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Critiques sur Le Ghetto intérieur (27)
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Kirzy
  04 octobre 2019
°°° Rentrée littéraire 2019 #27 °°°

Non,ce n'est pas un énième livre sur la Shoah. Oui il est encore possible, après Levi, Wiesel, Kertesz ou Semprun d'écrire un grand roman sur ce thème en trouvant un angle romanesque original. En l'occurence, une histoire simple et terrible.

Vicente, juif polonais arrivé en Argentine en 1928, marié, trois enfants, marchand de meubles à Buenos Aires, reçoit à partir de 1940 des lettres alarmantes et désespérées de sa mère restée en Pologne, enfermée dans le ghetto de Varsovie, des lettres qui disent la promiscuité, faim, la terreur, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus. de 1940 à 1945, tout son quotidien, toute son âme vont être ébranlés par les funestes nouvelles qui lui font comprendre petit à petit l'horreur de ce qu'il se passe en Europe, lui qui avait migré pour s'affranchir de sa mère, pour grandir, pour vivre sa vie, à une heure où personne, surtout pas la presse, n'a pris la mesure de la Shoah en temps réel.

L'onde de choc se diffracte, d'abord une mélancolie puis une culpabilité, une impuissance qui le dévorent et le rongent au point que c'est un ghetto intérieur qui s'ancre dans sa tête et l'isole des siens, il se réfugie dans le mutisme, le silence comme refuge, si le silence comme acte ultime de son désespoir : « le monde extérieur avait de nouveau cessé d'exister. Ses pensées s'étaient de nouveau perdues dans la grande plaine enneigée. Il ne sentait plus rien. Seules quelques gouttes d'acide tombaient régulièrement dans son ventre, creusant un sillon lancinant pour lui rappeler son malheur. »

Santiago Amigorena sait se faire pédagogue pour entremêler ce drame intime à des dates précises correspondant aux grandes décisions administratives nazies. de cette confrontation, naît une réflexion lancinante sur l'exil et l'identité : si loin de ses origines, de sa mère, à l'abri, que signifie être juif maintenant qu'il est confiné dans cette identité ?

« A partir de ce triste mois de mars 1941, Vicente allait éprouver une double haine de lui-même : il allait se détester parce qu'il s'était senti polonais et il allait se détester davantage encore parce qu'il avait voulu être allemand. Il allait éprouver une double haine de lui-même que jamais le fait de se sentir juif n'allait soulager. « Pourquoi jusqu'aujourd'hui j'ai été enfant, adulte, polonais, soldat, officier, étudiant, marié, père, argentin, vendeur de meubles, mais jamais juif ? Pourquoi je n'ai jamais été juif comme je le suis aujourd'hui – aujourd'hui où je ne suis plus que ça. » Comme tous les Juifs, Vicente avait pensé qu'il était beaucoup de choses jusqu'à ce que les nazis lui démontrent que ce qui le définissait était une seule chose : être juif. »

L'écriture de Santiago Amigorena a trouvé le parfait équilibre entre pudeur et émotion, elle module des passages d'une grande sobriété, presque chuchotés ; d'autres sont plus exaltés, s'épanouissant dans d'amples phrases multipliant les répétitions, entêtantes, sonores, faites pour être lues, criées ou chantées dans une mélopée spiralaire.

Le dernier quart du roman est absolument bouleversant jusqu'à un formidable épilogue où le « je » de l'auteur raconte comment il a reçu de son grand-père, Vicente donc, ce douloureux silence en héritage.

Lu dans le cadre du jury Grand Prix des Lectrices Elle 2020 ( n°11 )
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Ogrimoire
  14 octobre 2019
Ce livre est un vrai coup de coeur ! Je l'ai dévoré. Il parle d'un sujet extrêmement dur, il aborde la Shoah d'une façon assez différente de ce que l'on peut lire dans de nombreux romans.

Ici, la question tourne autour de la définition d'un individu, dans ce roman l'auteur tente de répondre à la question « qu'est-ce qu'être juif ? Doit-on se sentir juif ? » En effet, de nombreuses personnes sont juives car leur mère l'était mais comme ils ne pratiquent pas la religion, ils ne se sentent pas juifs. Sauf que lorsque les Nazis accèdent au pouvoir, il n'y a plus de demi-mesure : un juif est un juif, qu'il pratique ou qu'il ne pratique pas, que ses origines soient lointaines ou non…

L'auteur montre également que ces événement ont également fait des victimes collatérales, à l'image de Vicente qui souffre d'être l'un des survivants. Lui qui a si longtemps insisté pour que sa mère vienne en Argentine mais qui, devant ses refus, n'a pas insisté plus que ça, lorsqu'il comprend que sa mère est morte on a l'impression que lui aussi meurt à petit feu et qu'il ne veut plus vivre.

L'écriture est fluide et simple tout en étant très profonde et en secouant le lecteur. L'auteur effectue à travers ce roman un travail de mémoire puisqu'il nous parle de son grand-père Vicente et qu'il amène à se questionner sur l'identité, la culpabilité, le silence. le roman est assez court mais il amène à une profonde réflexion de la part du lecteur.

Bref, je vous le conseille, une vraie pépite !
Lien : https://ogrimoire.com/2019/1..
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montmartin
  13 septembre 2019
« J'ai souvent écrit que l'oubli était plus important que la mémoire. J'ai souvent songé, comme Pasolini, que celui qui oublie jouit plus que celui qui se souvient. »

1940, Vicente juif polonais vit en Argentine avec sa femme et ses deux enfants. La guerre en Europe est si loin qu'on pourrait se croire en temps de paix. Sa mère et son frère sont encore en Pologne. Vicente se sent en ce temps-là bien plus argentin que juif ou polonais. À Varsovie, les Allemands ont commencé à bâtir un mur, mais partout dans le monde on ignore ce qu'est réellement la vie à l'intérieur du ghetto. Une zone d'à peine trois kilomètres carrés où vont vivre plus de quatre cent mille personnes. Les allemands vont mettre en oeuvre une véritable entreprise industrielle pour régler la question juive, onze millions de personnes à assassiner,

Dans ce roman, Santiago Amigorena nous raconte une histoire vraie, celle de son grand-père Vicente, mais ce roman est avant tout l'histoire du silence. Celui des informations qui sont confuses, incomplètes, les journaux donnent une version incertaine des atrocités qui ont lieu. Partout dans le monde on préfère ne pas parler, ne pas savoir. le silence dans lequel va se réfugier Vicente . Une lettre de sa mère va lui ouvrir les yeux, il aurait préféré ne pas savoir, il cesse de croire que la vie est plus importante que la mort. Tout ce qu'il a soupçonné tout ce qu'il n'a pu imaginer est moins horrible que la vérité.
Une réflexion sur l'identité,
« Pawel avait une mère juive et un père chrétien. Et il disait toujours que c'était bizarre, parce que si on lui demandait s'il était chrétien il disait toujours non et ça s'arrêtait là, mais si on lui demandait s'il était juif il disait toujours non, et il se sentait coupable. »

Une réflexion sur les origines,
« C'est comme si cette origine juive était une grosse valise qu'il fallait se trimballer pendant toute notre existence... comme un héritage tellement lourd, tellement immense. »

Mais surtout une réflexion sur la culpabilité. Alors que sa mère et son frère sont enfermés dans le ghetto de Varsovie, Vicente va s'enfermer dans un ghetto intérieur, ignorant ses enfants et sa femme. Un récit bouleversant, qui alterne la progression de la mise en place de l'extermination des juifs avec le drame intime vécu par Vicente étouffé par sa culpabilité, sa culpabilité de survivant.


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tynn
  19 septembre 2019
Voici ce que l'on peut qualifier de lecture éprouvante et douloureuse, mais aussi remarquablement attachante par son hommage autobiographique.

Santiago Amigorena ouvre une page très personnelle en évoquant un grand-père émigré à Buenos Aires dans les années trente, heureux de commencer une nouvelle vie en laissant derrière lui avec une certaine indifférence une famille juive polonaise.

Quand l'Europe commence à s'enflammer sous bottes allemandes, la culpabilité du survivant, la connaissance de l'horreur de la Shoah et la compréhension de la tragédie sans doute subie par sa mère et son frère vont transformer en quelques années un homme dynamique en fantôme silencieux. le jeune père et époux s'enferme peu à peu dans une mélancolie inguérissable, une forme de disparition personnelle dans le silence, la honte et l'impuissance insurmontable.

C'est un livre de la conscience, qui met en mots l'indicible, qui pousse l'introspection dans ses ultimes limites, qui évoque le désarroi des proches et ouvre réflexion sur l'identité juive, sa définition mi religieuse, mi ethnique.

Le style est implacable, descriptif avec une certaine déshumanisation au fil des pages.
Un « roman » fort et étouffant.
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musemania
  07 octobre 2019
Chroniquer un livre relatif à la Shoah n'est certes pas un travail aisé. Je le fais car ce livre est le livre retenu par mes collègues lectrices du jury du Grand Prix des Lectrices Elle 2020 pour le mois d'octobre dans la catégorie « littérature ».

Vicente a émigré en Argentine en 1928 où il s'est marié, a trouvé un emploi et y a fondé une famille. Polonais d'origine, il y avait notamment fait partie de l'armée. Sa mère ainsi que son frère et sa famille sont restés quant à eux là bas. Mais quelques années plus tard, le monde change et les nazis montent au pouvoir en Allemagne, défigurant le visage de l'Europe. Alors que les nouvelles n'arrivent qu'au compte-goutte en Amérique du Sud, Vicente ne peut que s'inquiéter pour sa famille restée au pays.

J'ai apprécié les apports historiques que l'auteur a inséré dans son histoire. Il nous apprend l'évolution de la mise en place du régime nazi au fil des mois, en parallèle à la vie menée par Vicente à Buenos Aires.

J'avoue, qu'à certains moments par contre, j'ai eu des difficultés à supporter le comportement apathique du personnage de Vicente. Alors qu'il tombe dans ce qu'on pourrait qualifier de profonde dépression suite au sort incertain réservé à sa famille en Pologne et au vu des lettres de sa mère, il se complait dans une espèce de léthargie complète par rapport à son travail, à sa femme et enfants, à ses amis. Finalement, il ne fait quasi rien pour que sa mère et son frère fuient l'Europe et s'installent comme lui en Argentine….

Effectivement, il leur a bien suggéré dans l'une ou l'autre lettre de fuir la Pologne, mais son rôle actif s'est arrêté là. Bien entendu, vu les moyens limités de communication de l'époque, cela n'aurait pas été aussi facile qu'à l'heure actuelle. Mais, je l'ai parfois trouvé « lâche » quant à la façon de traiter son épouse, Rosita, et leurs enfants qui n'étaient pas coupables de ce qui se passait en Pologne.

L'écriture de l'auteur, Santiago H. Amigorena est très sensible et en fait un livre émouvant mais à certains égards, très sombre. le fait d'écrire sur sa famille comme il l'a fait n'a certainement pas dû être facile, puisqu'il fallait faire un saut dans le temps, à une époque si difficile, vu le sort réservé à sa famille maternelle. Malgré quelques redondances et un silence plus que très pesant, j'ai malgré tout apprécié ce livre touchant.

Ce livre a déjà remporté comme prix littéraire, le Prix des Libraires de Nancy – le Point et est en lice pour le prix Goncourt.
Lien : https://www.musemaniasbooks...
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motspourmots
  03 octobre 2019
C'est peut-être ça, la littérature. Trouver un angle qui permette de faire ressentir autrement, des faits pourtant bien connus, des faits dont les romanciers se sont si souvent emparés. J'ai beaucoup lu sur la Shoah. Des essais, des romans, du très bon et du très fort. Mais ce que j'ai ressenti à la lecture de ce roman est tout à fait inédit. Je l'ai pris directement dans le ventre, me suis trouvée à plusieurs reprises au bord de la nausée. Pas de scène spectaculaire pourtant. Pas de description d'horreur, d'autres l'ont déjà écrit ou montré. Non, tout est dans l'angle par lequel l'auteur invite le lecteur à prendre connaissance de son histoire. Une histoire de silence, quand les mots deviennent impuissants. Et cette façon d'opposer le silence à la parole, de pointer l'horreur par l'absence de mots est tout simplement bouleversante.

Vicente Rosenberg a quitté la Pologne en 1928, s'est installé à Buenos Aires, s'est marié avec Rosita et est devenu père de trois enfants. Il a atteint le but qu'il s'était fixé : s'émanciper, s'extirper de la tutelle pesante de sa mère, restée à Varsovie. Il en a presque oublié qu'il était juif, une composante comme une autre de son identité pensait-il, jusqu'à ce que le nazisme se charge de lui rappeler que c'est ça, et uniquement ça qui le définit. Mais il y a désormais plus de 10 000 kms entre lui et les murs du ghetto qui sont en train d'encercler et de confiner la population juive de Varsovie et, parmi eux, sa mère et le reste de sa famille. Sa mère qui a refusé de le rejoindre, même s'il reconnait ne pas avoir beaucoup insisté à l'époque, vers 1936, partagé entre l'inquiétude vis à vis des bruits venus d'Europe et le désir de préserver sa toute nouvelle liberté. Comment imaginer ?

"Peut-on penser l'impensable ? Peut-on comprendre l'incompréhensible ? Peut-on imaginer ce que personne n'a jamais vu, ce que personne n'a jamais cru que l'homme serait capable de faire ? Il y a des événements, de temps en temps, qui renouvellent ce que nous sommes capables d'imaginer, qui amplifient le domaine du possible jusqu'à des limites que personne auparavant n'avait supposé qu'on pourrait atteindre."

Il y a donc cette culpabilité qui le taraude autant que l'impuissance. L'incompréhension face aux bribes de nouvelles qui lui parviennent par de rares courriers de sa mère avant le silence et par des entrefilets dans la presse, qui laissent présager le pire sans pour autant troubler l'ordre d'un monde très éloigné des terrains de chaos et de mort. Un monde qui au contraire s'épanouit grâce à l'afflux de réfugiés qui booste son économie. Alors Vicente se tait, comme emmuré dans son ghetto intérieur, étouffé par les sentiments qui l'accablent, mettent à mal les bases de son identité.

"Que sont les mots ? A quoi servent-ils ? Pourquoi lui parler ? Pourquoi essayer de lui dire ce que je ne peux même pas me dire à moi-même ? Il faudrait que je lui raconte toute l'histoire. Depuis le tout début. Depuis que je suis parti de Varsovie. Depuis qu'on est partis de Chelm quand j'avais douze ans. Mais comment lui raconter tout ça ? Comment lui raconter maintenant alors que je ne lui ai rien raconté pendant toutes ces années ?..."

La douleur naît de la distorsion entre ce que certains subissent pendant que d'autres vivent comme si de rien n'était parce qu'ils ne peuvent pas savoir. C'est exactement ce même sentiment qui vous envahit lorsque vous apprenez l'accident d'un proche après coup et que vous êtes tout étonné de n'avoir rien senti qui vous alerte ; des gens chantent, mangent, font l'amour, rient pendant que d'autres entrent dans les chambres à gaz. C'est cette dimension que l'auteur parvient à capter et qui vous retourne l'estomac. Peut-être parce qu'il l'a lui-même ressentie dans sa chair, héritier du silence de Vicente, son grand-père.

"Est-ce qu'on charrie vraiment, dans ce liquide qui nous fait vivre, ou qui nous tue, des histoires qui peuvent se dire par des mots ? J'ai souvent affirmé, en écrivant, que j'écrivais seulement pour survivre à mon passé. J'ai souvent écrit que l'oubli était plus important que la mémoire. (...) J'aime penser, comme je vieillis, que quelque chose de mon passé vit en moi - de même que quelque chose de moi, j'espère, vivra dans mes enfants".

Attention, livre essentiel.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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michdesol
  24 septembre 2019
On évoque souvent le sentiment de culpabilité qui étreint les rescapés des camps de la mort à la pensée de ceux qui n'ont pas survécu.
C'est une autre culpabilité dont il s'agit ici : celle de ceux qui ont émigré suffisamment tôt pour échapper aux nazis et qui ont laissé derrière eux leur famille. En l'occurrence l'auteur évoque ici la vie de son grand-père Vicente qui a émigré en Argentine en 1928, laissant derrière lui sa mère son frère et sa soeur qui refusèrent de quitter la Pologne.
L'auteur insiste sur le contraste entre la tranquille vie familiale de Vicente en Argentine, gagné peu à peu par l'anxiété face à la catastrophe qui se met en place en Europe, les très rares lettres de sa mère faisant naître culpabilité et une terrible dépression.
Un livre douloureux et sensible.
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Olivia-A
  30 septembre 2019
Nombreux sont les livres qui racontent la vie des victimes de la barbarie nazie, dans les camps, les ghettos ou sous l'occupation allemande. Quelques romans, comme Les Déracinés, explorent la difficulté de fuir et de reconstruire sa vie dans un pays étranger. Rares sont les livres qui parlent de ceux qui n'étaient pas là, en Europe, au moment des faits. En nous racontant l'histoire de son grand-père, Santiago H. Amigorena met en lumière la douleur des absents, ceux qui ignoraient tout de ce qui arrivait là-bas à leur famille, et ne l'ont découvert qu'à la fin de la guerre. Condamnés à rester dans l'ombre et l'incompréhension face à la mort tragique et violente de leurs proches, beaucoup ont dû se retrancher dans le silence, comme Vicente Rosenberg. Avec ce livre, Santiago H. Amigorena leur rend la parole, les réhabilite comme victimes eux aussi.

Puissamment intime, le Ghetto intérieur décortique le poids de la culpabilité, celle d'un homme qui a sauvé sa peau, en laissant les siens courir à leur perte. Cette culpabilité, née d'une courte lettre dans laquelle Vicente Rosenberg découvre l'existence du ghetto de Varsovie où est enfermée sa famille, ronge petit à petit le coeur de cet homme bon et aimant, jusqu'à le plonger dans une profonde apathie. Pour ne plus ressentir, pour ne plus penser, il cesse de parler, de s'intéresser aux siens, de construire sa vie. Il ne vit plus que pour perdre, utilisant le poker comme échappatoire à ce sentiment de tout avoir par rapport à sa famille restée en Pologne. Rongé par la culpabilité et le regret, Vicente Rosenberg va imposer autour de lui un silence de plomb, lesté du poids de sa culpabilité et de ses regrets. Un silence que son petit-fils cherche à briser ici, en plongeant au coeur de l'Histoire pour en étaler les horreurs bien en vue devant un lecteur ébahi et choqué.

Un livre incroyablement poignant, difficile et nécessaire, pour nous rappeler encore et toujours que l'humanité est une et indivisible, que personne ne peut se définir d'un seul mot, et encore moins quand ce mot ouvre la porte au massacre et à la déshumanisation.
Lien : https://theunamedbookshelf.c..
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Allily
  07 octobre 2019
Court roman nous entraînant à Buenos Aires en 1940. Vicente, juif polonais s'est exilé en Amérique du Sud. Il y a fondé une famille.

Son autre famille – sa mère, son frère – sont restés à Varsovie.

Les murs du ghetto se referment sur ces derniers, ce ne sont plus que de rares lettres de sa mère qui parviennent jusqu'à Vicente.

Cependant, dans son pays d'accueil, en paix, un autre ghetto se construit, petit à petit- celui du jeune homme, victime indirecte de l'horreur nazie.

Roman dépeignant la culpabilité écrasante d'un homme exilé. Un jeune homme qui a fui sa famille pour mieux se trouver. Qui ne pouvait pas savoir qu'il allait ainsi assurer sa survie. Assister, aussi, au martyr des siens.

D'un homme qui se confronte à ses petites lâchetés d'apparence si anodine. Les demandes faites à sa mère, sans grande conviction, de le rejoindre, loin des pogroms.

Sa punition sera abominable. Celle de lire entre les lignes des lettres de sa mère bien aimée, toutes les souffrances pudiquement tues même si parfois l'horreur est telle qu'elle transpire des mots écrits.

Présente et en même temps si absente, la mère est là. La pensée divague sur ce qu'elle a vécu, sur ces lettres qu'elle tentent de rendre moins terribles. Était-elle soulagée de savoir son fils en sûreté ? Dévastée par son propre destin ?

Ce roman questionne aussi l'identité. Celle d'un homme qui s'est d'abord considéré comme polonais puis argentin et que le nazisme va définir comme juif.

Beaucoup de choses sont évoquées en moins de 200 pages, rendant cette lecture émouvante et intéressante. Un bel hommage rendu par l'auteur à son grand-père. Un roman en lice pour le Goncourt 2019.
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annerozenberg2
  23 août 2019
En 1928, Vincente Rosenberg, le grand-père de l'auteur, quitte sa Pologne natale pour la lointaine Argentine. Il laisse sur place sa mère, son frère et sa soeur. A Buenos Aires, il épouse Rosita, avec qui il aura quatre enfants. le couple est heureux et mène une vie agréable avant que les premiers bruits de la guerre en Europe ne se font entendre. Jusqu'en 1941, Vicente échange des lettres avec sa mère qu'il rêvait de faire venir en Buenos Aires. Celle-ci est enfermée dans le ghetto et souffre de la faim, puis… plus rien.

A cause de ce silence, en apprenant petit à petit ce qu'il se passe dans les camps en Pologne, Vincente plonge dans le désespoir et le déni. Comment en effet croire une réalité inconcevable pour le commun des mortels? Jusqu'à la fin de la guerre et à la découverte des camps…

A partir de là, Vincente, écrasé par ce qu'il apprend et par la culpabilité de ne pas avoir pu sauver les siens, va perdre pied et se réfugier dans un mutisme total, un silence qu'il transmettra à certains de ses enfants et petits enfants, l'auteur n'étant autre que son petit-fils.

Ce livre d'une force inouïe, écrit simplement, exposant les faits, m'a littéralement brûlée. Je m'étais toujours demandé comment les survivants avaient vécu la découverte des "événements" (on ne parlait pas encore de Shoah à l'époque). Je le supposais, maintenant je sais. le ghetto intérieur est un livre indispensable qui deviendra un classique.
Pour compléter mon propos, je ne peux que vous inviter à lire l'interview de l'auteur, Santiago H Amigorena, dans Les Inrocks de cette semaine.

Le ghetto intérieur, Santiago H Amigorena, Editions P.O.L.






Lien : https://www.instagram.com/bc..
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