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ISBN : 2732487961
Éditeur : Editions de la Martinière (29/08/2019)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 60 notes)
Résumé :
« Ma rue raconte l'histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s'appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans ».

Abad, treize ans, vit dans le quartier de Barbès, la Goutte d'Or, Paris XVIIIe. C'est l'âge des possibles : la sève coule, le coeur est plein de ronces, l'amour et le sexe torturent la tête. Pour arracher ses désirs au destin, Abad devra briser les règles. A la manière d'un Antoine Doin... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (41) Voir plus Ajouter une critique
Clubromanhistorique
  10 septembre 2019
Habituée à ne lire pratiquement que des romans historiques, j'apprécie de sortir de temps en temps de ma zone de confort et de me confronter à des oeuvres vers lesquelles je ne me tournerais pas naturellement. Et les premiers romans attirent toujours mon attention, car il y souffle bien souvent un vent nouveau...
« Rhapsodie des oubliés » est justement un premier roman. Son autrice, Sofia Aouine, est née en 1978 dans les Hauts-de-Seine au sein d'une famille d'origine kabyle. En raison d'un contexte familial compliqué, Sofia est confiée dans un premier temps à sa grand-mère qui vit en Kabylie, puis, de retour en France, elle est placée en pouponnière puis dans différentes familles d'accueil. Elle est aujourd'hui reporter radio.
Fidèle à sa vocation professionnelle qui est d'enquêter et de transmettre des histoires, Sofia Aouine nous invite dans ce roman à suivre le quotidien d'Abad, un adolescent d'origine libanaise de 13 ans qui vit dans ce quartier de sinistre réputation qu'est la Goutte d'Or, au coeur du XVIIIe arrondissement de Paris. Ce sujet – la vie d'un adolescent dans un quartier sensible – a été maintes fois exploré sous forme romancée mais hélas souvent de façon caricaturale ou artificielle. Ce roman sera-t-il celui qui nous présentera enfin la vie réelle d'un adolescent d'un quartier difficile et de ses habitants ?

UN HÉROS BRUT DE DÉCOFFRAGE MAIS ATTENDRISSANT
En choisissant Abad, le personnage principal de ce roman, comme narrateur, Sofia Aouine nous met immédiatement dans le bain : hors de question pour elle d'observer de loin les événements, elle nous fait entrer de plain-pied dans l'univers de ce jeune garçon et nous fait partager ses pensées et ses sentiments. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de comprendre les émotions et les réflexions d'un adolescent, mais ce n'est pas toujours évident ! Ici, l'autrice parvient à entrer dans la peau d'un jeune garçon de 13 ans avec une aisance vraiment déconcertante : langage, attitudes, réactions, tout sonne vrai, pas une seule fausse note ! Alors, parfois, oui, certains passages m'ont heurtée en raison du langage très cru employé, mais il est utilisé à bon escient et surtout pas pour « faire genre » ou pour choquer car c'est un langage vrai. Mais ce dernier sait aussi se montrer drôle et inventif quand Abad nous présente les « pseudos-imams façon 2.0 » comme des Barbapapas, les femmes en jilbab comme des Batmans et sa psychologue comme la « dame de l'ouvrir dedans » – d'ailleurs les descriptions des séances chez la psychologue sont hilarantes !
Abad habite rue Léon, en plein coeur du quartier de la Goutte d'Or. Une mère discrète et silencieuse, un père peu présent, qui se ruine la santé au travail, tout cela pour un salaire dérisoire. Un père taiseux et parfois violent, qui montre les poings quand Abad commet des bêtises.
Mais un jour, son père est victime d'un accident sur son lieu de travail. Devenu en partie invalide, il tente pourtant de trouver un nouvel emploi, mais en vain. Se sentant humilié, il quitte le domicile familial du jour au lendemain, pour toujours, et Abad devient l'homme de la famille. Mais Abad ne veut pas finir comme son père, il rêve d'un avenir meilleur, loin de ce quartier laid, étouffant et douloureux – même les murs pleurent d'après Abad –, gangrené par les trafics en tout genre, la prostitution, la misère, la violence et la radicalisation religieuse. Terriblement lucide, ce jeune garçon jette un regard sans concession sur le monde qui l'entoure et nous fait découvrir ce quartier dont on ne parle pas ou bien en mal dans les médias.
Pour survivre dans un tel environnement, il vaut mieux avoir une solide carapace et Abad a réussi à s'en construire une, comme ses copains. Ici, impossible de laisser transparaître la moindre faiblesse ou bien le moindre sentiment, sinon tu es fichu.
Mais derrière ce langage cru et ces réflexions désabusées se cache en réalité un garçon futé, sensible, attentif aux autres, un garçon qui a soif de liberté et d'amour. Et c'est cet espoir en un avenir meilleur et ce besoin de liberté et d'amour qui vont conduire Abad à commettre malgré lui quelques bêtises… Son parcours semé d'embûches, d'une réalité troublante, est d'autant plus poignant qu'à plusieurs reprises on sent bien qu'Abad est sur le fil du rasoir et on aimerait le guider, le rassurer, l'encourager car c'est un garçon de bonne volonté, qui veut s'en sortir, mais on reste impuissants, spectateurs, lecteurs...
En parlant d'amour, Abad est en effet à l'âge des premiers émois amoureux et il semble vraiment très préoccupé par la question, c'est le moins que l'on puisse dire… L'accent mis en particulier sur ce point m'a un peu gênée ayant davantage l'habitude d'entendre à cet âge-là que « les filles sont bêtes » (pour rester polie). Et Abad n'y va pas par quatre chemins pour nous raconter son éveil à la sexualité, toujours avec son langage direct et inventif (avec lui, la masturbation devient la bagnette). Mais c'est avec beaucoup d'émotion qu'il nous parle de cette Batman qu'il observe depuis sa fenêtre et dont il est tombé amoureux. C'est cette silhouette féminine qui va être l'un des éléments déclencheurs lui permettant de se libérer petit à petit de sa carapace…

UN ENTOURAGE FAMILIAL DÉFAILLANT MAIS DES FEMMES PORTEUSES D'ESPOIR...
Car c'est bien grâce aux femmes qu'Abad va parvenir à s'élever et à se libérer, non pas par sa mère, une femme silencieuse, discrète, restée trop longtemps soumise et qui ne comprend plus son fils, si désespérée qu'elle laisse l'Aide sociale à l'enfance le placer en famille d'accueil, l'éloignant tout de même enfin de la rue Léon et de ce quartier. Non, il s'agit de quelques belles rencontres, inopinées, qui seront comme autant de mains tendues.
Ces femmes vont jouer un rôle essentiel dans la vie d'Abad puisqu'elles vont, chacune à leur manière, intervenir à un moment crucial de la vie du jeune garçon sans qu'il s'en rende compte et fissurer sa carapace, pour l'aider à trouver sa voie et à prendre son envol.
Il y a la Batman, dont il tombe éperdument amoureux ; Odette, la vieille voisine qui lui donne le goût de la lecture et de la musique ; Ethel Futterman, sa psychologue ; Gervaise, une prostituée africaine qui espère rejoindre un jour sa fille Nana restée au Cameroun. Malheureusement certains de ces personnages vont disparaître au cours du roman et donc de la vie d'Abad, mais le souvenir de ces femmes restera toujours gravé dans un coin de sa tête. Car derrière ces fortes personnalités se cachent des drames effroyables, des souffrances indicibles, et je regrette un peu que les histoires de ces personnages n'aient pas été davantage développées, même si cela aurait dilué le récit et peut-être fini par perdre le lecteur.
Évidemment chacun pourra reconnaître derrière ces personnages des références à des oeuvres littéraires ou cinématographiques, la plus évidente étant celle au film « Les Quatre Cents Coups » de François Truffaut, dans lequel Antoine Doinel, un jeune garçon turbulent finit dans un centre pour délinquants dont il s'échappe pour aller voir la mer… Comme Antoine, Abad se sent emprisonné dans un système social dans lequel il ne se reconnaît pas et qu'il tente de fuir pour de trouver sa place dans la société. On pensera aussi à l'oeuvre naturaliste d'Émile Zola avec Gervaise Macquart (« L'Assommoir ») et sa fille Anna Coupeau dite Nana (« Nana ») que l'on retrouve dans les personnages de Gervaise, la prostituée, dont la fille, Nana, est en Afrique. Et comment ne pas évoquer Momo et Madame Rosa, les deux personnages de « La Vie devant soi » de Romain Gary ?

UN STYLE DÉTONNANT, PERCUTANT ET PUISSANT !
Mais c'est dans l'écriture que réside le véritable tout de force de ce roman ! Dès les premières lignes, les mots m'ont littéralement sauté au visage, comme autant d'uppercuts, à un rythme saccadé, comme un débit de mitraillette, entrecoupé d'accalmies. Langage cru, phrases longues, phrase courtes, énumérations, répétitions, jeux avec la ponctuation, dialogues, descriptions… Tous ces mots, toutes ces phrases créent par là même un rythme très particulier évoquant différentes sonorités musicales, que l'on retrouve dans la playlist proposée en fin d'ouvrage.
Il est impossible de rester indifférent face à une telle écriture ! On pourra aimer, on pourra détester, mais force est de remarquer que l'autrice fait preuve d'une grande maîtrise puisque cette rage et cette souffrance ne se retournent pas contre le lecteur, bien au contraire. Non, l'autrice a si parfaitement bien dosé sa plume que chaque mot, chaque phrase nous interpellent, comme si nous étions sur un ring, lors d'un entraînement, face à une boxeuse dont les coups ne sont pas portés.
Pourtant ce style musclé et direct laisse parfois la place à des moments d'écriture plus doux et plus sensibles, lorsque l'autrice aborde l'histoire de ces femmes. J'ai été particulièrement touchée par celle d'Ethel Futterman qui pourrait faire l'objet un roman à elle toute seule, mais aussi par celle d'Odette. Tout en modulant son style qui s'adapte à ses personnages, tantôt cru et mordant, tantôt poétique et lumineux, Sofia Aouine parvient à maintenir tout au long de son récit un rythme sans faille et cette musicalité qui, elle aussi, évolue en fonction des personnages.
Comme François Truffaut qui s'est affranchi en son temps des carcans de l'époque avec notamment sa caméra au poing, Sofia Aouine, stylo au poing, par sa liberté de ton, sa langue inventive et son écriture musicale, donne la voix à travers un jeune adolescent à toute une population oubliée et en dresse un portrait bouleversant, empreint d'humanité et de tendresse.
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Litteraflure
  28 août 2019
Mieux la Goutte d'or que le Triangle d'or ! J'en ai soupé des histoires de femmes névrosées dont l'unique problème est de confier leur 4X4 au voiturier de la rue Montaigne ! Là, on a de l'authentique, du sincère, du spontané, de l'inventif, du vivant ! Naturaliste comme du Zola, émouvant comme du Gary (on pense à la Madame Rosa de « La vie devant soi »), décomplexé comme du Rajaa Alsanea (Les filles de Riyad), le roman de Sofia Aouine est non seulement divertissant, il est nécessaire. le rôle d'un écrivain est de donner à voir. À voir des mondes où le lecteur n'ira jamais. L'auteur les rend familiers, attachants, accessibles. Mission accomplie. J'ai été sensible à la langue de la rue, imagée, créative, irrésistible. Les salafistes sont des barbapapas, les femmes en niqab des batmans. On ne s'adonne pas à l'onanisme, on pratique la bagnette et la psychologue, c'est la dame de « l'ouvrir dedans ». Sofia Aouine aime viscéralement ce quartier du XVIIIe (descriptions magnifiques dans les premières pages) et ses habitants. Sous sa plume, les balafres ont du charme, les blessures sont toujours près du coeur. Les délinquants, les égarés, les putes, les mécréants, les apprentis jihadistes, les dealers, les clodos, les maquereaux, les petits vieux, les travailleurs immigrés… Chacun a sa place sur cette planète qui résiste à tous les envahisseurs, à la gentrification, à l'islamisation, à la drogue et aux descentes de police. Sofia Aouine leur donne une voix. J'ai été particulièrement touchée par le journal de la jeune musulmane déchirée entre son désir d'émancipation et le respect qu'elle doit à sa communauté (pages 111-118). Émue aussi par les confessions de la vieille dame qui voit sa vie lui échapper. Bouleversée par le tragique destin de Gervaise, la prostituée venue d'Afrique. Un livre beau et fort, une célébration d'un quartier haut en couleurs et en douleurs.
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totopinette
  30 août 2019
Avant de recevoir ce roman, je l'avais vu passé dans les sorties annoncées. Il faut bien l'avouer, d'un premier coup d'oeil, ce roman ne m'avait pas parlé. Tout d'abord, à cause de sa couverture (le marketing a malgré tout une place importante dans la vente de romans, il ne faut pas se leurrer) très sommaire et peu attirante. Et ensuite, le résumé : bien qu'il ne soit pas inintéressant, ce n'est pas le type de résumé qui m'appelle à la lecture. Trop basique, trop banal presque … rien qu'avec ce résumé j'ai eu l'impression que tout cela allait manquer de dynamisme et de consistance. Mais comme le dit le proverbe : l'habit ne fait pas le moine. C'est donc avec curiosité et entrain que je l'ai commencé. Malheureusement, mon entrain s'est vite mué en désespoir.
Il faut reconnaître que le postulat de base n'était pas fait pour me convaincre : utiliser une langue si familière à la limite du grossier, très peu pour moi. J'aime lire pour la beauté des textes et la poésie de la langue française. J'estime que c'est une langue si expressive qu'elle nous permet de tout écrire et de faire passer un grand nombre de sentiments. Malheureusement, ici, je n'ai pas été sensible à cette familiarité donnée à cette langue. Et au-delà de ça, elle a créée une sorte de barrière entre le texte et moi.
Une barrière si grande que j'ai vite abandonné cette lecture. Pendant plusieurs jours, j'ai été incapable de dépasser la page 90. J'ai dû me forcer à le reprendre tellement ce début de roman m'avait ennuyé. Et lorsque je l'ai enfin recommencé, j'avais finalement complètement oublié ce que j'avais lu auparavant … Comme si, à l'image d'Odette, j'étais atteinte d'Alzheimer. La raison première à cette perte de mémoire ? Je dirais que ça manque indéniablement de « sentiments ». Je n'ai rien ressenti lors de cette lecture. Ni colère, ni peine, ni frustration, ni compassion… Juste de l'indifférence. J'ai manqué de vrais rebondissements, de vrais enjeux. C'était, à mes yeux, très plat. Mais, il faut bien reconnaitre qu'il y a une réussite : tout tourne autour de l'oubli … Autant pour l'auteure que pour le lecteur. L'auteure parle des oubliés et le lecteur les oublie. le titre est donc particulièrement bien choisi.
Autre fait qui m'a lourdement dérangé : l'obsession d'Abad pour la « baguette ». Pourquoi ? Lorsque le résumé disait : « le coeur plein de ronces, l'amour et le sexe », je ne m'attendais pas à ça. On peut être curieux lorsqu'on est jeune, mais il y a des limites. Un roman qui ferait donc « retomber toutes les baguettes ».
Pour en revenir au résumé, il est question de roman noir, de hip-hop et de soul music. J'ai longuement cherché, mais rien ne m'a rapproché de ces genres-là. Pour faire un roman noir, il ne suffit pas de créer des malheurs à n'en plus finir aux protagonistes. Il ne suffit pas de les faire évoluer dans les rues jonchées de prostituées, non plus. Il faut une atmosphère particulière. Et cette atmosphère est inexistante, de bout en large. Où sont ces sensations d'oppression, d'étouffement, de danger imminent, de chute vertigineuse ? Ce roman est à l'image de l'électrocardiogramme d'un mort : lisse. Et, personnellement, lorsqu'on me parle de hip-hop, je m'attends à un sentiment de colère, de rage presque. Quand on me parle de Soul music, je m'attends à de la beauté, de la souffrance et à une certaine douceur. Mais je n'ai rien eu de tout cela.
Au niveau des personnages, j'ai eu bien du mal à m'attacher à Abad. Je ne l'appréciais, ni ne le détestais … en vérité, je me moquais un peu de son histoire. Je n'avais qu'une hâte : retrouver Ida. Ce qui est fort dommage puisqu'il est le personnage principal. À l'image du roman lui-même, j'ai trouvé Abad très « fade ». L'auteure avait tous les moyens de nous le rendre sympathique (sans qu'il soit obligatoirement un merveilleux et sage jeune homme) et pourtant elle l'a dénué de tout charisme (même nos anti-héros préférés en ont). J'ai adoré Ida. J'ai adoré son personnage, son histoire, sa force, son courage… C'était LE personnage qui, à mon sens, aurait dû être central. Elle avait quelque chose à raconter (autre qu'une histoire de « baguette » …), quelque chose d'intéressant, de prenant.
Seules les histoires d'Ida, du père d'Abad et d'Odette parvenaient à me maintenir en alerte. Elles étaient si prenantes que j'arrivais à oublier ce style d'écriture qui ne me convenait pas. C'était de vraies histoires. Des histoires qui créaient un sentiment chez le lecteur, et même une certaine addiction. Quelle déception de voir qu'elles ont été survolées au profit de celle d'Abad qui ne méritait pas tant de pages. En résumé, je ne pense pas être bon public pour ce roman. de ce fait, je n'ai pas réussi à réellement l'apprécier. Et je dois bien l'avouer, si je n'avais pas pris de notes lors de ma lecture, j'aurais été incapable (à peine trois jours plus tard) de me souvenir de l'histoire d'Abad. Rhapsodie des oubliés sera donc pour moi, un grand oublié de ma bibliothèque.
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ValerieLacaille
  02 octobre 2019
J'ai débuté la lecture de ce premier roman avec un doute immense : la prestation de la jeune auteure dans l'émission de la Grande Librairie, sur France 5, m'avait séduite, mais je craignais ne pas apprécier du tout le langage utilisé, celui des banlieues du XVIIIe. En effet, les phrases de type de celles utilisées par les jeunes des quartiers sensibles ne sont pas du genre à me rappeler de bonnes périodes de ma carrière d'enseignante : "Oh la victime, il a une tête de chelou!", "Obligé, c'est un cassos de la Ddass!", "Regarde ses pompes, abusé!", "La honte wallah… Moldavie wesh, sa daronne fait la manche au marché de Barbès… Attention, cache ton iPhone, ah c'bâtard, il va nous dépouiller…" Mais ici, l'utilisation de ce type de langage est un passage obligé (et momentané) puisque l'auteure laisse son petit héros maghrébin prendre la parole en tant que principal narrateur de ce bout de vie, ce morceau d'une année, celle d'un gamin de treize ans, né au Liban, atterri en banlieue parisienne du jour au lendemain, loin de sa mémé adorée.
C'est là, qu'à ses heures perdues, depuis l'arrière des stores de l'appartement familial qu'il joue l'observateur d'un microcosme polychrome en constante mouvance (« Certaines familles […] préféraient voir leur fils faire le jihadiste de pacotille au quartier plutôt que la victime au mitard »), plutôt vers le bas, dans la crasse, le malheur et la violence, d'un petit coin de la capitale française où l'imaginaire collectif se nourrit habituellement de récits élaborés au coeur des quartiers bobos où tout va bien, tout est beau, estampillé Vuitton, Chanel ou Dior et où tout rutile dans l'éblouissement de la ville Lumière…
Abad, de haut de ses treize ans, lui, n'est pas dupe. Tout juste adolescent, il nourrit une passion : il adore les « nichons » ! Toute fissure dans un mur est propice à des heures passées en espérant voir des filles se déshabiller et à pratiquer la « bagnette ». Quelle chance quand il a, pour un laps de temps, une « Femen » en guise de voisine ! Son obsession va mettre sur sa route Gervaise (comme dans Zola, oui…), jeune Africaine mise sur le trottoir, parce qu'elle « avait grandi mal et trop vite en passant des nattes et chaussettes blanches aux strings ficelle en l'espace de quelques années », de rêves perdus en désillusions douloureuses, elle n'en possède pas moins un coeur immense…
Deux autres figures féminines vont aider Abad à ouvrir les yeux ; sa voisine, Odette, mamie fan de musique et de littérature, et Mme Futterman, psychologue survivante de la Shoah. Au final, trois portraits de femmes aux secrets lourds et à la vie partiellement brisée. Trois survivantes.
Et je pense que c'est grâce à ces trois personnages féminins que ce roman est devenu pour moi, au fil des pages, un véritable coup de coeur. J'ai senti mon émotion grandir au fur et à mesure des évènements qui se sont succédés dans la vie de ce petit bonhomme, mais aussi dans celles des personnages corollaires. Aucun n'est épargné. Et on se rend bien compte que même si nous sommes dans un roman, ce texte colle tellement à la réalité de milliers de personnes vivant en France actuellement qu'il ne peut laisser indifférent. Il me marquera pendant un moment, je pense.
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Bazart
  13 août 2019

Barbès- Rochechouart, fragments de la vie d'Abad dans le quartier de la Goutte d'or. Un quartier où même les gens honnêtes ont l'air de voleurs, alors Abad jeune poulbot de treize ans vit son âge et sa pauvreté et fait donc pas mal de conneries. En chemin il croise, Gervaise une belle de nuit qui a laissé Nana sa fille au pays. Nana, Gervaise, finalement le XVIII éme arrondissement de Paris n'a pas beaucoup changé depuis « L'assommoir » de notre cher Émile.
Rhapsodie Rap, approche poétique et documentaire d'un quartier et d'une époque, Sofia Aouine à la langue bien écrite et son petit héros, turbulent et tendre pose un regard sans concession sur le monde qui l'entoure. Abad c'est le petit frère de Momo de « La vie devant soi » et le petit cousin d'Antoine Doinel.
Impossible dans l'épilogue de « Rhapsodie des oubliés », ne pas imaginer le long travelling de la course d'Antoine pour voir la mer, il ne manque que le regard caméra. Fort et poignant.
Sofia Aouine aime Jean Cocteau, François Truffaut et Romain Gary, ça tombe bien, nous aussi.
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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critiques presse (1)
LeMonde   23 septembre 2019
Rien n’échappe à Abad, Parisien de 13 ans, de ce qui se passe dans son quartier. Un premier roman plein de verve signé Sofia Aouine.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
collectifpolarcollectifpolar   14 octobre 2019
Ma rue raconte l'histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s'appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans.
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CalliPetriCalliPetri   07 octobre 2019
Je cours, je cours, je ne m'arrête plus. Les larmes m'inondent le visage. Le jour se lève à peine et le paysage défile. Du bleu, du vert, du gris, j'en ai plein la tête. J'aperçois enfin l'horizon. Mes pieds touchent l'eau saumâtre de la baie de Somme. Je n'avais pas revu la mer depuis l'enfance. Je cours comme un fou vers le large. Je ne me souviens plus si je sais nager. L'infini m'appelle. Je ne sais que ça. Je plonge la tête la première dans le froid de la Manche en hurlant cette phrase que ma mère me chuchotait tendrement à l'oreille, ces fois où mon père n'en était plus un : "C'est pas grave, fils, quand tu grandiras, tu auras oublié."
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CalliPetriCalliPetri   07 octobre 2019
Je suis triste et en colère, le matin quand je regarde par la fenêtre de ma chambre. Ma rue a des airs de Kaboul avant la tempête. Les sons et les odeurs d'avant ont été remplacés par le genre de silence à rendre fou, comme quand tu mets tes doigts contre tes tympans et que tu presses tellement fort que ton sang arrête d'irriguer ta tête. Je me dis qu'il faut faire quelque chose pour sauver ce qui peut encore l'être dans cette putain de rue.
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CalliPetriCalliPetri   07 octobre 2019
Alors que dans la vraie vie, celle qui pue la merde, c'est la rue qui nous gouverne et pas l'inverse. C'est la rue qui nous appelle et pas l'inverse. Et pour ceux qui n'ont pas de mère, il n'y a qu'elle pour les comprendre, les aimer, et donner un sens à leur vie. Ceux qui habitent là où ça sent les fleurs peuvent pas piger.
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CalliPetriCalliPetri   07 octobre 2019
Ma mère est un fantôme de lait et de rose. Silencieuse et discrète. Le genre de femme qui mourra dans les limbes de mots qu'elle n'a jamais osé dire. Le regard droit et le poing fermé par la rage avortée.
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Videos de Sofia Aouine (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sofia Aouine
Rhapsodie des oubliés de Sofia Aouine aux éditions De La Martinière https://www.lagriffenoire.com/1012823-divers-litterature-rhapsodie-des-oublies.html
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