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EAN : 9782380822496
192 pages
Anne Carrière (26/08/2022)
3.73/5   42 notes
Résumé :
Quand Nelly meurt subitement, sa fille rentre en Suisse pour s'occuper des funérailles. Une longue absence a distendu le rapport des deux femmes et plus de dix ans se sont écoulés depuis la dernière fois où Carole a pénétré dans l'appartement de son enfance.
Rien n'aurait pu la préparer à ce qu'elle y découvre : objets et déchets ont envahi l'espace, englouti les meubles, retiré aux pièces leur fonctionnalité, confiné son habitante dans moins de cinq mètres ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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Suissesse installée aux Etats-Unis depuis de nombreuses années, l'auteure se voit contrainte de revenir dans son pays natal, afin de régler les funérailles de sa mère Nelly, décédée soudainement. Une génitrice à la personnalité énigmatique qui a toujours fait preuve d'indifférence envers celle qui était pourtant sa fille unique. Mère et fille entretenaient des relations dénuées de liens affectifs, naviguant entre distance et incompréhension. Seuls quelques rares échanges téléphoniques maintenaient entre elles le fil ténu d'une relation quasi inexistante.
Chargée de vider l'appartement de cette dernière, l'autrice va avoir le choc de sa vie. Elle ne va pas reconnaître l'appartement dans lequel elle a passé ses jeunes années et découvrir avec stupeur que sa mère souffrait du syndrome de Diogène. le logement totalement insalubre est d'une puanteur intolérable. Il est colonisé d'objets hétéroclites montant jusqu'au plafond et de déchets en décomposition et grouillant de vers, cette dernière ayant conservé jusqu'à la dépouille de son défunt chat.
L'autrice se demande comment cette mère méconnue a pu en arriver là. Elle va se lancer dans une véritable enquête, cherchant vainement à découvrir qui était sa mère et ce qui a bien pu l'amener à rejoindre le triste rang de ceux qu'elle préfère nommer les gardeurs.
Revisitant ses souvenirs d'enfance, elle se souvient de l'alcoolisme de son père, méprisant et humiliant sa mère. de la folie de cette dernière, laminée par les électrochocs, qui se réfugiait dans les souvenirs de son premier et unique amour, un libanais que les circonstances de la vie l'empêcheront d'épouser.
Mêlant histoire intime et recherches plus générales dans tout ce qui a pu être écrit concernant ce trouble du comportement complexe, l'autrice nous invite à découvrir une pathologie qui a de quoi nous laisser perplexes…

"Tout garder" est un témoignage tout aussi effrayant qu'édifiant. Bouleversant de sincérité, sans pathos, avec beaucoup de lucidité et moult détails, Carole Allamand tente de nous éclairer à travers sa quête personnelle sur cette singulière pathologie, encore méconnue, qu'est le syndrome de Diogène.
Qui peut être concerné ? Comment en arrive-t-on là ? Pourquoi ?
Beaucoup de questions et encore peu de réponses à ce jour. D'où l'intérêt de se pencher sur ce récit éclairant qui ne peut manquer de nous interroger !

Lien : https://leslecturesdisabello..
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Pour celles et ceux qui ne connaissent pas le syndrome de Diogène, ce récit est parfaitement éclairant ; j'ai déjà rencontré ce syndrome dans un roman de Christophe Perruchas, Revenir fils mais là il s'agit bien d'un récit, d'après le vécu de l'autrice. C'est au décès de sa mère, Nelly que Carole Allamand a découvert l'incroyable capharnaüm qui régnait dans l'appartement dont elle héritait. Pas seulement de l'entassement ou du fouillis mais des ordures, de la pourriture, des stocks de denrées, des emballages, des papiers, des objets en tout genre... Pas un centimètre carré de l'appartement qui ne soit recouvert. Il se trouve que les deux femmes étaient brouillées, ne s'étaient pas vues depuis pas mal d'années. Mais comment soupçonner ? de cette découverte choquante, l'autrice trouve matière à une enquête, cherche à éclairer la personnalité de sa mère , de la femme qu'elle a été avant d'être sa mère et tenter de comprendre le parcours qui l'a menée à cet état. Tout en entamant une énorme opération de nettoyage physique, elle va s'attacher à nettoyer aussi le passé pour mettre à jour la réalité d'une femme que finalement elle ne connaissait pas. Ce qui rejoint alors les questions qui peuvent agiter toutes les familles face à certains de leurs membres qui semblent rester des inconnus. Et qui pourraient presque devenir des personnages du roman de leur vie. Un récit certainement libérateur pour l'auteure.
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Un récit sur le syndrome de Diogène juste et sensible.

L'autrice retourne en Suisse pour organiser les funérailles de sa mère. Elle découvre son logement rempli de tout, sale, un lit encombré avec juste la place pour s'allonger. Commence alors l'opération pour le vider de son contenu. Les souvenirs de la vie familiale remontent et les interrogations sur la vie de sa mère depuis son départ s'entremêlent. Pourquoi cette accumulation ? Avec quel argent s'est-elle procurée toutes ses affaires ?

Ce récit relate vraiment ce qu'on vit en tant que proche d'une personne atteinte du syndrome de Diogène. A la fois cette prise de recul obligatoire et toutes ces questions sans réponse précise. On fait avec ce qu'on sait, ce qu'on comprend, ce qu'on découvre. C'est très juste. Je vous conseille de le lire si vous voulez découvrir ce qu'est ce syndrome.
Très bon essai !
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Dans un coin s'amoncelaient les objets*
"Il faut franchir une première colline pour arriver au salon. Nicole me tend la main et je pénètre pour ainsi dire de plain-pied dans la folie de ma mère." C'est Carolle Allamand qui l'écrit dans son nouveau roman qui tient de l'essai comme du récit autobiographique et tente intelligemment de régénérer un lourd passé corrompu par le temps. Dans les coulisses de l'avenue du Devin-du-village (en impasse), connue des genevois (le chanteur du groupe And Also The Trees y a longtemps vécu par exemple), l'auteure - installée depuis de nombreuses années aux Etats-Unis où elle enseigne la littérature - découvre suite au décès de sa mère que celle-ci vivait dans un appartement gorgé de piles de vieux journaux, de machines à café, de vêtements pourris, de vaisselle sale, de livres attaqués par l'humidité, etc. Relation de famille difficile, distance, tant émotionnelle que géographique, Carole a fait sa vie, comme on dit, et tracé un trait sur l'ancienne, son enfance à Genève. Déblayer l'appartement où elle a vécu petite avec sa mère et son père - de bonne humeur le matin et exécrable et violent le soir par abus de piquette -, voilà une histoire qui se révèle difficile car une fois le chaos retiré, cette accumulation sans logique d'objets du quotidien, Carole se rend compte qu'elle a aussi libéré un passé sur lequel il faut poser des mots qui étaient oubliés, enfouis. Invoquant Yourcenar, Maupassant, Pamuk ou encore Perec, Carole Allamand dresse avec subtilité le portrait de sa mère en "gardeuse" (Diogène étant un mauvais terme), de son père mort à la fin des années 90, et pose la question du pourquoi garder des objets. Pour apporter une touche plus singulière à ce livre déjà réussi, Carole Allamand ne l'a pas traduit du suisse. Il regorge donc de mots comme "panosse", "boguet", "minons", et le lecteur sera ravi de découvrir le glossaire en fin d'ouvrage. Tout garder ? de la rentrée littéraire, on gardera en tout cas celui-là car c'est un livre qui pense et c'est parfois une chose bien rare.
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Carole Allamand vit aux États-Unis lorsqu'elle apprend le décès brutal de sa mère, Nelly Suter, jeune octogénaire. Elle se sent prise de court, amputée de la possibilité de rompre le silence, de franchir la muraille qui la séparaient de cette femme avec laquelle elle a toujours eu des relations distantes. Elle retourne pour la première fois depuis douze ans à Genève, afin d'organiser les obsèques et de vider l'appartement où elle a passé son enfance. À son arrivée sur les lieux, c'est le choc. L'appartement, où règne une intolérable puanteur, est envahi du sol au plafond d'objet divers, de vêtements et d'aliments formant des empilements qui rendent le logement impraticable, et dans un état d'insalubrité inimaginable.
L'auteure découvre ainsi que sa mère, pourtant toujours élégante et tirée à quatre épingles, était atteinte du syndrome de Diogène, et réalise qu'en plus d'être superficiels, les rares liens qu'elle entretenait avec elle étaient basés sur le mensonge. Elle éprouve aussitôt le besoin de comprendre. À quel désordre intérieur, à quel besoin cette pathologie faisait-elle écho ?

En même temps qu'elle entreprend de trier et de vider, aidée de quelques amis, l'immense capharnaüm qui n'en finit pas de livrer ses sordides surprises, des souvenirs de son enfance refont surface. Elle tente d'y trouver, s'appuyant par ailleurs sur les indices que pourraient lui livrer certains des objets, les raisons de la détresse maternelle.

C'est à l'adolescence que Carole a commencé à entrevoir l'étrangeté de certains des comportements maternels, comme de ranger les ustensiles de cuisine sans les laver, d'entasser tant de vêtements ou de journaux sur les chaises qu'il était impossible de de s'y asseoir… elle se souvient également d'épisodes dépressifs. Sa priorité était alors d'échapper à cet environnement familial où elle ne recevait ni affection, ni attention. Ses parents refusant de financer ses études –« elle avait qu'à ne pas en faire »-, elle a quitté son foyer à dix-sept ans et s'est débrouillée seule.

Maintenant qu'elle se penche sur les événements susceptibles d'être à l'origine de la pathologie de Nelly, elle voit une vie faite d'empêchements et des contraintes liées à son statut de femme dans une société où le droit de vote ne leur fut accordé qu'en 1971. Sa mère n'a pas pu faire les études qu'elle voulait, a dû renoncer à son grand amour de jeunesse pour finalement subir une vie étriquée aux côtés d'un homme alcoolique et brutal, qu'elle n'aimait pas.

"Tout garder" est un récit sincère et touchant, qui trouve le juste équilibre entre résonances du deuil et enquête familiale, et devient par moments le prétexte à un questionnement plus vaste sur ce que disent de nous les pathologies liées à nos rapports aux objets. Evitant le piège des reproches face aux défaillances maternelles, et craignant constamment de réduire sa mère à son dérèglement, elle retranscrit avec pudeur la tristesse que suscite l'impossibilité définitive de pénétrer le mystère maternel et de combler une distance à jamais installée.
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critiques presse (2)
LaTribuneDeGeneve
27 mars 2023
En partant de son cas individuel, l’écrivaine déploie avec concision une sorte d’enquête multiple – littéraire, sociale, intime, psychologique – pour explorer la dimension universelle du mystère de ces «gardeurs» pathologiques qu’ici on appelle curieusement Diogène, alors que le philosophe grec de l’école cynique était un apôtre du dépouillement.
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
LeMonde
21 novembre 2022
Tout en retraçant les journées passées à débarrasser les lieux, l’autrice enquête à travers ses souvenirs autant que dans le corpus littéraire pour comprendre ce qui agit les « gardeurs » en général et sa mère en particulier. Il en résulte un texte d’une netteté surprenante, à l’émotion remarquablement tenue.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Il faut franchir une première colline pour arriver au salon. Nicole me tend la main et je pénètre pour ainsi dire de plain-pied dans la folie de ma mère. On regarde ça, longtemps, comme un paysage pour la première fois, comme la surface de Mars, le tsunami de 2004, Berlin année zéro. C'est un raz-de-marée qui file entre les mots. Nous sommes bien au-delà du désordre. Bazar, bordel, foutoir ne conviennent pas davantage à un lieu qui relève de la décharge publique et du cabinet de curiosités, du nid de pigeon et de la jungle.
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Les gardeurs, les bergers de l'inutile : j'aime cette appellation légèrement bucolique et qui ne sent pas le renfermé.
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L'usage seulement fait la possession, je demande à ces gens de qui la passion est d'entasser toujours, mettre somme sur somme quel avantage ils ont que n'ait pas un  autre homme.

Jean de la fontaine
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Si les créanciers espèrent se rembourser en nature, ils vont être servis : rats, souris, cafards et allez savoir quoi d'autres.
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Videos de Carole Allamand (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Carole Allamand
VLEEL 196 Rencontre littéraire avec Sibylle Grimbert, Carole Allamand et P E Cayral, Anne Carrière
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