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EAN : 9782264080967
456 pages
10-18 (18/08/2022)
3.29/5   69 notes
Résumé :
Andrew, solitaire depuis l'enfance en raison de sa très petite taille, est un créateur de poupées reconnu. Il correspond avec une femme, également amatrice de poupées, Bramber Winters, qui réside et travaille au sein d'un établissement psychiatrique dans les Cornouailles.

À l'origine de leur correspondance - suite à une petite annonce de Bramber un an plus tôt - il y a la curiosité pour la personnalité et l'oeuvre d'Ewa Chaplin, une Polonaise célèbre ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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Le roman relate l'histoire d'un collectionneur et créateur de poupées, Andrew, et de Bramber tout simplement amatrice de poupées et admirative d'Ewa Chaplin, créatrice de poupées de collection et écrivain.
Les deux personnages partagent leur passion à travers des échanges épistolaires, ils se sont connus par l'intermédiaire d'une petite annonce passée par la jeune femme dans un journal de collectionneur que lisait Andrew, il vit à Londres tandis qu'elle vit en Cornouailles.
Au fil de leurs échanges, Andrew en tombe amoureux et décide alors d'aller à sa rencontre pour lui faire une surprise.
Il s'agit du récit principal dans lequel ils se révèlent l'un à l'autre, à travers ces lettres, Bramber se dévoile amplement. Elle fait découvrir à Andrew le livre de contes écrit par Ewa Chaplin dont elle admire le travail.
Dans cet ouvrage figurent des histoires enchâssées dans le récit principal.
On découvre ces récits en même temps qu'Andrew lors du long voyage qu'il effectue pour rejoindre Bramber.
Ce sont des contes fantastiques, assez noirs, oppressants, dans lesquels l'auteure nous livre des histoires d'amour tragiques, de nains au destin fatal, amoureux d'une reine, de meurtres, de personnes solitaires ayant un handicap, mis au ban de la société, des personnages hors norme, d'autres superstitieux.
L'art, notamment la musique et le théâtre y tiennent une place importante.
Ces contes à la fois tragiques et fantastiques semblent être une mise en abyme de ce que sont les deux personnages principaux, eux-mêmes, différents, Andrew d'abord, personne de petite taille rejetée d'abord par ses camarades d'école dans son enfance puis adulte solitaire, et de Bramber, personnage agoraphobe, ayant subi des drames et vivant depuis 20 ans, cloîtrée dans un hôpital psychiatrique. D'ailleurs Andrew se demande si Ewa Chaplin n'a pas lu dans ses pensées, il s'identifie fortement aux personnages des contes, il met aussi le comportement de Bramber en symétrie avec les personnages de certaines histoires du livre d'Ewa Chaplin.
Ces récits encadrés interrogent fortement la frontière entre la fiction et la réel, la part de vérité des êtres que révèle la fiction.
C'est un peu comme les poupées réalistes, uniques, auxquelles Andrew donne vie. Elles sont symboliques et représentatives d'êtres réels mais gardent une part de rêve et de mystère.
Un livre sur la différence dans lequel des êtres hors norme hantent le récit de manière obsessionnelle et morbide.
Un livre dont la lecture m'a tout de même donné une forte sensation de bizarrerie tant dans les thèmes et les personnages récurrents que dans la construction du récit, on se perd quelquefois dans les dédales de l'histoire, du point de vue des personnages aussi qui varie inopinément.



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Je découvre Nina Allan avec The Dollmaker (Le Créateur de poupées en VF) et, au-delà de l'évidente qualité de la plume de son auteure et de l'inventivité des univers qu'elle y déploie, je suis époustouflée par la finesse et l'originalité de la structure de ce récit, par son audace également. Se plonger dans ce roman est une expérience étonnante, qui nécessite d'avoir constamment à l'esprit plusieurs niveaux de lecture.


Les éditions Tristram ont choisi pour titre le Créateur de poupées. Cette traduction, qui perd la neutralité de l'anglais – le terme dollmaker pouvant faire référence aussi bien à un homme qu'à une femme –, trop réductrice, laisse malheureusement de côté la créatrice de poupées et auteure d'origine polonaise autour de laquelle est construite l'histoire : Ewa Chaplin, et fait perdre au titre la richesse de son sens.


Le roman alterne entre des passages narratifs à la première personne écrits du point de vue d'Andrew Garvie, un créateur de poupées reconnu, les lettres lui ayant été envoyées par Bramber Winters, avec laquelle il a démarré une correspondance suite à une annonce postée par la jeune femme dans une revue spécialisée et visant à rassembler des informations sur Ewa Chaplin, et les contes cruels et uchroniques de cette dernière lus par Andrew au cours de son périple.


L'histoire commence par la décision d'Andrew d'aller rendre visite à Bramber à Westedge House, l'établissement où elle vit depuis de longues années, autant maison de repos qu'hôpital psychiatrique. le trajet depuis Londres est lent, touristique, fait de sauts de puce de petite ville en petite ville. Andrew qui, sur la base de ses seules lettres, est tombé amoureux de Bramber, est partagé entre son désir non seulement de la voir, mais aussi de la délivrer de ce lieu, et sa crainte d'être rejeté en raison de sa petite taille – le terme péjoratif dwarf (« nain ») revient à de multiples reprises dans le texte. le voyage d'Andrew est parsemé de récits d'épisodes de son passé, tout comme les lettres de Bramber évoquent à la fois son quotidien et les raisons qui l'ont conduite à Westedge House, ainsi que des épisodes de la vie d'Ewa Chaplin, dont elle voudrait rédiger une biographie, faisant écho à sa propre histoire.


Le choix de l'auteure de ne pas montrer les deux côtés de cette correspondance, de ne pas présenter au lecteur un dialogue, matérialise dans le texte le fossé qui sépare les personnages, ce que renforce encore le fait que les lettres de Bramber soient antérieures au récit du voyage d'Andrew. Chacun des personnages ne connaît de l'autre que l'image qu'il s'en est faite, et l'un des objets du texte va être pour eux de parvenir à combler ce fossé et à se découvrir mutuellement : leur rencontre physique, qui demeure jusqu'à la fin du roman incertaine, est l'objectif du voyage, ce vers quoi tend l'histoire.


Les contes cruels d'Ewa Chaplin, teintés d'étrangeté, distillant à petites touches ou plus franchement des univers relevant de la fantasy ou de la dystopie, s'ils pourraient être lus pour eux-mêmes en dehors du roman, servent ici le récit-cadre en le mettant en abyme. Comme si cela ne suffisait pas, les nouvelles de Chaplin comprennent elles-mêmes des récits enchâssés. L'auteure, en multipliant ainsi les mises en abyme, les effets d'échos, met en place des réseaux de sens qui interconnectent les différents niveaux de la narration.


Impossible de ne pas remarquer, à la lecture, ces détails issus du récit d'Andrew ou des lettres de Bramber : un geste, un objet, une situation, qui réapparaissent presque à l'identique quelques pages plus loin dans l'un des contes, clins d'oeil appuyés au lecteur brisant de façon audacieuse l'illusion référentielle et mettant en évidence l'artificialité du roman. Nina Allan agit ici à la manière d'un marionnettiste qui, non content de laisser visibles les fils de ses pantins, ferait tout pour les mettre en valeur. Aux parallèles entre récit-cadre et récits enchâssés facilement décelés par le lecteur, s'ajoutent ceux que ne peuvent voir que les personnages et qu'ils expliquent, intrigués par la façon dont les contes résonnent étrangement avec leur propre expérience. Andrew, perturbé par la manière dont les nouvelles de Chaplin évoquent de façon détournée des épisodes parfois douloureux de son existence, finit par s'interroger sur la possibilité qu'il soit en réalité lui-même un personnage.


Les contes produisent des effets d'attente vis-à-vis du récit-cadre dont ils constituent une série de reflets déformés. L'on en vient à tenter de déduire la suite des histoires d'Andrew et de Bramber à partir des nouvelles d'Ewa Chaplin. L'auteure utilise avec beaucoup de talent cette structure complexe. Les parallélismes entre les nouvelles et les vies des protagonistes, qui justifient dans le récit-cadre la narration de moments-clefs de leur passé, lui servent à faire découvrir un aspect et un épisode après l'autre ses personnages, qui gagnent ainsi graduellement en épaisseur. Elles permettent également à l'auteure de constamment susciter et déjouer les attentes de son lecteur, dans un roman dans lequel l'un des enjeux, pour Andrew et Bramber, va être précisément d'échapper à la destinée vers laquelle leur apparence ou leur passé semble inexorablement les pousser, afin de tracer leur propre voie.


Les symboles, les échos sont légion dans ces pages. J'imagine qu'une seconde lecture permettrait d'en déceler plus encore car il faut un temps d'adaptation pour saisir la manière dont le livre fonctionne. le plus évident est peut-être que les poupées d'Andrew, ses troll dolls, qu'il conçoit à partir de poupées anciennes en piteux état et qu'il élabore de façon, non pas tant à camoufler leurs défauts qu'à les mettre en valeur, fonctionnent comme des métaphores des protagonistes, que le récit met face à leur passé, à leurs cicatrices et qu'ils vont devoir accepter afin de se reconstruire et d'avancer.

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Quand vient l'automne et que les jours raccourcissent, quand Halloween et la Toussaint pointent le bout de leurs nez, il est des rituels auxquels je ne sacrifierai pour rien au monde: réécouter cent fois "L'Ecolier Assassin" de Malicorne, revoir encore et toujours les films de Tim Burton et passer un siècle au moins à trouver un autre film qui, je l'espère toujours, me fera mourir d'angoisse; réfléchir à mon costume pour la soirée d'Halloween qu'organise toujours l'une de mes meilleures amies; absorber des litres de thés aux saveurs de châtaigne et de citrouille et me gaver de brioches à la cannelle; me plonger avec délice dans des romans au choix horrifiques, malaisants, victoriens, gothiques, fantastiques… Ce n'est pas toujours évident à trouver d'ailleurs quand on veut sortir des sentiers battus, des classiques du genre ou des pièges médiatiques… Mais je ne perds jamais espoir.
Cette année m'aura conduite vers "Le Créateur de poupées" et pour être honnête, je n'imaginais pas plonger dans une histoire aussi étrange, aussi dérangeante. Malaisante. Finalement, mes voeux saisonniers auront été exaucés au-delà de mes espérances par cette lecture dont je ne sais pas trop si je l'ai vraiment aimé tant elle m'a déroutée, dérangée parfois. Je suis en revanche sûre d'une chose: "Le Créateur de Poupées" a exercé sur moi une fascination un rien hypnotique.
Roman étrange étrangement séduisant.

Le créateur de poupées, c'est Andrew, créateur reconnu et solitaire en raison de sa très petite taille. Sa passion pour les poupées, qui remonte à son enfance, ses doigts de fées et son handicap ont fait de lui la proie de la cruauté de ses semblables tout autant qu'un personnage atypique, l'un de ceux qui peuplent les vieilles chansons et les contes gothiques. C'est un artiste qui dans un récit à la première personne d'une finesse et d'une fluidité fort agréable nous livre des pans entiers de son existence, de son enfance à ses rencontres, dont certaines m'ont laissé un sentiment poisseux de malaise et de terreur quant d'autres m'ont plongée dans un flot d'incompréhension et de questions demeurées sans réponses. C'est frustrant mais il est des silences qui participent à l'aura mystérieuse, à la séduction d'une histoire… alors, on les accepte, on les goute comme on goute l'étrangeté et le mystère.
Si Andrew nous offre le récit de son existence, c'est parce qu'il a une histoire à nous raconter, celle de sa rencontre avec Bramber, qui n'a pas vraiment eu lieu ou alors qui ne s'est réalisée qu'au gré des lettres qu'ils échangent depuis quelques temps. Cette dernière est amatrice de poupées et est entrée en contact avec Andrew par le biais d'une petite annonce laissée dans un journal spécialisée, annonce dans laquelle elle expliquait rechercher des informations sur l'oeuvre et la personnalité pour le moins originale d'Ewa Chaplin, une polonaise célèbre pour ses poupées étranges et vaguement humaines, effrayantes ainsi que pour ses contes tout aussi étranges.
De lettres en lettres, la correspondance entre Andrew et Bramber s'est éloignée des poupées pour se faire plus intime et la jeune femme s'y livre de plus en plus. Elle écrit au créateur de poupées son quotidien troublant dans un mystérieux institut des Cornouailles dont elle tait le nom, dont on soupçonne qu'il s'agit d'un asile psychiatrique.
Peu à peu, Andrew s'éprend de sa correspondante et décide de quitter Londres pour aller lui rendre visite, sans la prévenir. Il ne lui a certes pas parlé de son handicap, mais elle ne lui dit pas tout elle non plus, il le sent bien... Alors il part, avec dans ses bagages le recueil des contes d'Ewa Chaplin dont la lecture l'accompagne tout au long de son périple, tout comme elle nous accompagne, nous lecteurs, tandis qu'Andrew s'en va vers la Cornouaille.

Ce qui fait la richesse, le foisonnement même, de ce roman de Nina Allan commence par sa narration qui alterne le récit d'Andrew, les lettres de Bramber mais aussi les contes d'Ewa Chaplin, intelligemment enchâssés dans le récit. Singulièrement cruels et dérangeants, presque malsains, ces derniers m'ont happée comme rarement et beaucoup questionnés. Récits qui ne dépareraient absolument pas dans un recueil de littérature gothique et fantastique, on se rend compte assez rapidement compte en cours de lecture qu'ils résonnent étrangement avec les vies de Bramber et d'Andrew, au point de faire naître l'inquiétude, une inquiétude d'abord sourde et pernicieuse qui devient angoisse, chape de plomb et oppression.
Alors on tourne les pages plus vite, on a le souffle plus court, on ne sait plus si on a de la sympathie pour Andrew ou si sa course folle vers une femme qui ne l'attend pas n'en fait pas un homme de la pire espèce. On ne sait pas si on ne devrait pas se méfier de la douce Bramber derrière les grilles de son institution. On ne sait pas, on ne sait plus et on se rappelle les premières pages: la beauté cruelle et si romantique du poème de Matthäus von Collin, le parfum glauque et morbide du prologue... Et on sort perdu de ce roman si particulier, qui se fait le chantre de la différence et des êtres hors-norme qui peuplent et hantent le récit de manière obsessionnelle et morbide, de cette construction labyrinthique dans laquelle on se perd comme les orphelins des contes de fées de perdent en forêt profonde.
Une lecture comme une expérience qui laisse un gout de bizarrerie presque indicible et une foule de questions sans réponses, cette sensation d'avoir frôlé des réponses au gré des symboles, des échos entraperçus entre les pages... La sensation qu'il faudrait le relire pour y déceler ce qu'il garde encore.









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Le Créateur de poupées
Nina Allan
The Dollmaker, riverrun, 2019
Tr. de l'anglais par Bernard Sigaud
Tristram, 2021

Dans la continuité de l'oeuvre originale de son auteur, le roman le Créateur de poupées nous offre une architecture complexe, à tiroirs, à fenêtres, où des réalités parallèles se rejoignent et s'imbriquent comme un ruban de Möbius découpé à l'infini ou une construction de MC Escher.
Le témoignage du narrateur, Andrew Garvie, se trouve régulièrement entrecoupé par des lettres non datées ou des nouvelles traduites du polonais, histoires dans l'histoire qui se rattachent constamment au récit principal et tissent également des fils entre elles grâce à de multiples détails. le ton est donné dès le début : ce roman ne se revendique pas du domaine de l'imaginaire, qu'il dépasse d'assez loin, mais développe progressivement une atmosphère étrange, insolite.
Andrew est un homme harmonieusement constitué, mais petit : « cent quarante quatre centimètres ». Cela lui vaut dès l'école d'être traité de nain et autres charmantes épithètes. Cette caractéristique physique oriente sa vie, ainsi que deux événements marquants de sa jeunesse : sa rencontre avec sa première poupée, Marina Blue, et sa relation avec Wil qu'il considère comme son ami alors qu'en fait celui-ci se sert de lui comme d'une poupée sexuelle.
L'intérêt d'Andrew pour les poupées devient de plus en plus prégnant, au point qu'il commence à en fabriquer lui-même, d'abord en copiant des modèles de collection, puis en développant son propre style, notamment la série des troll dolls, réalisées à partir de pièces abîmées trouvées en brocante et restaurées tout en préservant leurs blessures. C'est l'un des fils rouges de ce roman : tous les personnages principaux sont « différents », nous apparaissant blessés, abîmés, d'une façon ou d'une autre et l'assumant plus ou moins bien : nain(e)s, culs-de-jatte, autistes musiciennes de génie, sans oublier un transgenre et d'autres personnages à orientations sexuelles variées, etc. Un vrai défilé de « phénomènes », comme on en trouvait jadis exhibés dans les foires. le regard que l'auteur porte sur eux est empreint d'humanisme et pour ainsi dire affectueux, reconnaissant leur forme de beauté.
Suite à une petite annonce trouvée dans une revue plangonophile, Ponchinella, Andrew se met à correspondre – exclusivement par lettres – avec Bramber Winters, elle aussi passionnée par les poupées de collection, notamment celles fabriquées par Ewa Chaplin, Polonaise émigrée, arrivée à Londres en même temps qu'éclate la Seconde Guerre mondiale, et par ailleurs auteur de fictions courtes. L'une des nouvelles de son ténébreux recueil Neuf contes de fées modernes évoque d'ailleurs un cirque abritant des freaks.
« J'avais toujours estimé que les exhibitions de phénomènes étaient malsaines, que c'était là exploiter des gens qui n'avaient pas d'autre moyen de gagner leur vie. Mais la fête foraine dans la nouvelle d'Ewa Chaplin fonctionnait comme une sorte de refuge, un sanctuaire pour des gens qui autrement auraient été rassemblés et exterminés par les nazis. »
Dans une autre nouvelle, l'une des protagonistes, borgne, est auteure de romans policiers. Dans une autre encore, un nain dandy et collectionneur tisse sa toile autour d'une étudiante dont il est amoureux. Cette nouvelle, « Amber Furness », réapparaîtra au cours de l'intrigue sous une forme scénarisée dans laquelle joueront des personnages secondaires.
Bien que ce projet n'ait pas l'air d'emballer Bramber lorsqu'il lui en parle, Andrew décide de lui rendre tout de même une visite surprise à Bodmin, en Cornouailles. Il subodore qu'elle y est pensionnaire dans un asile psychiatrique ou un établissement similaire, mais cette hypothèse ne le rebute aucunement. Persuadé d'être amoureux d'elle, il prémédite de la ramener avec lui à Londres.
L'écriture de Nina Allan, transcendée par la traduction affûtée de Bernard Sigaud, est fine et subtile à tel point qu'on ne sait parfois plus dans quelle partie de l'histoire on se trouve. Les récits enchâssés le sont aussi précisément que des pièces d'automates, le tout fonctionnant ensemble dans un mouvement d'horlogerie qu'on ne peut plus maîtriser dès lors qu'il est enclenché. le temps, son existence réelle ou supposée, est au coeur de tous les ouvrages de Nina Allan ainsi que sa fascination pour le miniaturisme, donnant à l'ensemble de son oeuvre une dimension quantique.
J'ai suivi le parcours littéraire de Nina Allan depuis l'admirable recueil de nouvelles Complications (pour lequel elle a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire, ainsi que son traducteur, en 2014), et j'estime qu'après son roman La Fracture qui l'a propulsée au rang d'écrivaine reconnue (sélectionnée au Fémina et au Médicis, catégorie Étranger, en 2019), elle s'est encore surpassée avec le Créateur de poupées qui mériterait amplement d'être couronné par un de nos prestigieux prix littéraires. CB
Chronique parue dans Gandahar 29 en septembre 2021
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Travaillée par une densité surnaturelle, avec ses coutures devenant invisibles, la fable contemporaine extrême et tendre des préjugés délétères sous toutes leurs formes.

Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2021/08/19/note-de-lecture-le-createur-de-poupees-nina-allan/

Depuis « Complications » (2011), et de manière éclatante avec « La course » (2014) ou « La fracture » (2017), Nina Allan nous a désormais habitués à nous plonger avec bonheur dans ses déroutantes mécaniques horlogères, chaque fois sur des terrains différents, mêlant avec une grande habileté langagière les éléments très concrets d'une contemporanéité britannique aux éléments tout aussi réels de diverses contrées imaginaires empruntées à la science-fiction, au thriller d'anticipation ou à des genres littéraires encore moins directement identifiables. Avec « le créateur de poupées », publié en 2019 et traduit en août 2021 par Bernard Sigaud chez Tristram, elle pousse certainement un grand cran plus loin cette capacité presque magique à déjouer les attentes de la lectrice ou du lecteur, en inscrivant mine de rien la question de l'altérité, des préjugés et donc des attentes, justement, au centre de sa fable à tiroirs multiples.

En mobilisant avec une savante tendresse la figure du nain, tout d'abord, que ce soit dans le récit dit principal ou dans les nouvelles d'Ewa Chaplin qui entrelacent « le créateur de poupées », Nina Allan pose avec force un cadre dans lequel les réactions sociales, historiques et contemporaines, à la différence – même bien faiblement radicale – vont pouvoir nous être contées ou être exprimées directement sous nos yeux. En travaillant expressément dans le corps du texte les détails signifiants de la célèbre toile de Vélasquez, « Les ménines », ou le lied de Schubert intitulé « le nain », un sous-texte rampant se constitue, dans lequel nos propres réflexes rencontrent davantage qu'à l'occasion les préconceptions héritées pour laisser rôder en limite de perception (surgissant en pleine lumière, naturellement, lorsque l'un des personnages, aux divers niveaux de récit, y fera directement allusion) un univers de fêtes foraines et d'exhibitions qui lorgnent du côté du Maurice Richardson des « Exploits d'Engelbrecht », du Claro de « CosmoZ », voire de la Katherine Dunn de « Amour monstre » ou du Jean-Luc André d'Asciano de « Souviens-toi des monstres » : « Ewa Chaplin a écrit une histoire sur une fête foraine ambulante. Les exhibitions de phénomènes et les fêtes foraines étaient très populaires en Europe de l'Est ».

En inscrivant l'ensemble du récit sous le motif de la collection de poupées et de leur création, ensuite, Nina Allan a non seulement réalisé le formidable exercice d'imagination d'extrapoler un univers entier de passionnés encore plus touffu et documenté que celui de la véritable plangonophilie (on se souviendra avec émotion du travail d'Antoine Bello, dans « Éloge de la pièce manquante », pour donner chair littéraire à l'univers du puzzle de vitesse et de la haute compétition qui s'y rattachait), mais a surtout orchestré un bain diabolique dans lequel, à côté du complexe et tenace préjugé « officiel », mentionné ab initio, vis-à-vis des amatrices et amateurs de poupées (lorsqu'il ne s'agit plus d'enfance et de jouets), nagent entre deux eaux divers éléments bien présents pour la lectrice ou le lecteur, fût-ce à leur esprit défendant : sans aller nécessairement jusqu'à la série « Chucky » de films d'horreur, et une fois désamorcée la tentation un peu plus lénifiante de Carlo Collodi avec son Pinocchio et son Gepetto, on sent largement planer les ombres inquiétantes, derrière les frères Grimm, d'Angela Carter (et sans doute plus encore de son « Magasin de jouets magique » que de sa « Compagnie des loups ») et D E.T.A. Hoffmann (auquel les allusions directes ou indirectes, entre noms de lieux et noms de personnages, semblent trop nombreuses pour être fortuites). Et c'est pourtant bien par le truchement de ces poupées, comme par les marionnettes chez l'A.S. Byatt du « Livre des enfants » ou chez le Russell Hoban de « Enig Marcheur », que l'art – artisanat – contribue souterrainement à surmonter les conditionnements sociaux délétères.

C'est la fictionnelle autrice et créatrice Ewa Chaplin, avec les cinq nouvelles complètes proposées parmi celles de ses « Neuf contes de fées modernes » (« La Duchesse », « Amber Furness », « L'Éléphante », « Coïncidence » et « La fenêtre d'en haut »), morceaux de bravoure à part entière, qui offre certainement les clés permettant de saisir certains fils conducteurs dans la trame serrée de l'enchevêtrement de préjugés que met en scène « le créateur de poupées ». Juive polonaise ayant fui le nazisme (qui condamnait aussi aux camps et à la mort plus ou moins rapide les handicapés et les homosexuels), elle connaît de toute première main la rage destructrice qui peut enflammer les essentialismes et les préconceptions, et ses personnages ambivalents sont les guides parfaits pour inciter lectrice et lecteur, comme Andrew et Bramber, victimes de préjugés eux-mêmes tous deux gonflés d'autres préjugés, à surmonter les leurs et à regarder la différence dans les yeux pour l'oublier ensuite. Comme le dit fort joliment Paraic O'Donnell dans The Guardian (ici), « le roman joue avec nous quasiment dès le départ, (…) mais nous parle bien de ce que nous choisissons de voir autour de nous ». Maîtrisant plus que jamais les délicats mécanismes de construction romanesque (comme les « Complications » horlogères de son premier recueil) permettant d'atteindre toujours plus de profondeurs insoupçonnées, Nina Allan, dans cette véritable danse des miroirs (selon le mot de Gary K. Wolfe dans Locus, ici) nous offre un exceptionnel roman d'éveil à la vie – qui n'est pas celle, rêvée ou non, des marionnettes, mais bien celle d'humains libres aux yeux enfin dessillés de ce qui les polluait encore et encore.
Lien : https://charybde2.wordpress...
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critiques presse (4)
Bibliobs
08 décembre 2021
Ces vraies fausses nouvelles, où l’on croise une romancière borgne, un homme estropié ou encore Janna, une enfant difforme, « insolite vieille femme en réduction », sont autant de contes implacables et mystérieux, de diamants purs sertis dans la vaste et ambitieuse structure du « Créateur de poupées ».
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaCroix
18 octobre 2021
Plongée dans l’univers attachant de la romancière anglaise Nina Allan, avec le lien étrange noué entre une amatrice de poupées et un artisan créateur.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeMonde
08 octobre 2021
Dans « Le Créateur de poupées », la romancière Britannique démultiplie des personnages atypiques à travers les époques et les univers parallèles.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeSoir
25 août 2021
Avec « Le créateur de poupées », la Britannique Nina Allan nous entraîne une fois de plus dans le labyrinthe des réalités. Et nous fascine.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
On a beaucoup écrit sur les poupées. Il existe une kyrielle d’ouvrages sur l’histoire des poupées, la provenance des poupées, la valeur des poupées, d’épais catalogues regorgeant d’illustrations somptueuses – images qui accélèrent le rythme cardiaque et stimulent le désir. J’ai lu que la poupée est un substitut, qui remplace les amis ou la famille, ou l’amour. En grandissant, la plupart des enfants finissent par se désintéresser des poupées, mais pas le collectionneur. Le vrai collectionneur, comme le poète ou l’idiot, demeure la proie des sensibilités intensifiées de son enfance jusqu’au jour de sa mort.
Dans l’introduction de son mémoire, Brève Histoire du Pays des Merveilles, Doris Schaefer, collectionneuse réputée de poupées et conservatrice du musée de l’Enfance à Bad Homburg, décrit le moment où elle a vu pour la première fois une poupée « Gabi » d’Ernst Siegler lors d’une vente aux enchères à Francfort. Elle avait trente ans à l’époque, elle était avocate dans un cabinet juridique florissant, mais sa rencontre avec la poupée fut une épiphanie. Elle abandonna le droit l’année suivante pour consacrer sa vie à la création du musée.

Sous la toise, je mesure cent quarante-quatre centimètres. La plupart des adiposités adolescentes avait disparu avec l’âge, mais ma stature réduite me conférait encore une silhouette arrondie. Par-dessus le marché, je portais de lourdes lunettes basiques de la Sécu, qui accentuaient à la fois ma petite taille et mon physique dodu. Pour mon seizième anniversaire, mes parents m’offrirent une paire de lunettes avec des verres teintés rectangulaires et une fine monture noire. Ces nouvelles lunettes atténuaient mon faciès lunaire, du moins un peu, mais ne m’empêchaient pas de ressembler à un petit maître d’école, ce que tout le monde supposait que j’allais devenir.
La plupart des autres élèves m’appelaient le Nain, et d’autres choses encore. Je savais depuis un âge précoce qu’il était inutile ne serait-ce que d’essayer de m’intégrer, qu’aspirer à être comme eux ne ferait, pour une mystérieuse raison, qu’augmenter leur mépris. Au lieu de quoi je considérais mes camarades de classe comme les membres d’une autre tribu, dont les coutumes énigmatiques étaient empreintes de sauvagerie.
Quant à mon intelligence, je la trouvais normale. À l’école, j’aimais toutes les matières, mais mes vraies passions se situaient déjà ailleurs. La bibliothèque n’avait pas grand-chose à m’offrir, au contraire de la bibliothèque municipale de Welton, étonnamment bien fournie. Il y avait aussi Ponchinella, revue mensuelle pour collectionneurs, regorgeant d’articles sur tout ce qui a trait aux poupées. J’économisais mon argent de poche afin de pouvoir l’acheter le jour où elle paraissait. Je lisais chaque nouveau numéro de la première à la dernière page, puis je le relisais.
Même mon père se fit progressivement à l’idée que ma passion pour les poupées n’était pas une lubie qui me passerait avec l’âge. À la fin, il cessa de se faire du souci pour moi. Je crois qu’il avait réussi à s’accommoder de mon obsession en se persuadant que mon violon d’Ingres finirait par être rentable. Toute une vie dans les affaires lui avait enseigné que n’importe quel objet peut acquérir de la valeur, si l’époque et les circonstances y sont favorables, que ce soit des tirelires en forme de petit cochon, des dessous victoriens ou des canettes de bière vides. Lors d’un Noël mémorable, il me fit cadeau du Guide-tarif Merrick des poupées du monde, manuel indispensable qui était jusque-là très au-dessus de mes moyens.
« Parti comme tu es, dit-il, tu finiras par bosser chez Christie’s. » Il me sourit, et c’était un bon sourire, ouvert, amical et détendu. Je ne pense pas avoir jamais été le fils qu’il s’était imaginé, mais nous nous trouvions toujours des tas de sujets de conversation, et de toute façon j’aimais mon père. Je ne voyais pas la moindre raison de semer le trouble dans son esprit en lui expliquant que l’objectif du vrai collectionneur n’est pas l’accumulation des richesses, mais la consommation d’une passion.
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Jennifer Rockleaze est ma meilleure amie ici. Des fois, elle vient me voir dans ma chambre, elle met la bouilloire en marche et me parle de l’affaire d’informatique qu’elle et Paul vont monter une fois qu’ils auront fini d’aider le Dr Leslie à faire ses recherches.
Jennie a dit de ne pas tenir compte de ce qu’a dit le Dr Leslie, et que si je voulais aller au carnaval, je devais y aller, c’est tout. Quand je lui ai dit que j’avais changé d’idée, elle a eu l’air déçue.
« Mais on a besoin de toi, Ba, a-t-elle dit. Pour nous empêcher de nous faire embringuer dans la galerie des monstres. »
Je sais qu’elle ne veut pas dire qu’elle et Paul sont des monstres, mais ça me trouble quand même quand elle dit des trucs comme ça et je suppose que ça a dû se voir sur mon visage parce qu’elle a éclaté de rire.
« Sincèrement, Ba, tu sais bien que c’est ce qu’on aurait probablement fait il y a cent ans, pas vrai ? Danser et faire des pirouettes et puis ramasser la monnaie. » Elle m’a enlacée, les bras autour de ma taille. « Un bon boulot si on peut l’avoir. Je me demande si ça paye bien. »
Une fois, j’ai entendu le facteur dire « les nains » en parlant de Paul et de Jennie. « Nain », j’ai horreur de ce mot. Il y a de la laideur et du handicap là-dedans. Paul est atteint d’achondroplasie. Ses bras et ses jambes sont plus courts que la normale, mais il a un torse large et puissant et de beaux yeux d’un brun de velours. Il fait tous ses vêtements lui-même. Il dit qu’il pourrait acheter des vêtements d’enfant, comme pas mal d’autres personnes de petite taille, mais il n’aime pas vraiment ce qu’on trouve dans les magasins. Les bras et les jambes de Jennie sont parfaits, seulement elle est minuscule, un peu en-dessous de un mètre vingt-cinq. Quand elle boit son thé, elle tient la tasse à deux mains, comme si c’était un bol. Elle rend tout moche autour d’elle – surdimensionné et caricatural. C’est peut-être ça que les gens normaux craignent le plus quand ils voient des gens comme Jennie et Paul : perdre leur place dans la hiérarchie des choses.
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Des poupées comme Marina Blue déboulent par milliers des chaînes de production et n'ont guère de valeur aux yeux du collectionneur. Il n'empêche qu'elle avait un je-ne-sais-quoi qui la mettait à part de telles généralités. Elle attirait le regard de même que toutes les choses nées de la créativité intelligente attirent inévitablement le regard. Elle avait de la présence. En plus, elle avait de la dignité Je sus dès que je posais les yeux sur elle qu'elle allait changer ma vie.
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Mon père ne voulait pas que je l’aie, mais il finit par céder. Ma mère réussit à le persuader que sa réaction était exagérée. Un soir, longtemps après que je fus censé être au lit, je m’assis dans le noir en haut de l’escalier et les écoutai se disputer à son sujet.
« Je ne veux pas avoir ça à la maison, dit mon père. Tu ne veux pas l’encourager, quand même ? C’est exactement comme ça que ce genre de choses commencent.
– Ne sois pas ridicule, répliqua ma mère. Il n’a que sept ans. Il l’aura complètement oubliée au bout d’une semaine. »
Je compris que mon père était en colère, seulement je ne savais pas pourquoi. Je n’avais encore jamais entendu ma mère accuser mon père d’être ridicule, et l’idée que je puisse être la source de ce conflit entre mes parents était à la fois déconcertante et étrangement excitante. Non que je me sois attardé trop longtemps sur ce sujet. Ce qui comptait pour moi n’était pas la querelle, mais qui aurait le dernier mot.
Elle s’appelait Marina Blue et je l’ai aimée au moment où je l’ai vue. Dans un monde complexe jusqu’à la confusion et occasionnellement effrayant, elle offrit à mon cœur un point d’aimantation. Dans une boutique pleine de mannequins à la tête en biscuit, c’était elle qui donnait vie aux autres.
En réalité, elle n’avait rien d’extraordinaire. Des poupées comme Marina Blue déboulent par milliers des chaînes de production et n’ont guère de valeur aux yeux du collectionneur. Il n’empêche qu’elle avait un je-ne-sais-quoi qui la mettait à part de telles généralités. Elle attirait le regard, de même que toutes les choses nées de la créativité intelligente attirent inévitablement le regard. Elle avait de la présence. En plus, elle avait de la dignité. Je sus dès que je posai les yeux sur elle qu’elle allait changer ma vie.
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Suicide. Je déteste ce mot. Pas à cause de ce qu'il dit mais à cause de ce qu'il ne dit pas. Suicide est un mot latin, formé du préfixe sui, qui veut dire soi-même, et du verbe caedere, qui veut dire couper, frapper ou tuer. C'est un mot sinueux, serpentiforme- avec ce double son "s"-, un mot qui semble s'enrouler autour de ce qu'il signifie dans la réalité. Pour moi, en tout cas. Ne dites pas suicide, c'est ce que je pense à chaque fois que j'entends ce mot. Dites ce que vous voulez vraiment dire. Elle s'est tuée. Elle a décidé qu'elle aimait mieux être morte que de continuer à vivre dans ce monde, dans la maison sur Harlequin Road avec mon père et moi. (page 306)
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9 mai 2023 #booktube #bookrecommendations #sf This week sees the publication of Nina Allan's most accessible, commercial and readable novel yet, 'Conquest', which in its use of detective fiction and SF conceits expertly expands the possibilities of the 21st century novel. Steve reviews the book in interview with Nina, their conversation veering into conspiracy theory, other books and writers and David Bowie...
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