe qu'il avait oubliée. Lui et ses copains en rigolent crânement. Ou quand la honte se mue en cruauté, la dérive des sentiments s'installe et ne s'arrêtera qu'à déchéance totale.
Dualité des sentiments encore quand dans la deuxième partie Vadim veut embrasser la terre entière et ignore sa mère croisée sur les boulevards, un Vadim incapable de désirer Sonia son grand amour, étouffé qu'il est par l'emprise du coeur, « trop sensible pour être sensuel » .
Ou un Vadim qui succombe à la cocaïne dans le troisième temps du roman, un peu par oisiveté, sans doute parce que son âme est définitivement blessée, que l'on suit pétri d'amour pour sa mère endormie, alors qu'il lui vole une broche pour plus de poudre magique.
Il y a dans ce livre des passages saisissants de lucidité sur les travers de l'âme humaine. Si Aguéev met en scène la cruauté du narrateur envers sa mère, on se dit pas que c'est atroce tellement c'est cruel, on se dit voilà, la cruauté c'est ça. Une sorte de définition par l'exemple narratif, bien mieux que Robert et Larousse réunis.
Il y a surtout profusion de passages scotchants de maîtrise et de clarté confondues, où les images et les comparaisons y sont saisissantes de réalisme, les formules pénétrantes. Je pense en particulier aux errements de Vadim sur les boulevards, à la recherche d'un amour pour un soir. Ou la description minutieuse et dédoublée par sa conscience de sa première nuit sous emprise de cocaïne.
Il y a encore tellement à dire si l'on en est capable, les interprétations et les pistes de lecture abondent sur le net, qui inscrivent l'errance du narrateur dans un contexte historique de la Russie révolutionnaire de 1917, ou sous l'angle du bolchevisme et de l'antisémitisme naissant.
Roman avec cocaïne, un roman comme une piqûre de rappel pour moi, que je relis régulièrement au fil des ans. Comme un rendez-vous sulfureux et égoïste dans ma vie de lecteur, peut-être pour vérifier où j'en suis, si j'ai pas trop changé, peut-être aussi pour m'assurer que j'avais pas rêvé la première fois. Non j'avais pas rêvé, c'est un grand, un sacré bon roman.

* http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2013/08/09/l-enigme-m-agueev_3459015_4497186.html
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charlit21
  28 septembre 2019
Le "One Shot" génial d'un écrivain inconnu, et le mystère participe (chez moi en tout cas) de la fascination.
C'est peut-être personnel mais dans un tel texte, ne pas connaître l'auteur m'envahit d'une sorte de doux vertige. Comme si je tombais sur de très vieilles lettres, au fond d'un grenier, des lettres qui font resurgir des sensibilités d'antan, mortes et oubliées.
Il y a un narrateur, mais on ne sait qui rumine à travers lui. Qui donc? Quel magicien du style (?!), quel hypersensible de l'affect, quel Salinger, quel Nabokov, quel Musil? Quel est cet anonyme dont l'être palpite ainsi entre les lignes?
Le livre en lui-même: c'est l'histoire, à la première personne, de Vadim, un jeune homme intelligent mais torturé. Il grandit à Moscou au moment de la révolution (dont le livre ne parle jamais). C'est dans ce cadre que Vadim témoigne de :
- sa cruauté; ses mauvais penchants qui l'habitent et le soumettent irrépressiblement.
- sa désorientation: il bat des mains comme pour rester en surface, tandis que son esprit prend l'eau de toutes parts.
Vadim est un fils, un mauvais fils, un fils qui dépouille sa mère - vieille femme flétrie par le travail et la pauvreté - de ses maigres ressources pour financer: 1. ses habits, son train de vie; 2. ses frasques sexuelles; 3. sa prise de coke.
Voir comment il domine cruellement "la vieille", lors de confrontations terribles avec elle... C'est positivement horrible. On sent chez lui le besoin de rabaisser sa mère (le vice est à l'oeuvre...). Mais aussi de susciter l'estime maternelle, et donc son amour, par cette fausse assurance virile, parfaitement puérile et dispensable.
Voir comment, une fois qu'il a ainsi soutiré ("volé") de l'argent, il va ensuite se ratatiner dans un coin pour y pleurer à chaudes larmes.
Récit tragique: la mère épuise ses forces pour que vive son fils, tout en s'effaçant pour ne pas l'incommoder. Le fils, lui, utilise ce don sacrificiel pour courir à sa propre perte.
Récit amer, celui d'une déchéance éprouvée de l'intérieur: Vadim se vit comme un fruit pourri, ou, dit autrement, il sent le pourrissement agir en lui... Son péché - de pleine conscience - a un côté vital, forcé par la nature. Péché contre lui-même, péché contre sa mère. La cocaïne entre les dents, et alors qu'il augmente les doses, il "sent" qu'il ne peut en être autrement.
Que dire du livre?... Il fait parti de ces livres que j'imagine nés de fulgurances disjointes, de trouvailles inspirées mais autonomes, de notes éparses, rassemblées, réorganisées... pour trouver à la fin, et laborieusement, la cohérence d'ensemble? Une écriture morcellée, hystérisée par les nuits blanches(?), l'alcool(?), la cocaïne(?), que sais-je... C'est une totale supposition! Aussi bien M. "Aguéev" se levait-il tous les matins 8h pour reprendre son travail sagement, en pantoufles, une tasse de café chaud dans la main gauche... allez savoir.
(NB: J'ai un peu la même impression en ce moment avec le début du Le Loup des Steppes: impression que l'auteur rassemble en même temps des vieux écrits, essais, poèmes, qu'il les insère en cours de route...)
Sinon le texte a beau avoir été écrit il y a un siècle et en Russie, je le trouve tout-à-fait actuel, par ses thèmes (marasme, désorientation), par son ton, osé, affranchi. Peut-être d'autant plus que le cadre historique est à peine présent. Les jalousies en classe, les humiliations au tableau, les victoires d'écoliers, les camaraderies, vraies ou fausses, sont tout autant celles de notre enfance. "Prostitution" et "cocaïne" sont plus éloignées de nous, mais j'imagine qu'on peut facilement les transposer. Enfin, aucune ride dans l'écriture, et je trouve la traduction remarquable.
Ces derniers jours, un ami qui me prête des livres me le sort de sous le manteau, "last but not least", la pépite que l'on n'attendait plus... Par un hasard amusant, je venais à peine de le finir, conseillé par un autre ami, sur le même ton de confidence.
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milan
  16 mars 2018
"Telle était mon attitude envers les autres, telle était ma dualité: d'un côté, le désir d'embrasser le monde entier, de rendre les gens heureux et de les aimer; d'un autre, la dilapidation éhontée des sous laborieusement acquis par une vieille femme, et une cruauté sans limites envers ma mère. Et le plus bizarre était que cette malhonnêteté et cette cruauté n'étaient nullement en contradiction avec les élans d'amour envers tout l'univers vivant- comme si l'intensification de ces bons sentiments, pour moi si insolites, m'aidait à accomplir les cruautés dont je ne me serais pas senti capable ( pour peu que ces bons sentiments fussent absents)." Je vous présente Vadim Masselennikov. le moins que l'on puisse dire à propos de Vadim, c'est qu'il est compliqué!!!....ou complexe? En tout cas, il est évident qu'il ne cesse de cogiter et partage volontiers avec le lecteur absolument tous ses états d'âme. D'abord, il raconte avec minutie son quotidien dans un lycée de Moscou, à la veille de la déclaration de la révolution bolchevique.On y suit les petits histoires de ses camarades, dont la psyché mais aussi toutes les mimiques et toute la gestuelle sont disséquées à la manière de Freud, selon toujours le point de vue de Vadim: leur rivalité scolaire, leur crâneries, leurs petites rébellions...etc.Ensuite, Vadim,qui a l'habitude de rechercher dans ses heures perdues de simples relations physiques avec la gent féminine- relations dont il décrit encore une fois le mécanisme et les ressors avec précision- tombe amoureux....et c'est le foutoir dans sa tête et dans son corps. Il est alors obligé de revoir toutes ses théories à l'aune de sa découverte de ce nouvel aspect de l'existence. L'histoire d'amour finie, il déprime bien entendu, patauge dans son quotidien qu'il estime cafardeux, dégradant socialement et financièrement - dégradation et honte représentées par sa pauvre mère à qui il fait voir des vertes et des pas mûres- et finit par sombrer, presque par hasard dans l'enfer de la dépendance à la cocaïne. du déjà vu tout ça me direz vous! En effet. Mais alors, en quoi ce roman, en dehors de la légende entourant son auteur , est particulier? Tout d'abord par son style: bien que les phrases soient longues, elles restent très accessibles, et belles, d'une beauté inattendue. le style est fluide, riche, et pas un mot ni une phrase ne sont de trop, et l'absence de l'un ou de l'autre ferait cruellement défaut. L'ambiance bien qu'"intime" et "personnelle" , baigne dans un tout social et historique pas du tout pesant, au contraire.Ensuite, Vadim n'est pas un mauvais bougre , c'est juste un adolescent qui grandit, se découvre et découvre le monde, essaie de trouver des justifications intellectuelles aux contradictions qui illuminent ces découvertes, et est foncièrement convaincu de l'honnêteté de sa démarche. N'empêche qu'il souffre sincèrement de ces mauvais actes, mais passe vite à autre chose.Il est hyperconscient de son univers intérieur donc, mais également de tout ce qui l'entoure. Rien ne lui échappe, que ce soit vivant ou un simple objet, en mouvement ou statique, les expressions de tous les visages et les changements de ces expressions à la faveur d'émotions nouvelles. Pas même le temps, la température, les animaux, le tramway, les bancs...tout, absolument tout est matière à réflexion et description. Dans le récit de son histoire d'amour avec Sonia, il n'est question que de lui, de ce qu'il ressent, de comment il le ressent et de pourquoi il le ressent. Sonia n'est que le déclic de cette nouvelle série d'analyses. Et puis d'un coup, vers la fin , en un chapitre, Aguéev dévoile Sonia, la fait "parler" et c'est sublime. Si la quatrième de couverture semble racoleuse avec son histoire de cocaïne, sachez que la drogue n'entre en scène qu'une fois les deux tiers du livre entamés.Très rapidement et sans faire dans l'excès, l'auteur décrit superbement les sensations de la première "prise", l'euphorie qui suit, mais surtout la descente infernale, dépressive qui accompagne à chaque fois la séance. Vadim devient addictif à la drogue, et bien entendu ça ne finit pas bien. Dans ce roman, la drogue semble intéresser Vadim uniquement à cause de l'effet "loupe" qu'elle offre de son être, et d'ailleurs une partie appelée "pensée" est dédiée à ça. C'est un livre saisissant, de ceux qu'on relira avec plaisir dans quelques années pour voir comment il a vieilli. Et puis, bizarrement, à la fin- comme contaminé par la théorie de la dualité de l'âme de Vadim- surgit une question: Qu'est ce qu'Aguéev a voulu raconter au juste? des souvenirs de lycéens? la camaraderies entre adolescents? la découverte du sexe et de l'amour? la condition sociale de la Russie en 1917? la drogue? quel est le lien? Mais cette interrogation est vite balayée par le dernier chapitre, bouleversant.
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JeromeJeanJacques
  29 octobre 2019
Roman avec cocaïne parle d'un jeune homme en quête de lui-même, de sa plongée progressive aux enfers...
L'histoire se déroule en quelques semaines, pendant lesquelles Vadim découvre : l'amour, la haine et la drogue. L'amour désespéré pour Sonia ; le mépris ingrat envers sa mère, et finalement : l'addiction à la cocaïne…
Vadim fini par se plonger dans la cocaïne à la fin du roman, à cause de son désespoir, et par manque d'amour-propre. En effet, il tente de séduire une bourgeoise ; mais il a honte de sa mère, miséreuse et pathétique. Celle-ci vit dans le dénuement le plus total, elle est désespérément amoureuse de son fils, et son affection non réciproque la détruit... Chaque rouble qu'elle parvient à mettre de côté, elle l'offre à Vadim ; elle se ruine pour lui arracher un peu d'attention, et du début à la fin : Vadim fera semblant de ne pas la connaître.
Ce n'est pas tellement la cocaïne le sujet principal du livre, mais la progressive perdition d'un jeune homme. le mépris pour sa mère le plonge dans un trouble cauchemardesque, car en l'ignorant, il espérait en revanche, recevoir de l'amour d'une jeune fille. En vain.
Cette petite oeuvre est magnifique. L'auteur reproduit le lyrisme dramatique et l'exaltation des sentiments Dostoïevskien à la perfection, en utilisant de longues descriptions psychologiques tortueuses. Roman avec cocaïne est déchirant ; je le classe dans les oeuvres majeures russes.
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CraboBonn
  10 décembre 2012
Voici un livre a classer dans les 3 etoiles du guide Michelin des voyages litteraires … Un classement entre « Vaut le detour » et « a ne pas manquer ». Alors « roman avec Cocaine » c'est quoi ? L'histoire d'un jeune adolescent russe, Vadim, qui vit et etudie a Moscou autour de 1917. Malgre l'epoque charniere dans l'hisoire de la Russie, il y a peu etat d'idees politiques. Il s'agit plutot d'une sorte de roman initiatique ou ce jeune homme decouvre le monde exterieur et interieur au travers de ses amities et de ses debauches. C'est la un resume rapide … on en trouve de tres bons et de plus pousses sur la toile. Je me contenterai d'insister sur ce qui m'a touche dans ce roman: le style, le rythme (il n'y a pas une page en trop), l'originalite des metaphores, l'acuite des descriptions, autant materielles que sensorielles. le livre propose certainement une vision assez masculine du monde (il ne faut pas lire la que je la partage !), plutot sombre, egocentrique et ‘machiste'. Pourtant, le texte fait dans la nuance. Malgre ses defauts, Vadim, n'est pas un pur salaud. Il aspire parfois a l'elevation de son ame. Au travers de ses experiences sociales, amoureuses et cocainomanes (la description de la premiere prise de cocaine est d'ailleurs remarquable !), il expose ses reflexions sur les 2 faces de l'ame: sa face eclairee et sa face sombre … L'homme dans toute sa dualite est offert a sa vindict.
Lydia Cweitzer, la traductrice (qui a mon avis a fait un excellent travail car les phrases, bien que traduites, ont souvent beaucoup d'eclat !) rapproche ce style de Proust et de quelques autres ecrivains dont j'ai oublie le nom. J'ai peu lu Proust, mais de ce que j'en connais, je suis d'accord pour faire ce lien. Je le rapprocherai aussi de Kundera, pour le cynisme et la « non moralite » de certains de ses personnages. Des gens plus cultives trouveront sans doute des familiarites avec d'autres auteurs … le but n'est pas de classer mais de proposer quelques noms qui pourraient encourager la lecture de ce livre qui comme je l'ai note en debut de post, vaut le detour !
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Citations et extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
JeromeJeanJacquesJeromeJeanJacques   28 octobre 2019
Enfournant voracement la nourriture, elle répétait tout le temps avec un vilain plaisir : " Ah ! Que c'est pon ! ah ! c'est pon !" Et je commençai à ressentir envers ma mère un sentiment nouveau. Je sentis tout à coup qu'elle était vivante, qu'elle était en chair et en os. Je sentis tout à coup que son amour pour moi était seulement une petite fraction de ses sentiments, qu'en dehors de cet amour elle avait, comme tout être humain, un intestin, des artères, du sang et des organes génitaux, et que ma mère aimait, et ne pouvait pas ne pas aimer son propre corps physique beaucoup plus qu'elle ne m'aimait. A ce moment je sentis peser sur moi un tel cafard, une telle solitude que j'eus envie de gémir.
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JeromeJeanJacquesJeromeJeanJacques   28 octobre 2019
Pourtant, en embrassant Sonia, et par la seule conscience qu'elle m'aimait, j'éprouvais une trop tendre adoration, une trop profonde émotion de l'âme pour éprouver du désir. Je ne pouvais m'empêcher de comparer mes relations passées avec les femmes des boulevards et celle, actuelle, qui me liait à Sonia : alors qu'autrefois, n'éprouvant que de la sensualité, je faisais semblant, pour plaire à la femme, d'être amoureux, maintenant, n'éprouvant que de l'amour, je feignais la sensualité pour plaire à Sonia.
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JeromeJeanJacquesJeromeJeanJacques   28 octobre 2019
Pendant ces courts instants, et pour la première fois, je parvenais, par ma propre expérience, à la certitude que chez le pire des minables il existe ces sentiments, sentiments de fierté intransigeante, qui exigent une réciprocité absolue, et qui préfèrent la douleur d'une solitude amère aux joies d'un succès obtenu par l'humiliante intercession de la raison.
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Immortale_peruvianaImmortale_peruviana   21 avril 2016
Ah la littérature russe ! et l'âme russe...
Un roman d'une extrême puissance dans la mesure où il est une synthèse, voire un tableau clinique extrêmement lucide et claire d'une situation compliquée: une démarche vers l'autodestruction.

Notre périple douloureux commence au milieu de la Première Guerre mondiale et s'achève après la Révolution Russe.
À travers le premier chapitre, on découvre le protagoniste Vadim Maslennikov, un lycéen ordinaire, qui entretient une relation tendue avec sa mère. La longueur de ce chapitre a le mérite de nous faire comprendre que Vadim nourrit des sentiments antagoniques en lui, une tendance à mâtiner ce qu'il a de plus noble en lui à ce qu'il a de plus ignoble; ce qui serait proche d'une schizophrénie légère ( qui ne l'est pas? Moi, en tout cas, je me reconnais en lui). C'est, en gros, ce qui serait à l'origine de son malheur ( peut-être le mien aussi).
Ensuite, Vadim rencontre Sonia. Sonia, qui joue le rôle du facteur déclenchant. Sonia nourrit les passions les plus hardis qui sommeillent en notre Vadim, et ranime ses douleurs les plus vives: le processus du dédoublement de la personnalité s'achève.

À la fin du deuxième chapitre, on est face à un Vadim excédé et rassasié de tout, même de la beauté du corps féminin, en période de nihilisme intime totale, retournant sa haine de soi contre tout ce qui l'entoure et surtout sa mère.

Sonia rompt, Vadim sombre dans la déchéance.
On assiste impuissants à sa descente aux enfers.
Il sniffe, et on explore chacune des sensations qu'il éprouve ( un véritable tableau clinique sur les effets de la drogue).
Ensuite, on frôle la misère: la dépendance, les voles, les hallucinations...les larmes de sa pauvre mère.

Un roman qui traite un sujet d'actualité dans notre époque, à savoir cette pulsion de mort chez les jeunes, une forme de mal être intrinsèque, qui fait qu'on se jette dans l'abîme au nom de rien. Une haine de soi qui fait qu'on se retourne contre les gens qui nous donnent le plus.
La jeunesse nihiliste( incarné par Vadim), est telle une maladie auto-immune au sein de la société (incarnée par la mère de Vadim), une jeunesse qui par manque de repères et haine de soi n'hésiterait pas à se faire exploser.
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rotsenamrubrotsenamrub   16 janvier 2019
Et voilà qu'une question murit, spontanément: ces pièces où le vice triomphe et où la vertu est bafouée, ces pièces sont véridiques, elles sont la vraie vie, c'est comme cela que ça se passe dans l'existence, ou les méchants sont victorieux, où les meilleurs périssent, alors pourquoi, dans la vie, en voyant tout cela restons-nous calmes, alors que cette même image de la vie qui nous entoure nous indigne et nous rend furieux quand elle est montrée au théâtre? N'est-il pas étrange que la même image, passant devant les yeux du même homme, laisse cet homme calme et indifférent dans l'un des cas (dans la vie) et dans l'autre cas (au théâtre) fasse naître en lui l'indignation, la révolte, la fureur? Et ne serait-ce pas la preuve évidente que la cause de tels sentiments par lesquels nous réagissons aux événements extérieurs doit être recherchée non pas dans le caractère de ces événements, mais entièrement dans l'état de nos âmes?
Une telle question est très importante et il convient d'y répondre avec précision. Tout s'explique sans doute par le fait que dans la vie nous sommes lâches et que nous ne sommes pas sincères; dans la vie nous sommes avant tout préoccupés par notre bien-être personnel, et c'est pourquoi nous flattons, aidons et quelquefois personnifions nous-même tous ces scélérats et agresseurs dont les actes provoquent en nous une si horrible indignation au théâtre.
Au théâtre, en revanche, ce côté intéressé, cette lâche petite aspiration aux biens terrestres disparaît de nos âmes, au théâtre rien de personnel ne viole la noblesse et l'honnêteté de nos sentiments, au théâtre nous devenons meilleurs et plus purs. Alors, les meilleurs sentiments d'équité, de noblesse et d'humanité guident entièrement nos aspirations et nos sympathies.
Et c'est là que vient s'imposer une pensée terrible. La pensée que si, dans la vie, nous ne nous rebellons pas ne nous indignons pas, ne nous révoltons pas, ne devenons pas complètement des bêtes, et ne tuons pas les autres au nom de l'équité bafouée, c'est seulement parce que nous sommes lâches, dépravés, avides, d'une façon générale mauvais, et que si dans la vie
nous avions, comme au théâtre, attisé en nous les sentiments les plus humains, si dans la vie nous étions devenus meilleurs, nous aurions, exaltés par le frémissement dans nos âmes des sentiments d'équité et d'amour pour les dépouillés et les faibles, accompli, ou ressenti le désir d'accomplir (ce qui, décidément, est la même chose dans la mesure où nous parlons des mouvements de l'âme) une quantité de scélératesses, d'effusions de sang, de tortures et d'assassinats vengeurs telle qu'aucun scélérat n'en avait jusqu'alors perpétrée et n'aurait voulu le faire dans un but de lucre et d'enrichissement.
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