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Critique de Charybde2


Charybde2
  19 mars 2013
Une vraie curiosité : la Grèce classique "d'en bas" dans le texte original !

Vraisemblablement écrites vers la fin du IIème siècle en Grèce, ces lettres fictives mettent en scène de manière étonnante un petit monde généralement absent de la littérature grecque qui nous est parvenue : pêcheurs, paysans, parasites et hétaïres.

Comme le dit superbement en introduction la traductrice Anne-Marie Ozanam : "Les personnages auxquels Alciphron donne la parole, dans ses cent vingt-deux lettres, appartiennent à des catégories sociales dont le littérature antique nous permet rarement d'entendre la voix. Et ces narrateurs surprenants nous montrent la Grèce sous un jour inhabituel. Ils nous font découvrir des réalités que dédaignent les auteurs classiques : la pêche à la senne, les boutiques des barbiers, les étuves où les sans-abri se réchauffent quand il fait froid, les objets qu'ils peuvent voler et revendre avec profit... Même les activités que nous connaissons mieux sont vues sous un angle inattendu. C'est le cas du banquet, cette institution si importante dans le monde grec. Au lieu de la rencontre philosophique à laquelle la littérature nous a habitués, voici une réunion de filles qui comparent leurs fesses ; ailleurs, malgré la présence de philosophes, on est loin du "Banquet" de Platon et même de la joyeuse soirée que peint Xénophon, ou plutôt tout se passe comme si un des personnages secondaires de Xénophon, le bouffon , Philippe par exemple, devenait soudain le narrateur. Misérable narrateur, qui ne s'intéresse pas à la conversation mais attend avec impatience qu'elle cesse pour l'on pense enfin au service ; narrateur humilié, à qui l'on sert les bas morceaux, qu'on menace d'inonder d'eau bouillante et dont on déchire les joues avec des tessons de poterie. Ce renversement de perspective donne au lecteur l'impression qu'il tient enfin ce que les textes antiques ne livrent presque jamais : le regard des petits, des pauvres, des mal-aimés de la littérature."

Tendresse, comédie, lyrisme, cynisme, émotion, colère, facétie, amour fou : les lettres d'Alciphron impressionnent dans leur fausse naïveté, et l'on peut en remercier les Belles Lettres.
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