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ISBN : 2070447901
Éditeur : Gallimard (13/06/2013)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 58 notes)
Résumé :
Entre l'apparition du jeune conscrit Hanson, quittant l'université pour servir au Vietnam, et celle de son double infernal, le sergent Hanson, membre des Forces Spéciales, il ne s'est guère passé que deux ans. Deux ans qui expliquent comment la devise de l'armée américaine, In God we trust, peut se transformer en Sympathy for the Devil.

Kent Anderson a été les deux Hanson. Son livre n'est pas un livre de plus sur la guerre, mais un des rares reportage... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
Aaliz
  03 mars 2015
En France, on connaît surtout la guerre du Vietnam à travers le cinéma et les nombreux films cultes qui lui ont été dédié mais on connaît beaucoup moins la littérature romanesque sur le sujet. C'est d'autant plus dommage qu'elle est souvent le fait des vétérans et de ceux qui ont vécu cette guerre en son coeur. Sympathy for the devil est de ceux-là. Son auteur Kent Anderson était sergent-chef au sein des Forces Spéciales, il se base sur sa propre expérience pour donner vie à son personnage principal et alter ego Hanson et écrire ce roman en partie autobiographique.
Kent Anderson retrace alors le parcours de Hanson depuis son incorporation. Fraîchement sorti du lycée, Hanson est plutôt un intellectuel, il aime particulièrement la littérature et la philosophie. Mais son tempérament et sa robustesse physique lui permettent de passer sans dommages l'étape des classes là où d'autres subissent un véritable calvaire. La première sélection est impitoyable, il n'y a pas de place ni de répit pour les faibles soumis à l'humiliation et les persécutions de leurs camarades.
Hanson prend rapidement goût à l'art du combat. Il se découvre même une passion pour la discipline au point de rejoindre l'entraînement spécial réservé aux Bérets Verts : le voilà à présent membre des Forces Spéciales.
« Hanson ignorait encore qu'il venait de décider de faire ce que l'armée attend précisément de certains de ses hommes, des meilleurs des siens – tenter de la battre à son propre jeu. Guerre était le nom de ce jeu et, lorsqu'on frôle la guerre de trop près, qu'on la regarde au fond des yeux, elle peut vous entraîner tout entier, muscles, cervelle et sang, jusqu'au plus profond de son coeur, et jamais plus vous ne trouverez la joie en dehors d'elle. Hors d'elle, amour, travail et amitié ne sont plus que déboires. »


L'année de préparation s'achève et c'est l'heure d'affronter le terrain et les tirs à balles réelles.
Kent Anderson nous décrit alors l'arrivée de Hanson au Vietnam. D'abord destiné à être affecté au renseignement ( donc dans un bureau), Hanson se débrouille pour y échapper et obtient d'aller au feu. Car c'est cela qu'il veut, faire la guerre pour de vrai et combattre. L'accueil qui lui est réservé n'est pas des plus chaleureux. Considéré comme un des innombrables bleus sans expérience catapulté ici par une armée peu regardante sur la psychologie et les facultés de ses recrues, Hanson doit faire ses preuves mais obtient rapidement la considération et le respect de ses camarades.
Son baptême du feu et sa première sortie en intervention le font douter, la peur est si violente qu'il pense à renoncer. Mais il persiste, l'adrénaline le dope et il commence à y prendre goût.
Son premier retour au pays est un désastre. Il se rend compte qu'il est à présent inadapté et en décalage complet avec la vie et les préoccupations des civils. Conditionné pendant son séjour à la guerre, habitué à être sans cesse sur ses gardes, à survivre, il prend chaque interaction avec un autre être humain comme une agression.
« Tout en marchant, ses yeux furetaient, de droite et de gauche, et de haut en bas, épiant le moindre mouvement. Simultanément, il repérait toutes les planques possibles susceptibles de le mettre à couvert. […] Son regard cherchait des objets qui pourraient lui servir d'arme : pierres, briques, poubelles, tessons de bouteille […] Lorsqu'il croisait quelqu'un sur le trottoir, sa main se refermait en poing, le long de son flanc, prête à frapper. »

Cette peur le pousse à la violence, elle est instinctive et il n'hésite pas à cogner à la moindre occasion.
« Alors voyons voir. Cette raison », dit-il, la sueur dégoulinant sur ses joues. Il engloba la salle d'un bref coup d'oeil circulaire. « Je me réveille la trouille au bide, poursuivit-il, baissant la voix et se rapprochant du gosse, et d'avoir la trouille me fout en rogne, si bien que je crève d'envie de botter son cul à quelqu'un. Je ne fais plus la différence entre avoir la trouille et être en rogne. Tout est lié, tout communique. »

Le constat est sans appel : il aime se battre, il aime tuer. A présent, une unique chose compte pour lui : retourner au combat. La guerre le rend heureux, elle est devenue son unique raison de vivre.
« Hanson avait été entraîné à tuer, c'était là le grand art qu'avait su maîtriser sa jeune vie et, lorsqu'il se sentait bien, une partie de lui-même aspirait à tuer quelqu'un, comme d'autres mouraient d'envie de courir, de skier, de danser ou de déclencher une bagarre dans une rade. »


Kent Anderson nous explique clairement dans quel état d'esprit sont les jeunes soldats envoyés au casse-pipe. Toutefois, il faut quand même reconnaître que Hanson était un cas particulier et donc pas forcément représentatif mais Anderson passe en revue les différentes catégories d'hommes qu'on retrouvait au sein des rangs de l'US army. L'auteur nous détaille également tout le processus de recrutement et de préparation, les relations avec les autres recrues et avec les instructeurs, les exercices et les différentes méthodes de combat enseignées, les trucs et astuces indispensables pour assurer sa survie. Sur le terrain, tout se passe comme on peut le voir dans les films mais Kent Anderson insiste surtout sur la rancoeur des soldats, d'abord la haine envers l'ennemi puis le mépris et la colère envers les civils, le gouvernement et les gradés qui ne cherchent qu'à satisfaire leurs propres ambitions et intérêts.
« Les gradés et les officiers généraux de l'armée régulière qui souhaitaient voir mettre fin à toutes les activités des Forces Spéciales – ils constituaient la majorité, l'armée régulière s'étant toujours méfiée des unités d'élite – se heurtaient aux mêmes difficultés que les sénateurs. N'ayant qu'une seule année à passer au Vietnam, il leur fallait consacrer la quasi-totalité de leur temps à l'improvisation d'une tactique suffisamment nouvelle et brillante pour justifier leur promotion, ou bien orchestrer une opération assez sanglante et spectaculaire pour faire la une de tous les journaux, leur garantissant ainsi, dans le même temps, promotion et décoration. »

Il dénonce aussi sans détours l'hypocrisie d'un gouvernement qui prône un certain discours tout en faisant le contraire sur le terrain. La moralité n'est qu'une préoccupation de façade et si par malheur un manquement vient à leur être reproché, on s'empresse d'en détourner la responsabilité. Il faut renvoyer au monde une image propre et vertueuse de l'Amérique.
Sympathy for the devil est le roman de ces soldats, simples jouets de politiques irresponsables, d'une guerre qui aura abattu la confiance et le sentiment de supériorité d'une nation qui n'avait encore jamais connu un tel échec. Kent Anderson a su nous transmettre son vécu et son sentiment avec une grande force, odeurs, couleurs, bruits, il retranscrit tout avec précision, on s'y croirait. Son amour pour la littérature et la culture transparaît à travers son style, tour à tour cru à l'image du langage vulgaire des combattants et poétique dans son évocation des paysages et des sensations. On y trouve même une référence au contrat social de Rousseau. A la guerre, le droit et les lois qui fondent une société n'existent plus, c'est le retour à l'état de nature : seule compte la survie.
On peut parfois être horrifié par le manque de moralité dans ce récit mais la grande force de Kent Anderson est d'être parvenu à nous faire comprendre la mentalité de ses soldats et toute l'absurdité d'une guerre qui n'est pas la leur.
C'est dans l'écriture que Kent Anderson a réussi son retour à la vie civile. Il est dommage de constater que son expérience, son témoignage et celui de nombreux vétérans n'aient pas servi de leçon.

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Alcapone
  18 janvier 2014
"Hanson ignorait encore qu'il venait de décider de faire ce que l'armée attend précisément de certains de ses hommes, des meilleurs des siens - tenter de la battre à son propre jeu. Guerre était le nom de ce jeu et, lorsqu'on frôle la guerre de trop près, qu'on la regarde au fond des yeux, elle peut vous entraîner tout entier muscles, cervelle et sang, jusqu'au plus profond de son coeur, et jamais plus vous ne trouverez la joie en dehors d'elle (...) Hanson ne s'en rendait pas encore compte, cette nuit-là, mais un jour viendrait où il réaliserait qu'il est impossible de fraterniser avec les seuls hommes libres d'une armée, avec les meilleurs de ses assassins, sans devenir soi-même l'un d'entre eux." (p.209-210). Guerre du Vietnam. le commando des Green Berets (bérets verts) composée de Hanson, Quinn et Silver, accompagné de Minh le montagnard, est affectée aux dangereuses et délicates opérations de ratissage. Seules les forces spéciales de l'US Army sont habilités à débusquer le VC (Viet-cong). Car il s'agit d'une mission périlleuse qui exige stratégie, hablité et coriacité. Hanson ne se destinait pourtant pas à intégrer cette unité d'élite de l'armée américaine. Avant d'intégrer le commando des durs à cuire, il faisait des études au lycée. Comme beaucoup de jeunes de son âge, il décide de s'engager dans l'armée avant d'être appelé au front. Mais la réalité, loin des discours patriotiques, a un goût amer. Alors que l'opinion publique américaine commence à se mobiliser contre cette guerre absurde, les autorités qui maintiennent leurs positions sur son issue victorieuse, compte parmi ses hauts dirigeants des opportunistes dont l'intérêt n'est autre que d'obtenir une place au soleil. Hanson vomit l'administration militaire et son ingérence. Dès lors, il décide de mener une guerre très personnelle dont l'ironie est désarmante. de la devise In God we trust à Sympathy for the devil, Hanson fait le plus grand écart de sa vie : il choisit d'être un homme libre...
Platoon, Full Metal Jacket, Good Morning Vietnam... Sympathy for the Devil reprend toutes les images véhiculées par ces films : la drogue, l'alcool, la peur, la violence, la mort... La jungle moite et ses dangers, le croisement des tirs bleus et rouges des M-16 et AK-47, l'odeur âcre des poudres d'artillerie, celle de la terre rouge et celle du sang... le bourbier vietnamien décrit par Kent Anderson transpire le vécu : les détails sur Mai Loc (base d'appui feu), sur les embuscades des VC, les altercations entre les militaires, la précision des descriptions des missions commandos, les combats, l'auteur convie son lecteur à un véritable Voyage au bout de l'enfer. En compagnie de Hanson et sa fine équipe, on pénètre au coeur de la jungle, on sent les vibrations des hélicoptères, on est assourdi par les explosions, on est aveuglé par les tirs, on se prend à vouloir tirer sur tout ce qui bouge tant l'histoire est captivante et bouleversante. Puis on termine sa lecture sur un sentiment étrange. Réglant peut-être ses comptes avec sa propre guerre, Kent Anderson remet en cause la perception que l'Amérique a d'elle-même en prêtant ces quelques mots à son héros rebelle : "Les américains étaient des dilletantes, plus préoccupés par leur propre vie que motivés pour tuer l'ennemi. La plupart d'entre eux n'avaient pas appris que c'est dans l'agression qu'il faut chercher le salut, et non dans la prudence." Et la force du récit tient dans ce constat vertigineux que l'ennemi n'est parfois autre que nous-mêmes. Décriant l'absurdité bureaucratique de l'armée et l'hypocrisie du gouvernement américain, Kent Anderson, qui a servi comme sergent aux forces spéciales, rapporte de son séjour au Nam un roman d'une profonde portée... Génial !
Lien : http://embuscades-alcapone.b..
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Jackiedream
  04 juillet 2017
Je persévère dans ma lecture de livres sur la guerre du Vietnam, sujet qui me passionne. Ici on suit particulièrement le soldat Hanson, qui fait partie des Bérets verts.
La chronologie est assez originale, il y a des allers-retours. Après la première partie se déroulant au Vietnam, on est transporté dans le passé, au moment où Hanson s'engage dans l'armée et effectue sa formation. Cette partie sur la préparation à la guerre est probablement l'une de mes préférées. Si vous avez vu Full Metal Jacket de Kubrick, vous verrez les similitudes !
Il y a également un passage où Hanson revient au bercail après avoir servi au Vietnam, et il est tout simplement incapable de s'intégrer à la société et de revenir à son ancienne vie. En fait, j'ai beaucoup aimé tout l'aspect périphérique au Vietnam, l'avant et l'après. Sinon, les passages parlant du Vietnam en lui-même m'ont moins marquée, par rapport aux autres oeuvres que j'ai déjà lues.
Cependant, intéressante est la rivalité entre les différents corps de l'armée. On voit également que les américains ont bien du mal à intégrer les vietnamiens - ceux qui sont de leur côté, j'entend - à la guerre. Il y a une vraie atmosphère de folie aussi, les soldats perdent carrément les pédales et se révèlent assez violents. J'ai beaucoup aimé le trio Hanson, Silver et Quinn, leur amitié est très belle.
Enfin, j'ai adoré les dernières pages. Je ne vais pas vous spoiler, mais j'ai trouvé ça très original et la description de cette dernière scène de combat est à couper le souffle.
Mention spéciale au style, il faut s'y habituer mais je l'ai trouvé assez recherché. Je vous conseille ce livre si vous voulez un aperçu brut et très réaliste de la guerre, et plus spécialement du Vietnam.
Lien : http://lantredemesreves.blog..
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TJAC
  05 janvier 2014
Le livre raconte l'histoire d'Hanson, un jeune américain cultivé, ayant fait des études, qui va se retrouver dans les forces spéciales américaines au Vietnam. le livre montre comment un jeune homme "normal" peut basculer, se transformer en une machine de guerre qui n'a de but que de tuer, une personne n'ayant plus grand chose d'humain.
Il faut savoir que l'auteur du livre, Kent Anderson, est un ancien sergent des forces spéciales qui a servit au Vietnam. La vision qu'il nous donne à voir est donc particulièrement réaliste. C'est un élément frappant du livre.
Concernant les forces spéciales (FS) américaines, ces fameux bérets verts, les détails foisonnent et nous plongent très vite dans leur univers. Ces détails concernent aussi bien des techniques de combat que les combats eux-même, des anecdotes sur les conditions de vie, sur l'ennemi, etc.
On nous explique par exemple que la moindre pièce d'équipement susceptible de faire du bruit était arrimée à la bande adhésive. Ainsi, le seul bruit perceptible des soldats en manoeuvre était celui des bottes dans la boue. On apprend que l'on peut reconnaître un "vieux routier de l'asie du sud est" aux cals cicatriciels épais et noueux présents autour des chevilles, oeuvre des sangsues .. que les forces spéciales qui interviennent derrière les lignes ennemis, n'utilise que du matériel qu'ils disent "stérile", matériel qui en cas de prise ne permet pas de remonter jusqu'aux états unis .. On découvre que les FS ont à disposition tout un tas de pilules leur permettant de rester éveiller, de ne plus ressentir la douleur, d'avoir de l'énergie .. La journée des soldats commençaient pour certain par une pilule et une gorgée de bière ..
On se rend alors compte que les bérets verts sont réellement à part. Une sorte de microcosme au sein même de l'armée, avec ses propres règles, son propres matériel, sa propre confrérie. En témoigne par exemple un écriteau qui porte à réfléchir, positionné sous une tête de mort à l'entrée du campement : "NOUS TUONS POUR PRESERVER LA PAIX". Ou cette autre anecdote décrivant comment les bidasses des forces spéciales, lorsqu'ils se rendaient en classe au pas de course, ne rompaient pas la cadence en passant sur le pont malgré le panneau qui en donnait l'ordre. Au contraire, ils mettaient un point d'honneur à maintenir le rythme. (Il est bien connu que les soldats ont ordre de ne plus marcher au pas/courir en rythme sur un pont pour ne pas le faire entrer en résonance).
En plus de cette vision de son corps d'armé, l'auteur nous partage la vision du Vietnam telle qu'elle existait à l'époque. Il nous explique qu'il était alors difficile de croire réellement au Vitenam. On découvre certaines pratiquent comme la guerre psychologique ou des hélicoptères de l'action psychologique équipés d'enceinte braillaient à tue-tête des musiques funéraires et des pleurs de petits orphelins. Que si un soldat venait à tuer un civil, il fallait absolument lui mettre une arme entre les mains car au Vietnam on ne tuait pas de civils.
On entrevoie également la place de l'opinion public et comment elle a pu influencer cette guerre.
L'histoire tourne autour de 3 personnages principaux, trois bérets verts, trois potes. Chacun a son caractère, sa personnalité, mais tous trois se retrouvent autour de cette unité omniprésente : les FS. Et c'est en suivant ces personnages que l'on assiste à la transformation de Hanson. Avec un récit organisé sous forme de saut dans le temps alternant période du Vietnam (qui pourrait correspondre au présent du récit) et période d'apprentissage d'Hanson (qui correspondrait alors au passé) on comprend pourquoi ces hommes une fois rentrés chez eux, ne souhaitent qu'une chose : rentrer dans leur nouvelle maison : le Vietnam. On touche du bout du doigt ce qui a pu les amener à se transformer en des machines de guerre qui ne se retrouvent eux-même qu'une arme à la main, à combattre.
Le récit est très intéressant, poignant, saisissant. A conseiller à tous les amateurs du genre !
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encoredunoir
  25 juillet 2013
« Hanson était allongé sur le dos et regardait les nuages défiler à travers le toit d'épineux, en souriant dans le noir. Il était à près de quinze mille bornes de chez lui, en plein milieu d'un carré de broussailles, en train de participer à une opération transfrontalière illicite, cerné de toutes parts par l'ennemi, et il était heureux. Bien sûr, il y avait la peur, mais il était aussi heureux que possible, aussi heureux qu'il avait jamais rêvé de l'être. La seule chose dont il avait à s'inquiéter, c'était de rester en vie. S'il se plantait, il mourrait, et tous ses problèmes seraient terminés. »
Avec Sympathy for the devil, Kent Anderson présente le parcours de son double, Hanson, appelé sous les drapeaux en pleine guerre du Vietnam et qui a fait le choix de s'engager dans les forces spéciales, les fameux bérets verts, pour ne pas devenir une simple piétaille destinée à servir de chair à canon. Pour pouvoir choisir sa mort, en quelque sorte. Ainsi de ses classes à son deuxième séjour au Vietnam en passant par un retour écourté au pays pour cause de paranoïa aigüe et d'incapacité à retrouver la vie civile, on suit pas à pas ce soldat entré dans l'armée sans le vouloir et qui s'est mis a aimer la guerre.
« Hanson avait été entraîné à tuer, c'était là le grand art qu'avait su maîtriser sa jeune vie et, lorsqu'il se sentait bien, une partie de lui-même aspirait à tuer quelqu'un, comme d'autres mouraient d'envie de courir, de skier, de danser ou de déclencher une bagarre dans un rade. »
Autant dire que le roman d'Anderson apparaît de prime abord peu moral – ce que confirme rapidement la suite – avec ce héros qui s'est découvert un talent pour le moins dérangeant, ainsi qu'il s'en aperçoit lorsqu'il revient aux États-Unis après son premier tour au Vietnam, et qui, conscient de son statut de soldat d'élite, méprise plus encore le reste de son armée que les soldats adversaires. Ce que dépeint Anderson, c'est au-delà de la camaraderie, des liens qui se tissent entre Hanson, ses amis bérets verts et les Montagnards qui les accompagnent, c'est toute l'absurdité d'une guerre – la première guerre « rock'n'roll », comme le dit un personnage – menée avec une incompétence confondante et des hommes inexpérimentés (« Les recrues qu'on leur balançait était de plus en plus souvent des criminels analphabètes ou des drogués incapables d'obéir aux ordres. Les gradés n'avaient d'ailleurs rien à leur envier. Certains de ces jeunes sous-lieutenants appelés n'avaient même pas les compétences suffisantes pour gérer un magasin 7-Eleven, pour ne rien dire d'une unité combattante. ») destinés à mourir ou à flirter dangereusement avec la folie meurtrière.
Tout cela décrit non pas froidement mais avec au contraire une fascination pour la guerre et la mort que l'auteur amène le lecteur à partager par le biais d'une écriture non dénuée d'humour, à travers des scènes de combats efficaces, et, surtout, des dialogues et des réflexions qui peuvent apparaître moralement choquants mais contrebalancés par le sentiment de camaraderie qu'arrive à faire passer Anderson. C'est toute cette ambigüité troublante qui, par ailleurs, donne à ce roman une réelle épaisseur et en fait un témoignage fort sur l'absurdité d'une guerre vécue comme telle par ceux qui la font.
On pense évidemment en lisant Sympathy for the devil aux films que l'on a vus à ce sujet, de Platoon (pour la peinture du quotidien des soldats et des conflits internes) à Full Metal Jacket (pour les classes, notamment) en passant par Apocalypse Now (pour la folie de Kurtz) ou Rambo (le premier, tiré du Premier sang de David Morrell, pour le difficile retour à la vie civile) ; mais il y a chez Anderson un supplément d'âme, cette capacité à créer un véritable malaise face à la fascination qu'exerce son récit sans pour autant vous pousser à le lâcher. Un roman d'une rare puissance.

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Citations & extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
miladomilado   15 octobre 2017
Les chars et les APC étaient pis qu'inutiles, dans la fluide guérilla de la jungle mais lorsque les militaires disposent d'un matériel donné, ils doivent impérativement s'en servir et justifier, par cet usage, la production proliférante dudit matériel. C'était bon pour l'Economie. Les sénateurs devaient veiller à maintenir le niveau de l'emploi dans leur district, et même l'accroître, s'ils tenaient à être réélus, et le Pentagone, de son côté, désirait ardemment entretenir la bonne volonté des sénateurs à son égard, pour qu'ils continuent de lui voter les budgets militaires appropriés. Et si un brigadier général comme Frédéric Hart voulait sa seconde étoile, il avait intérêt à utiliser le matériel, et même avec enthousiasme.
Résultat, on assistait à ce spectacle de quatre mômes tout juste sortis du lycée montés sur un char d'un million de dollars et traquant quatre mômes en pyjama noir.
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TJACTJAC   05 janvier 2014
Le trajet jusqu'à la salle de classe, effectuée au pas cadencé, impliquait de traverser un petit point d'acier qui franchissait le cours d'eau pollué. Un panneau à l'entrée du pont précisait bien de "rompre la cadence pour traverser les pont", mais vingt-cinq bidasses des Forces Spéciales mettaient un point d'honneur à désobéir à cet ordre. Ils continuaient d'avancer au pas cadencé, à l'unisson et le pont pliait sous leurs bottes et vibraient en se balançant follement. C'était la leur façon de marquer le coup, le petit geste qui soulignait le mépris qu'ils nourrissaient pour les règles, panneaux et consignes diverses, la prudence en général, l'armée régulière, et pour tous les soldats qui n'étaient pas comme eux des fonceurs, de vilains emmanchés pleins de poils, botteurs de fesses, énucléeurs sans merci et couillus fabricants de veuves et d'orphelin.
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encoredunoirencoredunoir   25 juillet 2013
Les recrues qu’on leur balançait était de plus en plus souvent des criminels analphabètes ou des drogués incapables d’obéir aux ordres. Les gradés n’avaient d’ailleurs rien à leur envier. Certains de ces jeunes sous-lieutenants appelés n’avaient même pas les compétences suffisantes pour gérer un magasin 7-Eleven, pour ne rien dire d’une unité combattante.
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TJACTJAC   05 janvier 2014
Courir avec la compagnie, c'était devenu l'une des briques de ce mur volant lancé à pleine vitesse, qui pouvait broyer tout ce qui s'opposait à sa progression, des kilomètres de rangers gauche s'abattant en cadence, courant au delà de toute endurance humaine ; ne faisant strictement jamais appel au processus du raisonnement, mais fondé sur la seule certitude - si longtemps nourrie et confirmée par chaque fracas, chaque lourd piétinement de cette botte de saut de parachutiste, montante, criée et polie à la graisse de salive, qu'il n'était même plus besoin de la formuler à l'aide de mots, ni encore moins question de la mettre jamais en doute - qu'aucun d'entre eux ne mourrait jamais.
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LalainLalain   18 juin 2016
Dans l'armée, avait-il fini par comprendre, la seule chose que vous possédez en propre, c'est l'espace qu'occupe votre corps. C'est là tout ce qu'ils vous laissent vous approprier, et il n'y a nulle part ailleurs où aller.
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