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Nicolas Milon (Traducteur)
EAN : 9782715812000
297 pages
Éditeur : Balland (30/11/-1)

Note moyenne : 4.02/5 (sur 33 notes)
Résumé :
Activiste féministe lesbienne radicale depuis les années 1970, Dorothy Allison a connu le succès avec ses romans (L'Histoire de Bone, Retour à Cayro). En 1994, elle publie Peau, un recueil d’essais. Elle y parle de son enfance, d'inceste, de lesbophobie. Elle raconte son engagement féministe, sa sexualité, les «Sex Wars» des années 1980. Elle partage ses réflexions sur la littérature : comment écrire l'extrême misère sociale, comment écrire sur le sexe ? Un livre to... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Stockard
  07 novembre 2018
De son enfance pauvre, violente et sous-éduquée dans le Sud Profond à ses engagements pour les femmes, les droits civiques et contre le racisme et les préjugés, il aura fallu du courage et de la détermination à Dorothy Allison pour devenir l'une des figures de proue du mouvement lesbien-féministe aux États-Unis.
Regroupant une série de conférences et d'articles publiés dans diverses revues orientées LGBT entre 1981 et 1994, Dorothy Allison signe avec Peau un réquisitoire contre tous les préjugés : homophobes, racistes, sexistes et sociaux.
Totalement sans filtre et franche du collier, proclamant sans détour sa qualité de lesbienne, ayant d'ailleurs orienté sa vie autour de cet axiome, défendant le droit à la pornographie, clamant que la monogamie n'est peut-être pas l'idéal d'un couple qui fonctionne, nous livrant dans la foulée la recette couturière d'un harnais fait maison, solide et élégant, revenant sur son enfance misérable et les abus répétés subis dans sa jeunesse (qu'on peut retrouver de façon plus approfondie dans L'histoire de Bone), etc... On le comprend, à travers des sujets divers et variés mais provoquant toujours des crises d'apoplexie chez les rats de sacristie, Dorothy Allison fait tomber toutes les idées reçues et se sent (enfin) fière de ce qu'elle s'est acharnée à devenir. On ne peut qu'être admiratif d'un tel je-m'en-foutisme face aux jugements bilieux et aux volées de bois vert que son attitude ne peut que malheureusement récolter.
Qu'importe, dans un langage parfois cru mais toujours authentique, elle nous donne à partager ses expériences de femme élevée dans le plus pur style white trash, de femme homosexuelle, de femme féministe et de femme militante et pro-sexe plaçant ce dernier au centre de tous les problèmes inhérents au féminisme et pointant le silence outré qui plane toujours sur ce sujet comme la principale arme de ceux qui tentent de museler la communauté lesbienne-féministe, prétendant ainsi qu'elle n'existe pas autant qu'on voudrait le faire croire parce que bon, c'est quand même pas trois ou quatre excitées du minou qui constituent un mouvement, non mais, manquerait plus que ça !
N'ayant pas d'avis tranché sur la pornographie, je m'en tape un peu en fait, j'aurais malgré tout du mal à ne pas y voir l'exploitation et la déshumanisation de la Femme utilisée et abusée (ah ben si, finalement, j'ai un peu un avis) et j'aurais bien aimé que Dorothy Allison en tant que féministe radicale fondatrice de la Lesbian Sex Mafia s'explique mieux quant à sa tolérance et son acceptation à ce sujet mais elle se contente malheureusement de proclamer à plusieurs reprises que la lesbienne est un être sexué comme un autre, ce que la société patriarcale préfère nier derrière des "elle n'a pas trouvé le bon", "ce n'est qu'une passade" et autre "mais qu'est-ce qu'elles peuvent bien foutre au pieu ?" (eh bien on se caresse les cheveux, pour paraphraser Océanerosemarie) et par là, nous raconter ses expériences personnelles. Très bien mais Dorothy Allison n'a jamais versé dans le porno, donc à moins d'avoir mal lu entre les lignes, je n'ai pas trouvé de réponse satisfaisante à cette interrogation.
Peut-être le seul bémol de ce livre finalement courageux (elle parle elle-même d'avoir dû surmonter sa peur à l'écriture de certains de ces pamphlets) et qui dresse un honnête portrait de l'hypocrisie et du rejet qui existent à l'intérieur même d'une des communautés les plus calomniées et agressées et dont on pourrait penser que la Solidarité est le maître mot, eh bah que dalle, ici comme ailleurs quand tu affirmes trop ta différence, tu n'es plus accepté·e. Sad but true.
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mybooksntea
  21 janvier 2021
Dorothy Allison est une militante et écrivaine lesbienne et féministe. Elle a fait partie du grand mouvement féministe des années 70 aux Etats Unis. Elle a édité des magazines féministes, monté des micro-maisons d'édition pour pubier des textes LGBTQ, mené des groupes de conscience et des séminaires sur l'écriture et l'impact de la littérature… Bref, elle a TOUT fait dans ce bouillonnement militant qu'étaient les années 70.
Elle a tiré de cette époque et des années qui ont suivi une collection d'essais puissants, mettant les mots sur les réflexions qui l'ont traversée : sur la classe ouvrière dont elle est issue, sur sa sexualité et comment elle est perçue, sur le pouvoir de l'écriture et les enjeux de la littérature.
Un petit mot sur le livre en lui-même : les éditions Cambourakis ont fait le choix de le traduire en écriture inclusive, ce que je trouve formidable ! L'organisation des différents textes rend la lecture fluide et pertinente. Même si les plus récents datent des années 90, le livre a été traduit en français en 2015 et trouve un écho encore pertinent à notre époque actuelle.
Dorothy Allison parle de la romantisation de la pauvreté et de la classe ouvrière dans laquelle elle a grandi. Elle dénonce ce mythe du pauvre qui travaille dur et mène une vie honorable, en contraste frappant avec ce qu'elle a vécu.
« La réalité faite de haine de soi et de violence était absente ou caricaturée. La pauvreté que je connaissais était monotone, anesthésiante, avilissante ; les femmes y avaient du pouvoir mais selon des critères qui n'apparaissaient pas comme héroïques aux yeux de la société. »
Elle parlé également du rôle majeur qu'ont eu la littérature et l'écriture dans sa vie. Elle a pu mettre les mots sur l'inceste dont elle a été victime, exprimer son identité en tant que lesbienne et féministe.
"Peut-être pas pour quelqu'un d'autre mais, pour moi, pour la personne que je suis, écrire signifiait une tentative d'aborder la vérité, pour arriver petit à petit à la cerner, au travers des personnages, page après page. Si écrire était dangereux, mentir était meurtrier, et c'est uniquement en évacuant les choses par écrit que je découvriraient où étaient mes vraies peur, mon réseau souterrain de mensonges prudents et secrets. Etre publiée ou non n'était pas important. Ce qui importait, c'était le fait de se découvrir, de se révéler à soi-même. Qui étais-je et que m'était-il arrivé ? de façon très curieuse, je n'ai appris ce que je sais qu'à travers l'écriture. Ce que j'ai été capable d'imaginer a façonné ce que je sais et m'a révélé ce que je crains et ce que je désire vraiment. »
Elle a longtemps cru qu'elle n'avait pas de légitimité à écrire, parce qu'elle était justement lesbienne et féministe. Qu'il fallait faire passer le militantisme avant l'écriture de romans, parce que c'était considéré comme frivole et une perte de temps qui n'aurait aucune utilité pour faire avancer la cause féministe ou lesbienne. Heureusement, elle a changé d'avis !
Elle s'interroge sur les enjeux liés à l'écriture et la littérature. Les textes lesbiens et féministes n'avaient pas de place dans les grandes maisons d'édition et étaient peu lus.
Il a fallu créer des micro maisons d'édition pour que ces textes qui sortaient des sentiers battus de l'époque (aka masculins, hétérosexuels et non militants) soient publiés.
Pour elle, il faut créer de nouveaux codes littéraires qui sortent du convenu : écrire sur les choses qui nous mettent mal à l'aise pour sortir de notre zone de confort et produire des textes puissants.
Dorothy Allison questionne également son rapport à la sexualité. Pour elle, on ne peut pas être quelqu'un·e sans être sexuel·le. Ca fait partie de l'identité intrinsèque d'une personne.
Elle parle de son malaise concernant les lesbiennes politiques ou conceptuelles, qui enlèvent toute dimension sexuelle aux lesbiennes et les érigent comme des féministes pures et parfaites. En effet, ces dernières n'ont plus de rapport avec les hommes, ni de désir sexuel, lui aussi associé au masculin.
Dans les années 70/80, elle a été au coeur de ce qu'on appelle les « Sex Wars », opposant les féministes pro-sexe, qui sont pour la discussion autour de la sexualité, soutiennent les travailleur·euse·s du sexe et le travail autour de la pornographie ; et les abolitionnistes qui estiment que le travail du sexe et la pornographie sont le fruit d'une exploitation sexuelle des femmes par les hommes et que ça devrait être éradiqué.
J'ai adoré lire Peau. Il fait partie de ces rares livres qui constituent la culture lesbienne, et ça fait du bien de lire des choses auxquelles je peux m'identifier.
J'y ai trouvé quantité de réferences historiques et littéraires. Je pense notamment à l'excellent Rubyfruit Jungle de Rita Mae Brown, à l'essai The Madwoman in the attic : The Woman Writer and the Nineteenth-Century Literary Imagination de Susan Gubar & Sandra M. Gilbert, aux textes de Bertha Harris, d'Adrienne Rich ou Kate Millett… Bref, Dorothy Allison a fait s'allonger significativement ma liste de lecture !
Lien : https://furyandfracas.wordpr..
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Elyria
  22 mars 2020
Une claque immense donnée par une personne à l'intersection des discriminations condition de classe, géographique, d'orientation sexuelle, victime de violences sexuelles et ayant vécu un tournant historique de la communauté LGBTQI+ (y ayant même participé).
Je reprocherais juste le côté condensé un peu brouillon, on a parfois du mal à saisir pourquoi tel article a été choisi plutôt qu'un autre.
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SisteroftheMoon
  01 janvier 2021
Il me faudrait une collection de chroniques pour célébrer ce recueil d'essais, un de mes compagnons de route d'écriture.
Mais pas besoin d'écrire pour aimer. Peau vaut le détour ne serait-ce que pour sa liberté de ton, son point de vue dissonant et les ondes de sororité fortifiantes qui émanent des pages. C'est de loin la plume la plus sincère de ma bibliothèque. Sans concession, sans demi-mots, sans peur. Incorrigiblement politique et politiquement incorrecte. Son militantisme dépaysant me rappelle à quel point le “féminisme” dans les médias français (quand il y en a!) patauge et babille encore dans le bac à sable.
Mais si vous écrivez... Si vous écrivez depuis les marges du genre, du sexe, des conventions, de la littérature blanche ou depuis le moule étroit de votre classe sociale, lisez ceci. Vous saurez plus, vous saurez mieux. Il fera sauter vos inhibitions et vos réticences. Il vous fera écrire la vérité vraie, celle qui vous brûle, vous blesse mais vous délivre. Celle qu'on écrit avec nos tripes et dont on sort grandi.e.s. Une vérité dangereuse, scandaleuse, horrible mais nécessaire.
Lien : https://www.instagram.com/p/..
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
StockardStockard   01 novembre 2018
Tout au long de ma vie, il y a toujours eu quelqu'un pour essayer de fixer les limites de qui et de ce que j'allais être autorisée à être : en tant que personne issue de la classe ouvrière, une intellectuelle, qui connaît une ascension sociale mais qui sait où est sa place ; en tant que lesbienne, une lesbienne acceptable, ne mettant pas trop en avant les détails de sa pratique sexuelle ; en tant qu'écrivaine, une auteure humble, consciente d'être une femme, consciente de sa relation aux « vrais » écrivains et qui écoute ses éditeurs. Ce qu'il y a de commun entre toutes ces limites, c'est que leur pouvoir le plus destructeur réside dans ce que je peux être persuadée de me faire à moi-même – les murs de la peur, de la honte et de la culpabilité que je peux être encouragée à construire dans mon esprit.
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StockardStockard   02 novembre 2018
Le genre de femmes qui m'attire est invariablement celui qui embarrasse les lesbiennes féministes des classes moyennes, respectables et politiquement averties. Mon idéal sexuel est la butch, exhibitionniste, dotée d'un physique agressif, c'est une femme plus intelligente qu'elle ne veut le faire croire, et fière d'être traitée de perverse. Le plus souvent elle fait partie de la classe ouvrière, le plus souvent elle se pare d'une aura de danger et fait preuve d'un humour moqueur. Beaucoup de nos contemporain·e·s prétendent faire preuve d'une grande tolérance sexuelle, mais le fait que ma sexualité soit basée sur le fétichisme cuir et les relations butch/fem est largement considéré avec dégoût ou franche hostilité.
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StockardStockard   09 novembre 2018
Certaines choses ne changent jamais. Il y a toujours un moment où nous sommes face à notre propre mort, où nous devons simplement nous accrocher à quelque chose de plus grand que nous – Dieu, l'histoire, la politique, la littérature ou la croyance dans le pouvoir apaisant de l'amour, ou bien encore une juste colère. Parfois je pense que tout cela est pareil. Une raison de croire, une façon de prendre le monde à la gorge et de réaffirmer que cette vie vaut mieux que ce que nous avons toujours imaginé.
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StockardStockard   30 octobre 2018
Ma tante Dot disait pour plaisanter : « Il y a deux ou trois choses que je sais parfaitement, mais jamais les mêmes et pas aussi parfaitement que je le voudrais ». Ce que je sais assurément c'est que la classe sociale, le genre, l'orientation sexuelle et les préjugés – raciaux, ethniques, et religieux – forment un maillage complexe qui façonnent et placent des barrières dans notre vie et que résister à la haine n'est pas chose facile. Clamer son identité dans le chaudron de la haine et résister à cette haine est infiniment compliqué et, pire, presque impossible à expliquer.
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StockardStockard   28 octobre 2018
Tout dans notre culture – livres, télévision, films, école, mode – est présenté comme étant vu, entendu, ou façonné par une seule et unique personne. Même si vous savez que vous ne partagez en rien cet imaginaire standard – si vous aimez la country plutôt que le classique, si vous êtes critique dans vos lectures, si vous prenez du recul face aux informations, si vous êtes lesbienne et pas hétérosexuelle et vivez entourée de votre petite communauté atypique – vous êtes tout de même conditionnée par cet hégémonisme, ou par votre résistance à celui-ci.
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Videos de Dorothy Allison (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Dorothy Allison
La Vie d'une femme (Cavedweller, 2004), un film américain réalisé par Lisa Cholodenko avec Kyra Sedgwick. Trailer.
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