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sur 737 notes
Si pour des raisons obscures, vous décidez d'ouvrir ce roman, soyez certains que vous n'en sortirez pas indemnes...

Amélie Antoine signe son sixième roman, un roman bouleversant, dérangeant et à vif. Ce roman est un brasier qui s'enflamme crescendo, vous voilà prévenus...

D'un côté, la famille Mariani, à la tête de cette famille de deux enfants, on retrouve Claire et Frédéric. Claire est confinée chez elle ou elle s'essaie à la couture tandis que son mari peine à trouver un sens à sa vie enlisé dans un travail en tant que directeur d'entreprise qui ne l'épanouit pas. Il frôle les murs tel un fantôme afin que personne dans ses collègue ne s'aperçoive de l'ennui qui le submerge. Il est proche du bore-out. Leurs enfants, Sarah et Clément. Sarah a 14 ans et se retrouve coincée dans des soucis de diabète. Complexée par son cathéter et ses injections, elle vit très mal ce souci de santé.

De l'autre côté, il y a la famille Kessler et à son bord, Laeticia et Yanis les parents, Marjorie, Orlane et Ezio les enfants. Laeticia est infirmière indépendante, Yanis responsable des transports en commun. La famille déménage dans le même quartier que la famille Mariani.

Tout ce petit monde aurait pu trouver son bonheur si pour des raisons obscures, l'un ou l'autre n'avait pas décidé de bifurquer sur une route dangereuse.
La première partie de ce brûlant roman s'attarde sur la psychologie des parents, tous enfoncés dans des non-dits, des choix indélicats, des mensonges. le silence et le manque de communication se montrent palpables dans cette première partie. On ressent tout le travail d'Amélie Antoine à donner corps à ces deux familles, on s'exaspère de leurs faiblesses, on les comprend, on les juge un peu aussi mais on les touche parce qu'ils nous touchent chacun à leurs façons. Ils pourraient être vous ou moi.

La seconde partie est d'une abomination qui me laisse bouche bée, consacrée au harcèlement scolaire. C'est insoutenable, écoeurant, parfaitement maîtrisé ici encore de la part de l'auteure. J'en reste sans voix tant ce roman m'a fait monter les larmes, serré le coeur aussi. Car ce n'est pas juste un roman, c'est l'histoire de bon nombre d'enfants piétinés car dans les griffes d'un tortionnaire en mal de reconnaissance, tiraillé par le besoin d'être le centre de l'attention.

Un roman qui m'a glacé le sang et qui trouve une parfaite maîtrise suite aux souffrances de l'auteure qui se dévoile à la fin de ce roman.

Le bonheur, la haine, la vie, la mort, tout cela tient finalement à peu de choses... « pour des raisons obscures restant à déterminer ».

Merci à NetGalley et aux éditions Xo pour la lecture de ce roman magistral. Merci à Amélie Antoine d'avoir si bien cerné la nature humaine et de nous proposer un roman à ne pas rater!
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📖 « Ils avaient tout pour être heureux. »

C'est encore perturbée et même chamboulée - par ce qui fut pourtant une lecture salvatrice {spéciale dédicace à Antyryia ; merci à toi} - que je couche sur papier mes premières pensées sur Raisons obscures, le dernier roman d'Amélie Antoine, et mon premier de cette auteure plus que prometteuse.
Les émotions me nouent la gorge et j'ai l'impression d'avoir le coeur à vif...

📖 « le temps passe si vite. Et ne se rattrape pas. »

Si j'ai assez rapidement dévoré ce livre, il me faudra par contre beaucoup plus de temps avant de m'en dépêtrer totalement tant il m'a marqué de manière indélébile ; au fer rouge, littéralement - cette sale histoire colle à la peau, s'insinue et s'incruste jusqu'aux moindres recoins de l'esprit, empoisonne l'âme viscéralement et la déchire en petits morceaux pour les piétiner de plus belle ensuite...
J'aurais presque envie d'appeler ça un « feel bad »... parce que, honnêtement, il est juste impossible, impensable, d'en sortir le coeur léger ou un sourire dessiné sur les lèvres. Et en même temps, c'est absolument une oeuvre ( /une auteure, en l'occurrence) à ne pas rater ! Courez vous le procurer si ce n'est pas déjà fait... vous n'en sortirez pas indemne, c'est certain, mais vous ne le regretterez pas non plus :)


📖 « La peur doit être un moteur, pas un frein. »

Bouleversant, poignant, tragique.

Rarement récit fut si prégnant et si douloureusement magnétisant à la fois ; ils ne sont pas si nombreux à pouvoir décortiquer le riche panel des sentiments avec autant de réalisme et d'objectivité, sans glisser sur la pente forcément dangereuse des clichés.
Les protagonistes de cette terrible fiction sont bien plus que crédibles : ils sont simplement réels, tant dans leurs propos que dans leurs réactions - ç'en serait presque drôle...


📖 « Parce que c'était elle, parce que c'était moi. »

[Deux familles où, en apparence, tout va bien.
Jusqu'à ce que tout déraille...
Pour des raisons obscures.]

📖 « Et j'ai songé que cette nuit, mon pire ennemi, ça avait sans doute été moi-même. »


Raisons obscures se présente en deux tons ; deux familles, les Kessler et les Mariani ; les parents d'un côté - occupant la première partie du roman - et les enfants de l'autre - donnant leurs voix à la seconde.
Je voudrais vraiment pouvoir en dire plus, infiniment plus, mais c'est juste inimaginable sans risquer de dévoiler les tenants et aboutissants, qui sauront sans aucun doute vous laisser éprouvés, amers et pantelants devant le pathétisme de tant d'ironie... (aux sens premiers des termes).
Et de toute façon, sincèrement, je serai bien en peine de poser davantage de mots sur mon ressenti propre.

📖 « La pitié, c'est la cerise sur le gâteau de la cruauté. »

Finalement, je ne peux que confirmer ce qui a déjà été dit.
Pour peu que vous ayez, comme moi, vécu l'une ou l'autre situation dans une autre vie, pour des raisons obscures ou non, vous ne pourrez qu'être touché en plein coeur par les écrits ravageurs d'Amélie Antoine.


📖 « Pour qu'ils comprennent.
Pour faire table rase.
Pour qu'enfin tout s'arrête.
(...)
Pour des raisons obscures restant à déterminer. »

***

Retrouvez Amélie Antoine ici :
www.amelie-antoine.com
Ou sur sa page Facebook :
https://www.facebook.com/AmelieAtn
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La situation initiale est banale. Deux familles, les parents quadra , trois enfants, avec les problèmes du quotidien, boulot, fatigue, ados, usure du couple, la routine en quelque sorte. Et toute la première partie du roman est construite dans ce décor ordinaire, tandis que surgissent pour chaque couple quelques événements un peu plus dramatiques : adultère, voisin bruyant, rien non plus qui puisse faire la une d'un journal même local. Mais si cette réalité dépeinte avec un souci du détail était l'arbre qui cache la forêt? Si derrière ce tableau familier se tramait un drame redoutable?

C'est la deuxième partie qui le dira. Ecrite sur un ton très différent, laissant parole aux enfants et surtout deux d'entre eux, on découvre ce qui couvait sous la cendre, et même si encore un fois et malheureusement il n'y a rien d'original, on est secoué par ce qui se dessine, et sans espoir, puisque le dernier chapitre de la première partie laisse deviner l'issue.


Tout l'intérêt du roman réside dans l'approche intime des processus psychologiques qui sont en cause dans le harcèlement, que ce soit chez le victime ou chez le bourreau. On comprend très bien toute la souffrance et les mécanismes de défense à l'origine de la relation mortifère, sans pour autant avoir envie de l'excuser, et la descente aux enfers de la victime, avec la dépréciation de soi, la culpabilité, et la volonté de protéger son propre entourage.

On ne peut s'empêcher d'en vouloir un peu aux parents, pris dans leurs propres difficultés, alors que certains détails auraient dû attirer leur attention. le phénomène est hélas suffisamment fréquent pour que l'on soit vigilant.


Les deux parties sont donc très inégales, la première étant une mise en place du décor. elle prend cependant toute sa valeur lors du récit des deux ados, en révélant ce que l'on devait repérer derrière les faits insignifiants

Un bon état des lieux et une analyse pointue du harcèlement.

#RaisonsObscures #NetGalleyFrance

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Raisons obscures… Les raisons obscures qui nous poussent à faire du mal à autrui, sans même parfois nous en rendre compte… d'une façon presque banale… Serait-ce la banalité du mal dont parlait Hannah Arendt ? Peut-être.

Raisons obscures est un roman poignant qui nous interpelle sur un sujet douloureux, à la fois intemporel et d'actualité.

Deux familles : les Kessler et les Mariani, deux adolescentes : Orlane et Sarah. Des histoires en apparence ordinaires mais derrière lesquelles se cachent de la souffrance, de la douleur et de nombreux non-dits. Mais comment parler de choses qui sont si intimes ?... le souhaite-t-on seulement ?...

A-t-on envie d'évoquer la douleur de ne plus être aimé, la douleur de ne pas être aimé, d'être exclu, de ne plus trouver un sens à sa vie ?...

A-t-on envie d'évoquer la colère, la rage secrète et sournoise, des sentiments glauques, pervers, mesquins qui poussent à chercher une tête de turc, un bouc émissaire qui sert à la fois d'exutoire et de moyens de masquer ses propres faiblesses, son propre manque de confiance en soi ?

A-t-on envie d'évoquer la peur d'être exclu du groupe, de devenir le bouc émissaire ou de le redevenir ?

A-t-on envie d'évoquer la honte de n'avoir rien fait, d'avoir laissé faire ou d'avoir même participé à la fois par crainte et inconscience voire soulagement de ne pas être le bouc émissaire ?

A-t-on envie d'évoquer la douleur de ne pas être aimé, d'être détesté sans raison autre que la bêtise d'un groupe d'adolescents, la douleur issue de la sensibilité voire de l'hypersensibilité et de la difficulté à vivre dans un monde souvent cruel et sans pitié, ou ressenti comme tel ?

Mais si personne n'a envie d'évoquer ces sujets-là alors comment faire ? L'autrice a eu le courage de les aborder avec une grande finesse psychologique.

Ce roman contemporain m'a émue. Je trouve qu'il est le reflet de notre époque où solitude, indifférence, égoïsme et haine se mêlent parfois dans des dimensions disproportionnées menant au pire, au drame ultime, que personne n'a vu venir mais que le lecteur devine pourtant dès le premier chapitre. C'est une tragédie moderne qui m'a touchée et fait réfléchir.

Elle m'a fait penser au Vilain Petit Canard d'Andersen, dont les contes peuvent être fort utiles pour tenter d'évoquer avec des enfants des sujets douloureux et remettre dans leur coeur de l'espoir, l'espoir que la situation va s'arranger.

« - Je vais aller rejoindre ces grands oiseaux, se dit le caneton. Ils me tueront peut-être pour oser m'approcher d'eux, moi qui suis si vilain. Mais qu'importe, j'aime mieux être tué par eux que de mener la misérable vie que j'ai eue jusqu'à présent.
Et sur ces mots, il s'élança dans l'eau et nagea à la rencontre des grands cygnes.
Ceux-ci l'aperçurent et vinrent à lui, la tête dressée gonflant leurs ailes.
- Tuez-moi ! fit le pauvre canard. Et, se penchant sur l'eau, il attendit la mort.
Mais qu'aperçut-il dans le miroir transparent ? Quel était cet oiseau au plumage immaculé, au cou souple, aux larges ailes ? Quoi, c'était lui ! C'était sa propre image ! Lui-même était un cygne !
Ses compagnons nageaient autour de lui, le caressaient doucement de leur bec, lui répétant qu'il était le plus beau d'eux tous.
Et lui, confus, cachant sa tête sous son aile, heureux d'avoir traversé tant d'ennuis et de misère puisqu'il en appréciait d'autant mieux son bonheur, murmurait en lui-même :
- Qu'importe de naître au milieu de canards, pourvu qu'on sorte d'un oeuf de cygne ! »

Ce petit conte est une aide précieuse pour apprendre la survie en milieu hostile.
Dans un autre registre, moins poétique et plus sarcastique, à prendre bien sûr au deuxième degré, il y a la phrase de Jonathan Swift : « Lorsqu'un génie paraît en ce monde on le reconnaît à ce que tous les imbéciles se liguent contre lui ». Efficace pour rire, dédramatiser les situations, restaurer la confiance en soi et lutter contre le désespoir. Qui a dit que lire ne servait à rien ?...

Je remercie mes amis babélionautes d'avoir attiré mon attention sur ce texte fort et percutant et, en particulier, l'amie qui m'a proposé de le lire et qui se reconnaîtra!

Je vous souhaite à tous une heureuse année 2020, en espérant qu'elle sera placée sous le signe de l'amour, de l'empathie et de l'entraide !
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Alerte ! Alerte !
Bruit de sirène,  gyrophare...
Ne lisez surtout pas la 4ème de couv....
Voilà,  maintenant que l'avertissement est lancé,  passons aux choses sérieuses.
J'ai détesté cette lecture.
Ça commence mal me direz-vous ?
Oui, mais je vous explique. En fait si je l'ai détesté c'est qu'Amélie Antoine a écrit un truc de ouf.
Un roman dont on peut difficilement se relever.
Bon, je vous entends déjà,  mais quelle chochotte ce Patrice.
Bah là, j'avoue, je suis passé par tous les états.
J'ai fini en larmes, l'estomac noué (je me demande d'ailleurs qui va s'occuper de défaire les noeuds maintenant parce que c'est un beau bordel).
Raisons obscures ça commence gentiment.
Bienvenue dans la famille Kessler et Bienvenue dans la famille Mariani.
Deux familles... normales.
Papa et maman travaillent. (Avec les soucis normaux des gens qui bossent).
Les enfants vont à l'école.
Les ados boudent ou se révoltent,  voir, les deux.
Les gens s'aiment ou se trompent, s'engueulent, se réconcilient.
Les voisins sont chiants.
Les chiens aboient.
La musique est trop forte.
Bref, tout va...bien.
Seconde partie.
Tout bascule.
Vous allez découvrir l'envers du décor.
L'enfer...du décor, devrais-je dire.
Parce que c'est là qu'Amélie va vous mettre les boyaux en compote. Là qu'elle va vous nouer. Là qu'elle va vous faire courir chez votre marchand de mouchoirs le plus proche.  Peut-être même que vous devriez continuer votre lecture au plus près d'une cuvette.
Contrairement à cette maudite 4ème de couv, je ne vous dirais rien.
Même sous la torture.
De toute façon après ce que je viens de vivre, plus rien ne me fait peur.
Même si je brûle (sourire) de vous en dire plus...
Vous aimez les romans noirs ?
Vous aimez quand l'auteur vous amène gentiment jusqu'à l'impensable ?
Vous avez envie de détester votre lecture ?
Vous aimez vous dire : Non, j'arrête,  c'est pas possible, je ne peux pas continuer ?
Alors, lisez Raisons obscures et peut-être que, comme moi, vous connaîtrez tout ça.
Ah, un dernier truc, si vous êtes parents je suis sûr que votre regard sur vos enfants va changer...
 
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Une histoire prenante avec une fin qui nous hante... Voilà ce qu'on m'avait dit de ce roman.
Comme je voulais découvrir la plume d'Amélie Antoine et que j'étais très intriguée par ce fameux dénouement, j'ai vite voulu commencer ce livre.

Juin 2017 : Dès le début, on sent le drame venir avec un appel provenant du commissariat pour annoncer une terrible nouvelle.
Mais on ne sait pas qui est le protagoniste au bout du fil...

Le roman est alors découpé en deux parties. On y découvre deux familles, les Kessler et les Mariani.
Dans la première partie, les événements se déroulent entre septembre 2016 et mai 2017.
On apprend à connaître ces deux familles par des chapitres alternés et avec le point de vue des adultes.
On suit leur quotidien où d'un côté l'adultère risque de tout détruire, tandis que de l'autre, chacun s'enferme dans ses problèmes où menace la dépression et la folie.
La lecture est addictive. On s'attache à certains personnages plus qu'à d'autres.
L'auteure nous ancre parfaitement bien dans leur quotidien. On comprend le sentiment de chacun même si certaines situations nous déplaisent.
Les scénarios fusent dans notre tête pour essayer de comprendre qui a reçu le fameux coup de fil du début et pourquoi.

Arrivés à la seconde partie, c'est comme si on rembobinait pour revenir aux événements de septembre 2016, mais cette fois avec le point de vue des enfants.
Avec ce point de vue là, tout bascule.
Cette lecture est terrible, car on n'imagine pas ce qui peut se dérouler sans que personne ne voit rien.
Méchanceté pure ? Vengeance ? Défoulement ? Je me pose encore des questions.

Ce livre traite d'un sujet particulièrement difficile et dramatique. Il y a malheureusement trop d'histoires comme celle-ci et c'est important d'en parler.

Ce roman est un appel à la vigilance et au dialogue.
La fin est marquante et terriblement douloureuse. Elle reflète en plus certaines histoires bien réelles.
Par contre, je conseille aux futurs lecteurs de ne pas lire la quatrième de couverture du livre qui en révèle beaucoup trop.
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« ... il serait inutile de vouloir entamer un dialogue avec mes bourreaux. Toujours, je me sens acculée, piégée, persécutée. »
Orlane souffre du harcèlement de ses camarades de classe. Ses parents, ses professeurs ignorent tout de cette situation parce qu'Orlane ne se livre pas. Pas plus que Sarah qui, diabétique et dans un besoin de se venger de cette injustice, devient le bourreau principal d'Orlane.

Les raisons obscures qui poussent à désigner un bouc émissaire, comme à celui-ci à ne pas se révolter et à retourner cette violence contre lui, et à l'entourage à ne rien voir, voilà la question soulevée par ce roman bouleversant. Lu en apnée et le coeur serré, un récit terrible susceptible de fissurer les croyances sur ce qui se joue dans la tête d'enfants apparemment sans histoires.

« La question qui ricoche toutes les nuits sur les parois de mon crâne, comme une boule de billard qui ferait des bandes à l'infini, c'est celle de savoir ce que je leur ai fait pour qu'ils me détestent à ce point. Si j'attise autant de haine, c'est forcément ma faute, c'est forcément que j'ai fait quelque chose de travers, qu'il y a un truc qui cloche chez moi. Tous mes efforts pour passer le plus inaperçue possible semblent vains, j'ai le sentiment que ma simple existence suffit à déclencher un chaos sans nom. Je voudrais être quelqu'un d'autre, n'importe qui ; n'importe qui, mais pas moi. »

Challenge MULTI-DÉFIS 2020
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J'ai reçu ce récit par courrier. Je remercie encore l'amie qui me l'a gentiment adressé. Hier soir, je lui ai dit combien ce roman m'avait bousculée.

Avant même le dernier chapitre, j'étais vidée, essorée ne sachant plus très bien ce qu'était l'équilibre, un comportement rationnel, un préjugé. Je ne savais plus ce qu'était un ado, le manque, le trop plein, l'attente, le bien-être, la douleur, les douleurs, la lâcheté, le courage, l'engrenage, le regard des autres, le truc qui cloche, l'insurmontable.

Je voulais attendre quelques jours avant de vous livrer mon ressenti et je me suis dit qu'il ne serait plus aussi authentique, aussi ardent. Alors c'est maintenant ou jamais. A chaud, tout comme le sang bouillonnant qui court dans le corps de ces très jeunes personnes.
Cette amie (C) est probablement en train de se demander comment diable je vais orienter ma critique. Et moi, je me demande par quel bout je vais commencer.

Deux familles.
Claire et Frédéric Mariani deux enfants Sarah, diabétique et Clément.
Laeticia et Yanis Kessler trois enfants. Marjorie, Orlane et Ezio.
Le début du livre est « tranquillou pépère » comme dit l'une de mes petites filles. Certes on constate des problèmes de couple, de mise au placard, des enfants qui répondent mal, des changements de domiciles, de situations professionnelles, des problèmes de voisinage, mais rien de transcendant. Pas de quoi en faire un roman. Cela pourrait être vous. Cela pourrait-être moi. Tout « sonne »juste cependant…

Petit à petit l'affaire s'emballe à un rythme lent mais sans espoir de retour. La pression est de plus en plus forte. Les actes sont pesants, les conséquences inévitables. L'issue semble bien sombre mais on ne sait pas, on ne sait rien. On n'imagine même pas !

Il est question d'emprise, de dominant qui « se sent invincible » pour une fois, de proie choisie un peu au hasard, soumise, la tête basse " qui ne résiste pas" . Et tout cela se passe entre adolescents au sein d'un établissement scolaire. C'est terrifiant. C'est sensible. C'est réaliste. C'est bien écrit.

Chaque chapitre donne la parole à un personnage qui s'explique, se parle à lui-même, lève le voile sur ses motivations, ses ressentis, ses souffrances, ses regrets ou pas, sur l'état de sa conscience, de ses silences, des montagnes qu'il se fait, des ruisseaux dans lesquels il se noie, des non-dits et de l'incompréhension qui l'entoure.
Contrairement à la vraie vie où un adolescent préfère souvent rester muet là il se livre.
L'analyse est fine, intelligente, tout-à-fait plausible. Une immersion dans ce monde si fragile, vulnérable, si peu conscient de la portée de certains mots, de certains actes, c'est un peu cela le roman d'Amélie Antoine.

Et c'est le souffle court que j'ai fermé ce roman, bouleversée, complètement chamboulée, émue comme on ne l'imagine pas car cette histoire aurait pu m'arriver, cette histoire aurait pu vous arriver…….Et là c'est arrivé pour des raisons obscures.

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Dans la première partie, Amélie Antoine entre dans la vie de deux familles : les Mariani et les Kessler .
Les Kessler viennent de changer de ville pour un rapprochement avec la famille de Laetitia. Ils ont trois enfants, 17, 13et 10 ans qui vont devoir s'habituer à une autre école.
Yanis, le père est un exemple de patience et d'amour pour sa femme, sa famille.
Laetitia rencontre un amour de jeunesse. Va-t-il faire chavirer son couple?
Pour les Mariani, la vie n'est pas un long fleuve tranquille.
Leur grande fille Sarah a un diabète assez grave détecté au mois de juin et nous sommes en septembre.
Dans la deuxième partie, on change d'ambiance sans changer de protagonistes sauf que notre attention est attirée entièrement sur la souffrance de Sarah et tout ce que cela entraîne au lycée et chez elle.
Elle va rencontrer le chemin d'Orlane, la deuxième fille des Kessler que Sarah va transformer en proie, souffrance extériorisée oblige.
Dans ce roman à suspense construit de main de maître, on s'attend à un drame dès les premières pages du début avec un appel futur de la police et avant la deuxième partie, même appel de la police avec juste un pas de plus mais sans nous informer. Dès ce moment, on peut en tant que lecteur, échafauder un tas de possibilités qui nous seront révélées petit à petit.
On peut dire que dans la deuxième partie, Amélie Antoine aborde un sujet fort cuisant : les relations destructrices entre jeunes.
Un très bon roman, des personnages parfaitement analysés.
Une lecture exceptionnelle pour moi.
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RAISONS OBSCURES

C'est le bordel.

Dans mon coeur, dans ma tête, c'est le bordel…

Je viens de me faire ramasser la tronche et je vais devoir récupérer un à un les morceaux de mon coeur qui jonchent l'appartement. Car il a éclaté. Littéralement pulvérisé par ce roman que je n'attendais pas.

Je pensais lire un thriller, un polar, un truc qui s'oublie vite mais qui fait son petit effet.

Je me suis retrouvé fracassé, le livre refermé, un noeud au ventre et quelques insomnies à venir.

Ne lisez pas ce livre, il va vous faire mal.

Lisez ce livre, il est va vous rappeler à l'ordre.

Il va vous rappeler toutes ces choses auxquelles on ne prend pas garde, sous prétexte de nos vies si compliquées. Il va vous rappeler de prendre garde à ceux que vous aimez.

J'y suis allé à l'aveugle, sans rien connaître du sujet. Je me demandais où Amélie Antoine voulait en venir. Je me demandais ce que j'étais en train de lire. Je me pose encore la question.

De cette histoire, de ces deux familles si banales, si proches de ce que nous sommes, il me reste un trou béant dans la cage thoracique.

Rarement, j'ai pu lire un livre comme celui-ci. A la psychologie fouillée, au rythme entêtant, comme une course atroce vers l'inéluctable. Un livre comme on se retrouve face à une certaine vérité, de celles qu'on ne veut jamais regarder en face.

Un livre sur ces raisons obscures qui font de nous des monstres d'indifférence.

Depuis, c'est le bordel. Dans ma tête, dans mon coeur, dans mon ventre.
Depuis, j'ai encore un peu ouvert les yeux sur le mal qu'on peut faire sans le savoir.

Reste à m'en remettre.

Lien : https://labibliothequedejuju..
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