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ISBN : 2330023472
Éditeur : Actes Sud (04/09/2013)

Note moyenne : 4.41/5 (sur 347 notes)
Résumé :
Après soixante-dix ans de marxisme-léninisme, après des millions de morts, après l'implosion de l'URSS, que reste-t-il de l'Homo sovieticus ? Armée d'un magnétophone et d'un stylo, mue par l'attention et la fidélité, Svetlana Alexievitch a rencontré des survivants qui ont vécu la petite histoire d'une grande utopie et témoignent de cette tragédie qu'a été l'Union soviétique.
Ce magnifique requiem fait ainsi résonner des centaines de voix brisées : des humili... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (92) Voir plus Ajouter une critique
Allantvers
  25 novembre 2015
Vidée... Je sors épuisée, ébranlée et vidée de cette lecture éprouvante et essentielle. C'est à des livres comme celui-ci que l'on prend la mesure de ce que les livres d'histoire ne diront jamais, et j'ai résisté un nombre incalculable de fois à l'envie d'en noter des citations pour les partager : il vaut bien mieux s'y plonger entièrement et le lire...
Il parait que d'aucuns ont questionné le bien fondé du prix Nobel accordé à l'auteure au motif que le mode narratif de l'interview, "ce n'est pas de la littérature". Ce sont des interviews en effet, mais le travail littéraire de réécriture au plus près du réel est aussi spectaculaire qu'invisible, et témoigne autant d'une forte pertinence historique que d'une puissante sensibilité.
Des interviews et rien d'autre : une longue série de monologues entrecoupés de quelques scènes de "conversations de cuisine", multipliant les points de vue dans la bouche d'anonymes d'opinions, confessions, convictions, trajectoires personnelles différentes.
Le résultat est bouleversant : à travers cette litanie de souffrances, de violences, de frustrations et de désillusions, on reconstitue par bribes ce qu'a été qu'être et vivre en Union soviétique, celle des débuts triomphants et implacables, celle des guerres, celle de Staline, celle de la perestroika, puis d'avoir assisté, pris part ou subi son effondrement et son basculement brutal dans un capitalisme barbare.
Du soldat de la première heure méprisé sous l'ère d'Eltsine à l'Arménienne brutalement jetée dans une condition de paria; de la jeune fille calculatrice et matérialiste à l'ex Komsomol enthousiaste condamnée à la mendicité dans ses vieux jours, de l'amour à la fatalité, de la naïveté à l'amertume, chaque voix apporte un éclairage nouveau à cet Homo Sovieticus dont la somme de ces témoignages finit par cerner la diversité, la complexité et la profondeur.
Edifiant, magnifique!
Car une fois l'émotion primale retombée, le caractère universel apparait : il y aura un jour une Svetlana pour témoigner de la chute du monde occidental, comme il doit y avoir eu des témoignages - écrits censurés, narrations orales perdues - de la chute du monde romain, du monde ottoman, du monde maya, de toutes les utopies, de tous les totalitarismes, de toutes les formations sociales crées par l'homme. Toujours la même histoire, les mêmes inégalités de pouvoirs, les mêmes espérances, les mêmes violences.
Va y croire, avec ça...
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Kittiwake
  07 mars 2014

Âmes sensibles, déprimés, mois de 16 ans, s'abstenir! Les textes sur la guerre sont éprouvants, les textes sur les goulags nauséabonds, la misère écrite est déprimante : ici le lecteur se prend de plein fouet un condensé des trois.
Svetlana Alexievitch a collecté « les voix de centaines de témoins brisés » pour créer ce ce testament accablant de ce que fut l'URSS.

Le désespoir :
C'est la perte de l'espoir. Sous un régime politique dont on a pu apprécier après coup l'abomination, une lueur guidait ce peuple : celle de lendemains meilleurs, celle d'une souffrance nécessaire pour le bonheur des générations futures. Et pour ceux qui n'y croyaient déjà plus, la résistante verbale occulte, celle qui refaisait le monde à voix basse dans les cuisines des appartements communautaires, après avoir camouflé le téléphone sous un oreiller. Les lendemains qui chantent sont restés des chimères, la perestroïka est passée par là, la nostalgie est tout ce qui reste, quand de nouvelles règles bannissent le passé.
Les conséquences immédiates sont dramatiques : fossé générationnel qui font des anciens des radoteurs, culte de l'argent, et surtout disparition du ciment qui unissait les républiques soviétiques. La guerre civile fait rage, au nom d'un dieu ou d'une ethnie, les liens sont détruits : la sauvagerie mène une danse macabre entrainant dans sa farandole femmes, enfants, vieillards, jusqu'aux défunts qui sont profanés. L'ami d'hier est un ennemi à abattre, avec toute la cruauté possible. A Moscou, les jeunes loups qui ont compris le système n'ont rien à envier aux ex-dirigeants : la violence est partout et compassion ou empathie sont des mots qui ont disparus du lexique. On tue, on viole selon les nouveaux rapports de force nés avec la chute de l'ancien régime.
J'ai dû interrompre cette lecture pour reprendre mon souffle, lire une bluette. Décidée cependant à aller jusqu'au bout, dans l'espoir d'y trouver quelque chose de positif : que nenni! A part le récit d'une jeune femme amoureuse et libre, tout n'est que drame et tragédie.
A la lumière des événements récents, ces textes retentissent à la façon d'un glas et on tremble pour l'Ukraine.
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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YvesParis
  03 avril 2014
On a beaucoup parlé ces mois derniers de Svetlana Alexievitch. On a même cité son nom pour le prix Nobel de littérature. Cette écrivaine, née en 1948 dans l'ex-URSS, aujourd'hui biélorusse en opposition ouverte avec le régime de Loukachenko, a développé depuis près de trente ans une oeuvre originale à mi-chemin de l'histoire et du journalisme. Elle se revendique du « roman de voix » de Ales Adamovitch . Ses essais entrelacent les voix de témoins ordinaires : les femmes ayant combattu contre l'Allemagne nazie (La guerre n'a pas un visage de femme, 1985), les jeunes recrues envoyées au front en Afghanistan (Les cercueils de zinc, 1990), les victimes de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (La supplication, 1997).
Prix des libraires en Allemagne, prix Médicis essai en France, élu meilleur livre de l'année 2013 par la rédaction de Lire, son dernier ouvrage a une ambition démesurée : dresser une « encyclopédie de l'époque soviétique » non pas en en relatant les faits historiques mais en sondant l'âme et le coeur de l'Homo sovieticus. Car Svetlana Alexievitch dit se défier de la méthode historique : « Moi, je regarde le monde avec les yeux d'une littéraire et non d'une historienne » (p. 22). Dans la préface de la guerre n'a pas un visage de femme, elle expliquait : « Je n'écris pas sur la guerre, mais sur l'homme dans la guerre. J'écris non pas une histoire de la guerre, mais une histoire des sentiments ». Dans celle de la fin de l'homme rouge, elle surenchérit : « L'histoire ne s'intéresse qu'aux faits, les émotions, elles, restent toujours en marge » (p. 21).
Svetlana Alexiévitch se trompe. Il y a belle lurette que les historiens ont élargi leurs horizons au-delà des faits matériels, des batailles militaires, des chronologies dynastiques. Les sentiments, les émotions sont, eux aussi, des « objets » que l'historien peut et même doit prendre en compte. L'historiographie française de la Première guerre mondiale a été révolutionnée par les analyses de Annette Becker et de Stéphane Audoin-Rouzeau qui ont replacé le soldat au coeur de la guerre. Harald Welzer et son équipe de sociologues de l'université de Hanovre ont montré comment le souvenir de la Seconde guerre mondiale s'était transmis chez les Allemands selon une logique de déculpabilisation collective . Troisième exemple récent : la thèse de Hélène Dumas soutenue en 2013 à l'EHESS qui décrypte, à l'échelle d'une commune rwandaise les dynamiques d'exécution des tueries de 1994 .
Même si elle y répugne, Svetlana Alexievitch participe de la même démarche. A travers les centaines de témoins qu'elle a interviewés, qui évoquent l'URSS avec nostalgie (car on y vivait moins misérablement que dans le capitalisme post-soviétique) mais non sans lucidité (les témoignages rassemblés constituent une masse interrompue d'horreurs à la limite du soutenable), elle brosse l'histoire kaléidoscopique d'une génération perdue : des ressortissants de l'ex-URSS orphelins de leur pays.
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bilodoh
  10 janvier 2017
Un livre insupportable, pas du tout une romance : des témoignages de personnes qui ont habité la grande URSS et qui ont vécu son démantèlement.

C'est une lecture pénible, car pleine d'horreurs. J'ai lu Soljenitsyne et j'avais entendu parler de l'enfer des camps de l'époque stalinienne. Cela représentait pour moi un passé lointain, révolu, comme le nazisme. Mais quand on parle de massacre des années 90, en Azerbaïdjan, en Arménie, c'est juste hier. Et ce ne sont pas des bombes anonymes qui détruisent les maisons, mais des voisins qui tuent leurs semblables, qui pendent des enfants aux arbres… atroce!

Pas facile à appréhender aussi, une société bien malade où « La moitié des jeunes de dix-neuf à trente ans considèrent Staline comme “un très grand homme politique”. Un nouveau culte de Staline dans un pays où Staline a exterminé au moins autant de gens que Hitler?!! (p. 21) »

Déprimant aussi une Moscou où une population frustrée des injustices des riches tape sur le Tadjik, sur l'immigré sans papier, esclave utile pour balayer les rues et servir d'exutoire au désespoir et aux pulsions violentes du mécontentement.

Bien sûr, il y a aussi des moments de bonté et d'altruisme, des moments de beauté et d'exaltation amoureuse. Peut-être existe-t-il des masses de gens pour qui les choses n'ont pas été aussi difficiles. Les gens heureux n'ont pas d'histoire et leur témoignage ne remplit pas les pages des livres.

Le livre n'explique pas autrement que par les paroles des témoins, il laisse le lecteur entièrement libre de tirer ses propres conclusions. S'il serait trop facile de se dire que ce sont « eux » et que « nous » ne sommes pas comme ça, il est également difficile de concevoir comment sortir de cette impasse. Comment les choses vont-elles pouvoir s'améliorer? Sûrement pas avec un nouveau tsar ou un nouveau Staline…
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ninamarijo
  22 mars 2018
Si on examine l'oeuvre de Svetlana Alexeivitch elle se pose souvent en gardienne de la mémoire de l'URSS… Ici elle nous livre le contenu d'interviews de russes qui vécurent la chute du communisme : ce sont les espoirs et désillusions des années de la Pérestroïka sur un fond de nostalgie et regrets du communisme. le peuple russe était-il vraiment enthousiaste pour construire cet idéal communiste ? Certes, sous Lénine et Staline il n'y avait pas de pauvres, mais ils avaient des centaines et des centaines de déportations et de morts !
Ce récit nous parle de l'élan de fraternité qui régnait alors.
Svetlana Alexeivitch a une écoute humaniste, elle va à la rencontre les gens parlent de leurs vies de leurs rêves brisés, du grand élan qu'a suscité les promesses de liberté des années 91-93 : « Quand Gorbatchev est arrivé au pouvoir, nous étions tous fous de joie. On vivait dans des rêves, des illusions ». Nous avions un grand empire qui allait d'un océan à l'autre, du cercle polaire jusqu'aux tropiques. Où est-il passé ?
L'avenir… il devait être magnifique… il allait être magnifique, plus tard … j'y croyais ! On y croyait à une vie magnifique ! C'était une utopie … Vous, vous avez votre utopie à vous. le marché. le paradis du marché. le marché va rendre tout le monde heureux… C'est une chimère ! Des gangsters se baladent dans les rues en veston rouge avec des chaines en or sur le ventre. C'est la caricature du capitalisme, comme sur les dessins du Crocodile, le journal humoristique soviétique. Une parodie ! Au lieu d'une dictature du prolétariat, vous avez la loi de la jungle : dévore les plus faibles que toi, et rampe devant ceux qui sont forts. La plus vieille loi du monde. »
Après des années de silence les gens se confient, ils parlent d'eux avec beaucoup de pudeur, ils dévoilent le plus profond de leur âme. C'est déchirant mais aussi tout simplement beau.
C'est un livre fort, terrible ! Je suis profondément ébranlée, touchée par tous ces récits et je pense que beaucoup devrait lire ces témoignages qui éclairent sur « l'âme russe ».
Pour qui s'intéresse à la Russie, force est de constater que les russes ont connu bien des malheurs au cours des siècles et en ce sens nous pouvons dire qu'ils sont à la fois résignés et endurants.



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critiques presse (6)
NonFiction   06 mars 2015
La forme du témoignage rend la lecture aisée et permet de découvrir le point de vue de citoyens de l'ex-URSS sur leur réalité.
Lire la critique sur le site : NonFiction
LaLibreBelgique   19 novembre 2013
Prix Médicis de l’essai, cette radioscopie de la Russie profonde, son auteur la livre sans commentaires, dans sa terrible nudité. Elle aide à comprendre sur quoi surfe Poutine, entre Église orthodoxe et oligarques, entre nostalgie impériale et résignation populaire.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde   18 octobre 2013
Une collecte de documents et de témoignages s'étalant sur plusieurs années, qui suppose un art subtil de l'écoute puis de la composition.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeFigaro   26 septembre 2013
L'Homo sovieticus existe: Svetlana Alexievitch l'a rencontré.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lexpress   06 septembre 2013
Sous son oeil implacable et tendre, l'Homo sovieticus, pantin pantelant, n'aura cessé de balancer entre l'homme tragique et le sovok, le pauvre type.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Telerama   28 août 2013
Poursuivant son patient recueil de témoignages, Svetlana Alexievitch ausculte le coeur et l'âme de l'Homo sovieticus, passé brutalement du totalitarisme au nihilisme.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (158) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   21 octobre 2013
Après Staline, chez nous, on ne voit plus la mort de la même façon... On se souvient des frères qui tuaient leurs frères... Des exécutions massives de gens qui ne savaient pas pourquoi on les assassinait... C'est resté en nous, ça, c'est toujours présent dans notre vie. Nous avons grandi parmi des bourreaux et des victimes... Pour nous, c'est normal de vivre ensemble. Il n'y a pas de frontière entre l'état de paix et l'état de guerre. Quand on allume la télé, tout le monde parle la langue des truands : les hommes politiques, les hommes d'affaires, et... le président. Graisser la patte, verser des pots-de-vin, des bakchichs... une vie humaine, ça ne vaut pas un pet de lapin. Comme dans les camps...
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michelekastnermichelekastner   12 février 2016
Les femmes russes n'ont jamais vécu avec des hommes normaux. Elles leur servent de médecins, elle les soignent. Elles considèrent l'homme un peu comme un héros, et un peu comme un enfant. Elles sont là pour le sauver. Aujourd'hui encore, elles continuent à jouer ce rôle. L'Union soviétique s'est écroulée... Maintenant nous avons des victimes de l'effondrement d'un empire. De sa faillite(...) On réduit les effectifs de l'armée, les usines ne fonctionnent plus.... De ingénieurs et des médecins deviennent vendeurs sur les marchés. Des scientifiques... Combien y en a-t-il autour de nous, de ces gens tombés du train ! Ils restent là-bas, sur le bas-côté... à attendre on ne sait quoi... Je connais une femme dont le mari était aviateur, il commandait une escadrille. Il s'est retrouvé dans l'armée de réserve. Elle, quand elle a perdu son travail, elle s'est tout de suite recyclée. Elle était ingénieur, et elle est devenue coiffeuse. Mais lui, il reste enfermé à boire pour noyer son chagrin, il boit parce que, lui qui était un aviateur, un combattant (il a fait l'Afghanistan), il doit faire chauffer la bouillie des enfants... Alors voilà... Il en veut à tout le monde. Il est plein de haine. Il a demandé à être envoyé à la guerre, en mission spéciale, mais on n'a pas voulu de lui. Ce ne sont pas les volontaires qui manquent. Nous avons des milliers de militaires au chômage, des hommes qui ne connaissent que les mitrailleuses et les blindés. Qui ne sont pas adaptés à une autre vie. Chez nous, les femmes sont obligées d'être plus fortes que les hommes. Elles sillonnent le monde entier avec leurs grands sacs à carreaux. Depuis la Pologne jusqu'à la Chine. Elles achètent, elles revendent. Elles se coltinent leur maison, leurs enfants, leurs vieux parents. Leurs maris... Et le pays tout entier. C'est difficile à expliquer à des étrangers. Impossible.
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ninamarijoninamarijo   05 janvier 2018
L’avenir… il devait être magnifique… il allait être magnifique, plus tard … j’y croyais ! On y croyait à une vie magnifique ! C’était une utopie … Vous, vous avez votre utopie à vous. Le marché. Le paradis du marché. Le marché va rendre tout le monde heureux… C’est une chimère ! Des gangsters se baladent dans les rues en veston rouge avec des chaines en or sur le ventre. C’est la caricature du capitalisme, comme sur les dessins du Crocodile, le journal humoristique soviétique. Une parodie ! Au lieu d’une dictature du prolétariat, vous avez la loi de la jungle : dévore les plus faibles que toi, et rampe devant ceux qui sont forts. La plus vieille loi du monde.

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PiatkaPiatka   19 février 2014
Moi, la seule chose dont je me lasse pas, c'est de regarder le blé jaunir. J'ai eu tellement faim dans ma vie que ce que j'aime le plus, c'est voir le blé mûrir, les épis qui se balancent. Ça me fait le même effet qu'à vous de regarder un tableau dans un musée...même maintenant, je raffole pas du pain blanc, ce qu'il y a de meilleur, c'est du pain noir avec du sel, et du thé bien sucré.

Récit de Marina Tikhonovna ISSAÏTCHIK - Dix histoires dans un intérieur rouge
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SepoSepo   20 avril 2014
Maintenant, il annonçait à tout le monde:"J'ai une famille". Il s'émerveillait chaque jour d'avoir une vie normale, il en était très fier. Mais cette peur...Elle était toujours là...Il ne savait pas vivre sans elle, sans cette peur. Elle était toujours là...Il ne savait pas vivre sans elle, sans cette peur. Il se réveillait au milieu de la nuit couvert de sueur froide: il n'arrivait pas à terminer son livre (il écrivait un livre sur son père), on n'allait pas lui donner de nouvelle traduction (il faisait des traductions techniques de l'allemand), il ne pourrait pas nourrir sa famille... Et si je le quittais ? Après la peur venait la honte, la honte de cette peur. "Je t'aime, Gleb ! Je serais capable de danser dans un ballet si tu le voulais. Je ferais n'importe quoi pour toi."Il avait survécu dans les camps, mais pas dans la vie normale, le moindre milicien qui arrêtait sa voiture pouvait le mettre au bord de l'infarctus...Ou Un coup de fil du gérant de l'immeuble..."Comment as-tu fait pour rester en vie là-bas? - J'ai été très aimé dans mon enfance." La quantité d'amour que nous avons reçu, c'est ce qui nous sauve, c'est notre réserve de force. Seul l'amour sauve...L'amour, c'est une vitamine sans laquelle l'homme ne peut pas vivre, son sang se coagule et son coeur s'arrête. J'ai été son infirmière, sa nounou...J'ai été une actrice... J'ai été tout cela pour lui.
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Videos de Svetlana Alexievitch (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Svetlana Alexievitch
André Wilms joue la création "La Fin de l?homme rouge", d?après une adaptation du roman de Svetlana Alexievitch. L?ouvrage fait parler des centaines d?hommes et de femmes brisés par l?époque soviétique. Il est mis en scène par Emmanuel Meirieu sur les planches du théâtre des Gémeaux à Sceaux jusqu?au 17 février 2019.
Écoutez l'entretien avec André Wilms sur France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/une-saison-au-theatre/andre-wilms-gueule-dacteur
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