AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 1091902070
Éditeur : Editions Fario (12/06/2014)

Note moyenne : 4/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Traduit par Christophe David avec les contributions d’Elsa Petit et de Guillaume Plas.

Rédigé aujourd’hui, c’est à dire à l’heure des grands émois insipides que tolère la domination du capital et de la technologie quand elle ne les formule et ne les dissémine pas elle-même, malgré les catastrophes et les défaites accumulées, ce livre eût mérité un autre titre que l’on se plaît à imaginer ainsi : Misère de l’indignation.

La violence, oui... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacRakutenLeslibraires.frMomox
Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
addsc
  11 février 2016
Philosophe autrichien d'origine allemande, Günther Anders secoue les convenances en posant la question de l'usage de la violence comme moyen d'action légitime et unique contre-pouvoir efficace face à la machine, redoutable, qu'est l'Etat. Son avis, tranché, et les réactions qu'il suscite constituent cet ouvrage. Et, 30 ans après sa première publication, le débat reste ouvert. Plus que jamais.
Cet ouvrage est avant tout intéressant car il nous replonge dans le contexte particulier des années 1980. La guerre froide battait son plein. Calmement. L'Allemagne était divisée en deux avec, d'un côté le bloc soviétique et, de l'autre, une occupation alliée en place depuis la fin du dernier conflit mondial. Être allemand n'était, à l'époque, pas chose aisée. le monde était sous tension. En permanence. Les missiles, nucléaires, prenaient position de part et d'autre de la frontière. Ils se faisaient face, menaçant la paix, promettant l'Apocalypse. Ensuite vint Tchernobyl. Mise en lumière des dangers du nucléaire civil. Entre autres catastrophes écologiques, elle fut sans conteste la plus grave. Ou, en tout cas, la plus médiatisée. le nucléaire. Il était partout. Menace réelle. Danger imprévisible. Il menait la danse et donnait le ton des actions citoyennes passées et à venir. de nombreux groupes écologistes sont nés durant cette période. Certains furent considérés comme dangereux par les gouvernements. Leurs membres furent arrêtés pour actes de violence. Rébellion. Terrorisme. Alors même que, comme violence, rien de ce qu'ils avaient pu entreprendre n'aurait pu rivaliser avec les Brigades Rouges des années 1970. Leur violence n'était rien d'autre que de la désobéissance civile.
Et c'est ici que Anders intervint. Il part du constat que non seulement les actions déjà menées par ces activistes écologiques n'ont rien donné et ne semblent vraisemblablement pas en mesure d'infléchir les politiques en matière de nucléaire, mais en plus il estime que si l'Etat use et abuse de moyens violents comme la menace de faire appel à l'arme nucléaire ou la répression, sévère, de manifestants pacifiques, alors il n'existe qu'une seule façon de s'exprimer et elle est violente. Elle est violence.
Il justifie et promeut l'usage de la violence car, dans le contexte de l'époque, il considère que les populations sont en état de légitime défense vis-à-vis d'une force supérieure (l'Etat, les multinationales) et, qu'en temps de guerre, il n'existe pas d'autres moyens pour parvenir à la paix. Il n'hésite d'ailleurs pas à faire un lien entre la résistance française de la Seconde Guerre Mondiale et celle qu'il pense nécessaire à mettre en place pour lutter contre les fous qui dirigent le monde. Ce sont ces postures qui ne passèrent pas bien dans de nombreux milieux intellectuels de l'époque. Malgré la prédominance de la peur. Peur face à la menace d'une guerre totale. D'une destruction sans frontières. Certains, parmi les plus virulents activistes prirent fait et cause pour ces positions. D'autres, plus modérés, saluèrent le courage dont Anders faisait preuve car il ouvrait la discussion sur ce qu'il convenait de faire pour contrer les abus des différents pouvoirs. Mais la plus grande majorité, tout en reconnaissant la pertinence et l'intelligence de certains de ces développements tranchés, condamnèrent ce discours.
L'ouvrage reprend l'ensemble des débats que suscitèrent ces prises de positions peu orthodoxes. Il s'agit principalement d'intellectuels qui s'affrontent par courriers interposés. Tout n'est pas toujours évident à comprendre car ceci n'est pas une oeuvre de vulgarisation. Il s'agit de concepts, de théories, d'esprits qui se rencontrent et qui se renvoient la balle à coup d'arguments plus ou moins pertinents. Mais l'important est que le débat a existé sur une question qui a toujours fait controverse. Il serait intéressant de le mettre sur la place publique actuelle. de discuter de ce qu'est la violence au 21ième siècle et de son bon usage en vue de l'obtention d'une paix, relative, souhaitable et envisageable.

Lien : https://unecertaineculture.w..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   21 août 2016
Bissinger : Que pensez-vous de la thèse selon laquelle on ne devrait pas donner l’espoir à l’homme ? Nous avons souvent écrit cela.

Anders : Je crois qu’« espoir » n’est qu’un autre mot pour dire « lâcheté ». Qu’est-ce, au fond, que l’espoir ? Est-ce la croyance que les choses vont s’améliorer. Où la volonté qu’elles deviennent meilleurs ? Personne n’a jamais encore produit une analyse de l’acte d’espérer. Pas même Bloch. Il ne faut pas faire naître l’espoir, il faut l’empêcher. Car personne n’agira par espoir. Tout espérant abandonne l’amélioration à une autre instance. Oui, la météo s’améliore, je peux peur-être espérer ? Le temps ne devient pas meilleur ainsi ; ni pire. Mais dans une situation où seul l’agir individuel compte, « espoir » n’est qu’un mot pour dire qu’on renonce à l’action individuelle.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   20 août 2016
Aussi cynique que cela puisse sembler, je suis pour faire de Tchernobyl un symbole, comme celui d'Hiroshima, tout comme j'ai, en tout cas, essayé de faire d'Hiroshima un symbole. Il était parfaitement légitime qu'à mon insu on ait forgé, à partir de mon slogan « Hiroshima est partout », le slogan « Tchernobyl est partout ». Ce second slogan a même un sens encore plus fort que le premier : « Hiroshima est partout » signifiant : « Ce qui s’est passé à Hiroshima, cela peut aussi se passer en n’importe quel autre lieu du globe ». « Tchernobyl est partout » signifie en revanche : s’il arrive un malheur dans un seul lieu comme Tchernobyl, alors ce malheur peut « co-arriver » partout, c’est-à-dire n’importe quel point de la Terre. Cela devient alors, d’une certaine manière, une « épidémie ».
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          81
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   19 août 2016
Rien n'a démenti depuis 1986 la caractérisation d'état d'urgence ayant conduit Anders à dénoncer la vanité d'une forme d'insoumission qui serait elle-même toujours soumise aux règles du « jeu démocratique » et résignée à en subir les fatalités progressistes.
D’autres bombes ont été larguées depuis un quart de siècle, d’autres fleuves et d’autres mers ont été intoxiqués, de nouveaux aéroports planifiés, et les âmes mutilés des hommes de ce temps toujours plus contraintes de s’adapter à la menace et aux « nécessités ». (Note de l'éditeur)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   30 août 2016
Mais la paix n'est pas un moyen à mes yeux. C'est une fin. Elle ne peut être un moyen, parce qu'elle est a fin par excellence. Je ne supporte plus que nous restrions là, les brais croisés alos que nos vies et celles de nos semblables sont menacées par des personnes violentes ; je ne supporte plus que nous hésitions à répondre à la violence par la violence. Le vers de Hôlderlon, si prisé par les beaux parleurs : « Aux lieux du péril croit aussi ce qui sauve » est tout simplement faux. Ce qui sauve n’a crû ni à Auschwitz ni à Hiroshima. Notre devoir est d’ajouter le principe suivant au nombre de ceux qui peuvent sauver : il faut détruire la menace en menaçant les destructeurs.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   19 août 2016
Rédigé aujourd'hui, c'est-à-dire confronté à ces grands émois insipides que tolère la domination du capital et de la technologie quand elle ne les formule et ne les dissémine pas elle-même, ce livre eût peut-être reçu un autre titre que l'on se plaît à imaginer ainsi : Misère de l'indignation. (Note de l'éditeur)
Commenter  J’apprécie          30
Videos de Günther Anders (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Günther Anders
Le 29.04.18, Claire Nouvian était l'invitée de Zoé Varier pour faire le récit d'une ??Journée particulière?? (France Inter) :
"Ce jour-là, la journaliste et future activiste navigue en famille dans le sud du pays. Suite à une avarie, le voilier mouille dans une crique protégée de l?île de Koh Phi Phi. de l'autre côté, s?étend la longue plage de sable blanc très prisée des touristes. Soudain, la mer se retire comme aspirée par un siphon...
Un sauveteur au milieu des débris de stations balnéaires et bungalows sur la plage de Khao Lak en Thaïlande, le 30 décembre 2004, après qu'un tsunami ai frappé les côtes du pays le 26 décembre.
Après la vague destructrice, le bateau parti au large pour éviter le naufrage, revient vers la côte. L'île a disparu sous les eaux, coupée du monde extérieur. A perte de vue un paysage apocalyptique. Un magma de débris, de cadavres et de gens blessés appelant à l'aide. « Je voulais me rendre utile, j?étais dans l?action », se souvient Claire Nouvian. Mais sans information fiable, la rumeur enfle qu'une seconde vague va survenir et ordre est donné par le skipper de remonter à bord, au grand désespoir de la jeune femme qui n?a pas réussi à convaincre l?équipage de rester sur place.
Claire Nouvian s?est trouvée une « béquille philosophique » pour mettre des mots sur le traumatisme vécu : Gunther Anders, juif allemand, élève de Martin Heidegger, comme Hannah Arendt dont il fut le premier mari. Il abandonna l?enseignement de la philosophie pour lutter contre le nazisme, puis milita contre la bombe nucléaire juste après Hiroshima et Nagasaki. Günther Anders est le théoricien du catastrophisme éclairé : si on ne nomme pas la catastrophe, on y va tout droit. Or l?Homme, doté d?un esprit en escalier, être de croyance plutôt que de connaissance, n?est pas capable d?appréhender le pire. La preuve avec les décisions iniques des pouvoirs publics face au changement climatique.
Une évidence pour Claire Nouvian face à la catastrophe. Un an plus tard, en 2005 elle décide d?appliquer ce précepte en fondant l?association Bloom pour la défense des océans et des fonds marins, auxquels elle a d'ailleurs consacré un film. Depuis, quelques victoires ont été remportées en bataillant à Bruxelles contre les lobbies tout puissants : en 2016, le parlement européen interdisait le chalutage en eaux profondes, et début 2018, la pêche électrique.
Le 23 avril 2018, Claire Nouvian recevait le Prix Goldman pour l'environnement, considéré comme le « Prix Nobel de l?écologie »."
+ Lire la suite
autres livres classés : nucléaireVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacRakutenLeslibraires.frMomox





Quiz Voir plus

C'est la guerre !

Complétez le titre de cette pièce de Jean Giraudoux : La Guerre ... n'aura pas lieu

de Corée
de Troie
des sexes
des mondes

8 questions
844 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , batailles , armeeCréer un quiz sur ce livre