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Critiques sur La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde apr.. (49)
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Dixie39
10 décembre 2015
La lecture de cette supplication est singulière. Il faut y être amené par des voi(x)es détournées. J'aurai beau vous expliquer pourquoi je pense que sa lecture est nécessaire, qu'il vous fau(t)drait le lire au risque de vous voir ravir la sérénité de vos prochaines nuits, s'il n'y a rien au fond de vous même qui vous y pousse, si vous n'avez pas envie de franchir ce pas, vous ne le ferez pas.

Ce livre est un concentré de douleur et d'amour, d'humanité et de monstruosité, de résignation et de colère, d'héroïsme et de lâcheté que l'on confond à chaque page avec l'abnégation et la préservation de soi (plus que l'égoïsme)... Quand on me dit que l'on n'a pas envie de lire « ça », actuellement, qu'on sait ce qui s'est passé « là-bas » et qu'on n'a pas besoin de penser à « ça », j'ai envie de répondre : La parole n'est pas donnée ici à « ce qui est arrivé » mais à « ceux à qui c'est arrivé ». On n'est pas dans un cours d'histoire, dans une tentative de rationalisation ou de compréhension, on est dans le vécu. Avec ses silences et ses non-dits, ses pleurs et ses cris. Et sa dignité, aussi :

«Je me tais. Personne ne trouve les mots qui me feraient répondre. Dans ma langue à moi... Personne ne comprend d'où je suis revenu... Et il m'est impossible de le raconter ! »

«Toute ma vie, je serai reconnaissante à Angelina Vassilievna Gouskova. Toute ma vie ! »

« (Silence.) Je peux en parler, maintenant... Avant, je ne le pouvais pas... Pendant dix ans, je me suis tue... Dix ans. (Silence.) »
  
« Si les autres se taisent, moi, je vais parler. »

« L'Afghanistan, où j'ai passé deux ans, et Tchernobyl ont été les deux moments de ma vie où j'ai vécu le plus intensément. »

« Lorsque je suis rentré d'Afghanistan, je savais que j'allais vivre. Mais Tchernobyl, c'était le contraire : cela ne tuerait qu'après notre départ... »

« Là-bas, mon âme était morte... Comment donner naissance avec une âme morte ? »

« Écrivez un livre honnête... »
Je pourrais continuer encore...

Une des questions que posent certains des témoins à qui Svetlana Alexievitch a donné la parole est : Pourquoi y a t-il si peu d'écrits sur Tchernobyl ? Pourquoi n'écrivons-nous pas sur Tchernobyl ? Il y a de la littérature sur les camps, la guerre à foison mais si peu sur cette tragédie (?), catastrophe (?) - quel devrait être le mot « juste » et est-ce qu'il y en a un ? - ?
Est-ce encore trop récent ? Tels, au sortir des camps de concentration, les déportés à qui la société n'a pas su laisser d'espace de paroles. Est-il trop tôt pour pouvoir le penser ? Mais quand « penser » Tchernobyl : dans des milliers d'années, à la date de ce qu'on évalue comme la fin de la « nocivité » des radiations ?
Est-ce la continuité d'un processus naturel de l'esprit humain : la nécessité de vivre qui l'emporte ? continuer à vivre « comme si » rien ne s'était passé, pour préserver un système politique, un mode d'exploitation et de profit ? Comme un refoulement à l'échelle planétaire, hors de la conscience de l'humanité... Tous les verrous bloqués à triple tour. En face : Fukushima affleure sans rien y changer. Ou si peu...

Il faut souligner que ce livre est toujours interdit en Biélorussie. Pourquoi est-ce que ces témoignages de simples gens devenus des victimes honteuses réduites au silence et les paroles de toutes celles qui suivront sont-elles jugées inaudibles, privées du droit de citer sur les terres biélorusses ? Pourquoi cette réalité ne peut-elle exister dans ce monde d'après ?

Est-ce compatible et cohérent ? Pourquoi n'arrivons-nous pas à Penser Tchernobyl autrement que comme une exception qui ne se renouvèlera pas dans l'univers de l'exploitation du nucléaire, civil et militaire ? Et quand la bête immonde se réveille que faire avec Fukushima ? Rien ! On laisse couler. Et qui vivra, verra !

Transparent, Incolore, Inodore, volatile et libre... : « Nous sommes l'air, pas la terre » (Merab Mamardachvili, en épigraphe). Et Tchernobyl poursuit sa course folle... plus de 200 m2 d'interstices et de fissures épars dans le bouclier qui tombe en ruines et toute cette radioactivité qui continue à s'échapper dans l'air. L'effondrement, c'est pour quand ?

Je me suis souvent demandée après avoir achevé la lecture de ce livre, quelle était la raison du choix de ce titre : La supplication.
Est-ce que toutes ces voix des témoins, livrées, confiées, déposées dans la peur, la douleur, l'incrédulité ou la colère, sont une sorte de supplique, de prière lancée à la face du monde ou à cette seule femme, Svetlana Alexievitch, qui aura su les entendre, faire silence pour laisser toutes ces paroles émerger et les diffuser ?
Est-ce pour nous, les ignorants, les auto-proclamés épargnés au sursis précaire, qui vivons nos vies dans l'inconscience de cette tragédie ?
Est-ce pour ceux qui savaient, qui auraient dû « écouter », en 1986 et qui ont bâillonner ces bouches et obstruer l'écoute ?
Est-ce une supplication contre l'oubli ? Ou plutôt, ce satané refoulement d'une conscience auto-protectrice : conscience collective, conscience individuelle... celle de la Société, de l'Histoire et de l'Humanité.

Ce livre est construit comme une tragédie grecque : un prologue, des choeurs et des acteurs, bien malgré eux, qui avancent pour certains masqués, et cette supplication qui tient lieu de lamentation. Il y est question de mythe (de la science et du nucléaire), de dépassement de soi (lisez les témoignages) et de destin (ce vers quoi on va, mais qu'on ne saurait voir). Et cette catharsis qui libère les paroles !
« Dans la tragédie, en effet, tout est là, sous les yeux, réel, proche, immédiat. On y croit. On a peur. […] Parce qu'elle montrait au lieu de raconter, et par les conditions mêmes dans lesquelles elle montrait » (c'est moi qui rajoute cette définition si juste de la tragédie, faîte par Jacqueline de Romilly).

C'est notre humanité que nous montre Svetlana Alexievitch et c'est de là, également, qu'elle nous écrit... en espérant un sursaut, avant la mise à mort.
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LydiaB
25 mai 2013
Ce livre m'a touchée. Tous ces témoignages convergent vers cette idée d'impuissance mais aussi d'inexpérience, de vérité cachée. Lorsque le 26 avril 1986, un accident se produit à la centrale de Tchernobyl, on envoie les pompiers, comme s'il s'agissait d'un simple incendie. Les pauvres hommes vont ainsi se confronter à la radioactivité, marcher sur ces particules vectrices de mort, respirer à plein poumon la nocivité incarnée. La population, laissée volontairement dans l'ignorance va avoir deux réactions : les courageux vont êtres volontaires pour aller "nettoyer" le sol. Les autres ne voudront pas, pour la plupart, quitter leur maison lorsqu'on évacuera. Car la pollution ne se voit pas, et c'est bien là le problème. Les gens ne comprennent pas pourquoi, d'un seul coup, ils ne peuvent plus boire le lait de leurs vaches, manger les pommes de terre de leur jardin ou les volailles de leur poulailler. Tout a l'air si beau, si sain...

De même, beaucoup de témoignages comparent cela à la guerre. Mais ici, elle est invisible et c'est ce qui les dérange. Dans un conflit, on connaît l'ennemi et on choisit de le combattre. Là, les informations arrivent par bribes. On sait, on sent qu'on va mourir... Mais pourquoi ?

J'avais déjà lu l'excellent livre de Cécilia Colombo, Pripyat, vert comme l'enfer. Celui-ci complète les données. Un conseil : gardez une boîte de mouchoirs à portée de main !
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Bazart
10 janvier 2016

Il y a quelques mois, Svetlana Alexievtich a reçu le prix Nobel de littérature pour «ses écrits polyphoniques, hommages à la souffrance et au courage de notre temps».

On ne connaissait pas du tout l'écrivaine biélorusse, journaliste de formation, avant ce prix, mais cela a été l'occasion de la découvrir ce qu'on a fait avec la Supplication, un de ces essais réédités par JC Lattès dans la foulée de son prix et voici ce que Michel a pensé de cet état des lieux du monde de Tchernobyl quelques années après la catastrophe de 1986:

Etat des lieux du monde de Tchernobyl quelques années après la catastrophe du 26 avril 1986, Svetlana Alexievitch fait un devoir de mémoire en rencontrant des hommes et des femmes de Tchernobyl. Chaque témoignage d'acteur direct ou indirect est important et gravé à tout jamais pour faire connaitre et se rappeler la souffrance, la peur et le sacrifice des peuples Biélorusse et Ukrainien.

Tchernobyl a tout empoisonné, l'air, la terre, les corps. La catastrophe a créé un isolement humain et broyé l'avenir.

Chaque témoignage est poignant, vrai, insupportable car Svetlana Alexievitch laisse parler des hommes et des femmes qui ouvrent leur coeur.

Un père explique qu'il est devenu aux yeux du monde « un homme de Tchernobyl » qui a perdu sa ville et sa vie.

Témoignages des compagnes des premiers pompiers arrivés sur les lieux et descriptions crues de la fin de vie de ces hommes sacrifiés, témoignages de scientifiques ou de politique complètement dépassés. Surtout que l'on n'oublie pas.

Comme Primo Levi, Soljenitsyne ou Claude Lanzman, avec ce récit, Svetlana Alexievitch réussit à nous faire entendre l'indicible en donnant la parole aux suppliciés de Tchernobyl. Ecrivain et journaliste biélorusse, elle a reçu le prix Nobel de littérature en 2015, les éditions Lattès réédite « La Supplication » paru en France en 1998. Indispensable.


Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Eric75
02 octobre 2011
Svetlana Alexievitch est une journaliste et écrivain biélorusse. Nous connaissons assez mal la Biélorussie, petit pays devenu indépendant en 1990 avec l'effondrement de l'URSS. Pourtant, le 26 avril 1986, la Biélorussie est durement frappée par la catastrophe de Tchernobyl. La centrale ukrainienne déverse sa radioactivité dans toute la région et, le nuage ne s'arrêtant bien sûr pas à la frontière, la Biélorussie reçoit 70 % des retombées radioactives.
Dix ans plus tard, Svetlana Alexievitch a mené l'enquête auprès des rescapés et des survivants. Son livre est la juxtaposition des témoignages – tous poignants – formulés directement par les personnes interrogées ayant vécu de près les événements : les liquidateurs, les femmes des liquidateurs, les enfants, les paysans, les militaires, les scientifiques, les politiques…
Ce livre n'est ni une tentative d'explication, ni le récit de la catastrophe. Vous n'y trouverez ni la chronologie des événements, des décisions ou des erreurs commises, ni les chiffres de la catastrophe, ni les théories scientifiques ou les dossiers techniques décryptant l'accident et ses conséquences.
Cet essai est centré sur l'humain. Svetlana Alexievitch donne la parole aux victimes. On pense à ces reportages vus à la télévision, où les témoins parlent tour à tour, se souviennent et racontent, sans que l'on devine la présence de la journaliste qui n'intervient pas. On imagine ces témoins assis à la table de leur cuisine, dans leur salon ou sur leur lit d'hôpital, répondant aux questions posées.
Fidèle à cette méthode, Svetlana Alexievitch n'expose aucune analyse ou conclusion, c'est donc bien au lecteur de se faire sa propre opinion : sur les failles d'un système, sur la désinformation, sur le manque de transparence, sur la corruption des uns et l'héroïsme des autres.
L'Europe a failli être totalement inhabitable si l'explosion nucléaire avait eu lieu (car elle n'a pas eu lieu, grâce au sacrifice des liquidateurs). Svetlana Alexievitch ne tire aucune leçon, n'élabore aucune théorie… ce qui donne envie d'en savoir plus ! Où en est-on aujourd'hui ? Va-t-on enfin construire le nouveau sarcophage au dessus du réacteur (l'ancien étant en train de s'effondrer) ? Et pourquoi nul ne sait vraiment ce qui se passe en ce moment même, à des milliers de kilomètres de là, du côté de Fukushima ?
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ahasverus
16 mai 2012
"Ce livre ne parle pas de Tchernobyl, mais du monde de Tchernobyl" , prévient l'auteure.

Svetlana Alexievitch laisse la parole aux anonymes. Ce qu'ils ont à dire édifie. L'Evènement, raconté par plusieurs, devient l'histoire. Journalistes, ingénieurs, responsables du parti, voisines, parents, chasseurs, enseignants, ils complètent un puzzle qui commence joliment :
"Certains faisaient des dizaines de kilomètres en bicyclette ou en voiture pour voir cela. Nous ignorions que la mort pouvait être aussi belle." - "Savez-vous, demandait l'académicien, père de la bombe H soviétique, qu'après une explosion atomique, il y a une fraîche odeur d'ozone, qui sent si bon ?" Tchernobyl commence comme Suite française, d'Irène Nemirovsky. On regarde derrière les fenêtres l'arrivée de l'occupant. de prime abord, il semble civilisé, distingué et charmant. Il y a une esthétique de la guerre et une beauté du Diable.

Tchernobyl est une guerre. "Les monuments de Tchernobyl ressemblent à des monuments de guerre." Les souvenirs de Tchernobyl sont des souvenirs de guerre.

Au premier plan, les héros et les Justes : "Les visages des premiers pompiers, noirs comme du charbon. Et leurs yeux... Les yeux de gens qui savent qu'ils nous quittent..." - "Une femme faisait partie de notre groupe. Elle était radiologue. Elle a eu une crise d'hystérie quand elle a vu des enfants jouer dans le sable."
Puis viennent les victimes innocentes : "Maman, est ce que je meurs déjà ?", demande une enfant.

En second rideau, derrière le front, les einsatzgruppen nettoient le terrain repris : "Il vaut mieux tuer de loin, pour ne pas supporter leur regard." - "Nous n'avions plus de balles, alors nous l'avons repoussé dans la fosse et l'on a jeté de la terre par dessus. Je le regrette encore à ce jour."

Les menaces pour obtenir la collaboration : " - Les volontaires iront sur le toit et les autres chez le procureur."
Les promesses : "On disait que la peine encourue était de deux ou trois ans. En revanche, si le soldat chopait plus de vingt cinq röntgens, c'est le commandant qui allait en taule."
Les profiteurs : "Je sais que l'on a volé et sorti de la zone contaminée tout ce qui était transportable. En fait, c'est la zone elle-même que l'on a transportée ici. "

Les justifications des responsables et des sachants : "Dans les meetings, on exigeait la vérité ! Mais c'est mauvais, très mauvais ! Nous allons tous bientôt mourir ! Qui a besoin d'une telle vérité ?" - "Nous avions l'habitude de croire." - "Dès que l'on perd la foi, on n'est plus un participant, on devient un complice et l'on perd toute justification."

Les culpabilités : """J'ai compris plus tard, quelques années plus tard, que nous avions tous participé... A un crime... A un complot."""

Un vocabulaire de guerre ; des traumatismes de guerre. Tchernobyl est un ennemi aussi traumatisant que le nazisme.

"J'ai regardé très loin. Peut être plus loin que la mort." dit la femme d'un irradié dont le visage se décompose.

Tchernobyl est un conflit jeté à la face de l'humanité. Par ses héroïsmes individuels, ses sacrifices volontaires ou non, consentis en tous cas par le froid calcul de la multitude, l'homme a gagné. Tous les hommes.

La supplication est le journal d'une guerre que l'homme a menée contre un Autre (l'Anderer) nommé Tchernobyl.
Tchernobyl, sublimé, n'est plus l'oeuvre de l'homme. Il est seul coupable de lui même.
Le bien a triomphé du mal. Un peu malgré lui. Tchernobyl est un mythe.

"""A part nous, personne ne sait ce qui s'est vraiment passé là bas. Nous n'avons pas tout compris, mais nous avons tout vu."""

Un recueil de témoignages irremplaçables.
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Nebulas
28 novembre 2015
Le désastre de Tchernobyl est bien connu. On connaît la cause de l’accident, une épreuve échouée, et ses conséquences. On peut trouver les statistiques sur les suites humaines : sur le nombre de morts et de malades et sur le nombre de gens déplacés et déracinés. On a accès aux chiffres sur l’environnement détruit.

À l’époque, j’ai lu beaucoup sur cet accident de Tchernobyl ; les suites, les coûts humains et les coûts écologiques. Bien qu’ils ne soient pas toujours très clairs ou même crédibles.
Svetlana Alexievitch a ajouté une contribution précieuse à tous ces chiffres et connaissances techniques : les histoires des gens qui ont survécu Tchernobyl. Durant trois années, elle a voyagé et questionnée des travailleurs de la centrale, des anciens fonctionnaires du parti, des médecins, des ouvriers et des soldats qui ont dû réparer l’installation nucléaire et nettoyer les environnements. Elle a aussi parlé avec des émigrants et avec des personnes qui se sont installées dans la zone interdite. Elle présente tous ces témoignages en forme de monologues. C’est une nouvelle perspective historique sur l’accident de Tchernobyl, une perspective humaine et touchante.

Les témoignages sont bouleversants et fascinants. C’est une lecture presque hallucinante. Ce manque total de savoir et de compréhension quand le désastre se déroulait. Il y a des villageois qui n’ont rien su, qui ne connaissaient pas vraiment les risques et les dangers de la radiation. Il y a des autorités qui n’ont pas du tout été préparées à un accident nucléaire. Il y a des ouvriers et des soldats « volontaires » qui se sont trouvés sans protection dans une situation dangereuse : les moyens et les instructions sur la protection contre la radiation manquaient. Les gens locaux, soit habitants, soit ouvriers ou soldats, soit autorités, personne ne savait rien sur les conséquences inévitables de l’exposition à la radiation où sur les mesures de précaution nécessaires.

C’est vraiment incroyable, tous ces drames humains à cause d’un accident industriel. Je respecte le travail dur de l’auteur qui a enregistré tous ces témoignages émouvants et choquants. Je suis sûr qu’elle a écouté beaucoup plus d’histoires touchantes qu’on trouve dans le livre. Elle a dû trier et sélectionner les témoignages les plus appropriés pour la publication.

C’est un livre impressionnant et comparable à « La fin de l’homme rouge » du même auteur, mais beaucoup plus émouvant.

L’auteur a gagné le Prix Nobel de littérature en 2015
Lien : http://nebulas-nl.blogspot.n..
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Rebka
21 mars 2017
Le pire c'est que je suis sûre que ça se passerait exactement comme ça en vrai.... Ah merde ! Ça s'est passé en vrai justement… Le 26 avril 1986 (j'avais 13 ans, je m'en souviens bien, mes grands-parents polonais étaient catastrophés) un accident sur le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl a provoqué une réaction nucléaire en chaîne qui a entraîné une très large contamination de l'environnement et une importante vague de décès à plus ou moins long terme du fait des irradiations ou contaminations. Il s'agit du premier accident classé au niveau 7 sur l'échelle internationale des événements nucléaires (INES) et il est considéré comme le plus grave accident nucléaire jamais répertorié (le second étant la catastrophe de Fukushima en mars 2011).
Jamais répertorié jusqu'à maintenant j'ai envie d'ajouter parce que, n'en doutons pas, ça va venir. Bordel, après ça je me demande comment on a pu décider de maintenir ne serait-ce qu'une seule centrale nucléaire en activité où que ce soit dans le monde. Mais bon, en même temps pourquoi je m'étonne ? Il y a tellement d'intérêts supérieurs en jeu, n'est-ce pas ? (Ah ouais, supérieurs à quoi, faudra qu'on m'explique !) On ne peut pas comprendre (nous les quidams), et puis aussi on ne peut pas faire autrement il faut bien se mettre ça dans le crâne, on est obligé d'avoir des centrales, on en a besoin et bla bla blaaaa…
Alors oui, c'est vrai, je le reconnais, je ne comprends pas grand chose à tout ça, les subtilités scientifiques m'échappent totalement mais par contre il y a des chiffres qui font peur même si on ne sait pas trop à quoi ils correspondent : des milliers de tonnes de césium, d'iode, de plomb, de zirconium, de cadmium, de béryllium, de bore et une quantité inconnue de plutonium ; quatre cent cinquante types de radionucléides différents ; quantité égale à trois cent cinquante bombes de Hiroshima ; trois milles microröntgens de l'heure etc etc. Parlez-moi chinois, c'est pareil (mais par contre rien que d'entendre ça, j'ai envie de me balader avec un masque et une combinaison étanche, pas vous ?).
Hélas, je ne suis pas la seule à n'y rien comprendre, bien au contraire. Les gens autour de Tchernobyl, en Ukraine ou en Biélorussie, n'y comprenaient rien non plus. Pareil pour ceux - pompiers, soldats, réservistes - qu'on a envoyé là bas pour nettoyer (pfff, comme si on pouvait laver ou enterrer la radiation…), ces liquidateurs comme on les appelait n'en savaient pas davantage mais ils y allaient puis ils rentraient chez eux avec un diplôme, une médaille ou une prime. Et aussi pour la plupart avec une maladie qui allait finir par les tuer. Mais ça ils ne le savaient pas.
En plus, personne n'a même essayé de leur faire comprendre, au contraire, il ne fallait surtout rien dire, ne pas diffuser d'information, soi-disant pour empêcher la panique, en réalité surtout pour protéger un régime, un parti, un idéal ou que sais-je encore. Ok à l'époque personne ne croyait vraiment à ce qui venait de se passer, pas même les scientifiques, il faut dire qu'il n'y avait aucun précédent, dans le monde entier, aucun élément de comparaison. C'est un fait. Dans la région de Tchernobyl on peut dire que l'âge de l'atome côtoyait l'âge de pierre et que toute une génération de stakhanovistes enthousiastes a été élevée dans l'idée que l'atome pacifique soviétique n'était pas plus dangereux que le charbon, ou la tourbe. Ils avaient des idéaux élevés, ils avaient foi en la victoire, ils pensaient pouvoir vaincre Tchernobyl en l'ignorant, et par-dessus tout, ils avaient plus peur de la colère de leurs supérieurs que de l'atome. Du coup, ils ont détruit ou falsifié des documents (photos, relevés, mesures de radioactivité, bilans médicaux…) et à cause de ça, beaucoup de témoignages ont été perdus - et pour l'histoire, et pour la science. C'est comme une deuxième catastrophe, nier ce qui s'est produit, le minimiser, c'est comme infliger une seconde fois les mêmes souffrances aux mêmes personnes. Tragique. Et ironique aussi quand on pense qu'à l'époque les centrales nucléaires c'était l'avenir, quelle cruelle blague ! En effet maintenant on peut dire que Tchernobyl est une sorte de laboratoire du monde où on peut étudier le futur (et c'est ce qu'on fait) car dans le fond chacun sait qu'à plus ou moins longue échéance nous serons tous des mutants irradiés…

Donc voilà, le livre de Svetlana Alexievitch nous parle de tout ça, mais pas comme ça. Non, elle donne la parole à ceux qu'on n'a pas entendu ou pas écouté et qui ont pourtant des choses à dire sur ce qu'est - du fond des tripes - Tchernobyl. Elle le fait avec respect, avec pudeur, sans chercher de coupable, sans exhiber l'indicible, mais elle le fait, ou plutôt ils le font, ils racontent. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils viennent éteindre l'incendie ou laver les maisons, ils sont évacués sans comprendre pourquoi mais on les ramène quand même pour cultiver les champs, ils s'aiment, ils font des enfants, ils boivent de la vodka et se lavent les mains car on leur a dit que ça suffisait pour stopper les effets de la radiation, ils sont vieux ou pas encore nés, ils sont innocents, ils pensent avoir vécu le pire avec la dernière guerre, ils ont 5 ans et ne connaissent que l'hôpital, ils n'ont pas le droit de manger les pommes de terre de leur jardin mais pourquoi puisqu'on ne voit rien, on ne sent rien, ils accouchent d'enfants difformes, ils traient leurs vaches et le lait est envoyé dans toutes les usines du pays, les veaux malades sont vendus pour pas cher ailleurs, sans qu'on dise d'où ils viennent, ils refusent de croire ceux qui les alertent car on n'a rien annoncé dans les journaux ou à la télé et que quand même, le gouvernement prendrait des mesures si c'était nécessaire, ils tombent malade, des maladies qu'on n'a jamais vu, ils aiment leur pays, leur village, ils n'en ont pas d'autre, ils refusent de partir, ils ne sont plus rien que des Tchernobyliens. Et les Tchernobyliens meurent de la façon la plus horrible…

Désolée c'était un peu long, mais les retombées de cet accident seront plus longues encore (et nous sommes incapables de les prédire toutes) donc accrochez votre cœur et lancez-vous dans cette lecture car une chose est certaine, le nucléaire sûr n'existe pas.
Lien : http://tracesdelire.blogspot..
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mariecesttout
17 avril 2014
En exergue:
Nous sommes l'air, pas la terre
(Merab Mamardachvili)

Ecrire un commentaire sur ce livre qui parviendrait à retranscire les émotions éprouvées? Impossible.

Tchernobyl, on croit savoir beaucoup de choses, faits, noms, chiffres. Mais les sentiments de ceux qui étaient sur place?
C'est donc ce qu'a cherché à faire Svetlana Alexievitch. Donner la parole. Parole difficile car il s'est produit un évènement pour lequel il n'y avait ni système de représentation, ni analogies, ni expériences.
Donner la parole à des gens divers car:" Un évènement raconté par une seule personne est son destin. Raconté par plusieurs, il devient l'Histoire.
Ce livre de témoignages est leur histoire."

Son histoire aussi, dans un court chapitre intitulé " interview de l'auteur par elle-même sur l'histoire manquée" pour expliquer que Biélorusse elle-même, elle est aussi témoin .
Elle intervient aussi bien sûr dans la diversité des paroles reçues, dans la construction et les titres donnés à chaque témoignage .

Un prologue et un épilogue, deux voix solitaires, deux femmes, femme de pompier et femme de liquidateur, les deux témoignages les plus déchirants.

Quatre choeurs, le choeur des soldats,le choeur populaire, le choeur des femmes et le choeur des enfants, choeurs qui regroupent plusieurs voix.

Et puis une suite de monologues, dont je vais simplement énumérer certains titres qui disent déjà beaucoup de choses et dont la succession forme une sorte de litanie:
Monologues sur la nécessité du souvenir, sur ce dont on peut parler avec les vivants et les morts, sur une vie entière écrite sur une porte , monologue d'un village ( comment appeler les âmes du paradis pour pleurer et manger avec elles) , monologue sur la joie d'une poule qui trouve un ver, sur une chanson sans paroles, sur une peur très ancienne, sur l'homme qui n'est raffiné que dans le mal , mais simple et accessible dans les mots tout bêtes de l'amour, monologue sur de vieilles prophéties, à propos d'un paysage lunaire, sur un témoin qui avait mal aux dents et qui a vu Jésus tomber et gémir, sur la difficulté de vivre sans Tchekhov ni Tolstoï, sur ce que St François prêchait aux oiseaux,
Monologue sans titre(un cri,) monologue sur une chose totalement inconnue qui rampe et se glisse à l'intérieur de soi, sur la légèreté de devenir poussière, sur les symboles d'un grand pays, sur le fait que , dans la vie, des choses horribles se passent de façon paisible et naturelle, sur le fait qu'un Russe a toujours besoin de croire en quelque chose, sur la physique ( dont nous étions tous amoureux), sur ce qui est plus insondable que la Kolyma, Auschwitz et l'holocauste.
Monologue sur l'éternel et le maudit: que faire et qui est coupable, sur le pouvoir démesuré d'un homme sur un autre, etc..

Rien ne sert d'ajouter quelque chose à ce qu'ils disent, leur douleur, leur incompréhension, leur héroïsme,leur fatalisme, les mensonges et l'incurie du pouvoir, tout y est , il faut les lire.
Et puis quand même aussi le rôle qu'a joué l'explosion de la centrale dans l'explosion du système communiste :
"Nous disons toujours « nous » et pas « je »: nous allons leur montrer l'héroïsme soviétique, le caractère soviétique. au monde entier.. Nous apprenons à dire »je ».. Je ne veux pas mourir! J'ai peur! "

Encore une fois ce sont les témoignages, le vécu raconté ,l'hétérogénéité des points de vue , les réflexions diverses et même les contradictions , toutes ces voix qui se répondent, qui peuvent le mieux, à mon avis , lutter contre l'ignorance et l'oubli.

" Les mythes ne craignent qu'une seule chose: les voix humaines, vivantes. Les témoignages. Même les plus modestes."
Svetlana Alexievitch

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Cacha
13 janvier 2016
A lire absolument, le meilleur livre sur le sujet, à mon sens.
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kfk1
18 novembre 2015
Magnifique recueil de témoignages de multiples personnes, liquidateur, femme au foyer ou embarqué d'office dans ce terrible drame. On y retrouve ce fatalisme si ancré dans la culture Russe, de superbes phrases aussi glaçantes que romantique. la comparaison avec la guerre y est omniprésente, seul point d'amarrage pour ces gens pris dans l'horreur, le mensonge et la mort tout autour.
on y croise surtout l'ignorance puisque le mensonge est retombé plus vite que les particules sur les villages avoisinants, on y côtoie aussi le courage, la folie, le sage qui ne sait pas quoi faire avec "tout ça", l'intellectuel qui analyse, ça déborde de dévouement, d'abnégation, et de morts, de maladies connues ou non, et la nature qui dérive mais qui reprend aussi ses droits.

Le travail de l'auteure, après avoir recueilli toutes ces souffrances, a du mettre en pages tous ces mots si importants lorsqu'ils expriment l'inconcevable. le texte est sublime. Il regorge d 'humanité mais pas forcément d'humanisme (comment tant de mépris du pouvoir?!). Chaque témoignage apporte à la reconstruction des évènements, chaque personnage parle avec son âme, son tempérament et son vécu.
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