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EAN : 9782330097295
192 pages
Éditeur : Actes Sud (14/03/2018)

Note moyenne : 4/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Hilmi vit sous le toit de ses parents avec son épouse dans une bourgade de la Haute-Egypte. Son maigre salaire de professeur d'arabe ne lui offre nulle perspective d'évolution ni d'indépendance. Alors, comme des milliers de jeunes diplômés condamnés à une vie misérable, il décide d'émigrer au Koweït. Une fois sur place, il ne voit de l'Eldorado dépeint par son passeur que les quatre murs de la chambre insalubre qu'il partage avec deux congénères, et subit les tracas... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
fanfanouche24
  25 mai 2018
Grand Merci aux éditions Actes Sud et Sindbad qui nous permettent par cette traduction de lire ce texte courageux et critique de cet écrivain koweitien, débuté à la fin de l'année 1996; 1ère édition publiée en Egypte en 1998, et enfin 20 ans après, accessible en France ! Une découverte impromptue en fouinant dans le fonds "Littérature" d' une des librairies de ma ville. Lu d'une seule traite cet ouvrage, qui nous laisse la "gorge serrée" et interpellés par les souffrances endurés de'un grand nombre d'immigrés, qui tentent d'échapper à la misère!
L'auteur, dans son avant-propos, s'explique :
"(...) J'en suis arrivé à - L'Ombre du soleil-, après avoir passé près de quatorze années à travailler dans le domaine du génie civil, ce qui m'avait donné alors l'occasion de fréquenter les grands chantiers de construction et de découvrir les lieux de vie des ouvriers, leur existence marginale, leur vie obscure. " (p. 11)
L'auteur se met discrètement en scène [ Ingénieur-romancier] pour raconter un parcours significatif, qu'il a lui- même rencontré pendant ses années de travail comme ingénieur sur les gros chantiers koweitiens...
Ce parcours concerne Hilmi, professeur d'arabe en Haute-Egypte, payé une misère, devant vivre, cohabiter avec ses parents, avec sa jeune épouse et son fils... Sa femme, Sanya, excédée par le manque constant, la promiscuité avec sa belle-famille, les vexations, brimades de sa belle-mère supplie son mari de partir au Koweit, comme tant d'autres, pour gagner de l'argent, et vivre enfin décemment et indépendants. Hilmi, en dépit du violent désaccord paternel, se décide, et pour obtenir l'argent du visa, s'endette, vend sa bibliothèque de professeur, des bijoux appartenant à sa femme... Son visa lui coûtera trois années de salaire !!...Il devra quitter femme, enfant, et parents entre deux deux et trois années...
Parvenu enfin dans ce pays dit de Cocagne, il se verra encore et encore... taxé, racketté pour obtenir tel papier, tel timbre officiel... pour simplement avoir le droit de travailler...pour un salaire loin des promesses réitérées !
Je n'en dirai pas plus, surtout... car notre "anti-héros" va aller de déconvenue en déconvenue, d'angoisses en désespoir !...
"J'ai appris que l'exil, ce n'est pas seulement de vivre loin de son pays, mais qu'il consiste aussi à endurer l'avilissement, la misère, la fatigue, la peine et les regrets.
Cinq mois qui m'ont appris que les mots ne sont rien comparés à la douleur, à la mort que l'étranger porte en lui, et qu'il doit, en dépit de son immense peine, rester debout, résister. (p. 129)"
"J'étais derrière les barreaux. Je voyais devant moi un panneau sur lequel on lisait "Interdit de fumer".
J'ai imaginé de nombreux autres panneaux couvrant toute la pièce: "Interdit de changer de carte de séjour", "Interdit de travailler", "Interdit de gagner sa vie", Interdit de voyager", Interdit de repartir", "Interdit d'épargner de l'argent", "Interdit de monter", "Interdit de descendre", "Interdit de dormir", "Interdit de se réveiller" (...) , "La fille est interdite", "Le garçon est interdit", Interdit, Interdit...
Le Koweit est interdit.
La vie est interdite. (p. 184-185)"
Si on n'a pas regardé la nationalité de Taleb Alrefai, on est quasiment convaincu qu'il est égyptien... tant il défend les égyptiens, tant les ouvriers que les intellectuels, les écrivains [ de nombreuses références à Naguib Mafouz et Ihssan Abdelkaddous ]...mais il défend également tous les émigrés travaillant au Koweit, dans des conditions difficilement imaginables ...
Alors non, Taleb Alrefai n'est pas égyptien mais koweitien; il critique fermement certains de ses compatriotes, mais aussi les égyptiens [ mafia de sous-traitants] qui abusent leurs "frères émigrés", ainsi que la corruption régnante, en sachant que l'écrivain sait de quoi il parle, qu'il a vécu tout cela de l'intérieur...tout ce qu'il a pu observer des rouages abusifs supportés par la main-d'oeuvre étrangère !
Un témoignage social terrifiant narrant un drame universel et actuel : l'exploitation et le commerce des hommes,ainsi que la dévalorisation absolue du travail et de la dignité des êtres !!!
Un ouvrage dont on ne ressort pas indemne...même si dans les grandes lignes , on connaît ces réalités déshumanisantes (mais superficiellement); m'est revenu un documentaire sur ce sujet terrible, à la limite du supportable...entendu et vu il y a de nombreuses années...
"J'ai promis à mon père de ne pas rester longtemps au Koweit. La société Abou Ajaj est une pieuvre. C'est une société qui fait commerce des hommes et des titres de séjour. Elle nous dépouille de notre argent et nous laisse
à la rue." (p. 93)
Réalité existant aux quatre coins du monde à des degrés différents... Même si livre date de vingt-ans, les réalités économiques actuelles se sont durcies de façon générale, et malheureusement...les pays de Cocagne imaginés... ont toujours les mêmes revers brutaux !
Très heureuse d'avoir fait connaissance avec cet écrivain koweitien; je vais sûrement lire assez prochaînement, le premier écrit traduit et publié par les mêmes éditeurs, en 2016, "Ici même"... roman sur la condition de la femme dans le monde arabe...
Les deux sujets- pivots de cet auteur : les travailleurs immigrés et la condition féminine....
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traversay
  09 avril 2018
Ici même a permis en 2016 de faire connaissance avec Taleb Alrefai, romancier koweïtien, pour la première fois traduit en français. le voici à nouveau parmi les nouveautés en librairie avec L'ombre du soleil, paru en l'origine en 1998 puis réédité et légèrement retouché un peu moins de 10 ans plus tard. Même s'il date un peu, il est cependant douteux que la situation qu'il décrit ait beaucoup évolué. Elle est celle ses travailleurs immigrés, très nombreux au Koweït, et qui se chargent des travaux les plus pénibles. L'ombre du soleil raconte l'histoire d'un professeur égyptien, pauvre et incapable de faire vivre sa petite famille, qui en est réduit à s'exiler, séduit par le miroir aux alouettes du Golfe. L'enfer l'attend, une épuisante traversée du désert au cours de laquelle il ne se verra offrir qu'un métier d'ouvrier et encore, après un parcours administratif semé d'embûches, un univers kafkaïen, où chaque entrevue avec les autorités est synonyme de ponction financière. Il y a un côté néo-réaliste dans le roman de Taleb Alrefai, une volonté de montrer dans ses détails les plus précis, la vie d'un travailleur immigré au Koweït, très loin de l'opulent et luxuriant quotidien des habitants les plus privilégiés du pays. Mais L'ombre du soleil est aussi une fiction et comme dans Ici même, Taleb Alrefai lui-même apparait dans la vie de son héros, ou tout du moins quelques-uns de ses avatars, sous différents masques, comme des messagers du destin. La plume d'Alrefai est toujours aussi alerte dans un roman dont on perçoit des éléments d'humour noir et dont le seul défaut est d'être parfois répétitif pour évoquer la détresse morale de son personnage principal.
Lien : https://cin-phile-m-----tait..
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   25 mai 2018
Mon père veut que je reste en Egypte. Qu'est-ce que je suis en Egypte ? Un enseignant d'arabe, raté. J'aurais dû partir au Koweït depuis l'obtention de ma licence à l'université, au pays u pétrole et de l'argent. Le salaire d'une journée au Koweït équivaut à un salaire mensuel en Egypte. (...)
Je vais faire mes adieux à la pauvreté et construire une maison à Sanya, la maison dont elle n'a jamais rêvé. (p. 60)
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fanfanouche24fanfanouche24   24 mai 2018
J'ai promis à mon père de ne pas rester longtemps au Koweit. La société Abou Ajaj est une pieuvre. C'est une société qui fait commerce des hommes et des titres de séjour. Elle nous dépouille de notre argent et nous laisse à la rue. (p. 93)
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fanfanouche24fanfanouche24   25 mai 2018
J'étais derrière les barreaux. Je voyais devant moi un panneau sur lequel on lisait "Interdit de fumer". J'ai imaginé de nombreux autres panneaux couvrant toute la pièce: "Interdit de changer de carte de séjour", "Interdit de travailler", "Interdit de gagner sa vie", Interdit de voyager", Interdit de repartir", "Interdit d'épargner de l'argent", "Interdit de monter", "Interdit de descendre", "Interdit de dormir", "Interdit de se réveiller" (...) , "La fille est interdite", "Le garçon est interdit", Interdit, Interdit...
Le Koweit est interdit.
La vie est interdite. (p. 184-185)
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fanfanouche24fanfanouche24   24 mai 2018
J'ai appris que l'exil, ce n'est pas seulement de vivre loin de son pays, mais qu'il consiste aussi à endurer l'avilissement, la misère, la fatigue, la peine et les regrets.
Cinq mois qui m'ont appris que les mots ne sont rien comparés à la douleur, à la mort que l'étranger porte en lui, et qu'il doit, en dépit de son immense peine, rester debout, résister. (p. 129)
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fanfanouche24fanfanouche24   23 mai 2018
Saniya ne supporte pas mon silence. Une fois, elle m'a dit : "Je sais bien que c'est dans ta nature, mais ton silence me fait peur. J'aimerais ouvrir ton crâne pour savoir à quoi tu penses " (p. 21)
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Video de Taleb Alrefai (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Taleb Alrefai
'On the Map', 2012 : Taleb ALREFAI.
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