AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet

Saleh yassin Al-haj (Autre)
EAN : 9791090062726
160 pages
Editions iXe (25/02/2022)
3.62/5   4 notes
Résumé :
Militante des droits humains, opposante au régime d'Assad, Samira al-Khalil est l'une des quatre de Douma : deux femmes (Razan Zaitouneh et Samira), deux hommes (Wael Hamada et Nazim al-Hammadi), enlevés en décembre 2013 et disparus depuis. Figure emblématique du soulèvement démocratique de 2011, elle travaillait au Centre de documentation des violations en Syrie et avait créé avec Razan Zaitouneh deux lieux d'accueil pour les femmes de Douma, en banlieue de Damas. ... >Voir plus
Que lire après Journal d'une assiégéeVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
2013. Opposante au régime Samira Al-Khalil fuit Damas pour Douma, en Ghouta orientale, région qui deviendra martyre après des mois de siège imposé par les forces gouvernementales. Pendant quelques mois Samira va partager le sort des syriens piégés dans cette bande de terre bombardée quotidiennement, victime de plusieurs attaques chimiques. Jusqu'au jour où elle sera enlevée et ne réapparaîtra plus. Des mois, des années plus tard son mari retrouve des notes, des bribes de journal écrit par Samira en 2013. Il reconstitue tant bien que mal les textes de sa femme et décide de les publier, pour témoigner.

Le livre est composé de 2 parties :
- le journal, non daté, reconstitué par le mari de Samira. Des bribes de textes, parfois juste quelques mots. Des répétitions parfois, comme une ébauche d'articles non terminés. Les fragments de textes ainsi présentés, sont un reflet de la précarité, de l'urgence, de l'insécurité vécue pendant ces mois de siège.
- les posts de sa page Facebook, supprimés après sa disparition. Des textes plus construits qui racontent d'une façon plus structurée ce que laissent entrevoir les fragments de notes du journal.

Il y a tout dans ce journal, dans ces articles : l'écriture spontanée de l'émotion brute, la poésie que Samira arrive à trouver dans cet environnement hostile, la simplicité du vocabulaire d'un quotidien réduit à moins que le strict minimum, les réflexions élaborées d'un esprit philosophe, l'amour d'une femme pour son pays, pour son mari, pour ses ami.e.s, le courage et la peur, la colère et la compassion, les moments d'espoir et ceux où le découragement la guette. Il y a surtout la force d'un esprit combattant, généreux et solidaire.

Samira trouve souvent la force de s'accrocher à des instants d'une vie quotidienne "normale" pour continuer à faire vivre des moments d'humanité dans un monde qui s'effondre. Elle est témoin de la lutte d'une population pour garder son humanité malgré les difficultés. Elle écrit sa colère contre celui qui détruit son peuple et son pays, mais aussi contre le reste du monde qui laisse faire et regarde ailleurs.

Comme le dit son mari dans la préface, on sent que Samira minimise sa souffrance, les difficultés de la vie dans la ville assiégée. Elle parle des difficultés des autres, rarement des siennes. Elle nous a laissé les mots d'un peuple fier, fort, meurtri.

C'était il y a seulement quelques années, pas très loin de l'Europe. C'est une guerre civile qui dure depuis 10 ans, mais qui ne fait plus la une de nos médias occidentaux. Qu'avons-nous fait pour les aider ? Qu'avons-nous appris de nous-même ?

Merci à Babelio et aux Editions iXe pour leur confiance qui m'a permis d'entendre cette parole nécessaire, pour que les mots de Samira nous arrivent et continuent à lui rendre hommage ainsi qu'à toutes les victimes de cette guerre civile qui n'en finit pas.
Commenter  J’apprécie          182
Nous les avons laissé se faire massacrer. Certains même ont applaudi

« Un an environ après l'enlèvement de Samira, j'ai reçu de Douma des photos de feuilles non paginées sur lesquelles Samira avait noté des réflexions, des commentaires et des témoignages sur la vie d'assiégé dans la Ghouta orientale. Les photos avaient été prises avec un téléphone portable par Osama Nassar, membre fondateur des comités locaux de coordination et de l'équipe éditoriale de la revue de ces comités, Rising for freedom. Osama fut l'un des derniers à quitter Douma pour le Nord de la Syrie, en avril 2018 ». Dans son avant-propos, Yassin al-Haj Saleh parle du contenu des textes publiés ou non sur facebook, de la Ghouta orientale, de l'électricité coupée par le régime, de Samira et de Razan, d'une « patrie » débarrassée d'une grande partie de sa population, de massacre à l'arme chimique, de cadeau « pour le régime et les nihilistes islamiques »…

« Finalement, pour donner corps aux paroles de ma femme disparue j'ai opté pour une solution qui combine la transmission fidèle de ses notes avec un résultat fluide et lisible. Pour cela, je me suis permis des intrusions limitées, en expliquant parfois certains passages, en « traduisant » ses intentions ici ou là ».

Il parle aussi de sensibilité, d'humanisme, « Samira ramène les choses à leur simplicité : la faim, le froid, la maladie, la peur, la vie et la mort », de la Ghouta quotidiennement bombardée, de prison à ciel ouvert, de ceux qui ont couvert les crimes d'Assad, de la monstruosité de Jaysh al-Islam. « L'oubli est un allié fiable des organisations criminelles, tout aussi puissant que le désespoir ! »…

Un journal. « le régime est un poignard planté dans le flanc du pays, et cette lame doit être retirée si l'on ne veux pas que la Syrie disparaisse ». Des mots et des phrases pour dire, la faim et la mort, le saccage sous toutes ses formes, les cheikhs et les services secrets, l'anonymisation du coupable, « Il est criminel de soutenir un criminel », les armes chimiques et les armes, « le monde ne veut pas voir les gens tués par les armes chimiques mais il veut bien voir des corps humains s'envoler sous l'impact d'un missile ou d'un obus », les fosses communes, les projectiles d'un sniper, « C'est la victoire d'une guerre immorale et le monde regarde des membres en chair et en os voler sur les écrans », en regard du siège la prison comme « une sorte de réclusion de luxe », la mémoire, « La mémoire se met à bredouiller et remonte à la surface du présent », la prison et le siège, « La prison a ses histoires, le siège et la mort en ont d'autres », celles et ceux qui sont partis, « Ceux qui sont partis m'habitent »…

Des mots, des images, « Nous sommes sorties de prison mais la prison ne nous quitte pas », un endroit, « L'endroit est toujours le même et vous êtes présentes/absentes », la mort à chaque instant, les bombardements et ces obus qui ont mis fin aux jeux d'enfants, la faim et les soins, « Nous voulons des médicaments à prendre à jeun et pas deux heures avant de manger », les routes coupées, « le monde a fermé ses routes, il s'est barricadé, craignant le salut de ceux qui désirent sauver leurs enfants de la mort », essayer de gagner un jour supplémentaire, la distance entre la mort et toi, « Une rue et un trottoir et tu gagnes du temps », les frontières, « Quand des pays ferment leurs frontières face à ceux qui fuient une mort certaine avec leurs enfants – mais ouvrent ces mêmes frontières aux diables de la terre » ou « Les tyrans des pays voisins ouvrent leurs frontières aux terroristes et les ferment aux familles qui fuient la mort », la honte, « Celui qui a gardé le silence face à notre mort s'en ira avec sa honte éternelle », la trahison de l'humain, le silence sur les massacres quotidiens, la violence, « La violence est une épidémie, l'infection vous contaminera si vous serrez la main d'un criminel, même si vous ne vous êtes pas embrassés », la mort seule denrée en abondance, un lieu « la Ghouta », un temps « l'immoralité internationale »…

« Samira avait pris l'habitude de documenter la vie sous état de siège à Douma et dans la Ghouta orientale avant et après le massacre chimique du 21 août 2013 ». Une page facebook du 23 juin 2013 au 3 décembre 2013. Les régions libérées punies en étant assiégées, la stupéfaction devant la capacité de destruction et la brutalité, « Nous sommes impuissants face à la complicité d'un monde immoral avec ce régime de destruction massive », la mort mêlée à l'air, « La mort s'est infiltrée avec son odeur dans l'intimité des maisons », les bombardements et les corps en lambeaux, le morcèlement des corps par les obus quotidiens, « le monde continue de se réjouir du spectacle de l'effusion de sans et il applaudit le criminel avant de s'endormir, satisfait du nombre de victimes », l'insupportable et l'invraisemblable, la cruauté dépassant les souvenirs de prison, « la dévastation s'étend ici et là avec une cruauté qui n'a rien à voir avec nos pires cauchemars »..

Le livre se termine avec une postface, A la recherche de l'absente, de Yassin al-Haj Saleh, la femmes disparue, le réfugié, l'impunité des criminels, un pays ouvert à toutes les exactions…

Comment pouvons nous dormir tranquille ? Nous les avons laissé se faire massacrer. Certains même ont applaudi. « Souviens-toi qu'il existe des enfants qui n'ont pour s'endormir que les histoires de mort et de criminel qui a assassiné les plus beaux jours de leur vie ».
Lien : https://entreleslignesentrel..
Commenter  J’apprécie          40
Témoignage percutant et dérangeant car il montre les limites de la diplomatie, des organisations internationales, et des dirigeants occidentaux.
Émotionnellement, il est plus difficile à lire que les Portes du néant de Samar Yazbek où celle-ci est plus nuancée dans ses propos.
Un journal de bord apporte les faits tels quels sans enjoliver la situation ni l'atténuer.

Samira était au coeur de la population, près des plus démunis. Pourquoi, nous n'avons pas su protéger la Syrie des Salafistes ou du moins les aider sur le terrain.
Peut-être, nous attendions que les pays limitrophes se réveillent.
Nous avions aussi nos lots de victimes (guerres, attentats de Daech).
Et puis, nous avions des enjeux économiques et nous voulions certainement éviter une 3ième guerre mondiale surtout avec les armes nucléaires (et j'en passe).

L'Europe s'est endormie …Notre fascination pour la culture russe, notre incompréhension pour un pays plus lointain où règne la guerre civile.
Des alliances se sont créées à nos dépends, entre la Syrie (Régime Bachar Al- Hassad) et la Russie (Poutine et ses partisans). Ce qui est dérangeant, c'est que nous avons réagi plus vite pour l'Ukraine .

L'actualité nous rattrape avec une autre guerre, un autre pays mais le résultat est le même : des villes bombardées, des civiles qui meurent dans des atroces souffrances. L'exode commence ou recommence.

En aparté, j'espère vraiment que Yassin Al-Haj Saleh découvre ce qui s'est passé et remonte la piste pour retrouver Samira. Les organisations internationales devraient appliquer des sanctions plus strictes au Régime contre Bachir Al- Assad et permettre aux Syriens de retourner dans leur pays s'ils le souhaitent car c'est un droit d'accéder à son propre territoire, un droit qu'on bafoue encore aujourd'hui.

D'ailleurs, il est grand temps que les Occidentaux se sustentent de leurs propres ressources et produisent leurs propres énergies ou du moins de pas faire du commerce avec des pays qui ne respectent pas les droits de l'homme et la démocratie.
Commenter  J’apprécie          50
Au coeur du conflit en Syrie, Samira al-Khalil nous bouleverse et nous confronte à cette guerre méconnue et bien trop peu médiatisée.

De ses paroles dures mais véridiques, elle nous démontre la cruauté et l'adversité de ce siège meurtrier. C'est avec rage et conviction qu'elle nous explique le quotidien de ces femmes, hommes et enfants dont la réalité est à peine concevable. Elle m'a émue et à chambouler mes émotions, elle m'a permis de me poser des questions et de mieux comprendre ce conflit dont je ne mesurais pas l'ampleur.

Ajoutons également que ce roman fait un parallèle effrayant avec le conflit actuel en Ukraine, dont on entrevoit les similitudes quant au bombardement quotidien et au manque de ressources vitales. Cela nous permet d'avoir une meilleure compréhension de l'actualité et du monde dans lequel nous vivons.

J'ai cependant quelques remarques à faire sur le style d'écriture de ce livre.
En dépit du contenu, j'ai rencontré certaines difficultés quant à la compréhension général du récit.

En effet, cela a été dit et je le comprends mais le fait qu'il n'y ai pas les dates ou qu'elles ne correspondent à la date d'écriture originel est assez déroutant et n'aide certainement pas à la compréhension générale du récit. Aussi, le fait que le journal soit mis indépendamment des posts Facebook m'a perturbé. Je me suis emmêlée et n'ai su saisir le fil temporel du siège raconté par Samira al-Khalil.

De plus, n'étant encore qu'une enfant lors de cette tragédie, nombreuses sont les références culturelles et politiques que je ne possède pas et qui malgré les notes de pages, m'ont laissé dans l'incompréhension.

Ce livre reste malgré et avant tout une mise en lumière et un témoignage primordial. Grâce à elle, et au travail acharné de son mari pour constituer ce livre, cela permettra à de nombreuses personnes d'avoir accès à cette partie de l'histoire et de découvrir la dure réalité de la vie en Syrie sous état de siège.
Commenter  J’apprécie          00

Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
Je marche, oppressée, je trébuche, mon corps tremble, j'ai mal au cœur, l'impression que le sol est sur le point de m'avaler . Mon âme fait corps avec ces lieux dévastés, mes sentiments ne ressemblent à rien de ce que j'ai vécu jusqu'à présent et il est impossible qu'ils ressemblent à quoi que ce soit. Je croyais que la mémoire carcérale de mes quatre années de prison serait le pire de ce que mes yeux peuvent voir, qu'il n'y avait pas plus terrible que toutes les histoires de personnes connues en prison, mais ce que je vois actuellement dépasse en cruauté la somme de mes souvenirs de prison.
Commenter  J’apprécie          30
Oui, un jour, quand la guerre sera finie, ces organisations humanitaires pourront revenir. Les pays auront chacun leur part de la reconstruction. Certains visent le pétrole, d’autres les projets de reconstruction. Des projets qu’ils se partageront au prix du sang.
Commenter  J’apprécie          60
Un an environ après l’enlèvement de Samira, j’ai reçu de Douma des photos de feuilles non paginées sur lesquelles Samira avait noté des réflexions, des commentaires et des témoignages sur la vie d’assiégé dans la Ghouta orientale. Les photos avaient été prises avec un téléphone portable par Osama Nassar, membre fondateur des comités locaux de coordination et de l’équipe éditoriale de la revue de ces comités, Rising for freedom. Osama fut l’un des derniers à quitter Douma pour le Nord de la Syrie, en avril 2018
Commenter  J’apprécie          10
Dans leurs récits spontanés, les gens trouvent des mots simples pour dire le fonds de leurs sentiments. Plus tard l’intellectuel et le philosophes les habilleront comme il se doit. Là, leur richesse est dans la spontanéité de la larme qui accompagne la parole.
Commenter  J’apprécie          20
Finalement, pour donner corps aux paroles de ma femme disparue j’ai opté pour une solution qui combine la transmission fidèle de ses notes avec un résultat fluide et lisible. Pour cela, je me suis permis des intrusions limitées, en expliquant parfois certains passages, en « traduisant » ses intentions ici ou là
Commenter  J’apprécie          00

autres livres classés : syrieVoir plus
Les plus populaires : Non-fiction Voir plus

Lecteurs (9) Voir plus



Quiz Voir plus

C'est la guerre !

Complétez le titre de cette pièce de Jean Giraudoux : La Guerre ... n'aura pas lieu

de Corée
de Troie
des sexes
des mondes

8 questions
1118 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , batailles , armeeCréer un quiz sur ce livre

{* *}