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EAN : 9782742728879
382 pages
Éditeur : Actes Sud (31/08/2000)

Note moyenne : 4/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Fin du XIXe siècle sur l’Empire ottoman. Dans toute sa splendeur, Istanbul vibre au rythme de la civilisation musulmane.
Mais, sur les rives du Bosphore, la liberté individuelle est étroitement surveillée par un système d’espionnage généralisé, personne n’est jamais à l’abri, et les condamnations à l’exil vont bon train.
C’est à cette époque que Hikmète Bey rentre de Paris où il a fait ses études. Ce jeune homme, qui n’est autre que le fils du médecin ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
mireille.lefustec
  28 avril 2019
Je n'avais pas l'intention de poster un commentaire sur ce livre car je ne me sentais pas capable d'exprimer tout ce que je ressentais. Mais depuis que je l'ai terminé il continue à m'habiter, il m'impose de penser à lui.
Depuis le procès de Asli Erdogan que je suivais avec indignation, j'ai découvert la terrible situation de la Turquie et les emprisonnements injustifiés des écrivains et journalistes.
Après avoir lu "L'autre rive du Bosphore" et "Le sillon", je voulais lire quelques écrivains turcs.
J'ai commencé par Ahmet Altan, lui-même condamné à la perpétuité.
"Comme une blessure de sable" se situe à la charnière de deux institutions : l'empire Ottoman et la Constitution. le pouvoir absolu et despotique du Sultan et ,peu à peu, le désir des habitants de l'union des différents peuples.
Ceux qui vivent l'injustice, l'oppression, la peur grandissante d'être dénoncés se réunissent en secret bien qu'ayant conscience de risquer leur vie.
Le médecin personnel du Sultan lui-même, bien apprécié au Sérail, redoute ses accès de colère qui occasionnent des exécutions.
Au cours de lecture, il était possible d'oublier la période, fin 19è siècle et se croire de nos jours : le tyran n'est plus le même mais les pleins pouvoirs oui.
Le même climat d'espionnage, de délation, de dénonciations. le présent dans la continuité du passé.
On ne peut pas rester indifférents.
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moustafette
  13 avril 2018
Alors que le régime turc actuel s'illustre encore et toujours par ses exactions et ses répressions permanentes, j'ai envie de vous présenter ce livre d'Ahmet Altan, publié dans son pays en 1998. L'auteur, journaliste et écrivain, a été condamné en Février à la prison à perpétuité (aggravée et incompressible) suite à la tentative de coup d'Etat de Juillet 2016, pour lequel il est accusé, ainsi que son frère et quatre autres personnes, de terrorisme et de tentative de renversement du gouvernement via "un message subliminal" qu'il aurait délivré la veille lors d'une émission de télévision...
Ce roman, lui, n'a rien de subliminal et dire qu'il est sublime serait facile... Ce qui est certain, c'est qu'il nous conte une page d'histoire de l'Empire ottoman qu'il serait bon de nous rappeler aujourd'hui tant les similitudes foisonnent. Osons rêver à la fin d'un autre règne, bientôt.
Nous sommes à la fin du XIXe siècle, Stamboul n'est encore que le nom de la vieille ville, le Sultan règne sur un Empire agité de velléités d'indépendances diverses mais, retranché en son palais, il ne prête qu'une attention discrète aux remous qui frappent à la Sublime Porte. Fort qu'il est de sa police, de ses espions et de la fidélité de ses pachas, c'est plutôt de son frère qu'il pense voir venir la félonie.
C'est par la voix d'Osmane - un vieil homme à moitié fou qui vit et parle avec ses morts, enfermé dans un appartement rempli d'objets ayant appartenus aux différents protagonistes - que leur histoire nous est contée. Hikmète Bey, fils du médecin du Sultan, a grandi à Paris où il a vécu après la séparation de ses parents. A vingt-quatre ans, il est de retour à Istanbul sur ordre de son père qui veut le marier, entre au service du Sultan comme secrétaire de chancellerie et ne cessera de gravir les échelons. Mehparé Hanim sera celle qu'il se choisira pour épouse alors qu'elle a été répudiée par son premier mari, le Cheikh Youssouf Effendi, grand maître soufi dont le nombre d'adeptes ne cesse de croître. Raguip Bey, un jeune officier prometteur, est rappelé lui aussi à Istanbul par son maréchal, un héros de l'Empire contre lequel complotent les pachas du sérail. Les destins de tout ce beau monde vont se croiser et tenter de composer malgré les multiples réseaux d'espionnage des uns et des autres et la délation élevée au rang d'oeuvre de salubrité publique. Ajoutons à cela, les rébellions de plus en plus fréquentes que le Sultan règle à coup de solutions sanglantes et d'emprisonnements massifs, qu'elles concernent les Arméniens, les Albanais, les Kurdes, les Bulgares, les Serbes ou les Macédoniens, et voilà planté un décor romanesque sur fond de Bosphore.
Bien sûr, il sera question de passions amoureuses, sexuelles, partagées puis contrariées, portées par les figures de la belle Mehparé, mais aussi par la scandaleuse et délicieuse Mihrichah, mère de Hikmète Bey, qui s'en revient de Paris et sème le trouble dans la capitale ottomane, cheveux au vent et décolleté en avant. Mais bien plus, c'est à l'éveil d'une nouvelle conscience politique que nous convie l'auteur, celle des jeunes officiers qui bientôt changeront le destin de l'Empire, et dont le plus célèbre est Mustafa Kemal.
La figure centrale du roman est sans conteste Hikmète Bey qui, fort de son éducation européenne mais coincé de par ses fonctions, va devoir composer avec ses aspirations et les traditions. On assiste à l'évolution de cet homme qui mettra ses déconvenues amoureuses au profit de son pays en s'engageant à sa façon dans une résistance balbutiante qui ne sera pas exempte de dissonances. Tous soudés pour réclamer la chute du Sultan, l'identité turque va rapidement se heurter à celles des autres peuples de l'Empire. Et Hikmète Bey, partagé puis déboussolé, aura bien du mal à abandonner celle de l'Ottoman cosmopolite épris de liberté et de plaisirs, contrairement à Raguip Bey qui restera droit dans ses bottes et nous instruit sur la genèse du rôle déterminant de l'armée dans l'histoire de la Turquie moderne.
Roman de la sensualité et de la transgression, ce livre est à lire, à offrir, à partager, à réclamer à votre libraire pour comprendre les fondements de ce qui se joue encore aujourd'hui dans ce pays et faire entendre haut et fort, par delà les barreaux, la voix de son auteur afin ne pas oublier le combat de ceux qui s'élèvent pour une société éclairée contre le pouvoir des armes et des religions.
Vous pouvez signer la pétition lancée par Actes Sud, via notre ministre de la culture et fondatrice de ces mêmes éditions. C'était un minimum, l'autre aurait été de remettre en avant sur les tables des libraires les romans d'Ahmet Altan au côté de ceux d'Asli Erdoğan, ce qui n'est pas le cas. A lire également la défense d'Ahmet Altan sur le site de KEDISTAN
Lien : http://moustafette.canalblog..
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5Arabella
  18 juillet 2016
Nous sommes à la fin du XIXe siècle dans l'empire ottoman finissant. Nous suivons les destins de plusieurs personnages, qui incarnent les différentes facettes de la Turquie de l'époque. Hikmète Bey, élevé à Paris, fis du médecin personnel du Sultan, épouse une femme très belle, dont il va devenir éperdument amoureux. Il a du mal à supporter l'ambiance étouffante, les dénonciations, et le climat de peur dans son pays natal. Des jeunes officiers s'agitent en coulisse, écoeurés par les injustices, et souhaitant stopper la déliquescence de l'empire. Les destins individuels s'imbriquent dans l'histoire, et la forgent en même temps.
Un roman polyphonique riche et très prenant, avec de nombreux personnages, dont certains très attachants. L'auteur possède l'art du conteur d'une façon incontestable et sait maintenir l'intérêt du lecteur. Il raconte aussi l'histoire d'une façon vivante, intéressante, tout un restituant sa complexité.
Le plus à mon avis, est un ton un peu détaché, distancié, non dépourvu d'un certain humour. Même si le livre est au final assez classique, cela donne une pointe de singularité à l'ensemble. Une deuxième partie existe (L'amour aux temps des révoltes) que j'ai bien l'intention de lire pour continuer à suivre les personnages, ainsi que l'histoire de la Turquie.
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mathildecotton38
  29 mai 2020
La lecture de Je ne reverrai plus le monde, m'a donné fort envie de découvrir les romans d'Ahmed Altan, dont seulement deux sont traduits en français.
Comme une blessure de sabre est un roman historique, qui transmet vraiment la fascination de son auteur pour la littérature du XIXe. Il m'a d'ailleurs donné envie de relire quelques classiques, cette impression de lenteur et d'imprégnation est unique.
Il réussit le tour de force d'expliquer précisément les raisons de la fin de l'Empire ottoman et de la chute du sultan, sans jamais mentionner une date. On est immergé à Istanbul, dans le palais du sultan, dans les demeures des pachas ou dans les tekké où défilent une galerie de personnages qui prennent une épaisseur considérable au fil du roman. Entre intrigues amoureuses et complots politiques.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
moustafettemoustafette   13 avril 2018
La peur et l'oppression qui régnaient dans la ville couverte de sureaux et de cèdres, où la mer, les chèvrefeuilles, les roses, les figues, les citrons et les melons embaumaient obstinément pendant que résonnaient les appels à la prière et les cantiques, composaient le climat à la fois conservateur et excitant de ce pays où les âmes des habitants, enfouissant constamment dans les profondeurs de leur être des sentiments bridés par les interdits et le péché, se changeaient en nuits noires au milieu desquelles leurs sentiments explosaient soudain comme un feu d'artifice.
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mireille.lefustecmireille.lefustec   27 avril 2019
Au cours de la vague d'arrestations qui commença dès le lendemain matin , un grand nombre de pachas ainsi que des centaines d'officiers subalternes furent raflés et emmenés à la caserne de Balmoumdjou ; la ville bruissait de la rumeur annonçant que "l'on arrêtait tous ceux qui avaient pris par à l'insurrection et que certains seraient pendus", et la peur, qui tel un monstre souterrain tapi dans les entrailles d'Istanbul faisait périodiquement son apparition, se répandait à nouveau comme une épidémie.
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mireille.lefustecmireille.lefustec   27 avril 2019
Rechite pacha s'ennuyait ; depuis le temps qu'il entendait prononcer les mots "je m'ennuie" par les mères vieillissantes de ses amis pachas auxquelles par amitié il prodiguait parfois des soins, ou bien par ses sœurs restées veuves de bonne heure et qui trainaient leur inquiétude dans de vastes résidences à hauts plafonds en se plaignant de tout, il découvrait pour la première fois le sens réel de ce sentiment et se prenait de remords au souvenir du ridicule dont il accablait secrètement ces femmes, prenant soudain conscience qu'il n'y avait rien de plus pénible qu'un ennui qu'on ne s'explique pas.
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mireille.lefustecmireille.lefustec   27 avril 2019
Je n'ai jamais oublié ces instants ; assis au pied de l'arbre, tout frissonnant, j'avais découvert qu'il ne me restait plus aucun espoir, aucun rêve concernant l'avenir, et sais-tu ce que l=j'ai compris : rien ne peut davantage faire honte à quelqu'un que de renoncer à ses rêves...Tu es pris d'un tel sentiment de trahison que lorsque tu cherches le traître, tu aboutis à toi-même.
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mireille.lefustecmireille.lefustec   27 avril 2019
Il ne nous revient pas de juger du péché, la prière du cœur l'emporte toujours sur le rituel car c'est dans le cœur de l'homme que tout commence ; tant que vous avez la foi, votre prière reste une affaire entre vous et Dieu, suivez la voie de votre conscience.
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Vidéo de Ahmet Altan
- "Je ne reverrai plus le monde", Ahmet Altan, Actes Sud. https://www.librest.com/livres/je-ne-reverrai-plus-le-monde-ahmet-altan_0-5912209_9782330125660.html?ctx=136d6174fedbd3df7714d46b9c1577f6 La chronique de Perrine : Un récit d'une profondeur et d'une beauté inouïes. Dans une langue ciselée et poétique Ahmet Altan nous parle de la réalité de l'enfermement et de la puissance libératrice de la littérature. Condamné injustement à perpétuité, ce grand écrivain turc nous écrit du fond de sa prison et nous offre ce texte magnifique et bouleversant.
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