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ISBN : 2072777925
Éditeur : Gallimard (23/08/2018)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 15 notes)
Résumé :
Jmiaa, prostituée de Casablanca, vit seule avec sa fille. Femme au fort caractère et à l’esprit vif, elle n’a pas la langue dans sa poche pour décrire le monde qui l’entoure : son amoureux Chaïba, brute épaisse et sans parole, ou Halima, sa comparse dépressive qui lit le Coran entre deux clients, ou encore Mouy, sa mère à la moralité implacable qui semble tout ignorer de l’activité de sa fille. Mais voici qu’arrive une jeune femme, Chadlia, dite «Bouche de cheval», ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Merik
  01 août 2018
C'est Jmiaa qui tient la parole dans ce roman, elle ne la lâchera pas. Une prostituée de Casablanca parmi d'autres, à l'esprit vif et tenace. Autour d'elle gravite un petit monde haut en couleurs. Un univers de débrouille, de brutalité et de magouille, plus rarement de sentiments. La vie est vacharde par ici, on s'en sort comme on peut. On peut même monnayer les services de sa femme à ses copains, et la faire plonger. Le destin de Jmiaa prendra un autre tour avec l'arrivée d'une marocaine émigrée aux Pays-Bas.

Ce qui frappe dans un premier temps est la multitude des personnages, ça grouille de vie. Le panel y est varié, même si beaucoup végètent dans un milieu pour le moins défavorisé. Flics pourris et petits mecs brutaux, garagiste débraillé ou folle de quartier, prostituées. Les parcours de certaines d'entre elles sont saisissants. On ne naît pas prostituée. Jmiaa l'est devenue contrainte et forcée par une main masculine. Hamila l'est devenue contrainte et forcée surtout par elle-même, pour expier une faute impardonnable à ses yeux.
Il y a aussi Bouche de cheval, surnom donné par Jmiaa à la cinéaste venue repérer et comprendre le milieu. Difficile de ne pas imaginer Meryem Alaoui en lieu et place de la cinéaste, pour son roman. Difficile aussi de ne pas penser à « Much Loved », film sorti en 2015, qui divisa la société maghrébine. Mais « Much Loved » traitait d'une forme de prostitution plutôt luxueuse à Marakech. Ici l'on aguiche le client dans les ruelles paupérisées de Casa, l'on consomme sur des matelas dans des pièces sordides en retroussant les jellabas.
J'ai été emballé par l'écriture, surtout dans la première partie. Je l'ai trouvée délicate et subtile. Oui. Qu'on ne s'y trompe pas, il s'agit bien d'un personnage de pute à qui Meryem Alaoui donne la parole. Son langage est forcément crû, pour le moins fleuri. Des perles de grossièretés égrainent le récit, mais des touches subtiles de poésie, d'inventivité, une imagerie inspirée (souvent autour des animaux) évitent l'écueil d'une vulgarité trop facile. Le ton assigné à Jmiaa, fait de colère à la vindicte jaillissante, de tendresse refoulée ou de réserve parfois, lui donne corps, et surtout l'allure d'un beau personnage de littérature.
« La vérité sort de la bouche du cheval ». Elle sort peut-être bien aussi de la plume de Meryem Alaoui. En espérant que la société marocaine acceptera mieux ce roman que le film « Much Loved ».
Merci beaucoup à Babélio Masse Critique et aux Éditions Gallimard pour ce premier roman de Meryem Alaoui, que j'ai lu en avant-première avec curiosité, intérêt et plaisir.
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sandrine57
  03 août 2018
Prostituée aguerrie, Jmiaa promène ses courbes généreuses et son caractère bien trempé dans les rues de Casa, de la petite pièce où elle vit seule avec sa fille jusqu'à sa place dans l'escalier près du marché où elle alpague ses clients. le métier n'est pas facile, le quartier est populaire, les affaires se règlent vite, à même le sol, la djellaba à peine retroussée, sans états d'âme ni sentiments superflus. Pour supporter cette vie qu'elle n'a pas choisie, Jmiaa cherche l'oubli dans l'alcool, les cachets, les fous rires avec Samira sa collègue et amie, et les bras de Bouchaïb, son client préféré. Tout change lorsque Hamid, le gardien du parking, lui présente Chadlia, une marocaine qui vit au Pays-Bas. Aussitôt rebaptisée ''Bouche de cheval'' par une Jmiaa circonspecte, la jeune femme lui explique qu'elle veut tourner un film, son premier long-métrage, à Casa, sur la vie du quartier, sur une prostituée...Elle veut des conseils, elle veut du vécu, elle veut une actrice...
Gros coup de coeur pour Jmiaa, sa verve, son langage fleuri, son esprit vif et son courage. A la suite de ce personnage haut en couleurs, nous découvrons Casablanca, la société marocaine, le sort des femmes soumises à la volonté des hommes. Jmiaa est une de ces femmes qui n'a pas eu de chance mais qui prend les choses comme elles viennent, avec pragmatisme, philosophie, fatalisme. Narratrice sans concessions de sa propre vie, Jmiaa n'épargne rien ni personne, les hommes, les collègues, les ''barbus'', les fonctionnaires corrompus, les flics, les bien-pensants et les hypocrites. Si le sort ne lui a pas toujours été favorable, elle saura aussi saisir les opportunités qui s'offrent à elle et changer le cours de son destin.
Un récit plein de couleurs, de chaleur, de piment. de la misère, de la violence, mais aussi de la solidarité, de la débrouillardise et un happy end un peu facile mais qu'on ne peut qu'approuver tant on s'est attaché à Jmiaa au point de lui souhaiter le meilleur. Une lecture pétillante qui donne la pêche.
Un grand merci à Babelio et Gallimard pour cette lecture en avant-première.
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Kittiwake
  06 août 2018
C'est avec verve et fantaisie que Myriem Alaoui donne la parole à Jmiaa, que le destin guidé par des choix malheureux a mis sur le trottoir à Casablanca. Elle élève seule sa fille, sa propre mère ignore la vérité, son crétin de mari s'est fait la malle. Rien de réjouissant ni d' enviable donc . Et pourtant, rien ne la démotive , Jmiaa, ni les embrouilles avec les autres filles ou les souteneurs, ni les frasques de son chéri, qui n'a pas inventé l'eau tiède. Elle a d'ailleurs du répondant , que ce soit par la parole ou par les poings. Et puis, un jour , la roue tourne….
Dès les premières lignes on est surpris par le style haut en couleurs utilisé par la narratrice pour nous raconter son quotidien. Pas de faux semblants : elle appelle un chat un chat. Mais c'est si tonique que le sordide disparait derrière la truculence. Les portraits qu'elle dresse de son entourage sont drôles et clairvoyants.
Par ailleurs, Jmiaa emploie de nombreux mots en marocain, et fait référence à des personnalités du spectacle ou de la politique qui ne sont célèbres que localement. le lecteur est renvoyé à un glossaire, indispensable, qui met la lumière sur ce qui n'est en général pas fondamental pour l'intelligence du texte, mais lui donne sa couleur. Bien entendu, le revers de la médaille est que la lecture est coupée à chaque fois que l'on y a recours .
Malgré cet écueil, on est vite sous le charme de la pétillante jeune femme et le récit de ses aventures est captivant. C'est un voyage dans un Maroc pittoresque, coloré, à l'image du parler de Jmiaa, et jamais déprimant : pas de lamentation stérile, mais une capacité de réplique immédiate à l'adversité, même si le message est clair (pour les femmes qui auront raté l'étape fiançailles - mariage, le plus vieux métier du monde est l'une des alternatives, sinon la seule , juste pour espérer survivre).
Je remercie Babelio et les éditions Gallimard pour leur confiance.

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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canel
  14 août 2018
Casablanca (Maroc), 2010*.
Pour Jmiia, prostituée de 34 ans, la plupart des femmes sont des connes, des connasses, et les hommes des bâtards, des fils de putes, des pédés (sic). Elle se prend vite la tête avec tout le monde, et quand les insultes à voix normale ne suffisent plus, elle crie et castagne - avec ses partenaires, ou ses collègues de la rue. Il faut dire que dans son milieu, la misère a beau se vivre au soleil, beaucoup de boisson et de fumette sont nécessaires pour la trouver moins pénible. Et une fois bien 'chargé', on est vite à cran.
Ce personnage de Jmiia, son franc-parler et l'animation hystérique autour d'elle ont quelque chose d'exotique, de touchant et de tragicomique. Le ton m'a un peu rappelé ceux de Faïza Guène et de Virginie Despentes, mais l'intrigue reste au premier degré, factuelle, et tourne vite en rond.
Plus j'avançais, moins les aventures de cette caricature de femme m'intéressaient. J'aurais volontiers sabré quelques dizaines de pages lors des journées répétitives de tournage, qui n'avancent ni de la queue ni de la bouche du cheval.
Et j'aurais sans doute abandonné après les cent premières pages (réussies) si j'avais su que finalement, je lisais là un remake (autobiographique ?) de...
* J'ai situé l'année grâce à la finale foot Espagne-Pays Bas – remerciements à Wiki !
___
Merci aux éditions Gallimard et à Babelio pour cette découverte en avant-première...
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Palmyre
  08 août 2018
Dès la première phrase, le ton est donné, le décor est planté. Immersion directe au coeur d'un quartier populaire de Casablanca où des hommes suivent des femmes dans un escalier, entrent dans une modeste chambre, s'installent rapidement sur un matelas bien souvent posé à même le sol et y consomment un acte sexuel.
Mais comment Jmiaa en est arrivée à devenir une prostituée ?
Elle a tout simplement suivi son mari qui avec tous ces plans foireux se retrouve sans un sou pour subvenir aux besoins quotidiens du couple.
Et de là, c'est la descente aux enfers. Un premier ami du couple va forcer Jmiaa à une relation non consentie, sans que son mari n'intervienne, puis, un deuxième et ainsi de suite. Jmiaa a beau crier, se disputer, se battre avec lui, se démener contre cette situation, rien n'y fait. Leur relation de couple s'envenime et s'enlise dans cette déchéance.
Un jour, Hamid a une autre brillante idée, il part tenter sa chance en passant clandestinement en Espagne, et laisse Jmiaa sur le carreau. Elle n'a plus qu'à se débrouiller toute seule pour vivre.
Jusqu'au jour où, Hamid, le gars qui travaille au garage du coin, dit à Jmiaa qu'une femme fait des recherches pour son film et souhaiterait discuter avec elle. Sans vraiment trop y croire, Jmiaa accepte cependant de la rencontrer…

Jmiaa, personnage centrale de ce roman n'a pas sa langue dans sa poche. Elle sait se défendre verbalement, utilisant à bon escient tous les mots vulgaires, grossiers qu'ils existent. Mais c'est comme ça dans le quartier, si elle veut survivre, elle n'a pas vraiment le choix.
Esclave, assouvissant le moindre désir des hommes, Jmiaa ne sait pas comment sortir de cette spirale qui l'entraine jusqu'à devenir une loque entre boire pour oublier, boire pour tenir, enchaîner cigarette sur cigarette, s'abrutir devant des téléfilms niais une bonne partie de la journée. Et pourtant, pendant le mois du Ramadan, elle trouve la force de mettre tout ça de côté en retournant chez sa mère.
Finalement, qu'est-ce qui retient Jmiaa de tout plaquer, de retourner une bonne fois pour toute chez sa mère ?
- le poids d'une société, où la femme doit accepter d'être soumise.
- le poids d'une mère qui avait prévenu sa fille : « Ne reviens pas pleurer chez moi le jour où ça se corsera avec lui. », page 67.
- le manque d'estime de soi.
« Mais pour comprendre ça, tu dois le vivre », page 72, c'est ce que pense Jmiaa. Elle se retrouve inexpérimentée, loin de son village, face à une société masculine dominante, gavée de téléfilm où tout est beau, tout est rose et où tout se finit bien à la fin.
Combien de Jmiaa sont dans ce cas là ? Et pense que c'est la normalité de proposer son corps contre de l'argent ou tout simplement de subir les violences de son mari. Je pense c'est ce que l'auteure a voulu nous montrer à travers ce roman qui ressemble parfois à un documentaire, à une immersion dans la réalité comme nous pourrions le voir dans un reportage à la télévision.
Premier roman, déjà sélectionné dans plusieurs prix littéraires, qui m'a séduit par son réalisme et par le personnage de Jmiaa touchante, poignante, incisive, drôle aussi. Elle marque les esprits c'est certain.
Lu avant sa sortie nationale, je remercie les éditions Gallimard pour le partenariat avec Babelio.
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
canelcanel   13 août 2018
Moi je ne te cache pas que plusieurs fois j'ai pensé à me casser et à le planter [mon maquereau]. Et après, à chaque fois, il s'est passé un truc qui m'a fait changer d'avis. Comme ce jour, avec ce type qui avait consommé et qui pensait qu'il pouvait retourner à sa vie en sautant l'épisode 'main à la poche'. Dans ma chambre et pour régler les choses sans faire d'histoires, je lui ai dit qu'il ferait mieux d'allonger maintenant, avant de le regretter. Il a répondu en gonflant le torse :
- Ah ouais ? Et qu'est-ce que tu vas faire si je ne crache pas ?
- Tu ne veux pas savoir ce que je vais faire si tu craches pas.
- Ouais, c'est ça. Vas-y, montre-moi, il a dit après avoir relevé son pantalon.
Et il a ouvert la porte, en me regardant de haut, comme les héros dans les films américains. Moi, je lui ai envoyé un « va te faire foutre » assez mou et je suis descendue derrière lui, vite. Je ne te raconte pas comment il a fini, le héros. Avant de monter, j'avais vu Houcine adossé à une voiture en train de rigoler avec un mec [...]. Un gars à qui il manquait un bout de langue. Il paraît que c'est une nana qui la lui a coupée au rasoir. Si je te donne ces détails, ce n'est pas pour te faire peur, c'est juste pour te dire le genre de types avec lesquels il traîne, le Houcine.
Donc, l'embourbé du cerveau qui ne voulait pas payer, il est descendu sans se demander pourquoi je n'avais pas fait de scandale. Il était juste content d'être sorti de ma chambre avec la poche aussi pleine que ses bourses étaient vides. Je peux te dire que ce jour-là, le gars a regretté tous les liquides de sa vie : celui qu'il a expulsé sur mon matelas, celui qu'il a préféré garder dans sa poche et celui qui lui est sorti par les trous de nez quand Houcine et son invité l'ont chopé en face du marchand de beignets.
Et encore, il a eu de la chance parce que Houcine et son pote, ils ont laissé des temps morts pour se faire des politesses sur les morceaux de choix. Tiens, prends la cuisse, elle est bien tendre. Non, non, à toi l'honneur, tu es chez moi aujourd'hui. Le gars, il est ressorti de la fête improvisée comme un bout d'os d'un tagine de poulet. Bien rongé.
(p. 146-147)
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rabannerabanne   14 août 2018
Je n'aime pas la lecture. Tu prends un livre, tu te casses le cul à déchiffrer, tu dois imaginer, tu n'entends pas les voix des personnages, tu ne sais pas s'ils sont beaux ou pas. À vrai dire, je n'en ai jamais lu mais je sais que c'est une galère.
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rabannerabanne   15 août 2018
Les jours s'envolent. Le vent passe et les emporte avec lui.
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canelcanel   14 août 2018
Tu sais, au bout de quelques verres, tu comprends ce que disent les gens. Même s'ils ne parlent pas ta langue. Je ne sais pas si c'est moi parce que j'ai l'esprit vif ou si c'est comme ça pour tout le monde. Mais ce qui est sûr, c'est que j'ai tapé la causette avec une tonne de monde.
(p. 236)
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canelcanel   13 août 2018
[ 2010 ]
A Casablanca et dans tout le Maroc, le bordel qui a commencé le jour où l'autre Tunisien s'est versé de l'essence sur la tête est arrivé chez nous. Ça fait deux dimanches que le centre-ville ne désemplit pas. Tous ceux à qui il manque quelque chose, tous ceux qui ne trouvent rien à se mettre sous la dent, tous ceux qui sont en guerre avec leurs femmes, tous ceux qui ne sont pas contents de leur circoncision, tous ceux-là descendent dans la rue. Chacun avec sa demande.
(p. 168)
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