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ISBN : 2916132090
Éditeur : Tertium (07/02/2007)

Note moyenne : 4/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Le chat, le pré, le chêne, la forêt, la roche, les nuages. Le regard monte, circule, cherche, s'arrête, repart. Qu'est-ce qu'un paysage sinon cet échange ? Cette pénétration du dedans par le dehors et l'inverse. Au point qu'il n'y a plus, du corps à la ligne de crête, que ce continu de mots, de formes, de rêves, de couleurs, de souvenirs et d'air qu'on appelle l'espace.
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Herve-Lionel
  27 janvier 2018
La Feuille Volante n° 1211
La ligne de crêteJacques Ancet – Tertium Éditions.
On peut être ému par un être, par une chose ou par un paysage au point d'en parler avec des mots sur du papier ou des couleurs sur une toile. Ici c'est une montagne, masse de pierre et de terre qui domine un paysage de plaine. C'est un endroit qu'on voit de loin, que d'emblée, l'auteur tente de définir simplement : c'est un lieu, « un espace où habiter », quelque chose avec quoi on « commence » où on attend (« C'est peut-être l'attente qui fait le lieu »), sans peut-être savoir très bien quoi, une forme ou des nuances colorées à quoi on prête une signification personnelle qui font appel au soi profond, au souvenir (« quelque chose comme un grain d'enfance ») au point d'en être fasciné. Elle un côté sacré et mystérieux, dangereux et secret qui a toujours eu, pour les humains un côté fascinant. Sans nous révéler son nom, se contentant d'évoquer Cézanne qui en immortalisa une célèbre en moult exemplaires, il l'évoque dans un tourbillon de vie, de fragrances, de sons et de silences, de pierre et d'herbe mêlées, de couleurs et d'ombres, de cassures et de marqueterie des prés qui constituent un cadastre tourmenté où l'oeil se perd. La nommer serait pour lui réducteur et il se contente de noter qu'elle domine une ville, qu'elle abrite l'activité parfois dure et ingrate, mentionnant les toits roses, le tintement des cloches, les façades crèmes des pavillons mais aussi la boue des chemins, le remugle des écuries, de parler de la vie qu'elle suscite par les eaux qui naissent d'elle, de révéler les nuages qui parfois cachent « la dispersion d'images » qu'elle donne à voir quand le regard migre vers le sommet, comme une allégeance qui inspire l'humilité et où alternent le silence et les vibrations de l'air. Parler des choses c'est les faire vivre, les faire exister face à l'indifférence ou la banalité. Il concentre son attention et son imagination sur la ligne de crête, une bordure de quelque chose, une limite « déchiquetée »entre le ciel et la pierre où se conjuguent les couleurs et les formes patiemment tressées qui festonnent le paysage en dents inégales et acérées de lumières et d'ombres, de forêts et de champs que cachent par moments quelques liserés de nuages. La montagne alterne le minéral et le végétal dans l'horizontalité ou la verticalité des couches de calcaire, indéchiffrables graffitis où se bousculent des nuances que les mots, entre pic et vallée, « balcon incurvé du sommet » et contrebas, peinent parfois à traduire. On peut y lire une géologie millénaire ou un instant fugace, fragilité et contingence de notre existence humaine. Les hommes naîtront et mourront dans la permanence de sa stature qui demeurera après eux. Dès lors ce panorama devient espace et une pénétration subtile s'effectue entre le narrateur et le paysage qui fait naître chez lui une manière de compréhension, un attachement malgré l'impuissance qu'il ressent mais qui est pour lui aussi une motivation.
Pour le spectateur attentif, cette vision suscite des échanges silencieux et complices, comme un message qui lui serait adressé à lui seul parce qu'il est seul à pouvoir le déchiffrer au-delà de la banalité des choses quotidiennes. Puis c'est l'ascension entre la résonance des falaises et le crissement des pas sur les cailloux de la pente. Il prend conscience que marcher et écrire c'est la même démarche, la même découverte de choses nouvelles dans le vertige ascensionnel si semblable à celui de la création littéraire. On entre dans un décor comme on entre dans une image, « les mots et les choses brillent du même feu » et la voix de l'inspiration progresse elle aussi au-dessus du vide comme le marcheur qui connaît la fatigue, le froid et le doute. Marcher et écrire c'est fuir avec pour but cette ligne de crête comme un objectif à atteindre en délaissant le monde d'en bas, celui des villes et des gens. En marchant comme en écrivant on va au-devant des souvenirs, ceux de l'enfance de ses mystères et de ses fantasmes, ceux de l'adolescence et de ses projets souvent trahis par la timidité. La vie dévide son fil dans le déroulement des saisons et la fuite du temps avec au bout la mort qu'on combat avec l'écriture
Je remercie Babelio et les éditions Tertium de m'avoir permis de découvrir ce texte poétique qu'il faut lire à haute voix pour en goûter toutes les intonations et les nuances, l'ambiance particulière que les mots distillent. Cette lecture se doit d'être lente, avec de longs moments de silence, de retours en arrière et de pauses, ce qui donne une autre dimension à ces quelques cent pages qu'il faut honorer d'une grande attention pour apprécier toute l'émotion et le dépaysement qu'elles suscitent.
© Hervé GAUTIER – Janvier 2018. [http://hervegautier.e-monsite.com]
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lalahat
  25 janvier 2018
Lorsque j'aborde une oeuvre dont je ne connais pas l'auteur, je commence par lire les premières lignes, parfois aussi les dernières, comme pour en«goûter»l'écriture. Je découvre Jacques Ancet et ne dispose que de brèves informations au dos de la ligne de crête: né en 42, originaire de Lyon, vit en Haute-Savoie. Je lis la première phrase, puis la première page, la deuxième...
La thématique est annoncée d'emblée: comment appréhende-t-on un lieu, comment la géographie interagit avec nos parcours personnels. Je suis captivée par les mots. Ils trouvent en moi un réel écho, comme j'imagine en n'importe quel autre lecteur. le thème est universel. Nous faisons tous l'expérience à un moment ou à un autre de notre vie d'un attachement particulier à un lieu qui nous renvoie à notre enfance, à une rencontre, ou à un moment précis de notre existence.
La ligne de crête va donc rendre compte de ce qui lie l'auteur à sa Haute-Savoie. Il va se livrer, nous livrer les secrets de son vécu, de l'étrange alchimie qui opère alors qu'il aborde un pays familier. La ligne de crête, véritable tableau vivant, est une évocation des couleurs, silence, lumières, rythme, et sons propres à la montagne. Son récit n'est pas descriptif. Ses mots ne nomment pas. Son écriture fait surgir l'émotion comme par magie. Elle suit le mouvement du regard sur la montagne, elle-même en changement constant. L' impermanence habite le texte.
Jacques Ancet nous invite à errer, plus qu'à randonner, au pays de l'écriture. Il nous entraîne dans une très belle et fraîche échappée, car il possède l'art d'éveiller les sens, sans quoi rien de cela ne serait possible.
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brigetoun
  28 janvier 2010
La montagne (et dans la dernière partie, il dit l'histoire de cette attirance), cette montagne là dont il ne donne pas le nom mais qu'il regarde, qu'il essaie de connaître en tous ses détails, en tous ses aspects, selon les heures, le temps, la vision qu'on en a depuis l'emplacement où s'est arrêté le corps, et même la carte, les noms, l'histoire, pour la dire, pour que ses mots soient la montagne comme Cézanne voulait cerner la montagne Sainte Victoire.
Les moments où il est encore à distance. L'approche délicate, précise, entêtée de tous les aspects, toutes les façons de la connaître, son silence, les bruissements, les senteurs, la quête de cette chose indispensable et effrayante, la beauté, et le corps en mouvement qui s'oublie dans l'effort pour monter. (Et, toujours, dans le même mouvement que la marche l'écriture, la phrase, qui doit être serpentine comme le sentier, en un élan sans cesse renouvelé.) Jusqu'à arriver « dans » le motif, dans la montagne que l'on tente de mettre en mots. Y cheminer sur la ligne de crête. Et puis redescendre vers le village, la grande ville un peu plus loin.
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gege255
  06 février 2018
Je suis en général toujours un peu perplexe devant trop de descriptions dans un roman.
Ce livre, ce n'est pas un roman et ce n'est que descriptions. Mais c'est beau et émouvant. Peut-être parfois un peu difficile pour ma concentration volatile, plus facile à lire dans un bus que devant la télé ! Vous me direz, pourquoi regarder la télé quand on se promène à la montagne.
J'ai parfois cru retrouver la poésie de...Taniguchi ! une certaine similitude dans la façon de rendre hommage aux paysages majestueux.
Je remercie Babelio dans le cadre de son opération masse critique, ainsi que Tertium Editions, qui au passage avait intégré deux marque-pages de la maison et une carte postale dans son envoi.
Jacques Ancet est un auteur à découvrir.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
brigetounbrigetoun   10 septembre 2011
Au lever, c’est un éblouissement sur lequel se détache l’encre de deux grands feuillages, quelques bosquets, un ou deux toits. L’air est d’une fraîcheur sonore, rayée d’insectes vifs, l’herbe un infini de feux liquides. Si les yeux montent, ils ne rencontrent que la dérive floconneuse d’une buée et la découpe lumineuse et obscure à la fois d’un grand vide bleu.
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brigetounbrigetoun   28 janvier 2010
La marche et l'écriture se ressemblent. Une chose obscure, impérieuse, insiste, emporte, et si l'on avance c'est pour savoir, pour la découvrir... Pas à pas, mot à mot, avancer c'est s'approcher de cet autre côté dont on sait bien pourtant qu'on ne l'atteindra pas.
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brigetounbrigetoun   28 janvier 2010
A chaque instant recommençant. Au bord toujours d'abandonner.. D'en rester là. Perdu. Sans autre repère que le souffle, le coeur qui bat trop fort. Comme au bord de la phrase inachevée. Quand il n'y a plus rien à voir, à dire, à penser. Et qu'on avance, pourtant, mot à lot, sur le vide. Et qu'on n'en finit pas.
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brigetounbrigetoun   28 janvier 2010
Inextricable, la forme n'occupait pas l'espace entier. L'oeil pouvait la franchir, la contourner, explorer à gauche, à droite, derrière, l'inépuisable profondeur du paysage. Aujourd'hui, il ne peut que s'y heurter ou s'y soumettre, accompagner le perpétuel jaillir d'un élan arrêté. Les terres montent, se superposent en couches successives, dressant soudain cette tache rocheuse dans la cascade transparente de l'air. Tout est bleu : la pierre, les ombres, les forêts, jusqu'au vert des prés, au rose des toits. Tout est une même quiétude chromatique à laquelle participent cris, bourdonnements, rumeurs et la lenteur du corps qui s'est mis à flotter
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brigetounbrigetoun   28 janvier 2010
Et c'est comme si, peu à peu, la montagne entière redevenait ces images qu'on avait mis si longtemps à traverser. Front obscur, muraille crènelée, face de pierre, page grise offrant à nouveau ses signes indéchiffrables, tandis que d'une seule phrase sinueuse on glisse dans l'ombre clignotante, interminable des sous-bois, leur fraîche odeur de terre, leurs bruits de pas étouffés, leur silence de grotte où ce qui pousse c'est maintenant la pente, la facilité de la marche.... ses visions rassurantes, près d'un vert lumineux au soleil déclinant, vaches paisibles, ruisseaux traversés dans un bruissement d'eaux, premiers toits entrevus...
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