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Julien Lapeyre de Cabanes (Traducteur)
EAN : 9782330154530
272 pages
Actes Sud (01/09/2021)
4.11/5   597 notes
Résumé :
Fazil, le jeune narrateur de ce livre, part faire des études de lettres loin de chez lui. Devenu boursier après le décès de son père, il loue une chambre dans une modeste pension, un lieu fané où se côtoient des êtres inoubliables à la gravité poétique, qui tentent de passer entre les mailles du filet d’une ville habitée de présences menaçantes.
Au quotidien, Fazil gagne sa vie en tant que figurant dans une émission de télévision, et c’est en ces lieux de fic... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (149) Voir plus Ajouter une critique
4,11

sur 597 notes

Kirzy
  05 janvier 2022
Si l'on ne connait rien de l'histoire de l'auteur ni de la genèse de l'écriture, c'est une belle éducation sentimentale que l'on découvre, celle de Fazil, étudiant fauché et déclassé qui tombe amoureux de deux femmes rencontrées lors du tournage d'une émission télévisée dans lesquelles ils sont figurants. Deux femmes opposées polaires : la puissamment sensuelle Mme Hayat, quinquagénaire et la cérébrale Sila étudiante en lettres comme lui. le récit se déploie avec un classicisme élégant presque dix-neuvièmiste autour d'une histoire d'amour pleine de volupté et de romantisme. Sans doute un peu déjà lu s'il n'y avait Mme Hayat, le plus époustouflant personnage féminin lu depuis longtemps. Elle existe sans recours à une quelconque psychologie, dans un mystère superbe, juste par la grâce de la description de sa gestuelle lorsqu'elle mange, se vêtit, danse ou marche.
Si l'on sait que ce roman a été écrit durant les presque cinq ans d'emprisonnement d'Ahmet Altan, accusé d'avoir soutenu le coup d'état militaire manqué de juillet 2016 contre Recep Tayyip Erdoğan, le texte prend une dimension absolument bouleversante. Une telle lumière, une telle beauté s'en dégage qu'on ne peut croire qu'il est né dans des conditions inimaginables de détention.
Bien loin du roman engagé politique lourdaud, derrière ses ressorts classiques, il avance avec une subtilité d'une rare intelligence. Les deux femmes qu'aime le narrateur sont les deux visages de la Turquie progressiste contemporaine : Sila et son envie de fuir, Madame Hayat et sa joie de vivre malgré tout, elle qui a conscience de l'absurdité de l'existence mais ne veut renoncer à jouir, entre désinvolture assumée et sagesse sensuelle.
« J'en sais bien plus long que tu n'imagines sur la vie et ses réalités, comme tu dis. Je sais ce que c'est que la pauvreté, la mort, le chagrin, le désespoir. Je sais que nous vivons sur une planète où des fleurs graciles décorent les insectes qui se posent sur elles. Je sais que depuis des milliers d'années les hommes se font du mal, qu'ils volent et en spolient d'autres, qu'ils s'entretuent. Je connais réellement la vie. Et comme tout  le monde, je mange son miel empoisonné. le poison je l'avale, le miel je le savoure. Tu peux gémir autant que tu veux, tu peux redouter autant que tu veux ce miel empoisonné, ni la peur ni les gémissements ne détruiront le poison. Tu ne réussiras qu'à tuer le gout du miel. Les réalités de l'existence, je les connais, seulement je ne m'y arrête pas. S'il faut boire le poison je le bois, mais les conséquences ne m'intéressent pas. Parce que je sais qu'enfin il s'agit de mourir ... »
Comment continuer à vivre dans un pays soumis à la dictature, à la répression et à l'arbitraire, où on peut tout perdre du jour au lendemain et être roué de coups par des barbus armés de bâtons ? Chaque personnage a sa solution. Pour Fazil, ce sera le refuge des livres. On sent toutes les vibrations de l'auteur à parler de littérature comme un espace de liberté. Il convoque toute la bibliothèque rêvée à laquelle il n'a pas eu accès durant sa détention, de Shakespeare à Flaubert, en passant par Miller et Woolf.
Madame Hayat est une formidable tentative d'évasion par les mots. Même lorsque le corps devient esclave, l'esprit demeure libre. Même lorsque l'étau se resserre sur Fazil, il a encore la possibilité de faire un choix. Les dernières pages répondent à l'hésitation du jeune homme entre ces deux femmes, les aspirations qu'elles représentent et l'action qu'elles appellent. Et c'est sublime de voir comment l'auteur fait grandir son personnage, terriblement émouvant de découvrir son choix final, comme un hymne à la vie et à la liberté.
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Afleurdelivres
  12 janvier 2022
Quel formidable roman d'amour et d'apprentissage! Un hymne à la liberté et à la littérature. C'est du fond de sa cellule à Istanbul que l'auteur Ahmet Altan, alors prisonnier politique, trouve l'inspiration pour créer de sa plume salvatrice une femme extraordinaire et flamboyante, allégorie de la liberté : Madame Hayat . Vu le magnifique portrait qu'il en fait elle a du lui apparaître dans sa geôle comme elle apparaîtra au jeune Fazil, le narrateur, et au lecteur, de manière archangélique dans un halo d'or aux nuances d'Ambre. Apres la ruine et la mort de son père, Fazil, déclassé socialement, part faire des études de littérature. Il loue une chambre dans un immeuble, sorte d'auberge espagnole, aux colocataires bien singuliers mais solidaires et se heurte à la réalité du régime autoritaire et arbitraire turc. C'est dans un studio de télévision souterrain qu'il voit la plantureuse Mme Hayat, figurante, se trémousser allègrement devant les caméras. Il est subjugué par cette femme d'âge mûr aux cheveux feu et or, à la robe couleur de miel, au parfum de lys, au rire ravageur et aux rondeurs exhibées. Désinvolte, généreuse, secrète, elle l'initie aux plaisirs et changera sa conception de la vie avec authenticité, simplicité, sensualité et joie de vivre dans un contexte politique pourtant tendu et répressif. Tout les oppose mais ils sont liés corps et âme. Il est passionné de littérature, elle a l'intelligence de la vie. « Madame Hayat était libre. Sans compromis ni révolte. Libre seulement par désintérêt, par quiétude, et à chacun de nos frôlements, sa liberté devenait la mienne ». Elle provoque chez lui une ambivalence affective entre désir et éloignement, fascination et honte, déni d'amour et passion. Puis vient la rencontre avec Sila jeune étudiante avec qui il a de nombreuses similitudes, l'antithèse de madame Hayat. Désordre émotionnel. Attaché profondément aux deux, prisonnier de ses deux désirs, il s'égare dans la confusion des sentiments. Ce roman d'une grande justesse, empli de belles réflexions sur la vie, le hasard et les clichés, prend aux tripes et on le referme sur une fin sublime avec ce sentiment oppressant ressenti tant de fois par Fazil : le manque.
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Cannetille
  26 avril 2022
Lorsque son père meurt ruiné, Fazil plonge dans la précarité. Il trouve à se loger dans un quartier populaire, et tâche de financer ses études littéraires en faisant de la figuration pour une chaîne de télévision. Tandis que la peur monte dans le pays sous la pression croissante de la violence et de l'arbitraire d'un totalitarisme religieux, le jeune homme cherche un sens à sa vie, à la croisée de sa passion pour la littérature et de son amour pour deux femmes aux antipodes l'une de l'autre. Sila est une étudiante de son âge, déterminée à partir chercher la liberté à l'étranger. Madame Hayat est une femme mûre et sensuelle, que rien ne semble pouvoir empêcher de rester elle-même, flamboyante et insaisissable.

Rédigé pendant les années d'incarcération politique d'Ahmet Altan, libéré en avril dernier, le roman file la métaphore pour un incoercible chant à la liberté. Sur l'arrière-plan d'un pays sombrant dans la terreur et l'oppression, qui, s'il n'est jamais nommé, semble pointer un futur proche en Turquie, l'apprentissage du jeune Fazil est l'occasion pour l'auteur de partager ses déchirements et ses réflexions sur la meilleure manière de rester libre. Si, à travers Sila, se profile sa passion pour cet incomparable vecteur de liberté qu'est la littérature, avec la tentation de partir la cultiver à loisir dans la fuite et dans l'exil, c'est une autre forme d'irréductible indépendance, celle qui vous vient de choix assumés sans concession, quoi qu'ils coûtent, parce qu'ils sont les plus en accord avec vous-même, qu'incarne Madame Hayat.

Cette femme, dont le nom signifie « la vie » en turc, apprend au jeune homme que l'on ne peut vivre pleinement et librement qu'en oubliant passé et avenir pour se concentrer, sans remord ni crainte, sur l'instant présent. Rien à perdre, pas de « peur d'avoir peur », juste l'évidence présente : une philosophie de vie dont on conçoit aisément à quel point elle peut façonner les choix de l'auteur dans la poursuite sans exil de son oeuvre, malgré la coercition. C'est exactement celle qui guide les irréductibles combattantes de la liberté kurdes face à Daech, dans S'il n'en reste qu'une de Patrice Franceschi...

Comment ne pas être à nouveau impressionné par cette dernière parution de l'auteur ? Plus encore qu'un formidable hommage à la littérature et à ses pouvoirs d'émancipation, c'est cette fois, face à l'oppression directement subie, une ardente déclaration d'amour à la liberté que nous livre l'irréductible plume, toujours aussi élégante et éclairée, d'Ahmet Altan.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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DoubleMarge
  07 novembre 2021
Fazıl, le narrateur, est étudiant en lettres lorsqu'il rencontre Madame Hayat. Tous deux font de la figuration dans un studio de télévision. S'il devait lui donner un âge, il dirait qu'elle doit avoir une cinquantaine d'années. Ils n'ont, de prime abord, rien en commun. Madame Hayat ne lit pas, elle ne regarde que des documentaires. C'est une femme libre, d'une « désinvolture comique et souveraine […] Elle était la personne la plus extraordinaire, la plus fascinante que j'ai rencontrée dans ma vie ».
Devenu boursier après le décès de son père, Fazıl loue une chambre dans un vieil immeuble peuplé d'étudiants pauvres, de travestis, d'êtres fragilisés par le chômage, la montée des prix et les rafles de la police. le quotidien s'assombrit, les bastonnades se multiplient. « Costauds, barbus, armés de bâtons […] Les divertissements de toutes sortes, et quiconque ne leur ressemblait pas, récoltaient leur haine ». (...)
Un an pour grandir, mûrir, vivre deux amours, celui de Madame Hayat et de Sila, découvrir la pauvreté, « la colère, la peur, le désir de revanche, la jalousie, la volupté, la tromperie, le regret. »
« le poids de ce que j'avais vu, appris, vécu, pesait parfois si lourd que je me sentais épuisé comme un vieillard. Je n'arrivais à concevoir ni les actes des hommes ni le silence de la société, je ne pouvais plus vraiment comprendre les vivants. […] Alors j'allais à la bibliothèque lire des romans […] mais dès que le roman était refermé je retournais à l'artificialité d'un monde sans issue, parmi des hommes que je ne comprenais pas ».
« C'est en marchant dans la cour de ma cellule, pendant des heures, que j'ai créé Madame Hayat. Je suis amoureux d'elle ! », confie l'auteur turc, qui a passé de nombreuses années en prison, dans une interview au Monde.
En donnant vie à cette femme libre et flamboyante, consciente de l'absurdité du monde, et à ce jeune étudiant désenchanté, épris de lettres, Ahmet Altan nous rappelle à quel point la littérature est une résistance, d'où que vienne l'arbitraire.
Elisabeth Dong pour Double Marge (extrait)
Lien : https://doublemarge.com/mada..
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PetiteBichette
  07 novembre 2021
Prix Femina étranger 2021 : ce livre sur la liberté de choisir sa vie, ses amours, sa destinée résonne étrangement lorsque l'on apprend qu'il a été rédigé en prison par Ahmet Altan, qui l'a dédié lors de la remise du prix Femina « à toutes les femmes turques et kurdes injustement emprisonnées, pour des raisons politiques ». L'auteur a été incarcéré pendant plus de quatre ans en Turquie, accusé d'avoir appelé à renverser le pouvoir, lors du coup d'état du 15/07/2016 alors qu'il était rédacteur en chef du quotidien Taraf. Il a été libéré seulement en Avril 2021.
L'auteur s'attelle en prison à la rédaction de « Madame Hayat », personnage qui va prendre vie à ses côtés, et on l'imagine, l'aider à supporter les années de souffrance. Ainsi dans le texte qu'il a écrit pour la remise de son prix, il déclare « Moi aussi, j'ai voulu que les autres aiment Madame Hayat autant que je l'aimais. Qu'ils tombent amoureux d'elle autant que j'en étais tombé amoureux. »
C'est une éducation sentimentale qu'Ahmet Altan nous conte, celle de Fazıl, jeune homme dont la vie bascule au décès de son père, dans la pauvreté. Pour gagner un peu d'argent, il va faire de la figuration dans le public d'une émission de télé et rencontrer deux femmes ; Madame Hayat, une superbe femme d'âge mûr qui va jeter son dévolu sur lui, et Sıla, une très belle jeune femme de son âge, étudiante en littérature comme lui.
J'ai été envoutée par les premières pages de cette lecture, la découverte de ces femmes si différentes par Fazıl. La plume de l'auteur glisse et nous emporte dans un tourbillon de sensualité, de découverte de la vie, de l'amour. Même si l'auteur ne situe pas son livre géographiquement et ne fait que mentionner la région du Bosphore, il nous révèle les difficultés de la vie en Turquie, une part de plus en plus importante de la population perdant son emploi, ses espoirs, son avenir, subissant une répression de plus en plus violente et aveugle.
Malgré les grandes qualités de plume de l'auteur, si j'ai apprécié les leçons données par Mme Hayat, je n'ai pas été complétement séduite pour ma part par Fazıl. Je n'ai pas réussi à m'attacher à ce jeune coq, qui passe sans vergogne des bras d'une femme à ceux d'une autre, bien conscient qu'il profite éhontément de la générosité de l'une et de la naïveté de l'autre. Son attitude désinvolte ne semble lui poser aucun problème, et il se permet même de porter un regard parfois méprisant sur l'épicurienne Mme Hayat, qui fait peu de cas de son érudition littéraire. J'ai donc regardé avec distance l'évolution du trio, ce que j'ai regretté. Si l'auteur avait donné la parole à Mme Hayat et Sıla, peut-être me serais-je sentie plus concernée par cette histoire.
Cependant, je terminerai par une note très positive, la fin m'ayant surprise et ravie. Une belle déclaration finale d'amour aux femmes, à leur liberté et à la liberté tout court d'Ahmet Altan.
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critiques presse (7)
LaPresse   07 janvier 2022
Le Turc Ahmet Altan, qui s’était fait remarquer en 2019 avec ses textes de prison, en profite toutefois pour explorer d’autres questions qui accordent une profondeur intéressante à ce roman d’une grande sensibilité, également écrit derrière les barreaux, et qui a remporté le prix Femina du roman étranger en octobre dernier.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Lexpress   04 novembre 2021
Pétri d'humanité et de grâce, ce roman, ode à la liberté, à la fraternité et à la littérature, est proprement enthousiasmant. Par vidéo, Ahmet Altan a dédié son prix Femina "à toutes les femmes turques et kurdes injustement emprisonnées, pour des raisons politiques".
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeDevoir   18 octobre 2021
Simple, profond, émouvant, Madame Hayat nous raconte d’une voix forte cette éducation sentimentale accélérée, tout en filant la métaphore subtile d’un pays qui ne se reconnaît plus.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LeDevoir   13 septembre 2021
Une ode à la liberté sous toutes ses formes.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LaLibreBelgique   07 septembre 2021
Écrit en prison, son nouveau roman “Madame Hayat” est un hymne à la liberté de penser et de vivre.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LesInrocks   06 septembre 2021
Ahmet Altan a écrit ce roman de la démesure, fou de sensualité, autour d’une liaison entre un jeune figurant et une femme mûre, voluptueuse et insaisissable. Une ode à la liberté sous toutes ses facettes.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
LesInrocks   01 septembre 2021
Écrit depuis la prison de Silivri à Istanbul, un magnifique texte qui dit avec mélancolie les libertés qui rétrécissent.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (322) Voir plus Ajouter une citation
lafilledepassagelafilledepassage   30 mars 2022
Naître est un cliché, mourir est un cliché. L’amour est un cliché, la séparation est un cliché, le manque est un cliché, la trahison est un cliché, renier ses sentiments est un cliché, les faiblesses sont un cliché, la peur est un cliché, la pauvreté est un cliché, le temps qui passe est un cliché, l’injustice est un cliché…. Et l’ensemble des réalités qui déchirent l’homme tient dans cette somme de clichés. Les gens vivent de clichés, ils souffrent de clichés, ils meurent avec leurs clichés.
Quant à déterminer l’heure de leur naissance, celle de leur mort, la personne dont ils tomberont amoureux, celle dont ils se sépareront, celle qui leur manquera, le moment où ils auront peur, et s’ils seront pauvres ou non, c’est le hasard. Et lorsqu’un de nos proches est malade, qu’il meurt, ou lorsqu’on nous quitte, enfin lorsque le terrible « hasard » nous tombe dessus, le pouvoir du cliché recule. Tissés de hasard, nos destins nous empêchent de voir que ce qui nous arrive n’est qu’une longue suite de clichés. Et comme se révolter contre les clichés n’a aucun sens, c’est contre le hasard que nous nous révoltons, c’est à force de nous répéter « pourquoi moi », « pourquoi elle », « pourquoi maintenant », que les choses prennent une signification.
Aussi bien plutôt que d’essayer de nous extirper de cette réalité vulgaire faite de clichés et de hasard, c’est au contraire plonger dedans qu’il nous faut tenter, toujours plus en profondeur, toujours plus profondément. Là, seulement, la littérature et l’existence pourront se rejoindre et ne faire qu’un.
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CannetilleCannetille   26 avril 2022
Plus le temps passe, plus je prends de plaisir à écrire. C’est comme si j’avais découvert une sorte d’immense escalier qui court du ciel aux entrailles de la terre. J’essaie de comprendre les mystères de cet escalier. Écrire me donne la sensation de posséder une force capable de réinventer le temps et l’espace, l’impression d’être doué d’une liberté infinie. Pour la première fois de ma vie, j’entrevois l’existence d’un univers dont je pose moi-même les conditions et les règles.
J’ai aussi noté que l’écriture, en même temps de m’ouvrir en grand les portes de la liberté, ouvre la porte aux dangers venus de l’extérieur, me laissant exposé et vulnérable. Chaque matin à l’aube, je vais en sueur à la fenêtre pour voir s’il y a des voitures de police au pied de chez moi. La peur tremble en moi comme un fil tendu.
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PetiteBichettePetiteBichette   09 novembre 2021
Je réfléchis un instant : et si son bonheur m’agaçait réellement ? S’il m’énervait ? Si ce que je croyais être de l’inquiétude ou de la prévenance n’était au fond que de la colère ? Pour être honnête, oui, parfois ça m’énervait. Personne ne pouvait désirer avoir affaire à quelqu’un d’aussi optimiste, d’aussi joyeux, d’aussi constamment désinvolte. Tous autant que nous sommes, nous voulons que l’autre soit un peu inquiet, peureux, car ses inquiétudes et ses peurs légitiment et justifient les nôtres, et personne ne veut se sentir humilié à cause de peurs unilatérales, dont alors nous nous réservons seuls le droit de parler. [..] L’insouciance et la légèreté de madame Hayat ruinaient cette solidarité-là, elles réduisaient à néant le malheur confortable auquel nous étions habitués, laissant à sa place un vide que nous ne savions pas combler. Tout le monde n’était pas capable, contrairement à elle, de faire preuve d’autant d’optimisme et d’insouciance, et madame Hayat n’était pas en droit d’exiger que j’en sois capable. (p.145)
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fbalestasfbalestas   22 décembre 2021
Il me semblait que le vrai courage, ici, c’était d’oser critiquer le livre de Flaubert, tant le monde et les personnages qu’il avait créés, leurs idées, leurs sentiments, leurs intuitions, étaient pour moi un sujet d’éblouissement permanent et indépassable, au point que j’aurais aimé vivre dans ce monde-là, dans un roman de Flaubert. J’y étais comme chez moi. Mon grand rêve eût été de passer ma vie dans la littérature, à en débattre, à l’enseigner, au milieu d’autres passionnés, ce dont je me rendais toujours un peu plus compte à la fin de chaque cours de madame Nermin.
La littérature était plus réelle et plus passionnante que la vie.
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HundredDreamsHundredDreams   18 août 2022
Croquer chacun son tour dans le même morceau de chocolat, cet acte d’une intimité sublime, que seuls deux êtres très proches peuvent connaître, c’était comme faire l’amour, et j’étais soudain tout excité, autant que si je l’avais vue nue. Mordre cette orangette, c’était comme s’embrasser, s’enlacer, se prodiguer une chaleur secrète, profonde, puissante. Je sentais un immense désir pour elle, une attirance animale qui me brûlait le bas-ventre, et en même temps, sans aucun rapport avec ce désir, un amour plein de douceur et de tendresse. Une simple friandise en chocolat avait réussi à me rendre amoureux.
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Vidéo de Ahmet Altan
Avec Laurent Gaudé, Julien Lapeyre de Cabanes & Timour Muhidine Lecture par Sophie Bourel Rencontre animée par Sophie Joubert
Fazl, le jeune narrateur de ce livre, part faire des études de lettres loin de chez lui. Devenu boursier après le décès de son père, il loue une chambre dans une modeste pension, un lieu fané où se côtoient des êtres inoubliables à la gravité poétique, qui tentent de passer entre les mailles du filet d'une ville habitée de présences menaçantes. Au quotidien, Fazl gagne sa vie en tant que figurant dans une émission de télévision, et c'est en ces lieux de fictions qu'il remarque une femme voluptueuse, vif-argent, qui pourrait être sa mère. Parenthèse exaltante, Fazl tombe éperdument amoureux de cette Madame Hayat qui l'entraîne comme au-delà de lui-même. Pour celui qui se souvient que ce livre – charge politique et grand roman d'amour – a été écrit en prison, l'émotion est décuplée.
En l'absence de l'auteur (remis en liberté après une longue détention mais dans l'incapacité de sortir de son pays), il sera évoqué par l'écrivain Laurent Gaudé, par son traducteur Julien Lapeyre de Cabanes et par son éditeur Timour Muhidine. La lecture d'extraits par Sophie Bourel complètera cette soirée de soutien et d'admiration pour son oeuvre.

À lire – aux éd. Actes Sud : Ahmet Altan, Madame Hayat, Prix Femina étranger, Actes Sud, 2021 – Je ne reverrai plus le monde, coll. « Babel » , 2019.
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