AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
EAN : 9782211237710
280 pages
Globe (10/10/2018)
4.33/5   132 notes
Résumé :
Rana, dix ans, fonce sur son vélo flambant neuf, un vent de liberté lui caresse le visage.

Quinze jours plus tard, c'est terminé. Son vélo est donné à l'un de ses oncles. Encore quelques mois et elle devra porter l'abaya noire sur son corps, le tarha sur sa tête et ses épaules, le niqab sur son visage. Ensuite, ses parents lui trouveront un mari et elle sera condamnée à ne plus rien faire que la cuisine, le ménage et ses cinq prières par jour. C'est l... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (58) Voir plus Ajouter une critique
4,33

sur 132 notes
5
26 avis
4
21 avis
3
6 avis
2
0 avis
1
1 avis
fanfanouche24
  30 octobre 2018
Flânerie... buissonnière qui m'a emmené vers ce récit autobiographique d'une jeune saoudienne; les thèmes m'intéressaient, ainsi que l'illustration de la couverture des plus réussies, et explicites qui ont capté mon regard !
Interpellée comme chaque femme peut l'être en voyant ses congénères bafouées, asservies aux quatre coins du monde...
Toujours tétanisée, effarée, révoltée par la masse d'interdictions, de contraintes incessantes... faites aux femmes comme aux jeunes filles à travers le monde, et plus particulièrement dans les pays arabes !... Un récit vivant, alerte, regorgeant d'anecdotes sur les usages, les règles de tout bon musulman...en Syrie comme en Arabie -saoudite...
On accompagne le parcours d'une petite fille adorée par un père bienveillant...qui lui offre une bicyclette qui l'enchante, ...mais elle ne peut l'utiliser qu'à Damas chez ses grand-parents, jusqu'au jour où son grand-père lui enlève brusquement en lui interdisant désormais d'en faire, devenant trop grande..pour que cela reste décent !!
Son père, attristé , se plie à l'autorité de son propre père... c'est la fin de l'enfance et de l'insouciance pour Rana...Elle ne comprend pas pourquoi les libertés se réduisent au fur et à mesure qu'elle grandit !
Combien de femmes bafouées, exploitées à travers le monde... et l'Arabie saoudite semble un territoire des plus effrayants pour ses travailleurs émigrés comme pour sa population féminine.
Les premières échappées de notre narratrice ne se feront pas comme elle l'espérait au début, par son mariage (qui sera un échec violent), mais par un 1er travail dans un hôpital, avec le soutien paternel, puis
par les fenêtres ouvertes sur le monde offertes par Internet [Se retrouvant recluse et enfermée chez ses parents; sa meilleure amie , bannie par sa famille...]
Nara parvient à rompre son isolement grâce aux réseaux sociaux... où une "révolution" surviendra lorsqu'elle découvrira un groupe "Atheist", qui va chambouler toute son existence ainsi que sa structure mentale formatée par son environnement social et géographique...Elle se mettra à dévorer des livres qui sont interdits en Arabie saoudite, dont "L'Origine des espèces" de Darwin...
"On dirait presque qu'il (son père) devinait déjà à cette époque que je ferais un jour le grand bond vers une nouvelle existence-car même si je suis satisfaite de mon travail à l'hôpital, même s'il m'arrive d'apprécier certains moments de ma vie, je ne me défais pas de ce sentiment accablant d'être en cage, une sensation qui m'accompagne jour après jour, moi et beaucoup d'autres jeunes femmes et filles saoudiennes. Chaque fois que je passe le niqab, le matin, je sais que je vis dans un pays où les femmes et les hommes ne sont pas traités de la même manière. (p. 115)"
Dans ces persécutions permanentes et infantilisation imposées aux jeunes femmes, il reste une petite lumière constante pour Rana: l'amour et le soutien de son père, qui est toutefois ligoté par la pression de son milieu, son pays ainsi que de sa religion... !
Sinon les difficultés , les interdictions ne cessent jamais: Difficulté d'aller à l'université, difficulté pour exercer une profession, impossibilité de s'exprimer... Une mise sous tutelle masculine, et cela pour la vie entière !
Une lecture coup de poing... Chapeau bas à Rana Ahmad pour sa détermination et son immense courage: partir, s'exiler loin de son pays où les femmes n'ont pas droit de cité !!... Apprendre une nouvelle langue, s'adapter à d'autres valeurs, d'autres usages, recommencer ailleurs, loin de sa famille et de ce père qui lui manque tant...
Le début du récit débute par un appel poignant de Nara à son père, qu'elle n'a pas vu depuis deux longues années, ayant fui son pays...et ne voulant pas mettre ses parents en danger, vis à vis du régime saoudien !
Un récit aussi terrifiant que courageusement passionnant... Souhaitons à Rana Ahmad toute la réussite possible dans sa nouvelle patrie; qu'elle soit récompensée pour sa volonté , son talent et ce premier ouvrage rempli de promesses... et pour finir un lien pour rappeler que la barbarie commence là où on maltraite les femmes....
J'ai eu subitement envie d'écouter le texte d'Aragon, interprété par Jean Ferrat : "La Femme est l'avenir de l'homme "...
https://www.youtube.com/watch?v=VuLWhwzmgZo
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          430
TCHITAT92
  01 septembre 2019
Deux jours m'ont suffit pour accompagner la fuite de Rana de l'Arabie Saoudite jusqu'en Allemagne.
L'auteure, qui nous raconte sa propre histoire, de son enfance à son arrivée en terre européenne, n'a certes pas une "plume" en tant que telle, l'essentiel est de transmettre son vécu, pour réveiller les consciences, donner de l'espoir à celles qui n'en ont plus, dénoncer des situations qui nous semblent incroyables à nous, femmes occidentales, au XXIème siècle.
J'ai beaucoup apprécié la sincérité qui se dégage de son récit, Rana ne cherche pas à se faire passer outre mesure pour une victime, elle narre les faits, convient de son statut plutôt "privilégié" (les guillements sont trrrrrès importants!), de par sa classe sociale (elle n'a jamais manqué de rien), et surtout de par la présence de son père, un homme aussi admirable qu'exceptionnel, un vrai miracle qui lui a permis de devenir celle qu'elle est devenue, en croyant en elle, en la considérant comme un véritable individu, en développant son esprit et sa volonté. J'ai trouvé cela magnifique et un grand signe d'espoir de constater que cette femme a pu se libérer, grâce à un Homme, dans un pays où l'homme oppresse et écrase la Femme.
J'ai beaucoup appris sur la vie en Arabie Saoudite, sur les traditions, sociales, familiales, culturelles, c'était passionnant et très bien relaté, tout comme le long parcours des migrants, leur accueil dans les différents pays de l'Union Européenne, leur vie quotidienne, le soutien reçu par quelques-uns.
J'ai aussi découvert avec un grand intérêt ces réseaux sociaux d'"athées ex-musulmans", présents dans le monde entier, et dont j'ignorais l'existence. Des réseaux d'entraide, de soutien moral, logistique, voire financier.
J'ai beaucoup apprécié ce ton enthousiaste, positif, jamais Rana ne s'est laissée enfermée dans sa solitude, elle a su continuer de croire en l'humanité, dans le partage, les valeurs de générosité, d'amitié, du savoir.
Une très belle leçon de vie, qui nous oblige à apprécier un peu plus l'environnement dans lequel nous vivons, tout en nous obligeant à rester sur nos gardes pour continuer à nous battre pour la liberté de foi, de culture, pour tous, et en particulier pour les femmes.
Et une leçon tout court, par toutes ces informations qu'elle contient sur la vie dans les pays soumis à la charia.
A partager !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          321
isabelleisapure
  30 septembre 2018
Je viens de lire un document douloureux mais ô combien nécessaire pour ne jamais oublier que le plus beau cadeau qui puisse être fait à un être humain est la liberté.
Rana Ahmad a fui son pays l'Arabie Saoudite lorsqu'elle a pris conscience qu'elle n'avait plus la foi. Fuir pour ne pas mourir.
La mort dans l'âme et la peur au ventre, la jeune femme se réfugie en Allemagne ou elle vit désormais.
Tout au long de son récit, nous découvrons les brimades qu'elle subit quotidiennement comme des millions de femmes au nom de la religion.
Des femmes sans visage, cachées sous un niqab, courbées sous le poids d'un fardeau énorme que leur imposent les hommes au nom de la religion.
A travers le témoignage de cette femme courageuse, on assiste à un choc des cultures entre l'Europe des libertés et une société islamique verrouillée par la religion.
Même si le style littéraire assez basique m'a dérangée au début de ma lecture, je l'ai rapidement oublié pour me consacrer à ce récit dont la force et le tragique m'a profondément émue.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          330
mumuboc
  03 février 2019
Lire ce genre de récit permet de prendre conscience que, même s'il y a encore du travail à faire concernant la place des femmes dans notre pays, il est des pays où celle-ci n'est même pas existante.
Les femmes saoudiennes n'iront pas en enfer, il y a longtemps qu'elles y vivent. (p281)
Voilà une phrase, tirée d'un commentaire d'un journaliste saoudien repris par l'autrice qui résume totalement ce témoignage.
Naître fille est une malédiction qui va imprégner toute leur vie. A l'âge où une fillette ne songe qu'à jouer, à découvrir le monde qui l'entoure, et pour Rana il s'agit de le faire à bicyclette, elle va se voir confisquer cet objet de liberté et va entrer à 10 ans dans les méandres des règles et obligations qu'elle devra observer toute sa vie afin d'être une « bonne » femme saoudienne musulmane…..
Elle va devenir un objet qui sera transporté, car elle ne peut sortir qu'accompagner d'un homme, se verra maltraitée, battue et mise au silence dès qu'elle transgressera les règles. Et des règles il y en a : que ce soit des règles de vie mais aussi des règles religieuses.
Au fur et à mesure des pages, on réalise à quel point leur vie (si on peut appeler cela une vie) est entravée, brimée, annihilée….
Rana d'origine syrienne, est une jeune fille comme il en existe des millions, qui rêve de liberté, d'apprendre, d'aimer et tous ces droits auxquels chacun humain a, normalement, la légitimité, elle, elle se les voit refuser parce que femme et musulmane. L'homme, le père, le mari, le frère ont tous les droits mais aussi, aussi surprenant que cela puisse paraître, certaines femmes qui ont tellement intégré ces règles qu'elles les appliquent implacablement, sans souci de filiation, d'amour maternel.
Sa prise de conscience des entravements qu'elle subit dans sa vie de tous les jours, des abus, des gestes, de la peur et de la violence des hommes qui l'entourent sera l'étincelle qui fera jaillir ses doutes sur la religion, sur sa vie et sa soif de liberté.
Grâce aux réseaux sociaux elle va découvrir qu'il y a un autre monde que celui qu'on lui impose, ce monde où les femmes n'ont aucune existence, aucune présence, elles ne sont que des ombres noires qui planent dans les rues surchauffées et qui doivent toujours être accompagnées d'un homme. Comment arriver à imaginer que le moindre de nos gestes, la moindre activité ou désir que nous ayons soit pour elles un parcours du combattant.
Pas de liberté, pas d'autre choix possible, elles doivent accepter, subir et se taire.
Quelle force et quel courage il faut pour endurer cela mais aussi pour tout quitter : sa famille mais surtout, dans le cas présent, ce père tant aimé, cette mère dure, sèche et intransigeante, un frère violent et extrémiste, qui peut aller jusqu'à vouloir la tuer de ses propres mains, quitter un pays pour l'inconnu avec tous les risques que cela comporte.
Partir sans se retourner, partir avec 200 dollars, un sac, un ordinateur, quelques adresses trouvées sur les réseaux sociaux. J'ai été étonnée mais aussi réconfortée de découvrir la solidarité et l'humanité qu'il existe et qu'elle a trouvées pour sortir du calvaire qu'elle vivait et pouvoir s'enfuir. Faire confiance, ne pas trop réfléchir parfois aux conséquences, aux risques.
Et puis il y a l'espoir, l'attente, le choix du pays où l'on va tenter de se reconstruire, de trouver enfin une liberté de vivre, de penser, d'aimer, de croire ou de ne pas croire.
Je ne pensais pas prendre autant de plaisir à la lecture de ce témoignage, je dois l'avouer mais il faut sortir de sa « zone de confort » parfois et je ne le regrette pas dans le cas présent.
Rana Ahmad livre ce témoignage avec franchise, partageant avec le lecteur ses joies, ses rêves, ses désillusions et ses espoirs, dans une écriture fluide, sans pathos, un simple constat et j'ai particulièrement apprécié son chemin de réflexion sur la religion…..
Egoïstement, on ne peut s'empêcher de penser à sa propre vie, à la chance que nous avons d'être malgré tout libres, libres de notre vie, de nos choix, de notre religion, de nos loisirs, d'aimer, simplement de pouvoir dire oui ou non.
Ce type de témoignage permet de redonner de la valeur à des actes de la vie de tous les jours, que nous avons tellement intégrés et dont nous n'avons plus parfois conscience. Vivre libre de sortir, de parler, de prier ou pas, d'aimer ou pas, d'apprendre, de choisir…… cela n'a pas de prix et c'est ce que Rana a choisi.

Lien : https://mumudanslebocage.wor..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          230
Sourisetdeslivres
  28 août 2021
Rana commence son récit par un prologue. Elle est à Cologne, à 6000 km de sa terre natale. En passant devant un commerce de téléphone international sans l'avoir prémédité elle entre et téléphone chez elle. Chez elle, c'est l'Arabie Saoudite. Voilà 2 ans qu'elle n'a plus vu son père.
Au chapitre 1, Rana nous raconte son enfance à Riyad.
L'insouciance de l'enfance quand elle voit des gens recevoir des coups de fouet pour avoir rompu le jeûne durant le ramadan, la police religieuse veille. Pour Rana, le ramadan est une fête.
La maison embaume de ses plats préférés, elle observe sa grand-mère et sa mère et puis elle est tellement fière de faire les mêmes gestes que son père. Très tôt, elle a imité ses gestes. Les rituels de la prière.
C'est tellement ancré en elle qu'elle n'y réfléchit pas.
C'est instinctif.
Et puis pourquoi se poserait-elle des questions alors que ses parents, sa famille très pieuse accomplissent ses gestes avec sérieux ?
C'est tout simplement normal. Dans l'ordre des choses.
Elle prie comme on se lave les dents.
Machinalement sans méditation.
On ne lui a rien demandé, elle a commencé d'elle-même à prier avant même les cours de religion simplement pour faire comme son père.
Voir son sourire. L'entendre l'appeler « Loulou ».
Une petite fille avide de connaissance et de savoir.
Sa vie va littéralement changer du jour au lendemain.
À partir du moment où son grand-père lui interdit de rouler à nouveau à vélo.
C'est devenu haram. Interdit.
Pourtant jusque là la Syrie lui promettait des étés bien plus libres qu'à Riyad. Pendant les vacances d'été à Damas, tout se fait avec un peu plus de liberté. Les femmes sont moins contrôlées.
Mais du jour au lendemain, elle est trop vieille pour se promener en rue seule. C'est haram.
Elle sait que pour être une bonne musulmane elle ne doit rien faire de haram, pourtant, elle n'ose demander pourquoi les petites filles deviennent trop âgées à un moment donné, pourquoi quelque chose devient tout à coup haram.
« Un instant avant, j'avais une bicyclette à moi et je pouvais sentir le vent dans mes cheveux. À présent, je dois les couvrir et je n'aurai plus le droit de sortir seule quand nous reviendrons à Riyad. »
À 14 ans, sa liberté sera encore restreinte. Elle commence à pressentir non seulement qu'elle ne vaut rien, mais que cette absence de valeur est doublée d'une absence de protection.
À 17 ans, quelque chose se brise définitivement en elle au cours de cet été.
La Syrie et les vacances tant attendues pour aller voir ses grands-parents, oncles et tantes, cousins et cousines ne sont plus synonymes de liberté.
Les filles grandissent dans la certitude que leur corps est une surface de péchés, quelque chose dont elles doivent avoir honte. Elles cachent donc leur corps du mieux qu'elles le peuvent. Elles se rendent invisibles.
Revêtir l'abaya, puis la tarha, et pour finir le niqab. Chaque matin, ces 3 gestes sont accomplis. Sans ces 3 vêtements, elles ne peuvent sortir même si elles sont toujours accompagnées. D'un frère, d'un père ou d'un mari.
En Arabie Saoudite, une femme doit aussi recouvrir ses sourcils. Ne pas se voiler correctement c'est l'assurance d'avoir des ennuis avec la police religieuse.
Ces femmes, enfants, jeunes filles supportent des situations tellement difficiles, elles espèrent toutes ne pas se briser.
Rana Ahmad te livre tout ce qui l'a mené vers la Cologne. D'abord l'apprentissage d'une autre langue, l'anglais. Élève studieuse et toujours avide de connaissances, elle accumule les savoirs tant qu'elle le peut.
Ses principaux voyages elle les fait grâce à Internet. Cette fenêtre ouverte sur le monde qui lui permet d'échapper un moment de son enclos.
Elle peut échanger, dialoguer avec d'autres personnes, chose impossible dans sa vie de tous les jours.
Faute de pouvoir parcourir le monde, elle le fait entrer dans sa chambre.
Internet sera une des deuxièmes clés de la porte de sa geôle
Twitter va un jour bousculer toutes ses certitudes
Le début d'une longue réaction en chaîne.
Un choc violent qui remet en cause tout ce sur quoi sa vie est fondée.
Dans ce monde de persécution quotidienne, permanente, il y a une autre constante dans la vie de Rana : l'amour et le soutien de son père.
J'ai aimé cet homme, j'ai compris combien la pression de son milieu était importante et j'ai aussi compris qu'il a agi au mieux pour protéger sa fille. Ce n'est certainement pas lui qui lui aurait coupé les ailes.
Cet homme a toujours cru en elle, il aurait voulu lui laisser pousser les ailes dans un pays où on les coupe dès le plus jeune âge. Il l'a aidé sans qu'il le sache à construire des ponts qui la conduiront vers la liberté où ses ailes pourront toujours pousser, on ne lui enlèvera plus.
Une lecture qui t'interpellera, chaque femme qui le lira le sera certainement en ses condisciples asservies, bafouées, ici en Arabie Saoudite principalement, mais c'est le cas aux quatre coins du monde…
J'ai été tétanisée, révoltée, écoeurée.
Un récit vivant, alerte, regorgeant d'anecdotes sur les usages, les règles de toute bonne musulmane en Syrie et en Arabie — saoudite, mais qui est surtout profondément humain. Rana ne juge pas la religion musulmane, elle dénonce les extrémistes, les fondamentalistes et surtout et avant tout les femmes qui n'ont pas le choix.
Une lecture coup de poing
On apprend beaucoup sur la vie en Arabie Saoudite. J'étais très loin d'imaginer tout ce que j'ai lu malgré ce que j'ai déjà parcouru dans les médias.
Rana te parle des traditions sociales, familiales et culturelles. du poids de la famille et des traditions. C'est passionnant et révoltant pour nous qui sommes libres de tous nos mouvements.
Libre de penser, de rêver, d'agir, de décider.
Ce récit permet beaucoup de réflexion à ce sujet.
On en apprend aussi sur le long parcours des migrants. Les différents accueils qu'on leur réserve suivant les pays traversés.
J'ai appris grâce à Rana Ahmad ces réseaux sociaux d'athées, ex-musulmans », présents dans le monde entier, je ne connaissais pas du tout.
Bien plus qu'une simple page Facebook ou un compte Twitter, ce sont des réseaux de soutien moral, d'entraide et parfois même davantage.
Une information qui pourrait je pense aider. Femmes et hommes.
J'ai aimé le ton, toujours enthousiaste et positif.
Rana continue de croire en l'humanité, dans le partage, les valeurs de générosité, d'amitié, du savoir.
J'ai particulièrement aimé l'accompagner dans son cheminement de réflexion sur la religion.
Une leçon de vie, et une leçon tout simplement pour toutes ces informations que le récit contient sur la vie dans les pays soumis à la charia.
Je retiens surtout combien une main tendue peut soulever des montagnes, je retiens toutes ces personnes qui étaient sur la route de Rana et qui ont pu l'aider.
Un très beau témoignage en plus de ce que veut dire être une femme musulmane en Arabie Saoudite sur la solidarité, le soutien, l'amitié. C'est tellement important et porteur d'espoir quand on a plus d'autres solutions que de fuir son pays, ses racines, les gens que l'on aime pour sauver sa vie ou fuir la guerre.
« le chemin qui vaut la peine qu'on l'emprunte est le plus difficile. »
« C'est qu'il y a des gens qui se vouent entièrement à leur religion et élèvent leur Dieu au-dessus de tout un chacun au point d'oublier par quoi commence la piété : l'humanité. La miséricorde. L'amour de son prochain. »
Rana Ahmad constate au cours de son périple la bonté des gens ordinaires qui nous permettent d'avancer. Elle exprime la gratitude et l'admiration que lui inspire la générosité des gens croisés sur sa route et qui lui ont tendu la main.
L'empathie c'est ce qui se dégage du récit et c'est ce que moi j'éprouve pour Rana. Courage et abnégation, elle n'a jamais abandonné. Parfois pour accomplir un grand acte on doit se concentrer sur de petites choses pour avancer. La seule manière d'y parvenir il faut se rendre compte du courage dont on est en train de faire preuve.
Prison. La prison physique et mentale. Celle des femmes saoudiennes qui ont de l'argent, du pouvoir, les moyens techniques ces mêmes femmes ne quittent pas le pays. La répression la plus puissante est celle qui est dans leur tête. La honte qui pèse sur leurs épaules. La peur de la répression. La crainte d'attirer sur leur famille la haine, l'infamie, la honte. Des entraves mentales tellement plus puissantes que des menottes d'acier.
Elle te parle des nombreux deuils qu'elle a à porter. La 1re fois où petite fille elle a compris qu'elle n'avait aucune valeur. Une amitié perdue, plusieurs mêmes. Chaque fois qu'on lui a ôté un peu de liberté, elle s'est sentie mourir.

Lien : https://unesourisetdeslivres..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80

Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24
fanfanouche24  
On dirait presque qu'il (son père) devinait déjà à cette époque que je ferais un jour le grand bond vers une nouvelle existence-car même si je suis satisfaite de mon travail à l'hôpital, même s'il m'arrive d'apprécier certains moments de ma vie, je ne me défais pas de ce sentiment accablant d'être en cage, une sensation qui m'accompagne jour après jour, moi et beaucoup d'autres jeunes femmes et filles saoudiennes. Chaque fois que je passe le niqab, le matin, je sais que je vis dans un pays où les femmes et les hommes ne sont pas traités de la même manière. (p. 115)
Commenter  J’apprécie          270
fanfanouche24
fanfanouche24  
En Islam, il existe une formule de remerciement spécifique que l'on adresse aux femmes non mariées. Elle signifie littéralement : "Je te reverrai quand tu seras épouse". Elle est aussi naturelle que l'expression "Dieu merci" en français et l'on ne réfléchit pas à son contenu littéral quand on l'utilise. Il n'empêche que le fait qu'on la prononce devant une femme qui n'a pas encore de mari pour lui exprimer une profonde reconnaissance en dit long sur la situation de ces pays. (p; 69)
Commenter  J’apprécie          200
fanfanouche24
fanfanouche24  
Nona a été auscultée par une femme médecin légiste qui a vérifié sa virginité. Comme elle n'est plus vierge, elle a été condamnée à cinquante coups de fouet et trois mois de prison. (...) Lorsqu'elle est libérée de prison, sa soeur m'appelle au téléphone. Son père doit signer une lettre garantissant qu'il ne tuera pas sa fille. Cela permet à la police religieuse de se couvrir et de se dégager ainsi de toute responsabilité, car, après ce type d'arrestation, beaucoup de femmes sont tuées par leurs familles soucieuses de sauver leur honneur. (p. 123)
Commenter  J’apprécie          164
fanfanouche24
fanfanouche24  
Je tente de saisir l'enchaînement des faits. Un instant plus tôt, j'avais encore une bicyclette à moi et je pouvais sentir le vent dans mes cheveux. A présent je dois les couvrir et je n'aurai plus le droit de sortir seule quand nous serons revenus à Riyad. (...) Abandonner un vélo pour un voile, voilà qui me fait l'effet d'un bien mauvais troc. (p. 37)
Commenter  J’apprécie          150
fanfanouche24
fanfanouche24  
Pour toute femme éduquée dans les mêmes conditions que moi, le frère aîné est une personne importante. Les grands frères veillent sur l'honneur de la famille, et surtout ils considèrent souvent que c'est à eux de surveiller les autres. Peut-être font-ils même preuve d'un comportement encore plus agressif et incontrôlé que leur père : ils sont jeunes, ils veulent tester leur virilité, prouver qu'ils sont des vrais hommes. Ils ont le goût du pouvoir et vivent au sein d'une société dans laquelle personne ne se met en travers de leur chemin. (p. 145)
Commenter  J’apprécie          90

Videos de Rana Ahmad (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Rana Ahmad
Peut-être avons-nous tendance à l'oublier aujourd'hui, mais longtemps, la lecture est restée le privilège des hommes. Les femmes, elles, assignées au monde domestique, en étaient privées. Jusqu'au jour où les livres sont enfin devenus, pour la moitié de l'humanité, un précieux compagnon, un moyen de s'évader, de comprendre, d'oser, de découvrir, de rêver...
C'est cette relation singulière qui lie les femmes et la lecture que nous allons évoquer dans cet épisode, avec notre invitée, l'écrivaine Laure Adler.
Vous pourrez aussi entendre la bibliographie des libraires de Dialogues, proposée par Catherine.
Et nous donnerons la parole au réseau des médiathèques de Brest, au cours d'un entretien avec la bibliothécaire Aude Escudié.
Bibliographie
- Les femmes qui lisent sont dangereuses de Laure Adler (Éd. Flammarion) https://www.librairiedialogues.fr/livre/8167455-les-femmes-qui-lisent-sont-dangereuses-laure-adler-stefan-bollmann-flammarion - Les Vilaines, de Camila S osa Villada (Éd. Métailié) https://www.librairiedialogues.fr/livre/17913959-les-vilaines-camila-sosa-villada-anne-marie-metailie - Matilda de Roa ld Dahl (Éd. Gallimard jeunesse) https://www.librairiedialogues.fr/livre/15297024-matilda-le-texte-original-roald-dahl-gallimard-jeunesse - La Grand-mère de Jade de Frédérique Deghelt (Éd. Babel) https://www.librairiedialogues.fr/livre/2300087-la-grand-mere-de-jade-frederique-deghelt-actes-sud - Grâce et dénuement d'Alice Ferney (É d. Flammarion) https://www.librairiedialogues.fr/livre/5387469-grace-et-denuement-alice-ferney-actes-sud - le Livre de deux chemins de Jodi Picoult (Éd. Ac tes Sud) https://www.librairiedialogues.fr/livre/18050624-le-livre-des-deux-chemins-jodi-picoult-actes-sud - le Livre du rien de Rémi Courgeo n (Éd. Seuil Jeunesse) https://www.librairiedialogues.fr/livre/18050624-le-livre-des-deux-chemins-jodi-picoult-actes-sud - Les Passeurs de livres de Daraya de Delphine Minoui (Éd. Points) https://www.librairiedialogues.fr/livre/18050624-le-livre-des-deux-chemins-jodi-picoult-actes-sud - Ici les femmes ne rêvent pas de Rana Ahmad (Pocket) https://www.librairiedialogues.fr/livre/18431677-ici-les-femmes-ne-revent-pas-recit-d-une-evasion-rana-ahmad-pocket - Dysfonctionnelle d'Axl Cendres ( Éd. Sarbacane) https://www.librairiedialogues.fr/livre/8347130-dysfonctionnelle-axl-cendres-sarbacane
Générique : Sara Petit.
+ Lire la suite
autres livres classés : arabie saouditeVoir plus
Notre sélection Littérature étrangère Voir plus




Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
1438 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre