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EAN : 9782330074920
315 pages
Éditeur : Actes Sud (01/02/2017)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 42 notes)
Résumé :


Jawad est le fils cadet d'une famille chiite de Bagdad. Son père le prépare à exercer la même profession rituelle que lui, celle de laver et d'ensevelir les morts avant leur enterrement, mais Jawad s'y refuse et rêve de devenir sculpteur.

Après avoir fait ses études d'arts plastiques à la fin des années 1980, alors que Saddam Hussein est au faîte de sa puissance, il est cependant enrôlé comme soldat puis se retrouve peintre en bâtimen... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Bookycooky
  18 mars 2017
".....ce que mon père nous achetait était dû à la faveur de la mort, et ce que nous mangions aussi, c'était la mort qui nous l'assurait ",
Propriétaire de la seule salle de lavage pour chiites de Bagdad, où travaillèrent plusieurs générations de la famille et dont l'histoire remonte à plus de dix décennies, le père lave et prépare les morts à l'enterrement. le narrateur est son fils cadet Jawad.
Dans son jardin un grenadier fleurissant, buvant les eaux de la mort, et près de celle-ci un banc de bois prévu pour les proches du défunt qui veulent assister au rituel de lavage.......Le père souhaite que le fils prenne sa suite, mais ce dernier qui l'aide déjà pendant les vacances scolaires, n'en a ni la force ni l'envie....et il en a honte.
Jawad aime dessiner. Un professeur de "pratique artistique" au lycée l'y encourage. Et contre le gré de son père, il fera des études de Beaux-Arts.
Mais l'invasion américaine en 2003 va changer le cours des choses......
La guerre avec l'Iran, le régime d'oppression de Saddam Hussein, la guerre du golf après l'invasion irakienne du Koweit en 1990 et finalement les Américains qui donnent le coup de grâce en 2003 au pays, soi-disant pour le libérer .....Jawad va tout y perdre ( "En descendant du monticule de gravats, j'ai senti les ruines que je portais en moi se dresser de plus en plus haut, pour étouffer mon coeur" ). Noyée dans ses cauchemars récurrents, son âme d'artiste et de poète y survivra quand même.
Une atmosphère lourde de calcinés, de cadavres, de disparitions et de scènes révoltantes, comme celle où le narrateur en route pour Najaf pour enterrer son père croise un régiment américain. Des soldats américains qui maltraitent et humilient trois irakiens dans leur propre pays, pourquoi ? Juste parce qu'un connard à la solde des lobbys d'armes,, qui ne savait même pas où se trouvait l'Irak sur la carte, a décidé de l'envahir, pour tuer sa propre création ( "L'élève a déguerpi, le maître est arrivé ! " ), le reste vous connaissez...."l'éradication d'un pays", comme le remarque le tonton du narrateur, à un retour d'exil.
Un récit poignant, jonglant entre passé et présent, histoire personnelle et celle de l'Irak, le tout adoucie par une trés belle prose tout en sensibilité et finesse. Malgré le froid de la violence continue dont la mort en est le principal protagoniste ("un jour, je me suis rendu compte que mis à part Mahdi et ma mère, je vivais mes journées avec les morts" ), la chaleur de la Vie est présente, à travers des visages trés humains de Jawad, d'Ammouri le frère aîné, de tonton Sabri l'oncle communiste exilé et d'autres personnages de passage, l'amour et l'art y contribuant.
Un livre sur l'histoire de la folie humaine qui carbure à l'avidité sans fin de pouvoir et d'argent et où la vie humaine n'a aucune valeur. Un livre plus que jamais d'actualité.
"Ma petite histoire, que j'ai voulue différente, a été engloutie par la grande histoire, il n'en reste plus rien."
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Peteplume
  23 décembre 2018
J'ai aimé le ton poétique du livre, son symbolisme et le fait que l'histoire s'inscrive dans l'Histoire dramatique récente de l'Irak (on comprend toujours mieux les faits à travers des témoignages individuels qu'à travers les reportages factuels). J'ai aimé aussi sentir « de l'intérieur » les doutes du protagoniste qui peine à trouver le sens de sa vie entre désirs et culpabilité, toucher du doigt sa souffrance et ses errances. J'ai pu aussi, à travers ce livre, comprendre un peu de ce qu'est l'antagonisme latent entre chiites et sunnites qui se révèle surtout dans les situations de crise. Par contre, j'ai été déçue par le tour que prenait le roman. Autrement dit, je suis entrée avec facilité dans la vie de Jawad, j'ai mûri avec lui au fur et à mesure de ses deuils mais je n'ai pas réussi à faire mien son détachement qui s'installe progressivement et le roman s'est poursuivi sur ce ton un peu neutre qui m'a donné jusqu'à la fin une impression de non-aboutissement tant dans la vie de Jawad que dans le roman. J'en sors avec le goût amer d'un certain pessimisme que n'avait pas laissé présager le début.
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traversay
  11 mars 2017
Seul le grenadier, de l'irakien Sinan Antoon, porte le titre de le laveur de cadavres, dans sa traduction anglaise. Il donne effectivement une idée assez explicite de ce qu'est le roman avec un narrateur qui a pris malgré lui la succession de son père et des générations précédentes dans cet office qui est loin de son rêve de devenir sculpteur. Des dernières années de la guerre du Golfe à aujourd'hui, le livre raconte la violence ininterrompue à Bagdad, devenue encore plus sanglante avec le conflit confessionnel. S'il y a déjà eu d'excellents romans d'auteurs irakiens, ces derniers temps, notamment Frankenstein à Bagdad, Seul le grenadier est sans aucun doute le plus poignant, ne serait-ce que dans ses aspects documentaires pour comprendre véritablement ce que signifie la vie et la mort, inextricablement liés, en Irak. Ce thème est l'un de ceux traités par Sinan Antoon notamment à travers ce métier de laveur de cadavres qui donne lieu à plusieurs scènes d'une force incroyable. Au-delà de son réalisme saisissant, le livre est aussi une fiction remarquable autour de son personnage principal, de ses rêves et cauchemars, de ses amours impossibles,de son apprentissage de l'âge adulte, et de son enlisement progressif dans ce qui pourrait ressembler à une dépression si le mot n'était pas aussi dérisoire dans une vie cernée au plus près par la mort. Ce requiem de Bagdad est rendu vibrant par un style délié, une plume qui recourt à la poésie à chaque fois que le linceul de la tragédie semble recouvrir cette ville dont l'âme ne fait qu'errer entre vivants et défunts.
Lien : http://cin-phile-m-----tait-..
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Isa0409
  25 octobre 2019
Bagdad. Irak.
Ici, la vie et la mort sont deux meilleures ennemies, elles se côtoient, se frôlent, empiètent l'une sur l'autre, inséparables, prennent le dessus, s'avalent, rivalisent. Mais aucune ne l'emporte jamais vraiment.
Tout et rien. Rien et tout.
Tout n'est rien ; rien du tout.
Une question jaillit presque inévitablement : que serait la vie sans la mort ?
Dans « Seul le grenadier », Sinan Antoon évoque ainsi l'histoire de son pays et sa déchéance à travers la famille de Jawad. Très vite, Jawad découvre qu'il est différent. Depuis des décennies, les hommes de la famille héritent de la même profession, du même « art » ; ils sont laveurs. Or Jawad n'aspire pas à ce destin tout tracé, à ce chemin qui s'offre à lui, telle une évidence.
Jawad aime l'Art, il veut étudier la peinture, la sculpture, l'Art sous toutes ses formes, l'Art comme moyen de révolte, de protestation, comme échappatoire, exutoire, l'Art comme une voie de traverse. Il veut célébrer l'espoir et la Vie, et non pas assister à la déchéance et la Mort.
En s'échappant de cette trajectoire pourtant inévitable, Jawad s'éloigne de son père, le déçoit, c'est toute une coutume qu'il rejette, c'est l'histoire de ses ancêtres, de sa famille, c'est son héritage qu'il balaie d'un revers de main. Mais pour autant, Jawad n'abandonne pas ses rêves, il entre à l'université d'Arts, côtoie les plus éminents professeurs, les artistes les plus talentueux, il en découvre d'insoupçonnés et surtout, il rencontre l'Amour. le vrai, le véritable, le profond, celui qui chamboule, promesse d'un avenir radieux et merveilleux dans sa ville écrasée par les bombes, par les basculements politiques, ravagée par les Américains et son propre gouvernement.
Je lis rarement de romans historiques, dans lesquels la fiction se mélange à l'histoire, je les appréhende, allez savoir pourquoi. En entamant la lecture de Seul le grenadier, je craignais d'être perdue dans cet aspect de l'Irak que je ne connais pas, ces guerres dont j'ignore les profondes raisons, ce conflit conscient mais pourtant inconnu, méconnu, qui m'est en somme étranger.
Et pourtant, il n'en est rien.
Sinan Antoon a réussi le pari fou de me tenir en haleine, avec un récit incroyable, des personnages forts, attachants, dont le destin tragique est effroyable. Seul le Grenadier pourrait être une fable du XXIè siècle, il représente la Vie à travers ce qu'elle puise dans la Mort, sa force de subsistance, sa victoire malgré tout.
La vie de Jawad suit la course d'un cycle infernal ; elle donne, elle reprend, elle offre, elle arrache, elle concède, elle punit, elle plie, elle saccage. La vie est double, elle est ambivalente, elle est oxymore, elle crée à la fois l'amour et la souffrance.
Ainsi triomphe ce grenadier, dont les racines se nourrissent de l'eau qui s'écoule de la petite maison, dans laquelle on lave les morts pour les purifier une dernière fois, et de l'horreur naît la beauté. Et de la Mort jaillit la Vie.

“Just remember that death is not the end
Oh, the tree of life is growing
Where the spirit never dies
And the bright light of salvation shines
In dark and empty skies”
(Death is not the end – Bob Dylan)
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Fuyating
  10 mai 2020
"Seul le grenadier" est vraiment un très beau livre, très touchant sur le difficile quotidien des Irakiens.
À travers le destin de Jawad, le personnage principal, nous découvrons l'histoire de l'Irak, ce pays déchiré, sur une vingtaine d'années : la guerre avec l'Iran, puis celle avec les Etats-Unis, la vie sous l'embargo, et ensuite la guerre confessionnelle entre notamment chiites et sunnites. Les habitants vivent dans la peur des attentats suicides ou attentats à la bombe, des représailles, des meurtres gratuits, les coupures d'électricité incessantes. L'atmosphère est étouffante et se ressent également dans les pensées de Jawad et dans ses cauchemars qui ne cesseront de le hanter durant tout le roman.
La grande histoire se reflète également dans le métier de Jawad, puisque le destin a fait qu'il a finalement dû suivre les pas de son père : il lave les morts, qui sont de plus en plus nombreux, jeunes et mutilés.
Je me suis beaucoup attachée à ce jeune homme rêvant d'être artiste mais dont les plans ont été bouleversés par la situation du pays. Il est bouleversant dans ses choix et ses réflexions.
Je vous conseille donc vivement de lire ce très beau roman !
+ Lire la suite
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critiques presse (3)
LaCroix   31 mars 2017
De petites échappées dans le passé de Jawad, sur le campus de l’université ou dans les cafés de Bagdad, rappellent qu’un temps l’art et le plaisir furent possibles. Comme si l’Irak, montré comme un théâtre de cruauté – les corps, ou plus souvent ce qu’il en reste, parvenant à la salle de lavage sont décrits avec minutie –, n’était pas voué à la fatalité du malheur.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Telerama   08 mars 2017
Une ode prodigieuse et sensible à l'émancipation.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress   06 mars 2017
Sinan Antoon brosse le superbe portrait d'un homme de bien emporté par le maelstrom du Moyen-Orient et lève le voile sur Bagdad.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
BookycookyBookycooky   17 mars 2017
Je suivais les nouvelles de l’Irak, jour après jour, à la radio, à la télé, dans les journaux et récemment sur Internet. Rien ne m’échappait. Je savais que l’embargo avait détruit le pays, mais c’est autre chose quand on s’en aperçoit sur place. Un vrai choc. Le pays est fatigué, les gens sont épuisés. Même al-Karrada, qui était le plus beau quartier, regarde ce qu’il est devenu. La saleté, la boue, les barbelés, les chars… Pas de femmes dans les rues. Ce n’est pas Bagdad, ça. Même les pauvres palmiers n’en peuvent plus, personne ne s’en occupe. Et ces Américains, avec leur racisme et leur sottise, crois-moi, ils vont pousser les gens à regretter le temps de Saddam.
Et il a eu bien raison.
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BookycookyBookycooky   16 mars 2017
—Il n’y avait que trois soldats au poste-frontière entre la Jordanie et l’Irak, et un seul fonctionnaire irakien. Il tamponnait les passeports en survêtement de sport et avec des mules aux pieds. Je lui ai demandé qui décidait là-bas, qui donnait l’autorisation ou pas aux gens de passer. “C’est l’officier américain qui décide, moi je tamponne.”
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BookycookyBookycooky   15 mars 2017
“Il est tout à fait licite aussi, a-t-il poursuivi, qu’un juif ou un chrétien lave un musulman, si aucun homme de sa religion ne se trouve dans les parages. L’important, c’est d’avoir de bonnes intentions”, a-t-il insisté....( lavage de cadavres )
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Pivoine29Pivoine29   11 avril 2019
Elle dormait nue sur une table d'albâtre, dans un espace découvert, sans toit ni murs. Il n'y avait personne autour de nous et, à perte de vue, rien d'autre que le sable qui s'étendait à l'horizon. Des nuages moutonnés dans le ciel, qui se relayaient pour voiler les rayons du soleil, fuyaient pour s'y dissiper. J'étais dévêtu et déchaussé. Tout m'étonnait. Je sentais le sable sous mes pieds ainsi que le vent frais. Je me suis lentement approché de la table pour m'assurer que c'était bien elle. Quand et pourquoi est-elle revenue de l'étranger après toutes ces années ? Sa chevelure noire ramassée sur le côté de la tête lui couvrait la joue droite de quelques mèches ; elle semblait ainsi garder son visage qui n'avait pas changé. Ses sourcis étaient soigneusement épilés. Ses paupières abaissées se terminaient par des cils épais. Son nez veillait sur ses lèvres charnues, teintées de rose comme si elle était encore en vie, ou venait de mourir. Ses mamelons se dressaient sur ses seins en poire ; je ne voyais aucune trace de l'intervention. Elle avait les mains croisées sur le nombril, les ongles longs, vernis de la couleur des lèvres, le pubis glabre et les ongles de pied maquillés de rose, eux-aussi. Est-elle morte ou endormie ? J'ai eu peur le toucher. Je l'ai fixée et j'ai chuchoté son nom : Rim. Elle a souri, sans ouvrir les yeux au début, puis, quand elle les a ouverts la noirceur de ses prunelles a souri aussi. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Je l'ai interrogée à haute voix :
- Rim, qu'est-ce que tu fais là
J'ai failli l'étreindre et l'embrasser, mais elle m'a averti :
- Ne m'embrasse pas. Lave-moi d'abord, pour que nous puissions être ensemble, et après...
[...]
Il m'a semblé entendre une voiture s'approcher. Je me suis retourné et j'ai vu un Humvee rouler à une vitesse affolante, laissant derrière lui une traînée de poussière. Il a brusquement viré à droite et s'est arrêté à quelques mètres de nous. Les portières se sont ouvertes. Quatre ou cinq hommes encagoulés, habillés de kaki et portant des mitraillettes en sont sortis. Ils ont couru dans notre direction. J'ai cherché à la protéger de ma main droite, mais l'un d'eux était déjà arrivé près de moi. Il m'a assené un coup de crosse sur la figure et m'a renversé. Puis il m'a roué de coups de pied dans le ventre, dans les reins et dans le dos. Un autre m'a attrapé les bras pour me tirer loin de la table. Aucun d'eux n'a soufflé mot. Je criais, je les insultais, mais je n'entendais pas ma voix. Ils m'ont forcé à m'agenouiller et m'ont ligoté les poignets avec une corde. L'un des deux premiers m'a posé un couteau sur la gorge, pendant que l'autre me bandait les yeux. Leurs rires se sont mêlés aux cris et aux râles de Rim, que j'entendais clairement. J'ai essayé de me dégager, mais ils me tenaient fermement. J'ai hurlé de nouveau, je n'entendais toujours pas ma voix. Les gémissements de Rim m'étaient pourtant audibles, ainsi que les grognements des hommes, leurs ricanements et le crépitement de la pluie battante. J'ai senti une douleur atroce, la lame froide transpercer ma gorge. Le sang chaud a coulé sur ma poitrine et sur mon dos. Ma tête est tombée. Elle a roulé comme un ballon sur le sable. J'ai entendu des pas qui s'approchaient. L'un d'eux a ôté le bandeau de mes yeux, l'a glissé dans sa poche, m' a craché dessus et s'en est allé. J'ai vu mon corps à gauche de la table, à genoux, baignant dans une mare de sang. Les trois autres regagnaient le Humvee. Deux d'entre eux traînaient Rim par les cheveux. Elle a voulu tourner la tête vers moi, mais l'un d'eux l'a giflée. J'ai crié son nom, sans entendre le son de ma voix. Ils l'ont assise sur la banquette arrière puis ils ont refermé les portières. Le moteur a démarré. Le Humvee s'est éloigné à toute allure, pour disparaître à l'horizon. Et la pluie a continué de cingler la table vide.
Je me réveille haletant, trempé de sueur.

chapitre 1
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SZRAMOWOSZRAMOWO   25 février 2017
Elle dormait nue sur une table d’albâtre, dans un espace découvert, sans toit ni murs. Il n’y avait personne autour de nous et, à perte de vue, rien d’autre que le sable qui s’étendait jusqu’à l’horizon. Des nuages moutonnés dans le ciel, qui se relayaient pour voiler les rayons du soleil, fuyaient pour s’y dissiper. J’étais dévêtu et déchaussé. Tout m’étonnait. Je sentais le sable sous mes pieds ainsi que le vent frais. Je me suis lentement approché de la table pour m’assurer que c’était bien elle. Quand et pourquoi est-elle revenue de l’étranger après toutes ces années? Sa chevelure noire ramassée sur le côté de la tête lui couvrait la joue droite de quelques mèches; elle semblait ainsi garder son visage qui n’avait pas changé. Ses sourcils étaient soigneusement épilés. Ses paupières abaissées se terminaient par des cils épais. Son nez veillait sur ses lèvres charnues, teintées de rose comme si elle était encore en vie, ou venait de mourir. Ses mamelons se dressaient sur ses seins en poire; je ne voyais aucune trace de
l’intervention. Elle avait les mains croisées sur le nombril, les ongles longs, vernis de la couleur des lèvres, le pubis glabre et les ongles des pieds maquillés de rose, eux aussi. Est-elle morte ou endormie? J’ai eu peur de la
toucher. Je l’ai fixée et j’ai chuchoté son nom : Rim.
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