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EAN : 9782501160742
416 pages
Marabooks (24/08/2022)
3.35/5   31 notes
Résumé :
À la fin des années soixante-dix, Mazna et Idris Nasr ont été contraints de quitter leur pays : la Syrie, pour elle ; le Liban, pour lui. Ensemble, ils se sont installés dans une petite ville en plein désert californien. Si Idris est parvenu à réaliser son rêve d’être médecin, Mazna, elle, a dû dire adieu à sa carrière d’actrice pour élever leurs trois enfants.
Quarante ans plus tard, la famille vit éparpillée à travers le monde, tentant de mainteni... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
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Cannetille
  24 septembre 2022
Depuis qu'il y a quarante ans, la guerre leur a fait fuir, elle et son mari Idriss, le Liban pour les Etats-Unis, Mazna ne s'est que très rarement résolue à y retourner. Aussi, personne dans son entourage ne comprend sa réaction affolée quand Idriss annonce sa décision de vendre la maison familiale de Beyrouth, où aucun d'eux ne se rend plus jamais. Cédant à contre-coeur à ses instances, tous acceptent de s'y réunir une dernière fois. Ils vont s'y retrouver confrontés aux fantômes du passé et à la résurgence de secrets profondément enfouis.

A vrai dire, embarqués dans leur quotidien et ses difficultés, les trois enfants d'Idriss et de Mazna ont suffisamment de préoccupations, professionnelles ou conjugales, pour laisser à l'arrière-plan une histoire familiale, dont - comme tout un chacun, pensent-ils - ils subissent les tensions, sans jamais creuser plus loin que la surface. La guerre au Liban n'a pour eux d'autre réalité personnelle et concrète que l'exil de leurs parents : une épreuve d'ailleurs à leurs yeux à demi occultée par leur parcours réussi en Californie, leur père ayant réalisé son rêve de devenir chirurgien cardiaque, et leur mère s'étant consacrée à les élever. Dans leur esprit, en dehors de la peau mate et des traditions culinaires dont ils ont hérités, l'on pourrait presque, un peu schématiquement, résumer le lointain Liban à la maison de leurs grands-parents à Beyrouth, et aux réticences maternelles à revenir sur place.

Ils sont ainsi bien loin de se douter du drame intime que cette guerre a en réalité fait vivre à leurs parents, dont l'exil ne constitue que la face émergée de l'iceberg, et dont les répercussions les concernent, eux, bien au-delà de ce qu'ils pourraient imaginer. Convergeant vers cette si difficile réunion familiale au Liban, ce sont en fait quarante ans de douleur ignorée et contenue, qui, en une vaste saga imprimée sur le fond assez discrètement esquissé d'un pays violemment marqué par les oppositions armées, politiques et religieuses, emporte ses protagonistes au bout d'une dispersion dont la vente de leur demeure ancestrale à Beyrouth pourrait constituer l'ultime étape. A moins qu'elle ne fasse exploser le silence, plutôt que la famille.

Elle-même issue de la diaspora palestinienne aux Etats-Unis, Hala Alyan sait combien compte l'ancrage affectif dans ces familles dont l'éparpillement a distendu les liens. Pris de tendresse pour ses personnages, dont son entourage a nourri la cohérence et la profondeur, l'on tombe sous le charme de cette histoire certes peut-être un peu trop longuement développée et aux intrications globalement très romanesques, mais que son fond d'un Liban martyrisé et la justesse de ses observations sur l'exil, le silence douloureux des déracinés et les répercussions sur leurs descendants, rendent touchante et plaisante à lire.

Merci à Babelio et aux éditions de la belle Etoile pour cette découverte.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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marina53
  05 octobre 2022
Un grand merci à Babelio et aux éditions La belle étoile...
Fin des années 70, Mazna et Idris quittent leur pays natal, elle la Syrie, lui le Liban, laissent derrière leur famille et leurs amis, pour s'installer aux États-Unis, en Californie. Quatre décennies plus tard, lui est aujourd'hui un chirurgien cardiaque réputé tandis qu'elle, qui a dû abandonner ses rêves de devenir actrice, s'occupe comme elle peut, après avoir élevé leurs trois enfants. Aujourd'hui, l'aînée, Ava, enseignante-chercheuse biologiste mariée à Nate, avec qui elle a eu deux enfants, habite Manhattan. Marwan, en couple avec Harper, fait partie d'un groupe qui n'a malheureusement jamais vraiment percé. Aussi est-il devenu manager d'un restaurant italiano-arabe, à Austin. Quant à la benjamine, Naj, violoniste et chanteuse, elle est retournée vivre à Beyrouth, où son duo avec Jo, son meilleur ami, connaît un franc succès. Toute la famille va devoir bientôt se résoudre à se retrouver puisque Idris, dont le père vient de mourir, a décidé, sur un coup de tête, de vendre la maison familiale de Beyrouth. Une idée qui est loin de réjouir la fratrie...
« La ville des incendiaires » est avant tout une saga familiale et si la quatrième de couverture nous annonce un roman plus complexe avec « la destinée tragique de tout un pays », cela n'a, en aucun cas, gâché mon plaisir de lecture... Ce roman s'ouvre sur un prologue dramatique, mettant en scène l'exécution d'un jeune homme, dont on devine les répercussions sur la vie de Mazna et Idris. En quatre parties, alternant présent et passé, Hala Alyan dépeint, avec force et émotions, le destin de la famille Nasr, avec ses nombreux secrets et non-dits mais aussi ses drames. Elle dévoile, petit à petit, les dessous, les petites (et plus grandes) blessures, les renoncements de chaque membre de cette famille immigrée qui, en apparence pour certains, a réussi socialement et professionnellement. Au prix fort pour certains. D'autant que le passé, sur fond d'un pays alors en guerre, regorge de violence, de souffrance mais aussi parfois d'insouciance. Les personnages, attachants et fouillés, habitent avec profondeur cette saga dépaysante, riche et intimiste, servie par une plume soignée et immersive.
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Biblioroz
  27 septembre 2022
Ce soir, Zakaria a l'estomac noué et pense à la maison, à l'autre bout de Beyrouth, dans laquelle sa mère travaillait et où il jouait, enfant, avec Idris, forgeant avec lui une amitié solide au fil des années. Mais avant de rentrer chez lui, dans ce camp pour Palestiniens, Zakaria a eu des mots avec son meilleur ami dont on ignore la teneur. Puis, c'est l'irruption d'hommes, une mauvaise action meurtrière commise trois années en arrière contre un maronite demande vengeance. La guerre civile du Liban déchaîne les haines entre les communautés qui l'habitent. Zakaria sera exécuté et percevra le cri de sa mère juste avant de sombrer. Il était jeune, amoureux de Mazna.
Après cet obscur prologue, Hala Alyan projette son lecteur dans des parties bien distinctes, ayant chacune leur propre époque. Ce roman détaille l'univers intime d'un couple, d'une fratrie, d'une famille qui s'est construite sur un socle fragilisé par une guerre civile déchirante, par une terrible erreur de jeunesse en temps de conflits intérieurs, par des exils, par des choix désirés ou subis, sur un amour unilatéral et des blessures enfouies non cicatrisées. Tous les personnages sont généreusement et parfaitement révélés, dans leurs caractères, leurs tourments, leurs désillusions mais aussi dans l'attachement qu'ils ont, au plus profond d'eux-mêmes, entre eux.
En 1965, à Damas, lors d'une représentation d'une pièce de Shakespeare, une voix intérieure criera à Mazna qu'elle veut être comédienne. de là, entreront en scène dans les années 70, ses amis libanais et l'exaltation mêlée à la peur de passer la frontière vers cette ville en proie à la guerre, Beyrouth. Jusqu'à l'été 1978, l'été de tous les possibles écrasés par le drame…
Mazna et Idris ont migré il y a bien des années en Californie. Idris est un chirurgien spécialisé dans les transplantations cardiaques, il parle aux coeurs et les écoute. L'un d'eux lui a murmuré qu'il devait vendre la maison de ses parents à Beyrouth puisque son père les a quittés depuis deux mois. Mais voilà que contre toute attente, Mazna qui a toujours dit détester cette ville du Liban, veut l'en dissuader et appelle ses enfants à se réunir dans cette maison menacée de vente.
Avant cette réunion familiale dans la villa plantée d'amandiers, les situations de chacun des enfants renvoient aux problèmes que peuvent rencontrer les couples, comme celui d'Ava, la fille aînée, mais aussi les désillusions d'un musicien qui n'a jamais réussi à percer, rongé par l'amertume, comme Marwan, le fils. L'une vit à New-York, l'autre à Austin. Quant à la benjamine, elle a choisi de faire sa vie à Beyrouth pour ne pas révéler à ses parents son homosexualité et attise la jalousie de son frère par la popularité de ses propres concerts.
Si leurs cheveux, leurs peaux, portent la teinte chaleureuse du Proche-Orient, les vies de la famille Nasr sont avant tout américaines. L'auteure en brosse un portrait contemporain qui pourrait être universel ; des hommes, des femmes, des enfants face aux difficultés de la vie, celles professionnelles, celles familiales et surtout celles affectives avec ses inimitiés, ses défaites, ses renoncements, ses mensonges et ses non-dits.
Se laissant entraîner par une plume sobre et captivante, n'omettant aucun trait de tout ce que peut revêtir la vie au quotidien, avec ses joies, ses partages, ses connivences, ses déceptions, ses amers regrets, ses rivalités, le lecteur navigue dans l'intimité de cette famille entre Beyrouth, Damas et les États-Unis. Sous-jacent, mais sans réellement occuper une place prépondérante dans ce roman, la situation évolutive du Liban arrive au lecteur, selon les années, par le biais d'informations en ce qui concerne les conflits mais aussi par l'état de Beyrouth au quotidien avec les ordures jonchant les rues, les coupures d'électricité et les incendies en guise de manifestations.
L'auteure nous fait saisir également le poids de la décision de partir, cet adieu à sa ville, Damas ou Beyrouth, une ville que l'on aime finalement au fond de soi-même, que l'on veut bien quitter mais dans l'optique d'y revenir un jour.
Les mots arabes glissés ça et là, principalement dans le registre culinaire, donnent une touche supplémentaire pour appréhender le côté oriental de ce roman qui se déguste tout doucement. L'histoire du couple formé par Mazna et Idris se forme progressivement, en piochant dans le passé, en suivant leur fille aînée qui tente de comprendre les intenses réactions de sa mère depuis leur arrivée au Liban. Les vérités sont là, cachées ou juste voilées. A-t-on besoin de les mettre en lumière et de crier qu'on les a découvertes ? Laissons-les à Beyrouth, pudiquement, tout à la fois dans les souvenirs et dans l'oubli.
Merci pour la proposition de cette Masse Critique et merci aux Éditions La Belle Étoile pour tous ces jours de lecture détaillant si profondément une belle chronique familiale.
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fanfanouche24
  18 octobre 2022
MERCI pour la confiance de Babelio et des éditions de la Belle-Etoile...qui m'ont offert l'occasion de lire cette autrice- poétesse americano- palestinienne....
Même si ce riche roman possède moult qualités, j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans l' histoire à cause du nombre de personnages mais surtout pour le mélange des périodes sans explications...Ainsi, il faut conjuguer tous ses efforts pour reconstituer le " puzzle"
Le récit démarre par quelques pages rapides décrivant la mort d'un des personnages centraux, Zacharian, le "Royal absent" qui va hanter tout le livre !!
...puis juste après on se retrouve vingt ans plus tard avec la génération suivante....alors que cette histoire de famille aurait pu démarrer avec les parents,Mazna et Idris Nasr, qui ont dû quitter leur pays à la fin des années 1970: la Syrie pour elle; le Liban pour lui. On apprend après plus d'une centaine de pages...la rencontre d' Idris, jeune libanais de famille aisée et de Mazna, syrienne, de milieu modeste....dans ce duo, se trouve Zacharian, le meilleur ami d'Iris ( mais aussi fils de la femme de ménage de la famille d' Idris....).Mazna tombe amoureuse de Zacharian...ce qui mènera à une tragédie !
Ainsi , après la mort brutale de Zacharian, Idris vient rendre visite à Mazna, dans sa famille, alors qu'elle est tombée en profonde dépression après l'assassinat de son amant...
Idris la persuadera de l'épouser et de partir commencer, ensemble, une nouvelle vie en Amérique , où on l'attend comme médecin-étudiant , où il commencera à pratiquer tout en achevant son " cursus"...
De son côté, Mazna accepte ce départ américain, tout en continuant de rêver à une carrière de comédienne...
Ils vont se construire une nouvelle vie : Idris deviendra médecin, chirurgien cardiaque ( comme une sorte d'ironie du sort!) comme il le souhaitait, contrairement à Mazna qui ne fera pas une grande carrière ni au théâtre ni au cinéma comme elle le rêvait ! Elle aura trois enfants; deux filles et un garcon: Ava, l'aînée (scientifique et biologiste ), Marwan, musicien puis cuisinier responsable d'un restaurant et Naj , la petite dernière...surdouée de la musique...
On va suivre les parcours de chacun et les vissiccitudes de toute cette famille pendant plus de 40 ans: des années 1960 aux années 2000...
Quarante ans plus tard, la famille est éparpillée à travers le monde, tentant de maintenir des liens tourmentés et entachés de trop de non-dits...
un événement va tous les obliger à se réunir à Beyrouth, car leur père a décidé brusquement de vendre la demeure familiale ancestrale...sans même consulter sa soeur, Sara, qui n'est pas d'accord et semble la seule, au courant de la " mystérieuse raison, inavouable" de cette brusque volonté de se debarasser du passé !!....
Nous découvrirons très, très progressivement les secrets, les mensonges, les concessions ...les trahisons d'Idris comme de Mazna...tout cela sur fond de guerres, d'exils...
Ce pourquoi j'insère l'extrait suivant, montrant les origines mélangées et hybrides des parents , émigrés aux États-unis ; origines encore plus cosmopolites pour les
enfants !...
La fuites des parents : fuite de la guerre, fuite pour oublier la mort d'un être adoré...qui continue d'habiter silencieusement leur vie intime , fuite de diverses culpabilités...!
Avec de nombreuses remarques sur les injustices dûes aux différences sociales, face à la guerre, au simple quotidien...
"(...) Elle-même à moitié syrienne, Naj avait passé toute sa vie à reléguer cette part de son identité au second rang, derrière Beyrouth et son éducation hybride en Californie. Étudiante, elle avait pris l'habitude de se rendre à Damas en voiture une ou deux fois par an pour voir ses grands-parents. Elle oubliait toujours de signaler aux gardes- frontières qu'elle était syrienne.Ce n'était pas comme si les deux pays n'avaient aucun rapport l'un avec l'autre.La frontière qui les séparait semblait plus anecdotique qu'autre chose. Les soldats syriens étaient entrés au Liban dans les années 1970 et avaient abusé de la bienveillance de leurs hôtes durant trois décennies, comme son père aimait à le répéter. (...)
Une lecture intéressante à bien des égards, qui m'a toutefois été peu aisée : longueurs, sauts dans la chronologie, auxquels on s'habitue, une fois, que l'on a enfin fait connaissance avec le passé et la jeunesse des parents : Idris et Mazna...qui sont le socle de cette fresque familiale !
Toutefois, je suis restée très frustrée du côté de l' Histoire même du Liban... !
Une couverture réussie...au vu des sujets, dont cette guerre omniprésente, ayant détruit un pays, d'innombrables familles...
...Et cette famille, qui a ses propres guerres internes...même si ces retrouvailles familiales dans la maison des grands-parents, à Beyrouth provoqueront des explications, confessions, rebondissement au sein de la fratrie..et apporteront, au final un début d'apaisement...
Je laisserai le mot de la fin au Père, Idris :
"Il voulait tout: l'Amérique, les enfants respirant ce pays par tous les pores de leur peau.Il voulait rayer Beyrouth de sa vie.C'est le problème avec le destin : on vole vers celui auquel on veut croire. "
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Cigale17
  25 septembre 2022
L'histoire commence par un prologue révélateur : dans le camp palestinien où il vit avec sa famille, Zakaria pense à la maison qu'il vient de quitter, maison dans laquelle sa mère fait le ménage depuis des années, celle des Nasr où habite son meilleur ami Idriss. Zakaria est parti rejoindre le camp après une violente dispute avec lui. Et voilà que Zakaria est assassiné par un groupe d'hommes qui vengent la mort de l'un des leurs. Dans ce roman en cinq parties se déroulant à des époques et à des endroits divers, Hala Alyan nous présente la vie compliquée d'une famille disparate et unie malgré tout. Mazna, la mère, est issue d'une famille syrienne assez pauvre. Idriss, le père, vient d'une famille libanaise plutôt aisée. On rencontre les Nasr alors qu'ils ont immigré en Californie. Leurs trois enfants sont adultes. L'aînée, Ava, est marié à Nate, un WASP, et le couple semble traverser une épreuve. Marwan, le cadet, est fou de musique et a créé un petit groupe il y a déjà longtemps, mais il ne réussit pas à percer. Pour vivre, il s'occupe d'un petit restaurant. Harper, sa compagne WASP, est une productrice de musique reconnue. Naj, la benjamine, est retournée vivre à Beyrouth, on comprendra bientôt pourquoi. C'est elle la musicienne douée qui se taille avec Jo, un ami, un joli succès. Mazna veut réunir autour d'elle tout son petit monde. Elle ne décolère pas : Idriss, après la mort de son père, a décidé de vendre la maison de Beyrouth, et ça, il n'en est pas question !
***
Le prologue de la ville des incendiaires donne plusieurs clés auxquelles j'aurais dû être plus attentive quand arrive, beaucoup plus loin dans la lecture, le temps des questions. Je vous conseille de prendre quelques notes généalogiques. En effet, si je n'ai pas eu de problème avec le couple Nasr, leurs trois enfants et les deux conjoints, je me suis un peu perdue avec les ascendants et les fratries d'un côté comme de l'autre. La maison de Beyrouth va servir de pivot à l'histoire, d'ancrage ou de repoussoir pour cette famille immigrée, des années 60 à nos jours, et on comprend petit à petit, les motifs qui animent les uns et les autres. Dans la maison de Beyrouth où tous se retrouvent (sauf Nate), les secrets seront dévoilés, volontairement ou non, les rancoeurs, les jalousies, les mensonges se feront jour et on comprendra la duplicité, mais aussi la résilience qu'il a fallu à chacun pour s'accepter, accepter l'autre, pardonner et survivre.
***
J'ai aimé ce roman que je trouve pourtant trop touffu, parfois embrouillé. La perception qu'Idriss et Mazna ont de la guerre dans leur jeunesse, la vie qui continue, presque « normale », la violence qui surgit leur donnent évidemment une manière particulière d'appréhender le présent et d'envisager l'avenir. Les passages qui traitent de l'exil, du douloureux sentiment de n'être jamais à sa place, ni dans le pays d'accueil ni dans celui de naissance, de la culpabilité qui accompagne l'assimilation réussie ou comme but à atteindre m'ont particulièrement touchée. Je crois que j'aurais lu ce roman avec plus de plaisir si la taille de la police de caractères ne m'avait obligée à un effort constant…
***
Merci à Babelio et aux éditions La Belle Étoile pour l'envoi de ce roman dans le cadre d'une masse critique privilégiée.
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Citations et extraits (50) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   11 octobre 2022
Au début, je pensais prendre des photos d'inconnues, et puis je me suis intéressée aux autoportraits. Tu savais que cette tendance est vieille de plusieurs siècles ?
-Le selfie ?
Naj pense aux millions de visages idiots qui nourrissent le flux d'Instagram.
- C'est l'une de formes d'art les plus anciennes, confirme Fee, les joues rouges d'excitation. Les dessins sur les murs des cavernes représentent souvent les artistes qui les ont peints.Les autoportraits existent depuis la nuit des temps.
Les moines zen du Japon le faisaient déjà, il y a plusieurs siècles. Cette forme d'art n'a jamais cessé d'évoluer. Pense à Van Gogh , à Frida Kalho....
- Je n'y avais jamais réfléchi. Tous ces autoportraits dans les musées sont des ancêtres du selfie.

(p.99)
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marina53marina53   07 octobre 2022
Quand Mazna était petite, elle ne souhaitait avoir qu'un seul superpouvoir : celui d'arrêter le cours de temps. Elle s'imaginait qu'il lui suffirait de siffler pour que le silence se fasse, que les êtres se figent comme des statues, la fourchette à un centimètre de la bouche, la main tendue vers les clés de la voiture. Elle n'avait aucune envie de naviguer entre les corps immobiles pour couper une natte ou voler un collier. Non, elle voulait rester elle-même. Elle désirait savoir ce que cela ferait d'être absente, l'espace d'un instant.
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fanfanouche24fanfanouche24   15 octobre 2022
Cela fait des années que Marwan ne l'a pas interrogé sur son travail à l'hôpital. Il n'arrive pas à imaginer que son père puisse disparaître. Il n'arrive pas à imaginer qu'un jour, son père cessera d'enfiler sa tenue de chirurgien, de manger des donuts en cachette, de rentrer à la maison au moment du coucher du soleil. Il se met à sangloter.
- Je ne veux pas que tu meures, dit-il sans réfléchir, aussitôt gêné de sa stupidité.
- Ne t'inquiète pas, répond son père en le serrant contre lui.Je vous enverrai des signaux depuis l'au-delà. (...)
Son regard luit dans l'obscurité.
(...)Soudain, Marwan revoit son père porter les plus gros sacs pour épargner les autres, se disputer avec l'examinateur qui ne lui avait pas accordé son permis de conduire, rentrer tard après avoir offert une seconde vie à un malade.Quand il était petit, Marwan considérait Idris comme un dieu vivant.Il ne lui avais jamais pardonné de ne pas l'être.

( p.288)
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fanfanouche24fanfanouche24   16 septembre 2022
Les mauvais fantômes

Ce soir, l'homme va mourir.A certains égards, la ville semble déjà s'y être résignée.Le crépuscule de Beyrouth est inhabituellement blafard, nuageux ; la pesanteur étrange de l'atmosphère trouble le feuillage des arbres, comme le ferait une bise.Il est si aisé à la terre de revêtir une tenue de deuil, et ce soir, les oiseaux perchés sur les entrelacs de fils électriques ne chantent pas; eux aussi paraissent endeuillés, avec leurs plumage noir et blanc et leurs têtes inclinées vers les camps de réfugiés bétonnés.
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fanfanouche24fanfanouche24   16 octobre 2022
(...) Elle-même à moitié syrienne, Naj avait passé toute sa vie à reléguer cette part de son identité au second rang, derrière Beyrouth et son éducation hybride en Californie. Étudiante, elle avait pris l'habitude de se rendre à Damas en voiture une ou deux fois par an pour voir ses grands-parents. Elle oubliait toujours de signaler aux gardes- frontières qu'elle était syrienne.Ce n'était pas comme si les deux pays n'avaient aucun rapport l'un avec l'autre.La frontière qui les séparait semblait plus anecdotique qu'autre chose. Les soldats syriens étaient entrés au Liban dans les années 1970 et avaient abusé de la bienveillance de leurs hôtes durant trois décennies, comme son père aimait à le répéter. (...)

On aurait pu blâmer Naj pour son attirance pour le Liban, un pays où le patriarcats était roi, la tradition arabe favorisant systématiquement la lignée masculine.
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