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EAN : 9782253077466
216 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (19/08/2020)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.84/5 (sur 260 notes)
Résumé :
« Ma rue raconte l'histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s'appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans ».

Abad, treize ans, vit dans le quartier de Barbès, la Goutte d'Or, Paris XVIIIe. C'est l'âge des possibles : la sève coule, le coeur est plein de ronces, l'amour et le sexe torturent la tête. Pour arracher ses désirs au destin, Abad devra briser les règles. A la manière d'un Antoine Doin... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (106) Voir plus Ajouter une critique
Clubromanhistorique
  10 septembre 2019
Habituée à ne lire pratiquement que des romans historiques, j'apprécie de sortir de temps en temps de ma zone de confort et de me confronter à des oeuvres vers lesquelles je ne me tournerais pas naturellement. Et les premiers romans attirent toujours mon attention, car il y souffle bien souvent un vent nouveau...
« Rhapsodie des oubliés » est justement un premier roman. Son autrice, Sofia Aouine, est née en 1978 dans les Hauts-de-Seine au sein d'une famille d'origine kabyle. En raison d'un contexte familial compliqué, Sofia est confiée dans un premier temps à sa grand-mère qui vit en Kabylie, puis, de retour en France, elle est placée en pouponnière puis dans différentes familles d'accueil. Elle est aujourd'hui reporter radio.
Fidèle à sa vocation professionnelle qui est d'enquêter et de transmettre des histoires, Sofia Aouine nous invite dans ce roman à suivre le quotidien d'Abad, un adolescent d'origine libanaise de 13 ans qui vit dans ce quartier de sinistre réputation qu'est la Goutte d'Or, au coeur du XVIIIe arrondissement de Paris. Ce sujet – la vie d'un adolescent dans un quartier sensible – a été maintes fois exploré sous forme romancée mais hélas souvent de façon caricaturale ou artificielle. Ce roman sera-t-il celui qui nous présentera enfin la vie réelle d'un adolescent d'un quartier difficile et de ses habitants ?

UN HÉROS BRUT DE DÉCOFFRAGE MAIS ATTENDRISSANT
En choisissant Abad, le personnage principal de ce roman, comme narrateur, Sofia Aouine nous met immédiatement dans le bain : hors de question pour elle d'observer de loin les événements, elle nous fait entrer de plain-pied dans l'univers de ce jeune garçon et nous fait partager ses pensées et ses sentiments. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de comprendre les émotions et les réflexions d'un adolescent, mais ce n'est pas toujours évident ! Ici, l'autrice parvient à entrer dans la peau d'un jeune garçon de 13 ans avec une aisance vraiment déconcertante : langage, attitudes, réactions, tout sonne vrai, pas une seule fausse note ! Alors, parfois, oui, certains passages m'ont heurtée en raison du langage très cru employé, mais il est utilisé à bon escient et surtout pas pour « faire genre » ou pour choquer car c'est un langage vrai. Mais ce dernier sait aussi se montrer drôle et inventif quand Abad nous présente les « pseudos-imams façon 2.0 » comme des Barbapapas, les femmes en jilbab comme des Batmans et sa psychologue comme la « dame de l'ouvrir dedans » – d'ailleurs les descriptions des séances chez la psychologue sont hilarantes !
Abad habite rue Léon, en plein coeur du quartier de la Goutte d'Or. Une mère discrète et silencieuse, un père peu présent, qui se ruine la santé au travail, tout cela pour un salaire dérisoire. Un père taiseux et parfois violent, qui montre les poings quand Abad commet des bêtises.
Mais un jour, son père est victime d'un accident sur son lieu de travail. Devenu en partie invalide, il tente pourtant de trouver un nouvel emploi, mais en vain. Se sentant humilié, il quitte le domicile familial du jour au lendemain, pour toujours, et Abad devient l'homme de la famille. Mais Abad ne veut pas finir comme son père, il rêve d'un avenir meilleur, loin de ce quartier laid, étouffant et douloureux – même les murs pleurent d'après Abad –, gangrené par les trafics en tout genre, la prostitution, la misère, la violence et la radicalisation religieuse. Terriblement lucide, ce jeune garçon jette un regard sans concession sur le monde qui l'entoure et nous fait découvrir ce quartier dont on ne parle pas ou bien en mal dans les médias.
Pour survivre dans un tel environnement, il vaut mieux avoir une solide carapace et Abad a réussi à s'en construire une, comme ses copains. Ici, impossible de laisser transparaître la moindre faiblesse ou bien le moindre sentiment, sinon tu es fichu.
Mais derrière ce langage cru et ces réflexions désabusées se cache en réalité un garçon futé, sensible, attentif aux autres, un garçon qui a soif de liberté et d'amour. Et c'est cet espoir en un avenir meilleur et ce besoin de liberté et d'amour qui vont conduire Abad à commettre malgré lui quelques bêtises… Son parcours semé d'embûches, d'une réalité troublante, est d'autant plus poignant qu'à plusieurs reprises on sent bien qu'Abad est sur le fil du rasoir et on aimerait le guider, le rassurer, l'encourager car c'est un garçon de bonne volonté, qui veut s'en sortir, mais on reste impuissants, spectateurs, lecteurs...
En parlant d'amour, Abad est en effet à l'âge des premiers émois amoureux et il semble vraiment très préoccupé par la question, c'est le moins que l'on puisse dire… L'accent mis en particulier sur ce point m'a un peu gênée ayant davantage l'habitude d'entendre à cet âge-là que « les filles sont bêtes » (pour rester polie). Et Abad n'y va pas par quatre chemins pour nous raconter son éveil à la sexualité, toujours avec son langage direct et inventif (avec lui, la masturbation devient la bagnette). Mais c'est avec beaucoup d'émotion qu'il nous parle de cette Batman qu'il observe depuis sa fenêtre et dont il est tombé amoureux. C'est cette silhouette féminine qui va être l'un des éléments déclencheurs lui permettant de se libérer petit à petit de sa carapace…

UN ENTOURAGE FAMILIAL DÉFAILLANT MAIS DES FEMMES PORTEUSES D'ESPOIR...
Car c'est bien grâce aux femmes qu'Abad va parvenir à s'élever et à se libérer, non pas par sa mère, une femme silencieuse, discrète, restée trop longtemps soumise et qui ne comprend plus son fils, si désespérée qu'elle laisse l'Aide sociale à l'enfance le placer en famille d'accueil, l'éloignant tout de même enfin de la rue Léon et de ce quartier. Non, il s'agit de quelques belles rencontres, inopinées, qui seront comme autant de mains tendues.
Ces femmes vont jouer un rôle essentiel dans la vie d'Abad puisqu'elles vont, chacune à leur manière, intervenir à un moment crucial de la vie du jeune garçon sans qu'il s'en rende compte et fissurer sa carapace, pour l'aider à trouver sa voie et à prendre son envol.
Il y a la Batman, dont il tombe éperdument amoureux ; Odette, la vieille voisine qui lui donne le goût de la lecture et de la musique ; Ethel Futterman, sa psychologue ; Gervaise, une prostituée africaine qui espère rejoindre un jour sa fille Nana restée au Cameroun. Malheureusement certains de ces personnages vont disparaître au cours du roman et donc de la vie d'Abad, mais le souvenir de ces femmes restera toujours gravé dans un coin de sa tête. Car derrière ces fortes personnalités se cachent des drames effroyables, des souffrances indicibles, et je regrette un peu que les histoires de ces personnages n'aient pas été davantage développées, même si cela aurait dilué le récit et peut-être fini par perdre le lecteur.
Évidemment chacun pourra reconnaître derrière ces personnages des références à des oeuvres littéraires ou cinématographiques, la plus évidente étant celle au film « Les Quatre Cents Coups » de François Truffaut, dans lequel Antoine Doinel, un jeune garçon turbulent finit dans un centre pour délinquants dont il s'échappe pour aller voir la mer… Comme Antoine, Abad se sent emprisonné dans un système social dans lequel il ne se reconnaît pas et qu'il tente de fuir pour de trouver sa place dans la société. On pensera aussi à l'oeuvre naturaliste d'Émile Zola avec Gervaise Macquart (« L'Assommoir ») et sa fille Anna Coupeau dite Nana (« Nana ») que l'on retrouve dans les personnages de Gervaise, la prostituée, dont la fille, Nana, est en Afrique. Et comment ne pas évoquer Momo et Madame Rosa, les deux personnages de « La Vie devant soi » de Romain Gary ?

UN STYLE DÉTONNANT, PERCUTANT ET PUISSANT !
Mais c'est dans l'écriture que réside le véritable tout de force de ce roman ! Dès les premières lignes, les mots m'ont littéralement sauté au visage, comme autant d'uppercuts, à un rythme saccadé, comme un débit de mitraillette, entrecoupé d'accalmies. Langage cru, phrases longues, phrase courtes, énumérations, répétitions, jeux avec la ponctuation, dialogues, descriptions… Tous ces mots, toutes ces phrases créent par là même un rythme très particulier évoquant différentes sonorités musicales, que l'on retrouve dans la playlist proposée en fin d'ouvrage.
Il est impossible de rester indifférent face à une telle écriture ! On pourra aimer, on pourra détester, mais force est de remarquer que l'autrice fait preuve d'une grande maîtrise puisque cette rage et cette souffrance ne se retournent pas contre le lecteur, bien au contraire. Non, l'autrice a si parfaitement bien dosé sa plume que chaque mot, chaque phrase nous interpellent, comme si nous étions sur un ring, lors d'un entraînement, face à une boxeuse dont les coups ne sont pas portés.
Pourtant ce style musclé et direct laisse parfois la place à des moments d'écriture plus doux et plus sensibles, lorsque l'autrice aborde l'histoire de ces femmes. J'ai été particulièrement touchée par celle d'Ethel Futterman qui pourrait faire l'objet un roman à elle toute seule, mais aussi par celle d'Odette. Tout en modulant son style qui s'adapte à ses personnages, tantôt cru et mordant, tantôt poétique et lumineux, Sofia Aouine parvient à maintenir tout au long de son récit un rythme sans faille et cette musicalité qui, elle aussi, évolue en fonction des personnages.
Comme François Truffaut qui s'est affranchi en son temps des carcans de l'époque avec notamment sa caméra au poing, Sofia Aouine, stylo au poing, par sa liberté de ton, sa langue inventive et son écriture musicale, donne la voix à travers un jeune adolescent à toute une population oubliée et en dresse un portrait bouleversant, empreint d'humanité et de tendresse.
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Cannetille
  19 décembre 2019
Abad, treize ans, habite rue Léon, à Barbès. Depuis qu'il a fui le Liban avec ses parents, sa vie s'est mise à tourner de travers. Entre les coups de son père, détruit par l'exil et l'humiliation de ses abrutissantes conditions de vie parisienne, et le silence dans lequel s'est retranchée sa mère, l'adolescent s'est laissé happer par la rue. Dérivant de bêtise en bêtise jusqu'aux marges de la délinquance, en tout cas rapidement assimilé « malfaisant », il raconte son existence : la jungle qu'est l'école, la rue qui remplace sa famille, la vie de son quartier et de ses laissés-pour compte, comme Gervaise la prostituée au destin tragique, Odette la vieille dame abandonnée à l'hospice, ou Batman la jeune fille séquestrée par son frère salafiste…

La langue de ce monologue coloré et rythmé est celle d'un gamin des cités : argotique, crue, pas toujours totalement compréhensible, encombrée des obsessions sexuelles de l'adolescent, elle donne au récit des accents d'authenticité et maquille d'une fausse naïveté le regard tout en acuité de l'auteur sur la vie des quartiers dits sensibles.

Avec beaucoup de tendresse, mais aussi de virulence, Sofia Aouine nous fait entendre une sorte de complainte des oubliés de notre société. Appelant à la lumière les fractures qui séparent plusieurs générations de personnages littéralement dévorés par leur environnement et leurs malheurs, elle dénonce le terreau que représentent l'isolement et le désespoir pour les engrenages violents en tout genre : délinquance, drogue, prostitution, sectarisme…

Malgré quelques réticences, liées au découpage très marqué entre les histoires, quasi juxtaposées, de chaque personnage, à l'absence d'une véritable conclusion et à la présence de quelques clichés, j'ai été globalement emportée par ce récit dérangeant et plutôt poignant, à la fois tendre et rageur, aux personnages attachants et crédibles, et où l'on devine parfois une résonance toute personnelle avec certains éléments de la biographie de l'auteur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Yaena
  04 octobre 2020
La famille d'Abad a fuit le Liban et tente de se construire une vie dans le quartier de la Goutte d'or à Paris. C'est là qu'Abad traîne ses baskets sur le bitume couleur désespoir de la rue Léon. Rue Léon… c'est pas une rue ! C'est la cour des miracles ! Elle est peuplée d'oubliés et de petites gens qui vivotent. A croire qu'on les a tous stockés au même endroit. Comme pour ne pas gêner les bourgeois avec la misère… Des personnages meurtris par la vie, malmenés, fatigués et pourtant salvateurs pour Abad. Des bouées de sauvetage qui lui permettront de se construire, de ne pas sombrer et de continuer à croire que la vie ce n'est pas que la misère. Les oubliés d'Abad, c'est une bande d'estropiés qui s'appuient les uns sur les autres dans l'espoir de continuer à avancer.
Il y a Gervaise, la pute Camerounaise, belle à se damner et qui s'accroche à son rêve d'une vie simple et rangée. Et puis « pute » c'est pas une insulte ! « Les putes aussi c'est des mères » alors Abad il s'en fout bien de savoir comment elle gagne sa vie Gervaise. Il l'aime parce qu'elle est belle. Surtout son coeur. Il y a aussi Odette, la vieille d'à côté, qu'Abad aime comme sa grand-mère, même quand elle attrape « la maladie qui sonne comme un gros mot craché par un allemand en colère ». Odette c'est les livres, la musique, les vieux films et les tartes aux pommes. Elle est vieille mais pas comme la dame d'ouvrir dedans, la psy qu'Abad est obligé de voir et qui ressemble à Schreck. Avec elle c'est compliqué, c'est un peu je t'aime moi non plus mais finalement Abad l'aime bien, même s'il lui en veut de le faire parler de ces choses qui lui font mal. Mais il lui pardonne parce qu'elle aussi elle en trimballe des casseroles, même si maintenant elle vit dans les quartiers chics.
Et puis à 13 ans on a des potes. Pour Abad ce sont les 4 fantastiques dont la principale occupation sont les « nichons Yougo » et autres conneries du même genre qui leur attireront bien des ennuis.
Sofia Aouine nous parle de ces invisibles sans misérabilisme, et sans fard dans une langue crue et rythmée pleine de gros mots et sans aucun égard pour le politiquement correcte. Condition féminine, sexe, religion, misère sociale… elle se saisit des sujets qui fâchent avec un humour grinçant et sous couvert de la franchise d'un gosse de 13 ans en pleine rébellion.
Certains peuvent être choqués par le vocabulaire d'Abad, personnellement je trouve que ce parti pris de l'auteur rend son personnage crédible. Employer un autre langage ç'aurait été travestir Abad. Dans la rue Léon un langage soutenu serait tombé comme un cheveu sur la soupe et puisque c'est Abad qui raconte et qu'il vit rue Léon... Et puis malgré son langage outrancier, il en dit de belles choses Abad. Tout ce qu'il nous raconte c'est beau, c'est triste et c'est criant de vérité !
Merci beaucoup à Babelio et audiolib pour la découverte.
Ce fut ma première expérience de « lecture audio » et si j'ai apprécié l'écoute de ce livre je reste une inconditionnelle du papier. En ce qui me concerne l'immersion dans l'histoire et le travail d'imagination m'est beaucoup plus agréable avec un livre entre les mains.
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Jeanfrancoislemoine
  30 août 2020
J'avoue m'être précipité sur ce roman lors de sa sortie en poche , un petit livre dont la couverture s'avère très suggestive avec les facéties d'un jeune garçon dont on peut penser qu'il pourrait être le petit Abad, le héros.
Abad va nous emmener dans son territoire , la rue Léon, dans le quartier de Barbés , La Goutte d'or . Qu'est - ce que l'on fait de son adolescence dans un territoire qui ne veut pas trop de vous , ne vous offre pas grand chose si ce n'est du rêve, de l'utopie , mais vous façonne sans que vous puissiez vous échapper ? La rue est sans pitié pour les plus faibles , territoire réservé, asservi , où tous les moyens sont bons pour exister , assurer une vie quotidienne bien précaire.
A treize ans , c'est le début de l'adolescence , l'éveil des sens , les seins des nanas qui obsédent les esprits et excitent les bas - ventres .... Nous suivrons ,tout au long du récit, les pérégrinations de bon nombre de personnages gravitant autour de notre jeune héros.Des personnages plus ou moins attachants , jeunes ou vieux , sur lesquels notre regard s'attardera avec plus ou moins d' attention , avec plus ou moins de sympathie , plus ou moins d'empathie....
C'est , pour moi un bon roman, certes ; n'obtient pas le " Prix de Flore " qui veut , mais il me laisse un peu sur ma faim , balançant entre des passages émouvants, des passages humoristiques , des passages " un peu limite " aussi quant à une certaine obsession " sexuelle " sur laquelle l'autrice s'appesantit un peu trop à mon goût . Après, on peut regretter aussi un "découpage" particulier qui peut désorienter et un rythme assez lent .
Ensuite , il y a le langage et je vous laisse juges . Pour moi , j'aurais souhaité un peu plus de " retenue ", un peu de langage de la rue , mais aussi plus de vocabulaire " châtié " ou simplement plus " usuel et universel " .
Un tel sujet est forcément difficile à aborder et les clichés ne manquent pas même s' il ne convient pas de résumer le livre à cette caractéristique. Je ne regrette pas ma lecture , pas du tout , mais j'attendais autre chose . C'est un premier roman , il conviendra de s'en souvenir car la " plume " n'est pas maladroite .
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Kittiwake
  01 novembre 2019
Il est bien bavard, le jeune narrateur qui traine ses savates dans les rues de la Goutte d'or, où il apprend les codes, ceux des adultes, ceux des junkies, ceux des pseudo-imams qui tentent sous couvert d'une religion qu'ils ignorent, d'imposer leur loi, celle qui voile les femmes dans le seul but de les réserver à leur consommation personnelle . Il est bavard et l'on se fait porté par cette mélodie aux accents de rap et ce lexique parfois un peu trop typé pour être totalement compréhensible. Et puis au fur et mesure de la lecture, on se lasse, car la forme cache le fond, et on a l'impression de tourner en rond, malgré un récit court.
Les entrevues avec la « dame d'ouvrir dedans » comme il nomme la psy qui est chargée de sortir cet ado de la mutité dans laquelle il s'est enfermé, et qui contraste fort avec tout ce qu'il nous livre, sont une respiration dans ce récit logorrhéique .

La plume est audacieuse et exubérante, il reste à l'auteur de faire ses preuves dans d'autres registres . La rhapsodie est une composition libre dans le style et la forme, souvent en rapport avec des thèmes régionaux ou folkloriques. L'auteur pourra t-elle nous proposer une symphonie?

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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critiques presse (3)
LaPresse   22 novembre 2019
Rhapsodie des oubliés parle de l’importance de nos racines, de la dureté de la rue, du récit qu’on se construit à propos de notre propre vie. L’écriture d’Aouine est colorée, rythmée, parfois violente. Il y a des images fortes et quelques clichés, mais dans l’ensemble, ce premier roman est très réussi et annonce une nouvelle voix très prometteuse.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Bibliobs   13 novembre 2019
Nourri des blessures d’une jeunesse en familles d’accueil, le livre de Sofia Aouine exalte la poésie du quotidien dans une prose rugueuse, rythmée par les musiques urbaines. Tissée de références, cette complainte de la Goutte-d’Or n’en est pas moins une œuvre originale, une ode poignante aux cœurs brisés, aux sans-sommeil, aux enfants inconsolables.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeMonde   23 septembre 2019
Rien n’échappe à Abad, Parisien de 13 ans, de ce qui se passe dans son quartier. Un premier roman plein de verve signé Sofia Aouine.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
audeLOUISETROSSATaudeLOUISETROSSAT   14 octobre 2020
Vous savez, une pute, c'est une belle qui a grandi trop vite. Même si vous pensez que c'est juste une pute, je le sais et je vous le dis, une pute c'est une maman.
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hcdahlemhcdahlem   21 novembre 2019
Adossé à la cheminée, je regarde les grosses lettres qui clignotent…Tati…Tati…Le magasin préféré des daronnes et des blédards, notre tour Eiffel à nous. Un truc que le monde entier nous envie et qui est connu au fin fond de l’Afrique et de la Papouasie. Tati or, Tati maison, Tati chaussures, Tati slips, Tati mariage : la Mecque des jeunes pucelles prêtes à se marier et des mères hystériques qui aimeraient redevenir pucelles le temps d’une nuit de noces. La plus grande salle de jeu du monde, caverne d’Ali Baba des pauvres où tu trouves de tout Tu peux te marier, manger, vivre et peut-être même mourir un jour. Je suis sûr qu’ils finiront par y vendre des cercueils en vichy rose et bleu.
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hcdahlemhcdahlem   21 novembre 2019
INCIPIT
Ma rue raconte l’histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s’appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans. C’est mon père qui a choisi qu’on débarque ici. Je me dis souvent que ce vieux doit aimer la misère, comme si c’était la femme de sa vie. Une espèce de seconde peau
que tu aurais beau laver. Inscrite dans tes gènes, à jamais. Ici, c’est Barbès, Goutte-d’Or, Paris XVIIIe, une planète de martiens, un refuge d’éclopés, de cassos, d’âmes fragiles, de «ceux qui ont réussi à dépasser Lampedusa», de vieux Arabes d’avant avec des turbans sur la tête et des têtes d’avant, de grosses mamans avec leurs gros culs et leurs gros chariots qui te bloquent le passage quand tu veux traverser le boulevard. Des gens honnêtes qui ont toujours l’air de voleurs et qui rasent les murs pour pas qu’on les voie. Une rue où il n’y a pas de femmes qui marchent toutes seules. Une ville dans la ville, monstrueuse et géante, une verrue pourrie sur la carte. La première fois que j’y ai foutu les pieds, ça ne me changeait pas beaucoup de ma rue, petit, au Liban. Ici ou là-bas, quand tu arrives, les immeubles t’écrasent comme si tu étais un insecte. Quand tu entres dedans, ils t’avalent et te recrachent comme les pépins des premières grenades d’été, juteuses, que tu manges avec le plaisir d’un gosse. Ma rue a la gueule d’une ville bombardée, une gueule de décharge à ciel ouvert, une rue qui ne dort jamais, où les murs ressemblent à des visages qui pleurent. Des murs qui n’ont jamais été blancs et qui semblent hurler sur toi quand tu passes devant. Je suis arrivé dans ce bordel il y a à peine trois ans et j’ai déjà l’impression d’avoir vieilli de dix piges, rien qu’en me posant sur le banc du square Léon. Juste à regarder les gens. Les enfants ont l’air de centenaires. Des yeux de vieux, sur des gueules d’anges. Surtout les petits Noirs. On dirait qu’à force de vivre les uns sur les autres, ils ont une âme pour cinq. Ce n’est pas de leur faute, je sais, c’est vrai. Mais avant de vivre ici, j’en avais jamais vu. Mon nouveau pote de l’école, le fils du marabout de la mosquée Poulet, dit toujours au prof de français: «Ta France, garde-la, c’est pas à
nous!» Tu vas te demander pourquoi un blédard comme moi, pardon, un primo-arrivant, comme dit la grosse du service social, sait tout ça. Je te dirai juste que je suis un esquiveur: je fais croire que je sais rien, comme ça ceux qui savent savent que je sais. T’as pas compris, c’est pas grave, tu pigeras plus tard. La mère dit toujours qu’on est des Arabes pas comme les autres, et même si on vit au milieu des Arabes, on n’est pas comme eux, on leur ressemble pas. Va savoir ce qu’elle veut dire par là, faudra m’expliquer. De toute façon, dans cette ville, un Arabe ça reste un Arabe, surtout si tu viens de Barbès. T’auras beau te laver et te mettre tous les parfums du monde pour choper toutes les filles du monde et faire le beau gosse,
tu sentiras toujours l’Arabe de Barbès. C’est la vie, faut s’y faire. Ici, t’es à Paris et pas à Paris. Ici, c’est une rue de sauvages. Les valeurs c’est fini.
Même les barbus de la mosquée se baisent entre eux. Chacun pour soi et un seul bon Dieu pour tous. Moi, je fais semblant d’y croire pour faire plaisir à maman. Mais j’ai déjà vu trop de morts chez moi, je veux plus en parler, plus jamais. Dans
ma rue, t’as pas le droit d’être un faible, les faibles ça finit sur un trottoir comme les putes de Porte de Clichy et les crackers de Porte de la Chapelle.
Au fond, Barbès, c’est pas différent de Baabda. Les mêmes têtes de mercenaires qui en ont déjà trop vu, la même odeur de fleur d’oranger mêlée à la crasse, la même musique entre les cris des mômes et les hurlements des alcoolos du café d’en bas, les mêmes visages de vieilles mères fatiguées, la même merde dont tout le monde se fout royalement.
Surtout Léon, qui à mon avis s’en bat les couilles de là où il est. Voilà comment je voyais ma rue – avant elle. 
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CannetilleCannetille   19 décembre 2019
La principale religion à la maison s’appelle le silence. Pour éviter les problèmes et espérer être un peu heureux, la tactique à employer est de fermer sa gueule, baisser la tête, raser les murs. Alors, c’est ce qu’on fait, maman et moi. La daronne c’est dans sa peau, elle a pratiqué ça toute sa vie. Ma mère est un fantôme de lait et de rose. Silencieuse et discrète. Le genre de femme qui mourra dans les limbes des mots qu’elle n’a jamais osé dire. Le regard droit et le poing fermé par la rage avortée.
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BazartBazart   10 août 2019
Adossé à la cheminée, je regarde les grosses lettres qui clignotent…Tati…Tati…Le magasin préféré des daronnes et des blédards, notre tour Eiffel à nous. Un truc que le monde entier nous envie et qui est connu au fin fond de l’Afrique et de la Papouasie. Tati or, Tati maison, Tati chaussures, Tati slips, Tati mariage : la Mecque des jeunes pucelles prêtes à se marier et des mères hystériques qui aimeraient redevenir pucelles le temps d’une nuit de noces. La plus grande salle de jeu du monde, caverne d’Ali Baba des pauvres où tu trouves de tout Tu peux te marier, manger, vivre et peut-être même mourir un jour. Je suis sûr qu’ils finiront par y vendre des cercueils en vichy rose et bleu.
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