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EAN : 9782360840557
80 pages
Inculte éditions (13/05/2020)
4.28/5   9 notes
Résumé :
Le 4 août 2020, à 18h07, une immense explosion souffle le cœur de Beyrouth, laissant la ville exsangue et le pays à terre. C’est l’ultime manifestation de l’incompétence, de l’incurie et de la corruption de la classe politique Libanaise. Pourtant, quelques mois plus tôt, le 17 octobre 2019, le Liban connaît une période d’espoir insensé, une révolution. Entre ces deux dates, Camille Ammoun arpente une rue Beyrouthine dont il fait un observatoire de ces transformation... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Bouldegom
  09 novembre 2020
Un livre petit par la taille, mais puissant par le témoignage livré!
Un pays et une capitale, Beyrouth, rongés jusqu'à l'os par la corruption des élites, voit naître un espoir dans le commencement d'une révolution pacifique en octobre 2019. Malheureusement, la Covid et son confinement arrêtera tout, et avant de pouvoir espérer de nouveau, c'est une terrible explosion qui rasera presque complètement cette belle capitale.
Un cri du coeur de l'auteur, et probablement une invitation à la vigilance...
Une lecture indispensable...
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maevedefrance
  24 avril 2021
Un petit livre que vous pouvez glisser dans votre poche. Petit par le format et le nombre de pages (moins de 100 pages) mais ô combien instructif, poignant et non dépourvu d'humour par instants. Mes mots ne seront sans doute pas assez juste, mais c'est souvent ainsi quand on lit d'excellents livres.
Camille Ammoun embarque le lecteur a travers les rues de Beyrouth porteuse d'histoire. "Dans les parfums nouveaux du maïs grillé et des narguilés resurgis du Beyrouth ancien, je me souviens de ce Beyrouth conté que je n'ai pas connu. Ce Beyrouth-centre intra-muros, habité sans discontinuer depuis des millénaires, brutalement déserté par ses habitants dès le début des combats de 1975, en grande partie rasé par son entreprise de reconstruction de 1990, est aujourd'hui réinvesti par une population revendicatrice, urbaine et ludique. Ce jour-là, un dimanche, les gens envahissent à nouveau les places, à la fois sidérés par les pouvoirs qu'ils se sont pacifiquement arrogés, et inquiets d'un potentielle perte de vitesse du mouvement populaire spontané initié un mois plus tôt par l'annonce d'une taxe sur la messagerie instantannée WhatsApp. Ce jour-là, le 31e jour d'une révolution si urgente qu'elle mesure son temps en jours, tous les espoirs sont enfin permis, mais les pires cauchemars sont encore possibles." Nous sommes le 17 novembre 2019
Nous suivons notre guide du rond-point de Daoura jusqu'au Grand Sérail. Camille nous raconte l'étalement urbain sauvage, résultat d'une guerre civile de 15 ans, qui a scindé la ville en deux, les contreforts du Mont Liban (le Mythe ABSOLU aux yeux de n'importe quel Occidental, non ?) bouffés par des giclées de béton sur 20 kms puisque Beyrouth s'est vidé de son centre, le rocher de Nahr el-Kalb, rocher mythologique s'il en est, percé par un double tunnel autoroutier...Camille nous raconte les quartiers bigarrés où l'on parle amharique, cingalais et tagalog une sorte d'arabe créole, la ville arménienne de Bourj Hammoud, le crocodile de Beyrouth, l'ancienne gare ferroviaire de Beyrouth, "souvenir de temps qui semblent aujourd'hui immémoriaux". "A l'image de son réseau de chemins de fer, l'Etat libanais, en s'est jamais remis de la guerre civile de 1975, et n'existe plus aujourd'hui que pour alimenter une administration parasite". Camille Ammoun raconte la corruption, 'fine, intelligente, ingénieuse, géniale" qui fait croire au citoyen libanais qu'on ne peut se passer d'elle dans ce fonctionnement systémique. Sauf que, rien n'est éternel. En octobre 2019, les Libanais, toutes confessions et tendances politiques ou classes sociales confondues descendent dans la rue pour dénoncer cette mafia.
L'auteur vous donne à lire les slogans, gravés sur les murs ou hurlés dans la rue. C'est savoureux, c'est drôle, c'est sérieux, c'est burlesque, parfois enfantin, c'est provocateur, c'est féministe, c'est juste génial :
"EAT THE RICH" (...) YUMMY" à côté de quelques boutiques de luxe. "FREE YOUR PUSSY". "NOTRE REVOLUTION EST UNE FEMME". "NOTRE REVOLUTION EST FEMINISTE. Criminaliser le viol conjugal. C'EST UNE REVOLUTION CONTRE LE HARCELEMENT/C'EST UNE REVOLUTION CONTRE LE VIOL." "PD N'EST PAS UNE INSULTE" "PUTE N'EST PAS UNE INSULTE". "L'INSULTE EST UN DROIT."
C'est ainsi qu'on apprend qu'au Liban, les droits de chacun sont différents selon leur confession. Vous imaginez le bordel ? Moi, j'ai du mal. Ca pose quelques menus problèmes....
"La place rassemble des gens qui ne se seraient jamais rencontrés autrement, qui n'auraient jamais échangé dans cette société libanaise trop, et depuis trop longtemps compartimentée."
Cette révolution est festive et pacifique. Pendant ce temps, le pouvoir brandit le spectre de la violence de 1975. Facile. La facilité des nazes et des faibles : faire peur.
Camille Ammoun en profite pour vous rappeler un des scandales nationaux : il y a l'électricité, j'en ai parlé avec le livre de Charif Madjalani, mais il y aussi les ordures (moi, ça me rappelle la même chose, mais en Corse, qui est aussi malheureusement une forme de mafia, à croire que la mafia et les ordures ne font qu'un ! :) ) : "Dix ans après le Printemps inachevé de 2005, l'échec du magma oligarchique au pouvoir se matérialise physiquement dans les rues à travers l'apparition de monticules de détritus dans tout le pays. le 15 juillet 2015, le principal site d'enfouissement du pays est fermé. du jour au lendemain, les poubelles débordent, les sacs suintent. Une longue crise s'ensuit où la ville et les montagnes qui l'entourent deviennent d'immenses vidoirs à ciel ouvert. (...) le mouvement VOUS PUEZ est né."
On n'aurait jamais imaginé que la révolution libanaise allait être brusquement interrompue au printemps. A cause d'un...virus ! "Ah qu'il est pratique le confinement pour les politiques ! Plus besoin de brandir les épouvantails galvaudés de la guerre civile, du complot international, de l'ennemi intérieur ou de la cinquième colonne pour terroriser les gens et vider les rues. Il est tellement plus facile à gouverner, ce peuple, quand il est enfermé chez-lui, en proie à la peur ancestrale et collective de la maladie et de la mort." On en a chié, en France. Mais dites-vous que le Liban c'est trois mille fois pire. Plus de feuilles, plus de bouffe ou presque (même l'armée est rationné en viande), plus d'électricité, plus de mazout pour alimenter les générateurs, rationnement d'Internet. "L'épargne d'une vie volatilisée."
"Pour son centenaire, le Grand Liban s'offre un effondrement à la mesure de son message au monde."
En postface de son ouvrage, Camille Ammoun nous parle du fameux 4 août 2020 18h07. Avec une précision pointue sur la violence de l'explosion et ses conséquences :
"L'équivalent TNT d'un dixième de la bombe atomique larguée sur Hiroshima le 6 août 1945 souffle la ville de Beyrouth. En quelques secondes, il ne reste plus rien. (...) La ville entière est à terre. Impossible à secourir, elle est paralysée, faillie. (...) Cette déflagration, l'une des plus fortes explosions non-nucléaires de l'Histoire récente, en plus d'avoir soufflé la capitale, a aussi totalement détruit des infrastructures vitales déjà sous pression : quatre grands hôpitaux, le port, le silo à grain...."
Un livre fort, très facile à lire qui fait honneur au peuple libanais et dénonce avec force les dizaines d'années d'incuries en tout genre et de banditisme de haut vol de la parte de l'oligarchie. Magistral !


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Palindrome1881
  08 août 2021
Petit ouvrage par la taille mais grand par les connaissances qu'a son auteur de Beyrouth. Ammoun, urbanologue écrivain reprend la plume, cette fois ci pour décrypter l'incurie de l'oligarchie libanaise. Il utilise comme porte d'entrée à l'analyse politico-mafieuse du Liban l'aménagement urbain de la capitale. On se promène donc dans Beyrouth pleine de cicatrices d'un passé glorieux mais aujourd'hui harrassée. La Révolution y était en bonne voie en 2019 quand Covid s'est invitée, le confinement a été comme du "pain béni" pour les pouvoirs politiques... un peuple claustré et en proie à la peur se soumet à tout, et renonce même à la Révolution la plus légitime. La suite: Beyrouth connaîtra en plus de la pandémie, une explosion représentant 1/10ème de la puissance de la bombe atomique sur Hiroshima. Une histoire non-élucidée, qui ne le sera propablement jamais.
Le texte précis et documenté d'Ammoun est pertinent et suscite l' empathie pour ce peuple anéanti, privé d'à peu près tout: démocratie, libertés, soins, alimentations, retraites....
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Tu_vas_voir_ce_que_tu_vas_lire
  28 décembre 2020
À l'automne 2019, en pleine révolution libanaise, le narrateur d'Octobre Liban arpente à Beyrouth une rue longue de plus de quatre kilomètres. du rond-point de Daoura jusqu'à la place de l'Étoile, où siège le parlement, la ville sert de matière pour raconter l'histoire politique récente d'un Liban brisé par la guerre civile, divisé et corrompu, mais porté par une révolte inédite. le texte court de Camille Ammoun apparaît d'abord comme un manifeste en faveur de la révolution. L'écriture sensuelle rend la topographie organique, pour mieux défendre la réappropriation de la ville par ses habitants, et de la nation par un corps social qui se constituerait enfin.
« Puis tout s'est arrêté », indique le dernier chapitre. La pandémie et le confinement étouffent dès le printemps 2020 le mouvement populaire, avant que l'explosion du 4 août sur le port de Beyrouth ne mette la ville, littéralement, à terre. le souffle poétique d'Octobre Liban concourt à maintenir vivante la mémoire d'une époque révolue et d'une organisation urbaine en partie disparue.
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EmmanuelleCarpenter
  13 février 2021
Quatre-vingt-seize. C'est le nombre de pages qu'il faut à Camille Ammoun pour écrire cette rue parallèle au port qui part d'une gigantesque décharge à ciel ouvert et finit dans le « centre-vide » de Beyrouth.
Quatre. C'est le nombre de kilomètres sur lesquels s'étalent l'incompétence, le vol, le mépris du pouvoir libanais.
Dix-sept. C'est le quantième du mois d'octobre de l'année 2019 où commence la révolution au Liban. Mais ce ne sont pas des Druzes, des Maronites, des Chiites… ce sont des femmes, des artisans, des musiciens, des activistes de l'environnement… enfin la société civile qui est dans la rue. La fin de l'oligarchie archaïque est hurlée, poing levé, par "les gens". TOUS VEUT DIRE TOUS.
Cent-cinquante-et-un. C'est le nombre de jours que durera cette révolution. Un virus, un confinement mettront fin à la vie dans cette rue. Tahoura vs Corona. Un deuxième ennemi s'est greffé au premier.
Cent. C'est le nombre d'années qu'a ce pays. Mais au lieu de fêter ce centenaire en grande pompe, c'est son effondrement que l'on fête. Guerre civile pour défendre sa religion et pouvoirs politiques mafieux se sont chargés de mettre le Liban à genoux.
Deux-mille-sept-cent-cinquante. C'est le nombre de tonnes de nitrate d'ammonium qui finiront de mettre la ville à terre.
Cet essai court, mais dense, n'est pas qu'un constat, une immense critique ou une longue complainte.
Il propose des solutions. Les solutions qu'il propose je les connais bien. Je les défends au quotidien, les enseigne, les partage sur les réseaux : séparation du religieux et du judiciaire, du législatif et de l'exécutif; liberté de la presse; enseignement de l'Histoire; égalité hommes femmes; infrastructures publiques; féminisme et écologie au coeur du projet.
J'ajouterais droit à l'enseignement gratuit, public et laïc avec des enseignants de qualité.
Il faut avoir un peu de connaissances pour aborder cet essai. Il est dense, très bien écrit, mais s'adresse à un public un peu averti.
À lire !

Lien : https://carpentersracontent...
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
BouldegomBouldegom   09 novembre 2020
La corruption est certes un cancer pour l'administration, pour l'économie, mais elle l'est surtout pour tes poumons de citoyen-client,pour ton corps physique de citoyen-otage. Toutes les raisons de faire la révolution sont là. Agir. Renvoyer les mensonges à leurs menteurs. Ne plus attendre.Ne plus espérer. Car l'espoir endort. Ne plus espérer. Non. Mais essayer. Descendre dans la rue. Faire opposition. Chanter. Insulter. S'acharner. Échouer. Désespérer. Recommencer.
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Vidéo de Camille Ammoun
Avec Camille Ammoun (https://ohlesbeauxjours.fr/programme/les-invites/camille-ammoun/) et Lamia Ziadé (https://ohlesbeauxjours.fr/programme/les-invites/lamia-ziade/)Rencontre animée par Élodie Karaki (https://ohlesbeauxjours.fr/programme/les-invites/elodie-karaki/)
Pour Octobre Liban, l'écrivain Camille Ammoun, par ailleurs spécialiste des questions de résilience et de durabilité urbaine, a arpenté la rue la plus longue de la capitale, histoire de mieux cerner le souffle révolutionnaire qui s'est emparé de Beyrouth en 2019 (à l'image du printemps arabe égyptien ou du hirak algérien). Une artère étroite de plus de 5 kilomètres qui change de nom et traverse tout le centre-ville, où l'auteur a interrogé les gens, participé aux débats improvisés et s'est infiltré dans les lieux alternatifs. Un vent d'espoir malheureusement réduit à néant le 4 août 2020 à 18h07 précises avec l'explosion d'un stock de 2750 tonnes de nitrate d'ammonium générant un souffle ressenti à des dizaines de kilomètres à la ronde, l'effondrement de nombreux bâtiments, causant la mort de 171 personnes et plus de 6 500 blessés et détruisant l'artère d'où était partie la contestation populaire. De son côté Lamia Ziadé, auteure et illustratrice, raconte avec Mon port de Beyrouth la manière dont elle a vécu ce drame explosif depuis Paris et au plus profond de sa chair, mélangeant les témoignages des membres de sa famille, rendant hommage aux victimes, tressant des louanges aux pompiers, bénévoles et membres du corps soignant, ponctuant le tout de son ressenti personnel face à son pays natal et de flashback sur l'histoire du Liban. le tout en alternant textes et dessins dans un livre qui émeut par son urgence et sa sincérité. Avec Beyrouth en personnage principal, les livres de Camille Ammoun et de Lamia Zadié se font écho, l'un se terminant là où l'autre débute, lorsqu'un drame a éteint la flamme d'un espoir démocratique et remis malheureusement en mémoire la corruption politique qui gangrène le pays depuis des générations.
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À lire Camille Ammoun, Octobre Liban, Inculte, 2020. Lamia Ziadé, Mon Port de Beyrouth, P.O.L, 2021. __
Une rencontre animée par Élodie Karaki et enregistrée en public le 16 juillet 2021 dans les jardins de l'Iméra à Marseille, lors de la 5e édition du festival Oh les beaux jours !. (https://ohlesbeauxjours.fr/) 
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Un podcast produit par Des livres comme des idées (http://deslivrescommedesidees.com/). Montage : Clément Lemari ey Voix : Benoît Paqueteau Musique : The Unreal Story of Lou Reed by Fred Nevché & French 79 (https://ohlesbeauxjours.fr/evenement/the-unreal-story-of-lou-reed-by-fred-neche-french79/) 2021 © Oh les beaux jours ! (https://ohlesbeauxjours.fr/).
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