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François Caradec (Éditeur scientifique)
EAN : 9782221054833
1173 pages
Robert Laffont (16/03/1989)
4.33/5   32 notes
Résumé :
Alphonse Allais est l'un des plus subtils humoristes de la langue française. Rédacteur en chef du Chat noir et animateur du cabaret du même nom, il a tourné en dérision toutes les modes littéraires de l'époque. À se tordre, Vive la vie !, Deux et deux font cinq et d'autres recueils rassemblent parmi ses meilleures chroniques parues tantôt dans de petites feuilles satyriques du quartier latin, telles L'Hydropathe, L'Anti-Concierge ou La Cravache, tantôt dans de grand... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Lamifranz
  08 août 2022
Alphonse Allais est le premier des humoristes français. Dans l'ordre alphabétique, ça va de soi (comme on dit à Lyon), mais aussi dans l'ordre qualitatif, et je dirais même sentimental. Ce grand écrivain (c'est Jules Renard qui le qualifie ainsi, on peut lui faire confiance), n'est pas seulement un auteur que nous apprécions (comme la pression) mais que nous aimons. Car Alphonse Allais est un homme aimable. Sa vie personnelle nous est un peu connue, et son biographe et bibliographe attitré, François Caradec, l'auteur de cette remarquable édition) nous en a tracé les grandes lignes :
Né en 1854 à Honfleur (Calvados), Alphonse Allais, fils de pharmacien, est censé étudier cette discipline pour prendre un jour la succession de son père. Mais les plantes médicinales, il préfère les étudier à la terrasse d'un café parisien (sous forme liquide), plutôt que dans un laboratoire. Son père qui, allez savoir pourquoi, n'approuve pas cette attitude, lui coupe les vivres. Alphonse exerce quelques petits métiers et finit par écrire quelques articles dans les journaux, jusqu'à en faire sa profession principale. Il occupera cette fonction jusqu'à sa mort, dans plusieurs quotidiens, certains même dont il sera le directeur. Il meurt à 51 ans d'une embolie pulmonaire.
Son oeuvre « littéraire » est en grande partie consacrée à ses contes et nouvelles. Mais il est également l'auteur de quelques romans, dont « L'Affaire Blaireau » (1899) adaptée au cinéma par Yves Robert sous le titre « Ni vu, ni connu » (1958), ainsi que de quelques pièces de théâtre (souvent en participation avec Alfred Capus, Tristan Bernard ou Albert René).
Parallèlement (et comme son ami Charles Cros), il mène (très sérieusement) une vie de chercheur scientifique dans des domaines aussi divers que la photographie couleur, la synthèse du caoutchouc, ou le café soluble.
Ses « oeuvres anthumes » réunissent, comme le nom le suggère, tous les recueils de contes publiés du vivant de l'auteur, soit une douzaine de titres entre 1875 et 1905, et donc la quintessence de l'oeuvre d'Alphonse Allais.
Paradoxalement l'humour d'Alphonse Allais, dans sa forme, est plus « anglais » que « français » : il y a dans son style quelque chose du flegme « british » qui rappelle un peu Oscar Wilde ou George Bernard Shaw. Mais l'esprit français prédomine : finesse et vivacité du récit, complicité avec le lecteur qu'il prend souvent à partie, astuce et malice sont les ingrédients d'un humour complet où ne manquent, à l'occasion, ni la satire contre ses « têtes-de-turc » (Francisque Sarcey ou Paul Leroy-Baulieu), ni l'absurde, qui lui vaudra l'admiration des surréalistes.
Signalons l'artiste qui a signé des tableaux immortels : « Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la mer Rouge » (, un tableau uniformément rouge « peint » en 1884), ou encore « Première communion de jeunes filles chlorotiques par temps de neige » (un tableau uniformément blanc « peint en 1883).
Signalons également le musicien, auteur d'une « Marche funèbre composée pour les funérailles d'un grand homme sourd », page de composition vierge, parce que « les grandes douleurs sont muettes ».
Enfin signalons le scientifique, qui a proposé nombre de réalisations destinées à changer l'avenir de l'humanité : pour relier la France et l'Angleterre, un pont flottant sur des pontons réalisés en vieilles boîtes de sardines (l'huile réduisant le risque de tempête, tous les marins vous le diront) ; pour garantir aux Parisiens une réserve d'eau ferrugineuse, il suffirait d'enfermer la Tour Eiffel dans une boîte en céramique étanche et de la retourner (le fer se dissolvant dans l'eau tout naturellement)…
Voilà pourquoi nous aimons Alphonse Allais : pour cette douce folie, pour cet humour léger, jamais gras, ni graveleux, pour cette finesse qui faisait passer ses charges les plus féroces pour de gentilles moqueries…
Pour sa poésie, aussi :
« Par les bois du djinn où s'entasse de l'effroi,
Parle et bois du gin, ou cent tasses de lait froid ».
Ou encore
« Ah ! Vois au pont du Loing : de là, vogue en mer, Dante.
Hâve oiseau pondu loin de la vogue ennuyeuse ».
Ça ne rime pas ? L'auteur ajoute une précision :
« Oui, je sais, la rime n'est pas très riche, mais j'aime mieux cela que de sombrer dans la trivialité. »
Lire Alphonse Allais est toujours un bonheur. Et un palliatif assuré pour toutes les contrariétés qui nous entourent…
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cloduk
  22 mars 2020
A lire, garder et feuilleter régulièrement. Non seulement Allais est drôle , imaginatif , créateur de néologismes et de la fumisterie , mais il écrit superbement bien sans se prendre au sérieux. Un vrai maitre de l'imparfait du subjonctif . Ses oeuvres complètes regroupent des petites histoires, contes, articles parus dans différents journaux de son temps et sont le reflet d'une époque vue par le prisme de la fantaisie . Selon son humeur, ses occupations ,son inspiration et la longueur de ses stations au café , çà peut être très élaboré ou vite bâclé mais çà vaut le coup d'être parcouru. Une de mes préférées : "Absinthes", véritable courte tranche de vie .
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Epytafe
  13 octobre 2011
Quelques centaines de billets drôles, incisifs et furieusement incorrectes. Un livre à posséder pour en déguster quelques pages avant d'affronter une mauvaise journée et en en revenant.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
LamifranzLamifranz   15 août 2022
LA NUIT BLANCHE D’UN HUSSARD ROUGE

Monologue pour Cadet

Je me suis toujours demandé pourquoi on nomme nuits blanches celles qu’on passe hors de son lit. Moi, je viens d’en passer une, et je l’ai trouvée plutôt… verte.
Ce qui n’a pas empêché mon concierge, quand je suis rentré ce matin, de me saluer d’un petit air… en homme qui dit :
- Ah ! Ah ! Mon gaillard, nous nous la coulons douce !
Et pourtant… Mais n’anticipons pas.
Il faut vous dire que j’étais amoureux depuis quelques temps.
Oh ! amoureux, vous savez !... pas à périr. Mais enfin, légèrement pincé, quoi !
C’était une petite blonde très gentille, avec des petits frisons plein le front. Tout le temps elle était à sa fenêtre, quand je passais.
A force de passer et de repasser, j’avais cru à la fin qu’elle me reconnaissait, et je lui adressais un petit sourire. Je m’étais même imaginé – vous savez comme on se fait des idées – qu’elle me souriait aussi.
C’était une erreur, j’en ai eu la preuve depuis, mais trop tard malheureusement.
Je me disais : « Faudra que j’aille voir ça, un jour. »
En attendant, je m’informe, habilement, sans avoir l’air de rien.
Elle est mariée avec un monsieur pas commode, paraît-il, directeur d’une importante manufacture de mitrailleuses civiles.
Le monsieur pas commode sort tous les soirs vers huit heures, se rend à son cercle, et ne rentre que fort tard dans la nuit.
« Bon, me dis-je, c’est bien ce qu’il me faut. »
Nous étions dans les environs de la mi-carême.
A l’occasion de cette solennité, j’avais été invité à un bal de camarades, costumé, naturellement.
On sait que j’ai beaucoup d’imagination ; aussi tous les amis m’avaient dit : « Tâche de trouver un costume drôle. »
Et je me déguisai, dès le matin, en hussard rouge de Monaco.
Vous me direz qu’il n’y a pas de hussards rouges à Monaco, qu’il n’y a même pas du tout de hussards, ou que, s’il y en a, ils sont généralement en civil.
Je le sais aussi bien que vous, mais la fantaisie n’excuse-t-elle pas toutes les inexactitudes ?
Tout en me contemplant dans la glace de mon armoire (une armoire à glace), je me disais : « Tiens, mais ce serait véritablement l’occasion d’aller voir ma petite dame blonde. Elle n’aura rien à refuser à un hussard rouge d’aussi belle tournure. »
Le fait est, entre nous, que j’étais très bien dans ce costume. Pas mal du tout, même.
Je dîne de bonne heure… Un bon dîner, substantiel, pour me donner des forces, arrosé de vins généreux, pour me donner du… toupet.
Je boucle mon ceinturon, car j’avais un sabre, comme de juste, et me voilà prêt pour l’attaque.
En arrivant près de la maison de mon adorée, j’aperçois le mari qui sort.
Bon, ça va bien… Je le laisse s’éloigner et je monte l’escalier, doucement, à cause des éperons dont je n’ai pas une grande habitude et qui sont un peu longs chez les hussards rouges.
Je tire le pied d’une pauvre biche qui sert maintenant de cordon de sonnette.
Un petit pas se fait entendre derrière la porte. On ouvre... C’est elle… ma petite blonde. Je lui dis :
- ……………………………………………………………………………………………..
Au fait, qu’est-ce que j’ai bien pu lui dire ?
Parce que, vous savez, dans ces moments-là, on dit ce qui vous vient à l’esprit, et puis, cinq minutes après, on serait bien pendu pour le répéter.
Mais ce que je me rappelle parfaitement, c’est ce qu’elle m’a répondu, d’un air furieux :
- Vous êtes fou, monsieur !... Et mon mari qui va rentrer… Tenez, je l’entends.
Et v’lan ! elle me claque la porte sur le nez.
En effet, quelqu’un montait l’escalier d’un pas lourd, le pas terrible de l’époux impitoyable.
Tout hussard rouge que j’étais, je l’avoue, j’eus le trac.
Il y avait un moyen bien simple de sortir de la situation, me direz-vous. Descendre l’escalier et m’en aller tout bêtement. Mais, comme l’a très bien fait remarquer un philosophe anglais, ce sont les idées les plus simples qui viennent les dernières.
Je pensai à tout, sauf à partir.
Un instant, j’eus l’idée de dégainer et d’attendre le mari de pied ferme.
« Absurde, me dis-je, et compromettant. »
Et l’homme montait toujours.
Tout à coup, j’avise une petite porte que je n’avais pas remarquée tout d’abord, car elle était peinte, comme le reste du couloir, en imitation de marbre, mais quel drôle de marbre ! un vrai marbre de mi-carême !
Dans ces moments-là, on n’a pas de temps à perdre en frivole esthétique.
J’ouvre la porte, et je m’engouffre avec frénésie, sans même me demander où j’entre.
Il était temps ! Le mari était au haut de l’escalier.
J’entends le grincement d’une clef dans la serrure, une porte qui s’ouvre, une porte qui se ferme, - la même sans doute – et je puis enfin respirer.
Je pense alors à examiner la pièce où j’ai trouvé le salut.
Je vous donne en mille à deviner le drôle d’endroit où je m’étais fourré.
Vous souriez… donc vous avez deviné !
Eh bien ! oui, c’était là, ou plutôt… ici !
Doucement, sans bruit, je lève le loquet et je pousse la porte… Elle résiste.
Je pousse un peu plus fort… Elle résiste encore.
Je pousse tout à fait fort, avec une vigueur surhumaine. La porte résiste toujours, en porte qui a des raisons sérieuses pour ne pas s’ouvrir. Je me dis : « C’est l’humidité qui a gonflé le bois. » Je m’arc-boute contre le… machin, et… han ! Peine perdue.
Décidément, c’est de la bonne menuiserie ;
Une idée infernale me vient… Si le mari, m’ayant aperçu d’en bas et devinant mes coupables projets, m’avait enfermé là, grâce à un verrou extérieur !
Quelle situation pour un hussard rouge !
Un soir de mi-carême ! et moi qu’on attend au bal !
Non, non, ce n’est pas possible. J’éloigne de moi cette sombre pensée.
Et pourtant la porte reste immuable comme un roc.
De guerre lasse, je m’assieds – heureusement qu’on peut s’asseoir dans ces endroits-là – et j’attends. Parbleu ! quelqu’un viendra bien me délivrer.
On ne vient pas vite… On ne vient même pas du tout.
Que mangent-ils donc dans cette maison ?
Des confitures de coing, sans doute.
De la rue monte à mes oreilles le joyeux vacarme des trompes, des cors de chasse, des clairons, et puis – terrible ! – le son des horloges, les quarts, les demies, les heures… !
Et le libérateur attendu n’arrive pas. Tous ces gens-là se sont donc gorgés de bismuth aujourd’hui ?
La prochaine fois que je reviendrai dans cette maison, j’enverrai un melon à chaque locataire.
De temps en temps, avec un désespoir touchant, je me lève, et, faisant appel à toute mon énergie, je pousse la porte, je pousse, je pousse !
Ah ! pour une bonne porte, c’est une bonne porte !
Enfin, épuisé, je renonce à la lutte. La poignée de mon sabre me rentre dans les côtes. Je l’accroche au loquet et je m’endors.
Sommeil pénible, entrecoupé de cauchemars. Le bruit de la rue s’est éteint peu à peu. On n’entend plus qu’un cor de chasse qui s’obstine héroïquement dans le lointain.
Puis le cor de chasse va se coucher, comme tout le monde…
…………………………………………………………………………………………………Je me réveille !... C’est déjà le petit jour. Je me frotte les yeux et me rappelle tout. Mon sang de hussard rouge n’a fait qu’un tour. Rageusement, je décroche mon sabre et le tire à moi…
………………………………………………………………………………………………
Je n’ose pas vous dire le reste.
Imbécile que j’étais ! double imbécile ! triple imbécile ! centuple idiot ! milluple crétin ! J’avais passé toute ma nuit à pousser la porte…
Elle s’ouvrait en dedans !...

(Pas de bile)

*
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LamifranzLamifranz   15 août 2022
UTILITE A PARIS DU BOTTIN DES DEPARTEMENTS

Vraiment, j’avais beau chercher au plus creux de mes souvenirs, il m’était impossible de me rappeler le monsieur qui me tendait si cordialement la main.
Ou plutôt, je me le rappelais vaguement, comme un monsieur qu’on peut avoir vu quelque part, mais où ? mais dans quelles circonstances ?
- Chacun son tour, alors, fit-il d’un ton enjoué. Il y a quelques années, c’est vous qui m’avez reconnu ; aujourd’hui, c’est moi. Monsieur Ernest Duval-Housset, de Tréville-sur-Meuse.
Je jouai la confusion, la honte d’un tel oubli ! Comment avais-je pu ne point me rappeler la physionomie de M. Ernest Duval-Housset que j’avais connu à Tréville-sur-Meuse, puis revu dans la suite à Paris ?...
Notez que, de ma vie, je n’ai mis les pieds à Tréville !
Cette histoire-là est toute une histoire !
………………………………………………………………………………………………..
Il y a quelques années, mon ami Georges Auriol et moi, nous arrêtâmes un jour à la terrasse du café d’Harcourt, et nous installâmes à une table voisine de celle où un monsieur buvait un bock.
Comme il faisait très chaud, le monsieur avait déposé, sur une chaise, son chapeau, au fond duquel mon ami Georges Auriol put apercevoir le nom et l’adresse du chapelier : P. Savigny, rue de la Halle, à Tréville–sur-Meuse.
Avec ce sérieux qu’il réserve exclusivement pour les entreprises de ce genre, Auriol fixa notre voisin, puis très poliment :
- Pardon, monsieur, est-ce que vous ne seriez pas de Tréville-sur-Meuse ?
- Parfaitement ! répondit le monsieur, cherchant lui-même à se remémorer le souvenir d’Auriol.
- Ah ! reprit ce dernier, j’étais bien sûr de ne pas me tromper. Je vais souvent à Tréville… J’y ai même un de mes bons amis que vous connaissez peut-être, un nommé Savigny, chapelier dans la rue de la Halle.
- Si je connais Savigny ! Mais je ne connais que lui !... Tenez, c’est lui qui m’a vendu ce chapeau-là.
- Ah ! vraiment ?
- Si je connais Savigny !... Nous nous sommes connus tout gosses, nous avons été à la même école ensemble. Je l’appelle Paul, lui m’appelle Ernest.
Et voilà Auriol parti avec l’autre dans des conversations sans fin sur Tréville-sur-Meuse, localité dont mon ami Georges Auriol ignorait jusqu’au nom, il y a cinq minutes.
Mais moi, un peu jaloux des lauriers de mon camarade, je résolus de corser sa petite blague et de le faire pâlir d’envie.
Un rapide coup d’œil au fond du fameux chapeau me révéla les initiales E.D.H.
Deux minutes passées vers le Bottin du d’Harcourt me suffirent à connaître le nom complet du sieur E.D.H.
Entrepositaires : Duval-Housset (Ernest), etc.
D’un air très calme, je revins m’asseoir et fixant à mon tour l’homme de Tréville :
- Excusez-moi si je me trompe, monsieur, mais ne seriez-vous pas M. Duval-Housset, entrepositaire ?
- Parfaitement, monsieur. Ernest Duval-Housset, pour vous servir.
Certes, M. Duval-Housset était épaté de se voir reconnu par deux lascars qu’il n’avait jamais rencontrés de son existence, mais c’est surtout la stupeur d’Auriol qui tenait de la frénésie :
Par quel sortilège avais-je pu deviner le nom et la profession de ce négociant en spiritueux ?
J’ajoutai :
- C’est toujours le père Roux qui est maire de Tréville ?
(J’avais à la hâte lu dans le Bottin cette mention : Maire : M. le docteur Roux, père).
- Hélas, non ! Nous avons enterré le pauvre cher homme, il y a trois mois.
- Tiens, tiens, tiens ! C’était un bien brave homme, et, par-dessus le marché, un excellent médecin. Quand je tombai si gravement malade à Tréville, il me soigna et me remit sur pied en moins de quinze jours.
- On ne le remplacera pas de sitôt, cet homme-là !
Auriol avait fini, tout de même, par éventer mon stratagème.
Lui aussi s’absenta, revint bientôt, et notre conversation continua à rouler sur Tréville-sur-Meuse et ses habitants.
Duval-Housset n’en croyait plus ses oreilles.
- Nom d’un chien ! s’écria-t-il. Vous connaissez les gens de Tréville mieux que moi qui y suis né et qui l’habite depuis quarante-cinq ans !
Et nous continuions :
- Et Jobert, le coutelier, comment va-t-il ? Et Durandeau, est-il toujours vétérinaire ? Et la veuve Lebedel ? Est-ce toujours elle qui tient l’hôtel de la Poste ? etc, etc.
Bref, les deux feuilles du Bottin concernant Tréville y passèrent, (Auriol, moderne vandale, les avait obtenues d’un délicat coup de canif et, très généreusement, m’en avait passé une).
Duval-Housset, enchanté, nous payait des bocks – oh ! très vite absorbés ! – car il faisait chaud (l’ai-je dit plus haut ?) et rien n’altère comme de parler d’un pays qu’on n’a jamais vu.
La petite fête se termina par un excellent dîner que Duval-Housset tint absolument à nous offrir.
On porta la santé de tous les compatriotes de notre nouvel ami, et, le soir, vers minuit, si quelqu’un avait voulu nous prétendre, à Auriol et à moi, que nous n’étions pas au mieux avec toute la population de Tréville-sur-Meuse, ce quidam aurait passé un mauvais quart d’heure.

(On n’est pas des bœufs - 1896)
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patatarte2001patatarte2001   10 juin 2014
une jeune femme occupée à manipuler un Morse (1 ) fébrilement.... (1 ) Pour éviter toute confusion, le Morse en question est un appareil de transmission télégraphique ainsi appelé du nom de son inventeur, et non pas un veau marin. La présence de ce dernier, fréquente dans les mers glaciales, est, d’ailleurs, assez rare dans les bureaux de poste français. (Vive la vie)
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stekasteka   12 janvier 2014
Il me faut encore revenir une fois sur cette étrange question des plantes qui marchent, question magistralement soulevée par notre ami Gustave Mirbeau et brillamment poursuivie par celui qui écrit ces lignes.
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patatarte2001patatarte2001   18 juin 2014
Il faudrait arracher des plumes aux anges du bon Dieu et les tremper dans l'azur du ciel pour écrire les mots qui diraient les charmes de cette jeune femme. (Le lecteur comprendra que je m'abstienne de cette opération cruelle et peu à ma portée, pour le moment) (Vive la vie)
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Vidéo de Alphonse Allais
« […] Alphonse a été tellement pillé qu'on l'a surnommé « La Vache Allais ». Généralement […] - une pensée bien tournée dans une langue châtiée, dotée d'une apparente profondeur de jugement, est attribuée au sieur De La Rochefoucauld (1613-1680) : on ne prête qu'aux riches, surtout s'ils sont ducs. Il en va de même, plus près de nous, pour le cher Alphonse. Un mot drôle, un propos étonnant, loufoque, iconoclaste, féroce, amer ou logique jusqu'à l'absurde ne saurait être que d'Alphonse Allais (1854-1905) […]. Notre humoriste national, mort en 1905, a bel et bien été un précurseur dans ce qui fera la richesse littéraire, artistique, poétique, ludique du XXe siècle […]. Allais reste un grand méconnu à l'oeuvre immense […]. Il a écrit, en 25 ans, près de 1 700 contes. Si on y ajoute les poèmes, les fables-express, les distiques olorimes, les recettes de cocktails du Captain Cap et les histoires en tous genres, cela représente au moins deux dizaines de volumes. […] » (Jean Orizet)
« La blague est la seule arme à employer contre la solennité imbécile d'un tas de messieurs qui voudraient faire prendre leurs baudruches pour des blocs de marbre. Quant aux graves patauds qui n'aiment pas la blague, ils me rappellent un cul-de-jatte que j'ai rencontré l'autre jour : ce pauvre bout d'homme haussait les épaules en voyant passer les cyclistes. » (Alphonse Allais)
0:04 - 1er extrait 0:16 - 2e extrait 0:30 - 3e extrait 0:45 - 4e extrait 1:05 - 5e extrait 1:41 - 6e extrait 1:51 - 7e extrait 2:02 - 8e extrait 2:19 - 9e extrait 2:45 - 10e extrait 2:58 - 11e extrait 3:09 - 12e extrait 3:28 - 13e extrait 3:43 - 14e extrait 3:57 - Générique
Référence bibliographique : Alphonse Allais, Pensées, textes et anecdotes, Le Cherche Midi, 2016.
Image d'illustration : https://www.gettyimages.ch/detail/nachrichtenfoto/allais-c1893-alphonse-allais-french-writer-and-nachrichtenfoto/802472582?language=fr
Bande sonore originale : Circus Marcus - le bal de Rémy le bal de Rémy by Circus Marcus is licensed under an Attribution-NonCommercial 3.0 International License.
Site : https://freemusicarchive.org/music/CIRCUSMARCUS/Danse_Rmy/le_bal_de_remy/
#AlphonseAllais #PenséesTextesEtAnectodes #LittératureFrançaise
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