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EAN : 9782251448046
250 pages
Les Belles Lettres (16/03/2018)
4.67/5   33 notes
Résumé :
Au lourd secret qui entoure le véritable rôle de la France et de son armée lors du génocide des Tutsi au Rwanda, Guillaume Ancel oppose la vérité de ses carnets de terrain, témoignage des missions auxquelles il a participé durant l’opération Turquoise. La fin du silence est aussi le récit du combat mené par cet ancien officier pour faire savoir ce qui s’est réellement passé durant cet été 1994 et « rendre hommage, dignement, aux centaines de milliers de victimes rwa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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Pas étonnant que le capitaine Ancel ait eu des problèmes avec l'Etat Major, tant ses propos doivent déranger en haut lieu. Il explique bien les deux phases de l'opération à laquelle il a participé, Turquoise 1 et Turquoise 2. En tant que Français, on doit avoir honte de la première. La France a soutenu le gouvernement en place pendant la préparation du génocide, et pendant Turquoise 1, elle a soutenu le gouvernement intérimaire mis en place après l'assassinat du président alors qu'ils étaient responsables du massacre des Tutsis. C'est ce que raconte Guillaume Ancel dans ce livre, comment les militaires rwandais trouvaient refuge au Zaïre, et comment semble-t-il, les Français les ont réarmés sur place après les avoir désarmés à la frontière.

Si on veut se consoler, on peut dire que la France a été la seule à intervenir et que son action a sauvé des vies. Car rappelons que le génocide a duré 3 mois et que personne ne s'est précipité pour aider. Les Canadiens présents au titre de l'ONU ont fui rapidement, les Belges ont fui également, et tout le monde a laissé faire. Les Français étaient seuls sur place pendant Turquoise 2.

Le génocide a été préparé de longue date (les discours assassins de l'infâme Radio des Mille Collines, les stocks de machettes en ville ...) et cela n'aurait pas dû passer inaperçu en France. D'un côté on a une situation explosive qui se prépare ouvertement, d'un autre côté le Monsieur Afrique de l'Elysée était Jean-Christophe Mitterand, fils de, et sa personnalité était si forte qu'il était surnommé "Papa m'a dit". Est-t-il possible qu'il n'ait rien compris ??? Difficile à croire, même de sa part.

A noter toutefois que l'auteur raconte ce qu'il a vu au Rwanda et ne cherche pas à analyser la situation dans son ensemble (ce en quoi il a certainement raison). Si le chiffre de 800.000 victimes est admis, Pierre Péan lui, rappelle qu'une bonne moitié d'entre elles étaient des Hutus, et pas seulement parce qu'ils étaient modérés. Beaucoup ont été assassinés par le FPR, parti tutsi, qui a "nettoyé" au fur et à mesure de sa conquête du pays. Car c'est quand même frappant de constater qu'une rébellion tutsie a pris le pouvoir pendant le génocide des Tutsis !!! Personne n'attire l'attention sur ce point.

A noter également que le capitaine Ancel n'est pas un enfant de coeur, on le constate lorsqu'avec les légionnaires, ils tuent froidement un groupe de miliciens qui venaient les narguer. Ou lorsqu'il dit "je sors mon arme et la pointe délicatement sur son oeil gauche, sans le quitter des yeux. C'est une image désagréable, le canon d'un pistolet juste en face de l'oeil, ça réduit le champ de pensée et les capacités à inventer des mensonges". Mais on ne peut pas lui donner tort, les miliciens étaient bien armés et ne se seraient pas montrés s'ils avaient eu des intentions pacifiques. Ne pas oublier que souvent en Afrique, les miliciens sont drogués avant de partir au combat, ça les rend encore plus dangereux.

Guillaume Ancel a d'abord écrit un roman (Vents sombres sur le lac Kivu) sur cette période, puis il l'a repris pour en faire "Rwanda, la fin du silence". La vérité ne sera connue que lorsque les archives seront accessibles pour de vrai, elles ont été ouvertes par François Hollande et, je cite : "Mais ces archives sont demeurées inaccessibles, la palme de la mauvaise foi revenant à la mandataire des documents de François Mitterrand pour qui ces papiers sont « déclassifiés, mais non consultables ».
Une véritable déclassification permettra d'en savoir plus sur la culpabilité du gouvernement français, quant à la phase Turquoise 2, elle a sauvé des vies mais bien moins qu'elle n'aurait pu le faire. Elle a quand même eu le mérite d'exister quand personne ne bougeait, ne l'oublions pas.
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J'ai dévoré presque totalement (il me reste une vingtaine de pages) ce que l'auteur appelle fort justement un carnet d'opération, à la concision toute militaire, presque froide.
Ça m'a fait l'effet d'une grande claque, tant du point de vue de ce choix stylistique, que des faits qui sont décrits.
Et ce choix formel rend puissamment réels ces faits inouïs, parfois même de dérision.

Je pense qu'en réalité, au-delà de la fascination que peuvent exercer les récits de guerre, ce sont les raisons pour lesquelles ils sont écrits qui importent.
Guillaume Ancel saisit donc à plein ton honneur de soldat et d'être humain, et la brandit aux yeux de ceux qui en sont dépourvus.
Froide concision, froide colère, glacial constat d'impuissance.

Certains auront compris que ce livre fait écho (et non pastiche) à son précédent ouvrage "Vents Sombres sur le lac Kivu".
Mais l'objet n'est bien entendu pas le même, et du procédé plus romantique qui était précisément utilisé dans cet ouvrage, procédé qui ne permet qu'à la marge de relater les faits, il répond avec humilité par ce carnet d'opération, froid et chirurgical, à certaines critiques de ses pairs que ce témoignage honnête et sincère dérange.
Il y fait d'ailleurs référence de manière transparente dans ce nouvel ouvrage.

J'espère que cela lancera le débat nécessaire sur l'échec de la France au Rwanda, mais aussi sur la manière dont le pouvoir politique doit rendre compte de ses décisions, plus particulièrement en matière militaire, aux citoyens au nom desquels il agit.
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Dès lors que j'ai ouvert l'ouvrage, je ne l'ai plus refermé ! le style tout d'abord : vif, clair, concis. Les faits : en mission de courte durée en juillet-août 1994 pour le Comité international de la Croix-Rouge, j'ai eu l'occasion de rencontrer le Cap Guillaume Ancel et l'Etat-Major de la force Turquoise basée à Cyangugu. Je puis confirmer les faits suivants :
a)assistance & protection du camp de Nyarushishi, soit environ 8-10'000 Tutsi : si l'assistance médico-nutritionnelle était fournie par le CICR, la protection du camp fut assurée par des éléments de la Légion étrangère, ce qui a évité une tuerie de ces rescapés.
b) l'auteur évoque les "extractions" de Tutsis rescapés dans des villages mais voués très probablement à la mort. Je puis confirmer que l'extraction de la famille Moreira a bien eu lieu et en ai été témoin dans ses préparatifs. de telles opérations devaient conjuguer la fiabilité des informations relatives aux localisations, la rapidité et la légèreté des moyens militaires mis en oeuvre. Je sais par d'autres témoignages que des sauvetages analogues furent entrepris par le Cap Ancel
c) l'auteur distingue l'action de ses compagnons d'armes, censés obéir et astreints à ne rien dévoiler de celle de l'Elysée. L'opération Turquoise devait à ses débuts sécuriser la zone du sud-ouest du Rwanda en empêchant les forces du RPR d'y pénétrer avec le risque politique pour Paris de se trouver en appui du gouvernement génocidaire.
d) le génocide rwandais s'est déroulé sur une période de 4 mois faisant 800'000 victimes ce qui démontre son intensité. Il fut le fait de soldats, de gendarmes, de simples citoyens et même d'enfants, attisés par la propagande de la radio des Mille Collines qui demandait d'écraser ceux qu'elle nommait les cancrelats. L'identification des Tutsi fut facilitée par l'inscription de leur ethnie sur leurs cartes d'identité.
e) je ne puis me prononcer sur la livraison d'armes effectuées par l'armée française aux milices dès lors qu'elles passèrent la frontière zaïroise; cette action qui m'était inconnue jette un discrédit indélébile sur la politique française. S'agissant de la fuite des troupes rwandaises sur sol zaïrois dans une débandade totale, les armes en leur possession furent bien remises au poste frontière. Que devinrent-elles ? Furent-elles revendues ou simplement redonnées ? Il est évident que la Kalachnikov a toujours voyagé en Afrique. Pourquoi, pour le moins, une tentative de désarmement n'a pas été décidée par l'EM alors que la soldatesque gouvernementale était sans chefs et totalement démoralisée ? du génocide rwandais, on passait alors aux tueries zaïroises, moins médiatisées.
f) si l'ouvrage relate des faits précis, il interroge aussi et apporte des éléments nouveaux pour la compréhension du drame rwandais. Cet ouvrage va faire date, alors que les commémorations du 25ème anniversaire approchent.Ouvrage à lire d'urgence !
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En 1994, j'avais 20 ans et la guerre ne me concernait pas. le phénomène du mort kilométrique permet la distance d'avec la réalité... Ce que nous rapportent les médias en deviendrait presque de la science-fiction. J'ai pris conscience de ce phénomène depuis le jour où j'ai foulé le sol de pays où la folie humaine et politique a conduit des hommes à exterminer leurs semblables. Un génocide, comment peut-on le comprendre? Depuis quelques mois, je marche dans les rues de Kigali et je ne peux m'empêcher d'imaginer l'histoire des rwandais aussi macabre qu'elle fut. C'est inévitable. Ici, je me sens autrement concernée. Je m'interroge, je cherche à comprendre même 24 années après les faits. Je m'informe, j'écoute, je lis. Il faut comprendre le peuple pour pouvoir vivre à ses côtés. Il faut pouvoir répondre aux questions de mes enfants qui en pleine période de Kwibuka (mémoire) sont confrontés à l'histoire de leur pays d'accueil. Et puis surtout il faut témoigner et surtout entretenir la mémoire pour les générations futures.
Le témoignage de Guillaume Ancel apporte la lumière sur une zone d'ombre si bien camouflée tant ces ombres sont gênantes et pourtant.... "Partager ces "évènements" , c'est éviter aussi qu'ils ne restent tapis dans l'ombre de nos mémoires et ne viennent nous hanter alors que nos horizons se rétrécissent."
e pourrais citer de nombreux extraits de ce livre tant le témoignage de G. Ancel sur l'opération Turquoise au Rwanda en 1994 transpire de justesse et apporte la lumière sur une période macabre de l'histoire qui aurait pu être évitée si les enjeux humanitaires l'emportaient une fois pour toutes sur la folie politique... Respect Monsieur Ancel et merci d'avoir affronté le silence.
Il n'y a ici ni pathos, ni dérapages. Ce récit est technique, clair et explique ce qui ne se dit pas officiellement. Chapeau MOnsieur Ancel, cela relève du courage ou tout simplement de l'envie dêtre honnête avec son prochain, de l'envie de ne pas jouer. On ne joue pas avec la vie des gens.
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Le récit de Guillaume Ancel se lit d'une traite. Il a l'art de conter les choses, et sans doute cela tient-il à sa personnalité d'homme qui a l'air sacrément trempée !
Au-delà de son style d'écriture très vif, ce témoignage nous amène à réfléchir à la façon dont un pouvoir politique de nature pourtant démocratique use cyniquement de l'art de dévoiler ou cacher la vérité. le témoignage de Guillaume Ancel est à la fois très radical, très engagé, et très nuancé. Il ne se pose pas en héros, il narre ce qu'il a vu, et il sait dire aussi ses propres limites et ses propres violences.
Il faut mettre fin au silence non seulement pour mettre face à leur responsabilité les acteurs français de cette complicité avec le pouvoir génocidaire rwandais mais aussi parce que quand les mots ne sont pas prononcés ou alors ne correspondent pas à la réalité, le silence envahit, hante, gangrène nos mémoires. Guillaume Ancel évoque ainsi le retour d'Algérie de nos pères et leur incapacité pour certains à en parler, le poids toxique de ce silence se transmettant alors aux générations suivantes.
Avec un beau courage, car il nous montre aussi à quel prix se paie un tel témoignage, Guillaume Ancel s'efforce de dire les mots les plus justes, les plus rigoureux sur ce qu'il ce qu'il a vécu dans le cadre de l'opération Turquoise. L'armée française n'en sort pas salie car Guillaume Ancel rend hommage à ses compagnons d'armes. C'est clairement au pouvoir politique de l'époque que par ce récit, Guillaume Ancel demande de répondre de ses engagements.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Le bourgmestre nous accueille en compagnie du prêtre en charge de cette paroisse.
...
‒ Ici, capitaine, nous vivons en paix et nous faisons tout pour la préserver.
Je suis aussi surpris que ravi, je félicite nos hôtes qui nous raccompagnent vers l’entrée du village où nous avons laissé la P4 sous la surveillance du conducteur. Mais quelque chose m’intrigue sans que je sache exactement quoi, et je finis par demander au bourgmestre quel est le nombre de Tutsi dans son village.
‒ Il n’y a pas de Tutsi dans notre bourg, capitaine.
Et le prêtre de rajouter avec le plus grand naturel,
‒ Ils ne couraient pas assez vite…
...
‒ Les Tutsi ne couraient pas assez vite pour nous échapper, nous nous en sommes complètement débarrassés.
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Nous finissons de traverser la frontière quand un attroupement se forme sous nos yeux, avec la soudaineté stupéfiante d’un arbre qui s’écroule en forêt : un jeune Rwandais a eu l’outrecuidance de résister aux douaniers zaïrois lorsque ceux-ci ont voulu confisquer le madrier en bois qu’il portait sur l’épaule. Ils le rouent de coups de pied et de trique. La foule se précipite pour assister au lynchage, elle hurle, crie, vocifère au rythme des coups qui pleuvent. Florence est sous le choc, elle me saisit par le bras et demande pourquoi nous n’intervenons pas.
J’y réfléchis depuis le début, mais cela se passe du côté zaïrois et nous ne sommes que trois à être armés, alors qu’il y a plusieurs centaines de personnes dans cette émeute et des soldats zaïrois tout autour… Je l’explique sobrement à Florence qui réalise notre impuissance, elle a les larmes aux yeux. La foule se retire aussi rapidement qu’elle s’était rassemblée. Il ne reste plus qu’une masse informe sur la chaussée mal goudronnée.
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Nous débarquons l’arme au poing, avec les trois soldats qui m’escortent, pour sauver l’évêque.
Retranché dans la maison, celui-ci nous accueille avec soulagement ; il est énorme, fébrile et transpire à l’excès. ...
D’un geste ample, il désigne des voitures rutilantes garées contre le bâtiment et m’explique avec angoisse… qu’il ne veut pas qu’elles tombent aux mains des Tutsi.
...
‒ Monseigneur, quelle est votre voiture préférée, celle dont il faut s’occuper en tout premier ?
L’évêque m’indique sans hésiter une grosse berline.
...
Je m’installe calmement au volant, démarre la limousine qui ronronne avec élégance. L’évêque opine du chef en écoutant le moteur tourner. J’engage la boîte automatique en marche avant et je ressors aussitôt de la voiture qui démarre doucement. Sous le regard médusé de son propriétaire, la berline dévale la pente du jardin, traverse la haie, défonce la balustrade en arrachant quelques fleurs et s’envole vers le lac. Nous avons à peine le temps de nous avancer pour la voir plonger majestueusement dans les eaux grises du lac Kivu.
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Alors que tout était sous mes yeux, j’ai mis des années à faire le lien entre l’opération Turquoise et cette intervention lors du siège de Sarajevo. (...) une politique d’intervention dont on ne sait plus réellement qui la dirige, dans une tradition d’opacité peu propice à la clairvoyance ; un mandat humanitaire de complaisance pour détourner l’attention de l’opinion publique et camoufler la réalité.
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Comment avons-nous fait pour ne jamais nous en prendre aux génocidaires alors que nous devions faire cesser les violences ? Pour quelles raisons avons-nous protégé leur fuite, les avons-nous laissés organiser cet exode dévastateur ? Et surtout, pourquoi leur avoir livré des armes dans des camps de réfugiés, au cours d’une mission humanitaire ?
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