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Critique de ladesiderienne


ladesiderienne
  23 juin 2019
C'est grâce à Babelio que j'ai découvert ce livre au procédé original : deux histoires écrites par deux auteures différentes basées sur le même scénario de départ.
14 juillet 2004, le Quesnoy, une petite bourgade du Nord, Patricia emmène sa fille Jessica, 6 ans, admirer le feu d'artifice pendant que Coline, la jumelle de cette dernière, punie après une grosse bêtise, est restée à la maison avec son père Thierry, rongée par la jalousie. A partir de cet instant-là, les deux récits divergent.

Amélie Antoine a écrit "Sans elle". Un instant d'inattention au milieu de la foule et dans l'obscurité de ce soir de juillet, Patricia perd la fillette du regard. Une petite seconde et une vie qui disparaît. L'enquête de police ne donnera rien, pas le moindre indice susceptible d'éclaircir le mystère. Coline devra apprendre à vivre dans l'ombre du fantôme de sa soeur, près de sa mère détruite par le drame et loin d'un père qui ira se reconstruire un foyer ailleurs.

Solène Bakowski dans "Avec elle" décrit ce qu'aurait été l'existence commune des jumelles. Pas de disparition au milieu des pétards du 14 juillet, mais une rencontre entre Patricia et un jeune homme qui signera le début d'un adultère auquel son couple ne survivra pas. Au milieu des disputes de leurs parents, les fillettes trouveront leur salut dans le duo fusionnel qu'elles forment. Mais rythmée par les "Je t'aime, moi non plus" dictés par Jessica, experte en manipulation, leur relation sera faite de haut et de bas, gangrénée par la jalousie. De caractère opposé, plus effacée, se jugeant moins jolie, Coline souffrira beaucoup de cette situation.

J'ai beaucoup aimé l'idée de ce scénario bi-directionnel. Les deux récits sont édités tête-bêche, à noter que cela donne un livre très lourd de plus de 600 pages, dont on peut cependant souligner les magnifiques couvertures. L'idée d'intituler chaque chapitre par un verbe qui le résume comme par exemple "Basculer", "Paniquer", "Comprendre" est plutôt intéressante, cela rythme chaque étape dans le lent processus. Dans chaque histoire, on retrouve les mêmes personnages mais leurs actions sont différentes. Il suffit parfois de presque rien pour faire basculer le destin.
"Sans elle" nous fait partager la vie d'une famille détruite par la disparition d'un de ses membres. Chacun devra vivre avec la culpabilité ancrée en soi et empêtré dans son propre chagrin sera aveugle à la douleur de l'autre. Le manque de dialogue fera le reste. Le lecteur vit comme eux une douloureuse attente dans l'espoir de savoir enfin ce qu'il est advenu de Jessica. Il assiste, impuissant, aux difficultés de Coline, victime collatérale du destin, pour grandir près d'une mère qui ne vit que dans le souvenir de son autre enfant décédée. Par son style, l'auteure que je découvre, a bien su faire ressortir toute l'intensité dramatique du récit.

Je dois reconnaître que j'ai beaucoup moins aimé "Avec elle" de Solène Bakowski, auteure que je découvre également. Je pense que la tâche était beaucoup plus difficile pour elle, le mystère de la disparition n'étant pas là pour mettre en scène la tragédie à venir. Elle a basé son histoire uniquement sur la relation chaotique des jumelles et la souffrance que cela engendre chez Coline tout particulièrement. Son manque de réaction face au despotisme de Jessica m'a exaspérée et j'ai trouvé le récit profondément ennuyeux et certains évènements moins crédibles.

A la fin de cette lecture, je reste partagée. Le procédé était très intéressant mais peut-être compliqué à exploiter. L'une a joué sur le sensationnel d'une disparition mystérieuse et la complexité du mécanisme du deuil. L'autre a fait avec la banalité de relations adultérines, préférant s'étendre sur l'énigmatique rapport entre jumeaux. J'accorde donc une note de 11/20, faisant une moyenne entre les deux histoires.
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