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ISBN : 2330109326
Éditeur : Actes Sud (05/09/2018)

Note moyenne : 4/5 (sur 10 notes)
Résumé :
En avril-mai 1988, l'affaire de la prise d'otages de la grotte d'Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, s'est soldée par une intervention militaire et un bilan de 21 morts, dont 19 Kanaks. Parmi eux, Alphonse Dianou, vingt-huit ans, meneur charismatique du FLNKS. Parti enquêter sur ce personnage complexe, Joseph Andras a rencontré, sur un atoll du bout du monde, des citoyens français dont beaucoup rêvent d'indépendance. Un livre qui entend participer au débat alors que s'org... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Warrenbismuth
  01 décembre 2018
Après un formidable et très remarqué « de nos frères blessés » (Goncourt du premier roman 2016, prix refusé par l'auteur), Joseph ANDRAS, reprend sensiblement les mêmes ingrédients un peu plus de deux ans plus tard pour ce « Kanaky ». Récit historique basé sur les tristement célèbres événements de la prise d'otages de la grotte d'Ouvéa en Nouvelle-Calédonie en avril/mai 1988.
Même si les relations, bonnes et surtout mauvaises, entre la France et la Nouvelle-Calédonie sont anciennes, avec ces drames, ces meurtres, ces déroutes (l'auteur en dresse un bref historique très instructif) le point culminant semble se profiler avec le « référendum Pons » sur l'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie en septembre 1987 et le boycott par les indépendantistes, suivi du « statut Pons » en 1988, très défavorable aux « Kanak » (les indépendantistes). Puis c'est l'escalade jusqu'à l'attaque de la gendarmerie de Fayaoué le 22 avril 1988 par les indépendantistes, tuant quatre gendarmes avant la prise d'otages dans la grotte Watetö de l'île d'Ouvéa qui se soldera par 19 kanak tués ainsi que 2 gendarmes.
Cela, ANDRAS le raconte à merveille dans ce bouquin historique très documenté, très militant, très critique sur la politique française de colonisation en Nouvelle-Calédonie. le but avoué du projet littéraire : « Comprendre qui était Alphonse DIANOU, par-delà la prise d'otages suffisamment documentée, et saisir ce qui le mit en mouvement ; raconter à travers la trajectoire d'un individu une lutte collective aux racines fort anciennes ; donner la parole à celles et ceux que cette histoire implique en premier lieu et n'être qu'une courroie, narrateur assemblant comme il le peut les morceaux vivants et disparus ».
Au coeur de ces événements, Kahnyapa DIANOU (Alphonse DIANOU pour la France), chef de file du mouvement indépendantiste kanak aux côtés de Jean-Marie DJIBAOU le « leader » du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste). DIANOU est l'un de ces utopistes non violents adepte de GANDHI, que le pacifisme a forgé mais aussi déçu. Les témoignages sont formels : DIANOU, homme croyant, d'une foi pure, contre l'usage des armes à feu, ne peut avoir tué de gendarmes ni même ordonné de tirer sur eux. Répondre sur ce point est d'une importance capitale car DIANOU est mort lors de l'attaque de la grotte d'Ouvéa par des forces françaises soucieuses d'en libérer les otages.
C'est d'autant plus crucial que l'assaut des forces de l'ordre a lieu pendant l'entre-deux tours de l'élection présidentielle française durant laquelle chiraquiens et mitterrandiens ne vont cesser de s'envoyer des peaux de bananes ou des savonnettes mouillées entre les pattes. Tous les coups sont permis ! Il semble que c'est bien du côté de l'atoll d'Ouvéa que le résultat final se joue, l'enjeu politique calédonien est énorme, donc chaque parti va mettre le paquet, oubliant juste accessoirement que derrière cette tragédie il y a des êtres humains et un peuple. le contexte politique de l'époque en métropole est majeur et biscornu dans cette affaire : en effet, depuis 1986 la France vit sa première cohabitation, la gauche préside mais la droite décide, les couteaux sont aiguisés et les grenades prêtes à exploser, d'autant que les médias sont friands de cette lutte sans merci entre deux partis politiques historiquement ennemis, le P.S. et le R.P.R.
Dans cette quête de la vérité, ANDRAS réalise un vrai travail journalistique, collectant les archives, allant sur place rencontrer divers témoins de tous bords, maîtrisant jusqu'à la perfection la mise en place et en scène des indices car, s'il sait bien d'où il vient, il n'en oublie pas sa famille de combat, celle du coeur : « ʺJ'aimais la Franceʺ, écrivit encore le général dans ses mémoires ; je l'aimais aussi, sans imparfait, mais s'il faut un récit au pays, n'empruntons pas la plume des puissants – le nôtre s'écrit à l'encre des omis, des sans-parts, des incomptés, de ceux ʺqui ne sont rienʺ ». Deux fils conducteurs se répondent à chaque chapitre : son enquête actuelle et, en italiques, les événements de l'époque, jour après jour, présentés sous forme de compte à rebours jusqu'à l'attaque de la grotte. C'est extrêmement minutieux, extrêmement sérieux et, ce qui ne gâche rien, extrêmement bien écrit.
Le boulot d'ANDRAS n'est pas sans rappeler celui d'Eric VUILLARD : s'appuyer par exemple sur une photographie pour la faire parler, lui faire raconter le passé, jusqu'à désincarcérer le détail. Tout comme dans « de nos frères blessés », ANDRAS s'insurge contre la colonisation. La première fois elle était traitée pendant la période de la guerre d'Algérie avec la figure de Fernand IVETON, militant communiste guillotiné par l'État français, ici elle est dénoncée par le biais de DIANOU et du drame d'Ouvéa. Et les deux résultats littéraires sont proprement prodigieux. ANDRAS est déjà un grand à seulement 35 ans. Sa force est aussi dans son intérêt plein mais mesuré, sa compassion non aveugle. Il ne voit pas en DIANOU une figure parfaite à laquelle lui, Joseph ANDRAS, aurait aimé ressembler : « J'admets n'être guère sensible au verbe religieux d'Alphonse DIANOU et de certains des siens, fondations matérialistes obligent, mais là n'est plus la question puisqu'ils ont une réponse, la seule qui vaille, Dieu ou non, en cette Terre combien mal ficelée : ne pas plier ».
Avec ce « Kanaky » il frappe très fort, et son bouquin sorti chez Actes Sud peu après la grand-messe de la rentrée littéraire 2018 ne s'est de fait positionné sur aucun prix. Pourtant il est à mon avis sans doute LA véritable sensation de cette rentrée, un sans-faute absolument éblouissant et se terminant comme une apothéose avec une bibliographie solide et même très imposante sur le sujet développé, pour bien montrer que l'auteur n'a rien laissé traîner. Son enquête lui aura pris deux ans et demi de sa vie, et le moins que l'on puisse dire est que ce ne fut pas du temps perdu. Bravo.
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michdesol
  24 novembre 2018
Il s'agit ici d'un portrait d'Alphonse Dianou, le meneur la prise d'otage d'Ouvéa en Nouvelle-Calédonie » en 1988 par des indépendantistes kanaks, qui se termina tragiquement.
Ce « récit » (il ne s'agit pas d'un roman) est aussi une enquête menée sur place par Joseph Andras qui rencontre les témoins de cette tragédie et les proches de Dianou, une enquête qui alterne habilement avec la recension de la prise d'otages vue sous divers angles et qui met particulièrement en valeur le rôle néfaste et intéressé (criminel ?) des politiques en pleine élection présidentielle.
Le portrait dressé par l'auteur d'Alphonse Dianou est ici loin de celui qui fut fait à l'époque par les médias métropolitains et les politiques alors au pouvoir.
Au delà de ces événements, ce livre est aussi une réflexion sur le tropisme colonialiste de la France, aux conséquences sanglantes encore en 1988.
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Niki
  22 février 2019
Ce livre est d'abord une enquête journalistique, minutieuse et documentée, sur les événements de 1988 qui ont conduit au massacre des Kanaks réfugiés dans la grotte d'Ouvéa après l'assaut de la gendarmerie qui a mal tourné. Joseph Andras s'attache tout particulièrement à la personnalité d'Alphonse Dianou, considéré comme le meneur, et montre un militant sincère, engagé, qui mettait alors en doute la politique de la non-violence qu'il avait prônée jusque-là. Andras dénonce aussi avec passion la politique coloniale de la France dans ce petit coin du Pacifique, les basses oeuvres de l'armée, qui a retrouvé ses réflexes de la guerre d'Algérie pendant cet épisode, qui a mis en état de siège les villages autour de la grotte, qui a assassiné de sang froid plusieurs militants kanaks après l'assaut, dont Alphonse Dianou ; il dénonce l'assaut décidé par Chirac pour des raisons bassement politiciennes, et avalisé par Mitterrand, parce que finalement, les socialistes se sont toujours retrouvés dans le camp de l'Etat colonial contre tous les indépendantistes. Andras a aussi un style, qui rend agréable la lecture de son livre. Et puis, il aime les gens, en particulier ces Kanaks qu'il prend le temps de rencontrer, de connaître, en passant des mois en Nouvelle-Calédonie. Cela fait aussi tout l'intérêt du livre.
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girafeneuf
  28 août 2018
Il est de retour ! Nous sommes le 28 août et je savoure ! J'avais découvert cet auteur en 2016, avec son premier roman de nos frères blessés ! Quelle claque ! J'ose : je vous renvoie à ma chronique qui est encore bien faible pour ce que j'ai ressenti à la lecture de ce livre ! Ici, il s'agit encore d'un portrait dont cet auteur a le secret du choix, de la méthode de recherches et de la façon dont il nous le transmet. Je me plonge avec bonheur dans son écriture que je retrouve sans pour autant oser parler de style propre même si ça me titille sérieusement, sa curiosité que je rejoins, son engagement qui me marque toujours autant, son attention à tellement de détails qui font, entre autre, la richesse de ses deux romans ! Cette chronique va évoluer lorsque j'aurai terminer ma lecture !
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critiques presse (1)
LeMonde   02 novembre 2018
Chercher le point de bascule, quand la personne que l’on croyait connaître devient quelqu’un d’autre. Telle est l’obsession au cœur du récit tortueux de Joseph Andras.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
michdesolmichdesol   24 novembre 2018
Chirac perdait patience – le Premier ministre, écrira l'officier général de gendarmerie Alain Picard en 2008, était « persuadé qu'une libération simultanée des otages du Liban et de Nouvelle-Calédonie lui permettrait de prendre un avantage décisif sur François Mitterrand ». Il décida de renforts : le 11e régiment parachutiste de choc – connu pour sa maîtrise de la « pacification » en Indochine puis en Algérie et commandé un temps par un certain Aussaresses, l'auteur de sinistres Mémoires – ainsi que le commando Hubert.
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rkhettaouirkhettaoui   02 octobre 2018
Le journaliste examine, l’historien élucide, le militant élabore, le poète empoigne ; reste à l’écrivain de cheminer entre ces quatre frères : il n’a pas la réserve du premier, le recul du second, la force de persuasion du troisième ni l’élan du dernier. Il a seulement les coudées franches et parle à même la peau, allant et venant, quitte à boiter, entre les certitudes et les cancans, les cris du ventre et les verdicts, les larmes aux yeux et l’ombre des arbres.
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rkhettaouirkhettaoui   02 octobre 2018
“Écrire à propos d’Alphonse Dianou, et de la lutte du peuple kanak pour son indépendance, ne se fera pas sans l’approbation et l’implication des premiers concernés. La fiction permet cette liberté, mais la réalité impose un consensus. Car la lutte continue” – et à cette manière combien singulière qu’il avait, attablé, de mouvoir ses si longues mains dans le clair-obscur de la salle tout en parlant, grave, ferme, la voix sans un tressaut et les yeux forant ceux de son interlocuteur. Il m’avait avoué ses vives réticences initiales – “C’est aux nôtres d’écrire notre histoire” – et la révision de son jugement après qu’il eut discuté avec sa tante, la sœur d’Alphonse Dianou.
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rkhettaouirkhettaoui   02 octobre 2018
L’alcool, reprend Hélène, le préoccupait au plus haut point. Le colonialisme l’a apporté dans ses bagages et il pourrait pas à pas, soupire-t-elle, avoir la peau du peuple kanak. Je songe une fois encore au jeune Hô Chi Minh, pestant dans de bien puissantes pages, d’un Paris qu’il habita plusieurs années au sortir de la Grande Guerre, contre “l’empoisonnement des indigènes” rendu possible par l’augmentation des débits d’alcool et d’opium, “la baïonnette de la Civilisation capitaliste” et “la croix de la Chrétienté prostituée”.
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girafeneufgirafeneuf   28 août 2018
Le journaliste examine, l'historien élucide, le militant élabore, le poète empoigne; reste à l'écrivain de cheminer entre ces quatre frères : il n'a pas la réserve du premier, le recul du second, la force de persuasion du troisième ni l'élan du dernier. Il a seulement les coudées franches et parle à même la peau, allant et venant, quitte à boiter, entre les certitudes et les cancans, les cris du ventre et les verdicts, les larmes aux yeux et l'ombre des arbres.
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