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EAN : 9782707320629
92 pages
Editions de Minuit (06/11/2008)
4.22/5   18 notes
Résumé :

La première édition de La question, d'Henri Alleg fut achevée d'imprimer le 12 février 1958. Des journaux qui avaient signalé l'importance du texte furent saisis. Quatre semaines plus tard, le jeudi 27 mars 1958 dans l'après-midi, les hommes du commissaire divisionnaire Mathieu, agissant sur commission rogatoire du commandant Giraud, juge d'instruction auprès du tribunal des forces armées de Paris, saisirent une par... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique

A comprendre au sens de l'Inquisition. La torture. Dans un état démocratique, même si certains se vantaient d'être les continuateurs de la Gestapo : la France. Dénoncée dès 1957 par cet ouvrage (et des témoignages dans divers journaux), à peine reconnue aujourd'hui. Et il est regrettable que les seules victimes entendues soient françaises ; les Algériens (ou Musulmans) en furent tout autant, sinon plus, victimes.

Et cette réalité atroce est dénoncée par un texte sobre, sans fioriture ni idéologie (Alleg faisait partie du Parti Communiste Algérien et était patron de l'Alger Républicain avant la clandestinité). Une sobriété qui rend plus insoutenable encore les pinces crocos branchées sur le corps, les coups, les simulacres de noyade (j'ai longtemps cru qu'il s'agissait de la dénonciation faite par un appelé témoin de tout cela). Cette violence était connue du gouvernement, tant en France qu'en Algérie ; vu le succès du livre (7 éditions en 4 semaines) personne n'était dupe...

Un témoignage coup de poing de la barbarie institutionnelle. A toujours avoir à portée de main...

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« Une loi votée le 31 juillet 1968 en confirmation des deux décrets du 22 mars 1962 amnistie l'ensemble des infractions commises en Algérie par l'armée française et ses partisans. Cette loi prévoit dans son article 1 que « Sont amnistiées de plein droit toutes infractions commises en relation avec les événements d'Algérie. Sont réputées commises en relation avec la guerre d'Algérie toutes infractions commises par des militaires servant en Algérie. ».

La justice a tranché, mais la question reste. La question d'Henri Alleg, directeur de l'Alger Républicain, fut censuré quelques jours après sa parution en 1958. Henri Alleg fut arrêté en 1957 par les parachutistes du 10e DP, détenu et torturé dans la banlieue d'Alger à El-Biar pendant un mois. Il fut arrête au même moment que le mathématicien Maurice Audin, qui lui, fut porté disparu.

La question est posée et la blessure toujours ouverte. La mathématicienne Michèle Audin, fille de Maurice Audin refuse le grade de chevalier de la Légion d'honneur au motif que président de la République, Nicolas Sarkozy, n'a pas donné suite à la demande de sa mère ni même répondu à sa lettre au sujet de la disparition de son père. A t elle à ce jour reçu une réponse ?

Ce livre, comme le souligne Jean-Pierre Rioux « a pris rang dans la chaîne des oeuvres indispensables : celle qui disent tout simplement qu'on en vient à cultiver la peur et la mort dès qu'on a piétiné les valeurs fondatrices ».

Astrid Shriqui Garain

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Ce livre est court. Heureusement, sinon je ne serai sans doute pas allée au bout. Alleg raconte ce qu'il a subi aux mains de ses compatriotes: Charbonnier, Erulin - un grand homme celui-là, commandeur de la Légion d'honneur-, Faulques etc. Il donne des noms et des actes : la gégène (électricité), asphyxie par noyade, tabassages, tortures psychologiques (sa femme, ses enfants).

A la fin de cette réédition Jean-Pierre Rioux fait le point sur les suites de l'ouvrage: son interdiction et sa réédition en Suisse, les poursuites contre les Editions de Minuit -abandonnées-, l'enquête sur les tortionnaires étouffée... "La torture s'inscrit au coeur de la République". Edifiant.

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Les Editions de Minuit ont réédité un court récit d'Henri Alleg en forme de témoignage sur son expérience victimaire de la torture organisée et systématisée par l'armée d'occupation française en Algérie : "La Question" . Sa première édition date de 1958, juste après que l'auteur et journaliste ait probablement vécu les plus sombres journées de son existence. Ce texte fut saisi par les autorités françaises de l'époque, signe de son retentissement au moment de sa parution et de son importance politique puis historique. Evitant tout sentimentalisme, Henri Alleg expose crûment les souffrances infligées sans vergogne par des tortionnaires accoutumés à la violence gratuite et perverse, ce qui rend encore plus intolérable la lecture de ce témoignage. Ces scènes décrites de façon simple et froide par leur survivant mettent en valeur la résistance mentale d'un homme seul. C'est un combat permanent face à une force brute et sauvage sûre de sa puissance, c'est un hommage poignant pour tout ceux qui surent défendre l'idée d'une humanité fraternelle et libre. Une oeuvre indispensable pour ceux qui souhaitent comprendre la guerre d'Algérie.

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Je m'interroge . . . Comment peut-on glorifier Jean Moulin et décliner à l'infini les horreurs de la seconde guerre.

Et tabouiser celles de la guerre d'Algérie ?

En tout cas je salue le courage d'Henri Alleg qui a su souffrir pour ces convictions !

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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Dans la soirée, un autre, que je ne connaissais pas, entra à son tour. Un petit blond, au fort accent du nord: un appelé. Il me dit avec un grand sourire: "Vous savez, j'ai assisté à tout, hein ! Mon père m'a parlé des communistes dans la résistance. Ils meurent, mais ils ne disent rien. C'est bien !" Je regardais ce jeune à la figure si sympathique, qui pouvait parler des séances de tortures que j'avais subies comme d'un match dont il se souviendrait, et qui pouvait venir me féliciter sans gêne, comme il l'aurait fait pour un champion cycliste. Quelques jours plus tard, je le vis congestionné, défiguré par la haine, battre dans l'escalier un Musulman qui ne descendait pas assez vite: ce "centre de tri" n'était pas seulement un lieu de tortures pour les Algériens, mais une école de perversion pour les jeunes Français.
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Le matin et le soir, quand Boulafras entr'ouvrait la porte pour me passer mes "repas" ou bien lorsque j'allais aux lavabos, il m'arrivait de croiser dans le couloir des prisonniers musulmans, qui rejoignaient leur cellule. Certains me connaissaient pour m'avoir vu dans des manifestations organisées par le journal: d'autres ne savaient que mon nom. J'étais toujours torse nu, encore marqué des coups reçus, la poitrine et les mains plaquées de pansements. Ils comprenaient que, comme eux, j'avais été torturé et ils me saluaient au passage:"Courage, frère!" Et dans leurs yeux, je lisais une solidarité, une amitié, une confiance si totales que je me sentais fier, justement parce que j'étais un Européen, d'avoir ma place parmi eux.
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On tortura jusqu'à l'aube, ou presque. Au travers de la cloison, j'entendais les hurlements et les plaintes, étouffés sous le bâillon, les jurons et les coups. Je sus bientôt que ce n'était pas une nuit exceptionnelle, mais la routine de la maison. Les cris de souffrance faisaient partie des bruits familiers du "centre de tri", et aucun des paras n'y prêtait plus attention, mais je crois pas qu'il se soit trouvé un seul prisonnier qui n'ait comme moi pleuré de haine et d'humiliation en entendant pour la première fois les cris des suppliciés
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Je sentais, à l’attitude différente des paras à mon égard qu’ils avaient dû apprécier en « sportifs » mon refus de parler. Le grand para de l’équipe Lorca avait lui-même changé de ton. Il entra un matin dans ma cellule et me dit :
« Vous avez déjà été torturé dans la Résistance ?
– Non, c’est la première fois, lui dis-je.
– C’est bien, dit-il en connaisseur, vous êtes dur. »
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Jacquet, toujours souriant, agita d’abord devant mes yeux les pinces qui terminaient les électrodes. Des petites pinces d’acier brillant, allongées et dentelées. Des pinces "crocodiles", disent les ouvriers des lignes téléphoniques qui les utilisent. Il m’en fixa une au lobe de l’oreille droite, l’autre au doigt du même côté. D’un seul coup, je bondis dans mes liens et hurlai de toute ma voix. Charbonnier venait de m’envoyer dans le corps la première décharge électrique. Près de mon oreille avait jailli une longue étincelle et je sentis dans ma poitrine mon cœur s’emballer.
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Videos de Henri Alleg (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Henri Alleg
Connu sous le nom d'Henri Alleg, qu'il avait pris lors de son passage dans la clandestinité pendant la guerre d'Algérie, Harry Salem est mort le 17 juillet à Paris trois jours avant son quatre-vingt-douzième anniversaire. Dans son livre La Question qui reste un document majeur sur la torture, il avait témoigné sur les sévices qu'il avait subis, en 1957, entre les mains des parachutistes français. En 2005, il était venu sur le plateau de TV5Monde. Entretien avec Xavier Lambrechts.
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