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Maryvonne Pettorelli (Traducteur)Clélia Piza (Préfacier, etc.)
EAN : 9782070728152
176 pages
Gallimard (03/03/1995)
3.67/5   3 notes
Résumé :
À sa parution au Brésil, en 1927, ce roman fit scandale tandis qu'il suscitait l'enthousiasme d'une poignée de happy few. Certes, l'anecdote que relate Mário de Andrade est d'une candide immoralité : un industriel de São Paulo engage pour ses enfants une gouvernante, Fraülein Elza, qui, sous couvert d'allemand et de piano, enseignera l'amour au fils aîné - le «véritable amour», correspondance des âmes autant que correspondance des corps. C'est la profession que s'es... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Aimer, verbe intransitif, (très bien) traduit en français, date de 1927 (où il fit scandale). Mário de Andrade (qui mourra en 1945) a alors trente-quatre ans. Il est l'un des plus grands érudits du Brésil: poète «moderniste», il écrira aussi Macounaïma (traduit chez Flammarion), fait des études de musicologie et traverse le Brésil dans tous les sens pour mieux en recueillir le folklore (sur lequel il travaillera avec Claude Lévi-Strauss, arrivant à São Paulo dans les années 30). En 1927, l'Allemagne n'est non plus guère hitlérienne, précision importante puisque, au coeur d'Aimer, verbe intransitif, il y a «Fräulein». le roman raconte indéniablement l'histoire d'un apprentissage. Mais de quoi? de la grammaire, sans doute. Mais quelle grammaire? Celle de l'allemand, de l'amour ou de l'existence? Et qui est élève, qui est professeur?

L'intrigue débute lorsqu'une Allemande de trente-cinq ans est engagée dans la famille Sousa Costa, constituée du père, de la mère, de trois petites filles et d'un adolescent. A priori, on a tendance à penser que son travail consiste à enseigner l'allemand aux quatre enfants. Et Dieu que la culture allemande est différente de la brésilienne. «Le fait d'être d'origine allemande ne veut rien dire. Il y a dans tout homme un Allemand latent qui ne se montre pas par lâcheté ou timidité. J'admire les Allemands de n'être ni lâches ni timides.» le narrateur précise sa pensée un peu plus tard, quand l'héroïne est dans une situation plus douloureuse: «Fräulein souffre. Et parce qu'elle souffre, elle est autre chose, au-delà et plus que Fräulein, au-delà et plus qu'allemande: elle est un petit être humain.» Il y a chez Mário de Andrade un humour permanent qui n'est pas à proprement parler une ironie tant il conserve, au sein de leurs faiblesses, une totale compassion pour ses personnages qui, à un moment ou un autre, deviennent chacun «un petit être humain» et doivent donc apprendre la dure grammaire de l'existence: «Seul le présent est réalité. L'avenir, quel sera-t-il? Va-t-il suivre la conjugaison des verbes réguliers? Etre irrégulier? A moins que patrie et famille ne soient défectifs et qu'il n'y ait pas de futur?...»

«L'amour est une chose qui s'enseigne? Je tiens que non. A moins que si. Fräulein avait une méthode bien à elle.» La «professeure d'amour» exerce un métier très particulier mais qu'elle juge fort convenable et qui ne l'empêche nullement d'avoir de l'«orgueil professionnel» (ni celui-ci d'être blessé). «L'amour est une chose qui s'enseigne? Je crois que non. Elle croit que si. C'est pour cela qu'elle n'est pas descendue au jardin, il lui faut se garder. Elle veut montrer que le devoir passe avant les plaisirs de la chair. Il passe avant.» Carlos, l'adolescent qui ne faisait certes pas d'extraordinaires progrès en allemand sous la férule de Fräulein, ne va pas tarder à se montrer meilleur élève en une autre matière. Il y a des choses qu'il faut faire proprement. Comme le père en convainc la mère: «En un rien de temps, Carlos se retrouverait syphilitique ou avec ces autres maladies abominables, une loque!» le devoir de ses parents est évidemment d'éviter ça à tout prix. Tant mieux, alors, si Fräulein se fait fort d'enseigner au gamin «l'amour sincère, élevé, nourri de sens pratique, sans fols débordements». La vérité est pourtant qu'on ne maîtrise jamais absolument tout dans ce genre d'affaire. «La vie, que diable, ce qu'on fait dans l'existence, ce n'est pas comme l'art expressionniste, qui peut se permettre d'être nébuleux ou synthétique.»

«Lorsque les vérités jaillissent du coeur, nous leur donnons, nous, intellectuels, le vilain nom d'aveux. Carlos n'avait fait que se confesser, il n'avait rien appris de la vérité qu'il venait d'énoncer. Ce n'est qu'en passant du coeur au cerveau que l'aveu se transforme en vérité. le professeur est le barreur de ce trajet.» Fidèle à l'apparence pédagogique de l'intrigue de son roman, Mário de Andrade ne cesse d'inventer divers aphorismes pour commenter la conduite de ses personnages principaux. Il répond aussi au reproche prêté à son lecteur et selon lequel «Fräulein manque de cohérence... Mais j'aimerais bien savoir qui dans l'amalgame qu'est ce monde pratique la cohérence! Nous sommes des amalgames bâtards, des incohérences hallucinantes, des moitiés, des trois quarts, au mieux des neuf dixièmes. Je tiens même que faisant le tour complet, de São Paulo à São Paulo de ce globe qualifié avec une justesse éloquente de terrestre, on n'y trouverait pas une seule personne achevée.»

Mais il n'y a pas d'enseignement sans souffrance. «Quel prestidigitateur que le subconscient! Il vous extrait des chairs les choses les plus inattendues! On n'y pense pas (...), on ne veut pas, et brusquement, sans raison, un mot sort comme on éternue. Se suicider? Jamais, rassurez-vous, Carlos ne se suicidera, le mot a surgi sans avoir été convoqué.» L'adolescent grammairien, quand même, va changer. «Peut-être alla- t-il même dans ces moments-là jusqu'à réclamer intransitivement un corps, n'importe quel corps...» N'empêche: «Il y avait déjà bien des éléments conventionnels dans cette tristesse.» Bien sûr: l'originalité ne peut pas s'enseigner ­ à moins d'admettre que le roman de Mário de Andrade, dont l'intrigue est aussi hors de l'ordinaire que la façon de la raconter, soit réellement un roman pédagogique.-
Lien : http://www.liberation.fr/liv..
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
Carlos, ces trois jours, vécut? Je ne sais si atteindre au bonheur

extrême, en être transporté, éprouver que l'extase bien que superlative continue d'augmenter et constater qu'elle peut augmenter encore, je ne sais... si cela c'est vivre. Le bonheur a si peu à voir avec la vie que, nageant dans le bonheur, on oublie qu'on vit. Une fois enfui, il ne nous reste ensuite, qu'il ait peu ou beaucoup duré, que l'impression d'une seconde. A peine; l'impression d'un hiatus, d'une erreur de syntaxe vite corrigée, vertige où se perd la confiance de soi. Et nous reste en prime le sentiment que nous sommes derechef retombés dans la vie et ne connaîtrons plus désormais des portes du Paradis que la souffrance de l'interdit. Carlos ces trois jours, j'en ai la conviction, ne vécut pas
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