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Daniel Leuwers (Éditeur scientifique)
EAN : 9782253005278
310 pages
Le Livre de Poche (20/09/2006)
  Existe en édition audio
3.75/5   10182 notes
Résumé :
Lire "Le Grand Meaulnes", c'est aller à la découverte d'aventures qui exigent d'incessants retours en arrière, comme si l'aiguillon du bonheur devait toujours se refléter dans le miroir troublant et tremblant de l'enfance scruté par le regard fiévreux de l'adolescence.
Le merveilleux de ce roman réside dans un secret mouvement de balancier où le temps courtise son abolition, tandis que s'élève la rumeur d'une fête étrange dont la hantise se fait d'autant pl... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (448) Voir plus Ajouter une critique
3,75

sur 10182 notes
À vouloir saisir les ailes d'un papillon, on peut réduire en poussière ses couleurs chatoyantes. Aussi ne ferai-je qu'effleurer "Le Grand Meaulnes", de crainte d'en ôter la magie...

Cette merveilleuse histoire d'amour et d'amitié, publiée en 1913, symbolise à mes yeux le passage de l'adolescence à l'âge adulte, avec tous les déchirements et les tragédies que cela implique. Tragédie cristallisée l'année suivante par la mort de l'auteur, fauché à la veille de ses 28 ans lors des premiers combats, effroyablement meurtriers, de la Grande Guerre.

J'aime le romantisme des personnages, le charme délicat d'Yvonne de Galais, la démesure de son frère Frantz et la quête d'absolu d'Augustin Meaulnes, ce double héroïque du sage narrateur, François Seurel. L'aventure de Meaulnes à la fête étrange du Domaine inconnu conserve la magie d'un songe. Et la nature, si présente dans la description des paysages de Sologne, s'en fait la complice.

Un roman initiatique que j'ouvre de temps en temps, pour respirer dans ces pages qui ont jauni un parfum d'adolescence. J'y ai même retrouvé un trèfle à quatre feuilles, aussi diaphane et léger, maintenant, qu'une aile de papillon.
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Le Grand Meaulnes raconte l'histoire d'un premier amour , celui qui ne se concrétisera jamais et dont on garde un souvenir ébloui .
C'est un livre au charme désuet , celui d'une époque qui n'existe plus , un roman très romantique , il y a dans ce livre , une atmosphère particulière qui nous fait pénétrer dans un monde merveilleux , magique , c'est ça la force du roman , il nous emmène au pays des rêves , on est un peu comme dans un état d'hypnose pendant la lecture .
Moi personnellement , jen garde un souvenir émerveillé et je n'ai pas envie de le relire , j'aurais bien trop peur que la magie n'opère plus , pas certaine que ce qui m'avait tant plu à l'adolescence me plairait encore aujourd'hui , je préfère rester sur cette impression inoubliable comme celle que laisse le souvenir d'un premier amour .
Je ne peux m'empêcher de mettre un petit mot sur l'auteur bien que l'histoire soit connue , il est mort pendant la première guerre mondiale , lui non plus n'a pas vieilli , il est resté comme son roman à l'abri du temps qui passe .
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La diversité humaine est décidément sans limite (ou presque). Récemment, dans une librairie de Bordeaux, une libraire anonyme a écrit à propos de Moderato cantabile de Marguerite Duras, je cite : « Un livre d'une grande beauté et d'une intensité rare, offert à demi-mots dans la langue si particulière de Duras : un chef d'oeuvre. » Si j'avais eu, moi, à écrire quelque chose à son propos, j'aurais écrit : « Purge absolue, vide intersidéral. Économisez votre temps et votre argent, passez votre chemin, choisissez-en un autre. »

Et en effet, une fois encore avec ce livre, je constate que les goûts humains peuvent être diamétralement opposés. le grand Meaulnes, fait partie des romans favoris — pour ne pas dire LE roman favori — d'un nombre incalculable de francophones. (Notons toutefois que ce titre est rarement cité — voire jamais — dans les listes étrangères dédiées aux meilleurs romans de langue française. À questionner, c'est juste un constat que je fais, je n'ai pas d'explication précise à cela.)

Eh bien en ce qui me concerne, le grand Meaulnes et moi, c'est l'histoire d'une rencontre qui ne s'est pas faite, du moins, pas bien faite. Cocasse, non, au vu de son sujet ? Laissez-moi, si vous le permettez, vous raconter dans quelles conditions cette non-rencontre s'est effectuée.

J'étais en classe de 4ème, époque où, poussée probablement par mes jeunes hormones, j'étais plus rebelles encore qu'à l'ordinaire, réfractaire comme jamais à l'autorité, fût-elle légitime. Bon, bref, ma professeure de français nous proposa, comme lecture imposée : le grand Meaulnes.

Un livre, qui, vous vous en doutez, ne fut pas lu par moi, non par manque d'intérêt pour la lecture, mais bien précisément parce que cette lecture était IMPOSÉE ! J'ai donc ouï parler de cette oeuvre en cours, entendu mes camarades d'alors s'exprimer à son sujet, mais l'ensemble restait pour moi assez nébuleux.

Puis les années passèrent, je lus de plus en plus de littérature, m'aperçus que bon nombre des lecteurs que je côtoyais appréciaient grandement cette oeuvre , finis par me dire que ce titre figurerait dans mes projets de lecture à un moment ou à un autre, et puis...

... et puis beaucoup d'années ont passé avant que je ne m'y attèle. Peut-être trop d'années, je ne sais. Toujours est-il que voilà peu, j'entamai cette lecture, convaincue qu'elle me séduirait, et j'en ressors, convaincue du contraire.

J'ai tout trouvé maladroit, factice, peu crédible et, finalement, de peu d'intérêt à mes yeux. Comment ce qui plaît tant à d'autres peut-il me plaire aussi peu ? Là, mystère. En tout cas, ce que je puis faire, au titre du partage communautaire, c'est d'égrener ce qui, pour moi, n'a pas fonctionné dans l'ouvrage.

En premier lieu, l'écriture en elle-même, notamment les dialogues que je trouve assez mauvais dans l'ensemble, et la mécanique narrative, pas beaucoup plus réussie. Vous voulez un exemple ? Voici un exemple : il s'agit d'un moment crucial du roman, celui où un fiancé effondré, Frantz de Galais, qui a tout préparé en grande pompe pour ses noces s'aperçoit que sa fiancée l'a planté et qui s'adresse à un inconnu, Meaulnes en l'occurrence :

« Eh bien, voilà : c'est fini ; la fête est finie. Vous pouvez descendre le leur dire. Je suis rentré tout seul. Ma fiancée ne viendra pas. Par scrupule, par crainte, par manque de foi... d'ailleurs, monsieur, je vais vous expliquer... »

Donc, voilà un gars passionné, raide dingue de la jeune femme qu'il comptait épouser, qui vient de le plaquer le jour même des noces, il en est comme fou, prêt à se tirer une balle, et il parle comme ça à quelqu'un qu'il n'a jamais vu, ajoutant même « je vais vous expliquer ». Non mais franchement, vous y croyez, vous ?

Je me permets encore de livrer la partie dialoguée d'un passage lui aussi crucial, qui a eu lieu juste avant, lors de la rencontre de Meaulnes avec Yvonne de Galais. Je coupe les parties narratives et ne conserve que les dialogues :

« Voulez-vous me pardonner ?
— Je vous pardonne, dit-elle gravement. Mais il faut que je rejoigne les enfants, puisqu'ils sont les maîtres aujourd'hui. Adieu. […] Je ne sais même pas qui vous êtes, dit-elle enfin. […]
— Je ne sais pas non plus votre nom, répondit Meaulnes. […]
— Voici la " maison de Frantz ", dit la jeune fille ; il faut que je vous quitte… […] Mon nom ?… Je suis mademoiselle Yvonne de Galais… […]
— le nom que je vous donnais était plus beau, dit-il.
— Comment ? Quel était ce nom ? fit-elle, toujours avec la même gravité. […]
— Mon nom à moi est Augustin Meaulnes, continua-t-il, et je suis étudiant.
— Oh ! vous étudiez ? dit-elle. […] À quoi bon ? À quoi bon ? répondait-elle doucement aux projets que faisait Meaulnes. […] Je vous attendrais, répondit-elle simplement. […] Nous sommes deux enfants ; nous avons fait une folie. Il ne faut pas que nous montions cette fois dans le même bateau. Adieu, ne me suivez pas. »

On se rend compte, à l'examen d'une telle densité, qu'effectivement, les dialogues, ça dépote dans ce roman ! Quelle nullité, franchement ! On croirait lire du Harlequin, et encore ! La mécanique de l'asticotage de début de roman, « … est à jamais, dans ma mémoire, agité, transformé par la présence de celui qui bouleversa toute notre adolescence et dont la fuite même ne nous a pas laissé de repos. » « Et c'est là que tout commença, environ huit jours avant Noël » « Et j'y ai souvent repensé depuis. » pour nous faire accroire au sensationnel, à l'exceptionnel, à l'inoubliable me semble de la même facture : maladroite et surtout, vaine.

Voilà pour la forme. Qu'en est-il du fond ? Un gars arrive en pension à la campagne, dans un bled bien paumé, au plein coeur de la France, fin XIXe. le gars, à qui l'on n'a rien demandé, se plante de chemin pour aller chercher les viocs à Noël ; il tombe par hasard sur une fête de noces, qui finalement n'a pas lieu, mais y rencontre une nana quelques minutes, à laquelle il tient le genre de discours que j'ai rapporté plus haut. Il revient à l'école — il ne s'est rien passé avec ladite nana —, mais il y repense pendant des mois et s'ingénie comme Sherlock Holmes à retrouver la route sur un atlas. L'Atlantide à côté, ça paraît facile à retrouver, manifestement.

Le frère de la nana — celui qui voulait se marier et qui s'est pris un râteau — retourne quelque temps à l'école — ça déjà c'est pas mal, mais précisément à l'école de Meaulnes —, qui, nous dit-on, n'est pas tout près. Et il y retourne comment de surcroît ? Déguisé en bohémien, justement pour rencontrer Meaulnes — qu'il ne connaissait pas et qu'il n'a vu qu'une fois, précisons. D'ailleurs, ledit Meaulnes ne le reconnaît pas (ou du moins seulement bien plus tard). Et alors, comme on se doute, avec de tels atomes crochus entre ces deux-là, se noue un lien indéfectible. Rien de moins.

Et puis, vers 18 ans, Meaulnes monte à Paris en pensant à la nana de quand il avait 15 ans — qu'il a vue une demi-heure —, la cherche nuit et jour pendant des mois, car, en trois ans, il n'en a pas vu d'autres, manifestement, et, à Paris, donc, là où il n'y a pas grand monde, comme chacun sait. Ce faisant, il tombe pile sur l'autre nana — celle du râteau — pendant que le narrateur lui non plus ne perd pas son temps, il va dans sa famille, laquelle famille connaît précisément le père de la nana, l'autre, celle d'une demi-heure. Pas mal, non ?

Alors le narrateur, resté magnétisé par Meaulnes qui l'a pourtant laissé tombé comme une vieille chaussette fumante, arrange immédiatement le coup entre Meaulnes et la demi-heure, qui, elle, de son côté, belle comme l'aurore, ne pense évidemment qu'à Meaulnes et n'a jamais eu d'autre prétendant. En cinq minutes chrono, les voilà mariés, ça tombe bien Meaulnes ne pensait qu'à elle depuis des lustres, ne rêvait qu'à cela, mais, mais, mais, à peine mariés, le soir ou le lendemain, le voilà qui se rebarre, juste pour aller retrouver la nana du râteau — qu'il a plus ou moins pelotée dans les coins quand il était à Paris —, car, soudain pris d'un sérieux cas de conscience, et d'une indéfectible fidélité pour le bohémien râtelé qu'il n'avait pas reconnu, il trouve à ce moment essentiel d'aller lui retrouver sa râteleuse…

Évidemment, après avoir couché une seule nuit, la demi-heure est enceinte jusqu'aux dents, meurt en couche, la totale, tandis que Meaulnes ne donne aucun signe de vie pendant des mois, mais, mais, mais revient tout de même au bercail pile quand la demi-heure vient de calancher…

Bon, bon, bon… sans oublier, bien sûr, que Meaulnes a eu le bon goût d'écrire dans un cahier d'écolier tout ce que le narrateur ne savait pas, afin qu'il puisse bien nous raconter l'histoire, après avoir récupéré le cahier, ce qui était LA chose à faire.

En effet, c'est très crédible tout ça, n'est-ce pas ? Ça m'a un peu rappelé Les Hauts de Hurle-vent, où tous les personnages meurent à heure fixe, pile au bon moment pour dynamiter l'histoire. On nous parle sans cesse du fameux grand Meaulnes, le narrateur s'évertue à nous le qualifier de personnage remarquable et intéressant, mais je me demande encore, moi, ce qu'il a d'effectivement remarquable et d'intéressant : je cherche, je cherche et ne trouve rien, fieffée dinde que je suis.

En somme, selon mes propres critères d'appréciation, un roman pauvre et convenu, artificiel à souhait, qui ne me laissera aucune trace bien palpable, si ce n'est celle d'un redoutable ennui. Peut-être aurais-je mieux fait de le lire plus jeune ? Sans doute, mais je me dis que si le texte avait eu à m'émouvoir, il m'aurait émue même à l'âge avancé auquel j'arrive. Donc, déception en ce qui me concerne. Mais aujourd'hui comme à chaque fois, ça n'est bien entendu que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-cheaulzes.
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Ah ! le grand Meaulnes ! Je me souviens d'avoir fait la découverte d'Alain-Fournier dans ce bon vieux Lagarde et Michard. Et ce qui avait retenu mon attention, ce n'était pas le texte, mais sa photo devant laquelle je bavais ! J'étais au collège à l'époque... Alors bien évidemment, je m'étais jetée sur le bouquin. Roman associant l'onirique, l'autobiographique et la fiction, il me permettait de m'évader pendant quelques heures.

L'histoire est la suivante : François Seurel, le narrateur, jeune élève timide de 15 ans, est le fils de l'instituteur. Il mène une existence paisible avec ses parents, dans les bâtiments de l'école lorsqu'un nouvel élève arrive, Augustin Meaulnes. Pensionnaire, il partagera la chambre de François. Cette rencontre va être un tournant dans la vie du calme François. Quelques jours avant noël, Augustin s'offre une escapade hors du lycée. Il découvre un endroit mystérieux, un château abandonné dans lequel se déroule une fête. Il y fait la connaissance d'Yvonne de Galais dont il tombe amoureux et de son frère, Frantz. La fête est donnée pour les noces de ce dernier. Malheureusement, la future promise ne viendra jamais. de retour à la pension, le grand Meaulnes n'a qu'une envie : retourner au château. Il y va en compagnie de François. Mais, chose bizarre, il ne le retrouve pas. Je n'irai pas plus loin, il faut absolument lire ce livre.

Je parlais d'autobiographie... Il s'avère que les trois personnages principaux, François, Augustin et Frantz feraient référence, d'après ce que j'ai pu lire dans quelques études de ce roman, à l'auteur lui-même, à différentes époques.

Souvent lu à l'adolescence, ce roman ne laisse pas indifférent : on aime ou on déteste. Ce voyage initiatique a envoûté bon nombre de lecteurs. Il a marqué des générations et on y fait référence, que ce soit en littérature, au cinéma ou dans la musique.

Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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« Mais un homme qui a fait une fois un bond dans le Paradis, comment pourrait-il s'accommoder ensuite de la vie de tout le monde ? »
Le « Grand Meaulnes » ! C'est un roman sur la jeunesse finie et le bonheur manqué, sur les grandes défaites et la fin des illusions.
C'est Augustin, avec son regard exalté, et sa recherche tâtonnante, vaine de l'absolu qui ne s'embarrasse guère des petitesses et des mesquineries de la grisaille du quotidien. C'est l'éternel adolescent qui, le nez dans les étoiles, enjambe les aventures.
C'est l'absolu et indéfectible fidélité de Julien et le respect de la parole donnée.
C'est la grande débâcle de Frantz, et le douloureux sacrifice d'Yvonne…
C'est la fête au domaine perdu vécu comme un rêve, comme une entrée furtive dans le paradis.
J'ai lu une première fois ce livre à quinze ans, les yeux fiévreux et le coeur froissé.
Au risque de briser une idole, d'abîmer un moment précieux, intime de mon existence, j'ai choisi, inquiet, de le relire après tant et tant d'années, après toutes mes longues traversées par temps clairs ou par temps orageux.
Mes amis ! J'ai connu les mêmes gonflements de coeur. La magie est toujours là ! Lumineuse et Intacte.
Oui ! le chemin qui mène au domaine sans nom est toujours à découvrir.
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critiques presse (2)
BDGest
06 janvier 2012
Collant au plus près de la version d’origine, il en rend avec majesté et une grâce atemporelle le caractère singulier d’un texte qui oscille sans cesse entre rêve et réalité – le grand dilemme d’Augustin -, mais également profondément ancré dans son terroir. Visuellement, tout comme narrativement, cela se transcrit par des scènes de paysages, en apparence immuables, une impression de temps suspendu ou qui s’écoule plus lentement, un aspect passé des personnages et des lieux.
Lire la critique sur le site : BDGest
Sceneario
07 novembre 2011
Les éditions Casterman et Bernard Capo ont donc été inspirés de se lancer dans une telle opération qui aura le mérite d'appréhender le best seller d'alain Fournier dans une autre évocation non dépourvue d'intérêts. Une adaptation d'un classique littéraire abondamment commentée et réussie.
Lire la critique sur le site : Sceneario
Citations et extraits (325) Voir plus Ajouter une citation
— Je vais entrer là, se dit l’écolier, je dormirai dans le foin et je partirai au petit jour, sans avoir fait peur à ces belles petites filles.

Il franchit le mur, péniblement, à cause de son genou blessé, et, passant d’une voiture sur l’autre, du siège d’un char à bancs sur le toit d’une berline, il arriva à la hauteur de la fenêtre, qu’il poussa sans bruit comme une porte.

Il se trouvait non pas dans un grenier à foin, mais dans une vaste pièce au plafond bas qui devait être une chambre à coucher. On distinguait, dans la demi-obscurité du soir d’hiver, que la table, la cheminée et même les fauteuils étaient chargés de grands vases, d’objets de prix, d’armes anciennes. Au fond de la pièce des rideaux tombaient, qui devaient cacher une alcôve.

Meaulnes avait fermé la fenêtre, tant à cause du froid que par crainte d’être aperçu du dehors. Il alla soulever le rideau du fond et découvrit un grand lit bas, couvert de vieux livres dorés, de luths aux cordes cassées et de candélabres jetés pêle-mêle. Il repoussa toutes ces choses dans le fond de l’alcôve, puis s’étendit sur cette couche pour s’y reposer et réfléchir un peu à l’étrange aventure dans laquelle il s’était jeté.

Un silence profond régnait sur ce domaine. Par instants seulement on entendait gémir le grand vent de décembre.

Et Meaulnes, étendu, en venait à se demander si, malgré ces étranges rencontres, malgré la voix des enfants dans l’allée, malgré les voitures entassées, ce n’était pas là simplement, comme il l’avait pensé d’abord, une vieille bâtisse abandonnée dans la solitude de l’hiver.

Il lui sembla bientôt que le vent lui portait le son d’une musique perdue. C’était comme un souvenir plein de charme et de regret. Il se rappela le temps où sa mère, jeune encore, se mettait au piano l’après-midi dans le salon, et lui, sans rien dire, derrière la porte qui donnait sur le jardin, il l’écoutait jusqu’à la nuit...

— On dirait que quelqu’un joue du piano quelque part ? pensa-t-il.

Mais laissant sa question sans réponse, harassé de fatigue, il ne tarda pas à s’endormir...
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Après cette fête où tout était charmant, mais fiévreux et fou, où lui-même avait si follement poursuivi le grand pierrot, Meaulnes se trouvait là plongé dans le bonheur le plus calme du monde.
Sans bruit, tandis que la jeune fille continuait à jouer, il retourna s'asseoir dans la salle à manger, et, ouvrant un des gros livres rouges épars sur la table, il commença distraitement à lire.
Presque aussitôt un des petits qui étaient par terre s'approcha, se pendit à son bras et grimpa sur son genou pour regarder en même temps que lui ; un autre en fit autant de l'autre côté. Alors ce fut un rêve comme son rêve de jadis. Il put imaginer longuement qu'il était dans sa propre maison, marié, un beau soir, et que cet être charmant et inconnu qui jouait du piano, près de lui, c'était sa femme...
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Parfois, au bord de l’eau entourée de bois, nous rencontrions une maison dite de plaisance, isolée, perdue, qui ne voyait rien, du monde, que la rivière qui baignait ses pieds. Une jeune femme dont le visage pensif et les voiles élégants n'étaient pas de ce pays et qui sans doute était venue, selon l’expression populaire, "s'enterrer" là, goûter le plaisir amer de sentir que son nom, le nom surtout de celui dont elle n'avait pu garder le cœur, y était inconnu, s'encadrait dans la fenêtre qui ne lui laissait pas regarder plus loin que la barque amarrée près de la porte. [...] Et je la regardais, revenant de quelque promenade sur un chemin où elle savait qu'il ne passerait pas, ôter de ses mains résignées de longs gants d'une grâce inutile.
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Avec quel émoi Meaulnes se rappelait dans la suite cette minute où, sur le bord de l'étang, il avait eu très près du sien le visage désormais perdu de la jeune fille ! Il avait regardé ce profil si pur, de tous ses yeux, jusqu'à ce qu'ils fussent près de s'emplir de larmes. Et il se rappelait avoir vu, comme un secret délicat qu'elle lui eût confié, un peu de poudre restée sur sa joue...
A terre, tout s'arrangea comme dans un rêve. Tandis que les enfants courraient avec des cris de joie, que les groupes se formaient et s'éparpillaient à travers bois, Meaulnes s'avança dans une allée, où, dix pas devant lui, marchait la jeune fille. Il se trouva près d'elle sans avoir eu le temps de réfléchir :
« Vous êtes belle », dit-il simplement.
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Voilà donc ce que nous réservait ce beau matin de rentrée, ce perfide soleil d’automne qui glisse sous les branches. Comment lutterais-je contre cette affreuse révolte, cette suffocante montée de larmes ! Nous avions retrouvé la belle jeune fille. Nous l’avions conquise. Elle était la femme de mon compagnon et moi je l’aimais de cette amitié profonde et secrète qui ne se dit jamais. Je la regardais et j’étais content, comme un petit enfant. J’aurais un jour peut-être épousé une autre jeune fille, et c'est à elle la première que j'aurais confié la grande nouvelle secrète...
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Vidéo de  Alain-Fournier
Sans elle, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche serait sans doute resté plus longtemps encore l'auteur marginal qu'il fut quasiment toute sa vie. Elle fut sa première lectrice, sa confidente, son assistante, son infirmière, son ultime éditrice. Mais aussi sa plus cruelle blessure. Car c'est elle encore qui profitera de sa folie pour reprendre ses oeuvres, les amender, les déformer. Et les offrir à un homme et son parti : Adolf Hitler. Elle s'appelait Elisabeth Förster-Nietzsche, elle fut sa seule et unique soeur. Celle qu'il a tant aimée et qui le trahira. Dans ce roman magistral, Guy Boley raconte leur histoire : celle d'un frère et d'une soeur que le destin va lier dans la tendresse et dans la haine, séparer puis réunir, pour le meilleur et pour le pire. Avec sa langue de feu, entêtante et vibrante, il nous fait traverser l'Allemagne qui bascule, l'Europe qui s'embrase, jusqu'au Paraguay qui s'effondre, pour les suivre de l'enfance à la mort. Amour, maladie, génie ; jalousie, ambition, furie : tout est là. L'équivalent en prose d'un drame shakespearien dont la vérité glace, et le souffle éblouit.
Guy Boley est né en 1952. Il a été maçon, ouvrier d'usine, chanteur des rues, cracheur de feu, acrobate, saltimbanque, directeur de cirque, funambule à grande hauteur, machiniste, chauffeur de bus, garde du corps, animateur d'ateliers d'écriture en milieu carcéral, prof de guitare et de cinéma, avant de devenir dramaturge pour des compagnies de danse et de théâtre. Il compte à son actif une centaine de spectacles joués en Europe, au Japon, en Afrique ou aux États-Unis. Il a publié aux éditions Grasset : "Fils du feu" (2016), lauréat de six prix littéraires (grand prix SGDL du premier roman, prix Georges Brassens, prix Millepages, prix Alain-Fournier, prix Françoise Sagan…), "Quand Dieu boxait en amateur" (2018), lauréat de sept prix, et "Funambule majuscule. Lettre à Pierre Michon suivie de Réponse de Pierre Michon" (2021).
En savoir plus : https://bityl.co/JccE
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Quand Meaulnes arrive chez les Seurel c'est pour :

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