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ISBN : 2909589315
Éditeur : INTERFERENCES LIBRAIRIE UNIV DE PARIS VII (05/03/2015)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 11 notes)
Résumé :
Recueil de deux cycles de poèmes consacrés respectivement au destin russe de l'auteure et à la création poétique.
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
seblac
  01 mai 2016
Ce nouveau volume des éditions Interférences regroupe deux recueils de la poétesse russe Anna Akhmatova. Une édition qui fait suite à celle du Requiem en 2005.
Le premier de ces recueil est intitulé élégies du Nord. Il rassemble des textes écrits à des périodes différentes (entre 1921 et 1964). de ces sept élégies quatre seulement avaient été publiées du vivant d'Akhmatova, les autres restant à l'état de manuscrit. Pourtant la poétesse nourrissait ce projet de sept élégies. Près de cinquante années après sa mort, voilà son voeu exaucé.
Comme leur titre l'indique le ton de ces élégies est à la mélancolie, à la tristesse pour ce qui n'est plus ou pour ceux qui ne sont plus : la Russie de Dostoïevski, les années 1910 (celles des premiers poèmes, des premiers succès aussi), la vie avec son premier époux, le poète Nikolaï Goumilev (fusillé en 1921), l'arrivée de l'automne de la vie. Des élégies qui évoquent aussi la vie éprouvante de cette femme qui durant des années fut écartées de la vie littéraire de son pays : interdite de publication en 1924 jusqu'à la guerre, puis de nouveau en 1946, elle ne put republier (avec parcimonie) qu'avec la mort de Staline. Ces années ce sont aussi les proches qui émigrent, les arrestations de ses amis, la déportation de son fils etc...La vie pleine de promesses s'est transformée, comme pour des millions de ses concitoyens, en un cauchemar éveillé :
« J'ai été, tel un fleuve,
Détournée de mon cours par un temps sans pitié.
On a remplacé ma vie par une autre... »
A moins que la responsable de ce détour ne soit la rencontre avec la poésie, elle qui était Anna Gourenko et que la poésie a fait devenir Anna Akhmatova (nom de son arrière grand-père). Dans tous les cas, le temps a fait son oeuvre sans qu'on sache si il faut s'en féliciter ou s'en attrister.
Ce temps qui passe et fait s'effacer les souvenirs comme le souligne la sixième élégie. Ce temps qui passe inexorablement au point que l'on se sent devenir soi même un souvenir, juste avant que le silence ne se fasse, temps de la septième et dernière élégie.
Le second recueil est intitulé les secrets du métier. Il se compose de dix poèmes pour la plupart écrits et publiés dans les années soixante peu de temps avant la mort d'Akhmatova. La traductrice, Sophie Benech, y a ajouté deux poèmes écrits plus tôt qui reprennent l'idée générale de l'inspiration du poète. Akhmatova y décrit la manière dont lui vient l'inspiration. Une inspiration qui peut s'avérer tantôt un délice tantôt une malédiction dévorante.
Dans tous les cas, on retrouve dans cette poésie toute la sensibilité d'Akhmatova, dissimulée, comme souvent, derrière des vers parfois un peu mystérieux. Akhmatova n'était pas de celles qui se laissaient amadouer facilement, sa poésie pas davantage…
Ces poèmes portent le poids de la malédiction du siècle. Un malheur qui est à la fois le sien, celui de ses proches, celui de son pays.
Longtemps condamnée au silence, Akhmatova a su ,à travers sa poésie, retranscrire sa souffrance tout en la faisant entrer en résonance avec celle (souvent pire encore) de ses concitoyens.
Sans être une poétesse politique au sens strict du terme, sa manière d'appréhender le malheur a fait d'elle une des poétesses les plus populaires en Russie. Un pays où la poésie a longtemps eu une place importante. Alors bien sur ce ne sont pas ses vers qui ont fait taire le bruit des canons ou qui ont ouvert les portes des camps. Mais pour quelques uns, ils ont donné un peu d'espoir ou simplement ce sentiment qu'ils n'étaient pas totalement seuls dans ce monde de ténèbres, cette impression vague que quelqu'un les comprenait et prenait des risques insensés pour le dire...C'est peu, très peu peut-être mais c'est essentiel.
La vie et la poésie d'Akhmatova me rappelle souvent la célèbre citation de Jean Paulhan : « Tu peux serrer une abeille dans ta main jusqu'à ce qu'elle étouffe, elle n'étouffera pas sans t'avoir piqué, c'est peu de choses, mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu'il n'y aurait plus d'abeilles »
Espérons qu'en ces temps étranges les abeilles continuent à piquer et les poètes à écrire librement…
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Myriam3
  28 février 2017
Avec ce petit recueil, je découvre Anna Akhmatova, poétesse russe du vingtième siècle, victime parmi tant d'autres des persécutions qui sévissaient dans les années 40 dans son pays.
Je découvre une poésie légère et délicate, angoissante aussi dans la première partie dans laquelle elle revient sur son enfance, son sentiment d'étrangeté à la vie, cette sensation d'imposture: une autre aurait vécu sa vie. Lieux d'inquiétudes, la maison où elle a vécu mariée, paysages, villes...
La deuxième partie est totalement tournée vers la création, la naissance et la vie d'un poème, la figure mystérieuse du lecteur avec lequel elle entretient un dialogue.
Ce recueil est une bonne entrée en matière et un bel objet tout court grâce à cette édition qui a également publié Virginia Woolf il n'y a pas longtemps.
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Under_the_Moon
  30 décembre 2015
Lire Anna Akhmatova, c'est s'assurer qu'on lira des poèmes (en vers ou en prose) bien écrits.
Une fois de plus, ce fut une lecture agréable, j'ai préféré ' les Secrets du Métier ' - où la poétesse parle avec passion et humour parfois de son métier - aux ' Elégies du Nord ', un cran en-dessous à mon goût.
Dans ses poèmes le souffle de vie et la mort s'affrontent. Bien que, je dois avouer avoir moins aimé que Requiem. Cela est-il dût au fait au ce recueil contient des poèmes écrits bien plus tard que ceux de Requiem ? Est-ce la pression du communisme stalinien qui a permis un combat tel entre les pulsions de vie et de mort d'Anna Akhmatova qu'elle en a fait un chef d'oeuvre ?
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   23 avril 2015
1 La Création
C'est parfois cela : une sorte de langueur,
Aux oreilles l'horloge sonne à n'en plus finir ;
Au loin les roulements du tonnerre qui se meurt.
J'entends comme des voix inconnues et captives,
Comme des plaintes et des gémissements,
Un cercle mystérieux lentement se resserre,
Mais dans ce gouffre de murmures et de sons
Un bruit s'élève qui domine tous les autres.
Et le silence autour est si irrémédiable,
Qu'on entend l'herbe pousser dans la forêt,
Le Mal rôder sur terre en portant sa besace...
Mais voilà que soudain on distingue des mots,
Et le déclic sonore des rimes légères.
Alors je commence à comprendre,
Et les vers qu'on me dicte viennent se déposer
Sur la neige blanche du papier.

5 novembre 1936 La Maison aux Fontaines
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NievaNieva   03 août 2015
Sixième

La dernière source est la source froide de l'oubli.
La plus douce, celle qui calme l'ardeur de nos cœurs.
A. Pouchkine

Les souvenirs en nous vivent trois âges.
Le premier — il semble que c'était hier.
L'âme demeure sous leur voûte bénie,
Et le corps ravi à leur ombre repose.
Le rire vibre encore, les larmes coulent,
La tache d'encre est toute fraîche,
Et scellant notre cœur, l'empreinte
Du dernier baiser — unique, inoubliable...
Mais cela ne dure guère et bientôt,
Ce n'est plus une voûte au-dessus de nos têtes,
Mais au fond d'un faubourg une maison perdue,
Où il fait froid l'hiver et chaud l'été,
Habitée d'araignées, couverte de poussière,
Où moisissent nos lettres d'amour fou,
Où les portraits sournoisement s'altèrent,
Où l'on se rend comme sur une tombe,
Et au retour, on se lave les mains,
Et l'on essuie une larme furtive
À ses paupières lourdes, et l'on soupire.
Mais l'aiguille de l'horloge tourne, les printemps
Se succèdent, le ciel s'empourpre,
Les villes changent de nom, et déjà
Il n'y a plus de témoin, personne
Pour partager nos pleurs, nos souvenirs.
Et lentement s'éloignent de nous ces ombres
Que nous cessons désormais d'évoquer,
Dont le retour nous glacerait d'effroi.
Et voilà qu'un beau jour, nous avons oublié
Jusqu'au chemin menant à cette maison perdue
Et, suffoquant de honte et de colère,
Nous y courons. Mais là, comme dans les rêves,
Tout a changé — les gens, les choses, les murs,
Personne ne nous connaît, nous sommes des étrangers.
On s'est trompé d'adresse... Et c'est alors
Que sonne l'heure la plus amère : nous comprenons
Que ce passé ne saurait plus s'inscrire
Dans les limites de notre vie présente,
Qu'il nous est devenu presque aussi étranger
Qu'à notre voisin de palier, que les morts,
Nous ne pourrions les reconnaître, et que ceux
Dont Dieu nous a autrefois séparés
Se sont fort bien passés de nous et même,
Que tout est pour le mieux...

5 février 1945, Maison aux Fontaines

(Élégies du Nord)
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NievaNieva   03 août 2015
Deuxième
(Les années 10)

Tu es celle qui triomphe de la vie,
Et moi — ton camarade en liberté.
N. Goumiliov

Rien à voir avec une enfance rose...
Ni peluche ni jouets ni taches de rousseur,
Pas de gentilles tantes ni d'oncles terrifiants ni même
De compagnons parmi les galets des rivières.
Dès le début il m'avait semblé être
Le rêve de quelqu'un ou bien son délire,
Ou encore un reflet dans le miroir d'un autre,
Sans nom, sans chair, sans raison d'être.
Déjà je connaissais la longue liste des crimes
Que je devais commettre un jour.
C'est ainsi que, d'un pas de somnambule,
Je suis entrée dans la vie et je lui ai fait peur.
Elle s'étendait devant moi comme le pré
Où Proserpine un jour s'est promenée.
Devant moi, une incapable d'obscur lignage,
Se sont ouvertes des portes imprévues,
Et des gens en sortaient, ils criaient :
« La voilà ! C'est elle ! Elle est là ! »
Et je les regardais avec stupéfaction,
Et je me disais : « Ils ont perdu la tête ! »
Et plus ils me couvraient d'éloges,
Et plus ils avaient d'admiration pour moi,
Plus j'avais peur de la vie ici-bas,
Et plus j'aurais voulu me réveiller.
Je savais que j'allais le payer au centuple,
En prison, dans la tombe, dans un asile de fous,
Partout où doivent un jour se réveiller
Les gens comme moi — mais la torture du bonheur
Se prolongeait...

4 juillet 1955, Moscou

(Élégies du Nord)
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   29 décembre 2015
Notre temps sur terre passe vite,
Étroit est le cercle qui nous est dévolu.
Mais lui, il est immuable, éternel,
Du poète il est l'ami inconnu et secret.


("5. Le lecteur", dans 'Les secrets du métier', 11juillet 1959)
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Myriam3Myriam3   04 mars 2017
Dès le début il m'avait semblé être
Le rêve de quelqu'un ou bien son délire,
Ou encore un reflet dans le miroir d'un autre,
Sans nom, sans chair, sans raison d'être.
Déjà je connaissais la longue liste de crimes
Que je devais commettre un jour.
C'est ainsi que, d'un pas de somnambule,
Je suis entrée dans la vie et je lui ai fait peur.
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Videos de Anna Akhmatova (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Anna Akhmatova
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=53384
LES AILES DE NATHAN
Roman
Catherine Cerf-Verny
Rue des écoles - Littérature
Ce roman est l'histoire de la rencontre entre Nathan et Ella, deux personnages très différents que rien ne prédisposait à se connaître. Lui, survivant de la rafle du Vel d'Hiv du 16 juillet 1942, elle, beaucoup plus jeune, Parisienne, spécialiste de la Russie et auteur d'un mémoire sur la poétesse Anna Akhmatova. Nathan raconte à Ella l'histoire de sa vie. Ella, profondément touchée par son récit, finit par s'identifier à lui. Elle décide alors d'?uvrer à la Résurrection de Nathan grâce à Bach, Beethoven, Chopin, grâce à Ronsard, Nerval, Milosz, et aussi grâce à l'amour.
Catherine Cerf-Verny est professeur de russe et de Français Langue Étrangère (FLE). Elle a notamment enseigné le FLE pendant plusieurs années à des élèves étrqngers de l'École Polytechnique. Les Ailes de Nathan est son premier roman.
Broché - format : 13,5 x 21,5 cm ISBN : 978-2-343-11422-4 ? 2 mai 2017 ? 104 pages
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