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EAN : 9782823600148
192 pages
Éditeur : Editions de l'Olivier (21/03/2013)
3.33/5   23 notes
Résumé :
A la fin des années 30, la pension Zaltzer est devenue le rendez-vous estival d'un groupe de de célibataires Viennois.
Pour la plupart Juifs, ils forment une petite communauté de jouisseurs qui passe son temps à jouer au poker, boire du cognac et se perdre en intrigues amoureuses.
Cet été-là Rita est la première à arriver, accompagnée de son fils Yohann. Bientôt rejointe par Zoussi Rauver et son prétendant Van, puis par un alcoolique sympathique dont... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Dandine
  29 juin 2021
Un des romans mineurs d'Appelfeld, qui a quand meme beaucoup de saveur. Il brode sur des themes qu'il avait deja developpes. Comme dans Badenheim 1939, c'est un huis-clos dans une pension de vacances. Comme dans Katerina, une vieille servante chretienne en sait plus long sur les coutumes juives que les juifs assimiles frequentant sa pension.
Une pension dans un trou perdu ou des habitues viennent tous les ans s'adonner a leur passion, leur vice, jouer aux cartes et generalement perdre leur argent. “C'etait etrange. L'endroit n'etait ni bien place ni somptueux, la riviere n'etait pas particulièrement reputee, la flore etait clairsemee, la plaine marecageuse, pourtant les gens avaient pour les tables rondes le meme attachement que l'on a pour de vieilles connaissances. Fracht, c'etait le nom du lieu. Pour beaucoup, il evoquait cupidite et debauche, mais pour quelques fideles, c'etait un lieu enchanteur et tout ce qui existait en dehors de Fracht etait gris, sans saveur ni joie”.
Bizarre, cette annee ils ne sont que trois joueurs: Rita, Zoussia et Benno. Jour apres jour ils courent a la gare et jour apres jour c'est la meme deception: du train ne descendent que des campagnards du coin. Rita dira: “Ne pas venir, c'est trahir les trois plus beaux presents de la vie : la compagnie, le jeu et le cognac. Sans parler de la beaute du paysage, des eaux du Pruth et des patisseries de Maria”.
Mais le Pruth va aussi les trahir. En crue, il inonde et degrade la cour de la pension. Les journees passent donc a boire et a parler, en interieur. A ressasser les espoirs et surtout les deceptions de chacun. Tous trois laissent percer leur malaise, leur sensation de vide, d'echec. Puis Benno traverse ostensiblement le Pruth a la nage et s'y noie. Ou l'enterrer? Zaltzer, le tenancier, ne veut entendre parler de croquemorts juifs et propose son jardin, mais Maria la servante pense que chacun doit etre enseveli parmi et avec ses ancetres. Etrangement, c'est la Gentille qui parle d'une voix juive presque oubliee de tous. En fin de compte on l'enterre dans le jardin.
Revant de partir pour la Palestine, “un pays avec de longues plages et un soleil clair”, Rita fuit la pension pour revenir a Vienne, s'arretant a chaque gare pour boire, s'enivrer, parler a n'importe qui de sa decision. Une decision que personne ne comprend. Ni Zoussi, qui objecte: “L'Europe est le berceau de la civilisation. Nous y sommes relies par un cordon ombilical”, ni un autre juif rencontre dans le train: “Nous avons du mal à comprendre la folie. La folie est ce qu'elle est, mieux vaut l'envoyer dans le desert”, ni un serveur de bar: “Qu'y a-t-il de juif en vous, madame ? Ce sont les Juifs vieux et pieux qui partent en Palestine, mais vous, belle dame, qu'est-ce que vous avez a voir avec une terre aride ? Vous etes pleine de vie, si je puis me permettre. Qu'allez-vous faire dans les contrees de la mort ?”.
La fin reste ouverte et on ne sait ce qu'il adviendra de Rita. Ni de Zoussi, ni de Zaltzer. Mais on sent qu'ils ne se retrouveront plus a la pension l'annee d'apres. Appelfeld reussit a distiller une impression de fin d'epoque, qui serre le coeur de tout lecteur ayant une minimale connaissance de l'histoire europeenne.
Je retiens deux elements qui m'ont interpelle dans ce roman. le croquis du malaise de certains juifs assimiles, qui se decouvrent sans aucune reelle attache; et surtout le portrait de la servante chretienne, qui, tres pieuse, ne peut comprendre comment ni pourquoi ces juifs ont delaisse la foi de leurs peres. “Un jour Maria avait dit incidemment : « Pour nous, les enfants, le porc est un interdit majeur, et au kiosque il n'y a que du porc. » Cette phrase, qui se voulait simplement un peu moqueuse, avait fait son effet dans la tete des gens, qui n'osaient plus aller au kiosque, malgre les plats appetissants et leur odeur tentante” […] “Elle respecte beaucoup les traditions religieuses des Juifs, dit Zoussi de sa voix superficielle habituelle. — C'est vrai, mais parfois elle eveille en nous, Juifs de naissance, des sentiments de culpabilite inutiles, repondit Zaltzer, qui manifestement avait longtemps ressasse cette phrase”.
J'ai eu l'impression qu'Appelfeld, imaginant les sentiments et les paroles de juifs assimiles, essayait de comprendre ses propres parents, qui ne voulaient parler qu'allemand et qui chaque ete le menaient en un lieu de villegiature, ou, a leur grand dam, ils n'y rencontraient que d'autres juifs.
En definitive, Appelfeld, decrivant le monde juif d'avant la Shoa, eveille toujours maints questionnements, de ceux qui n'ont pas de reponse claire, meme dans ses oeuvres mineures, comme c'est le cas pour ce livre. C'est toujours interessant, et toujours ecrit en une prose limpide, captivante dans son intentionnelle simplicite. Et pour moi, comme toujours, un serrement de coeur, bonjour tristesse.
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Sachenka
  03 mars 2016
Le roman Les eaux tumulteuses commence de façon très réaliste. Quelque part en Mitteleuropa, durant les années 30, il y a cet établissement, la pension Zaltzer. Chaque année, elle attire son lot de visiteurs, des Juifs surtout. Les premiers arrivent : Rita, son fils Yohann, Zoussa, Van, Beno Starck, etc. Certains hauts en couleur, d'autres plus conservateurs. Même si l'intrigue demeure essentiellement réaliste, son ton prend des tournures humoristiques et dramatiques selon les péripéties des pensionnaires.
Puis, on plonge décidément dans le dramatique : les jours suivants, les trains repartent sans laisser de voyageurs. Où sont passés les fidèles ? Et que dire de ces pluies diluviennes qui font monter le fleuve et déversent de la boue partout ? Beno y meurt même noyé. Si on ne peut plus profiter de la cour, il faut bien s'occuper à l'intérieur. Alccol, jeux de cartes et intrigues amoureuses sont au rendez-vous. On retrouve alors un ton plus léger même si les personnages ne sont plus aussi naïfs et insouciants… Ce n'est que façade.
Mais ce libertinisme n'est pas au gout de tous. Les vieux habitués s'en offusquent et ne reconnaissent plus les lieux. C'est la fin d'une époque, d'une manière de vivre. Certains parlent même de cette terre promise, la Palestine, et pensent faire le voyage jusque là. Fuite ? Exil volontaire ? Ajoutons à cela comme toile de fond la montée de l'antisémitisme (et du nazisme, même s'il n'est pas explicitement nommé).
J'ai découvert récemment Aharon Applefeld et je dois reconnaître que j'aime bien son écriture. Des personnages bien campés, complets et complexes. Des lieux vagues et imprécis mais, en même temps, suffisamment situés. Et cette atmosphère ! Nostalgie, tristesse latente, petits plaisirs coupables, joies que l'on sait qui tirent à leur fin. Menace dans l'air. Derrière une plume légère se cachent des thèmes sérieux et graves. Décidément, Les eaux tumultueuses est un roman magnifique qui a des couleurs de prélude…
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Bellonzo
  02 janvier 2014
Aharon Appelfeld réunit ses personnages à la fin des années trente dans une pension de famille pour une cure thermale dans une ville d'eau désertée. Nous sommes bien sûr quelque part au milieu de l'Europe. Cette année ils sont très peu nombreux et se posent des questions, quelque chose n'est plus comme avant. Guère plus de deux femmes, deux hommes, et les propriétaires de l'établissement ainsi que le personnel. S'ils font ici une cure annuelle c'est une cure de jeu et de marivaudage à laquelle ils s'adonnent. Mais ça, cétait avant. Sur les bords de la rivière Pruth, affluent du Danube, on pourrait être du côté de l'ancienne Bucovine, région natale d'Aharon Appelfeld, maintenant israélien. Appelfeld s'y connait en Nimportequoilande et déracinement puisque né à Czernovitz, ahurissant exemple de l'explosion Mitteleuropa, ville nantie de huit orthographes et qui fut en vrac et en désordre roumaine, moldave, autrichienne, ukrainienne, soviétique, allemande. Eaux tumultueuses mais histoire tout aussi échevelée ,je l'ai déjà évoquée à propos de Gregor von Rezzori, autre auteur majeur et méconnu de cette mouvance danubienne et consorts dont la plupart connurent l'exil. Pour cela ils ne manquaient pas de raisons.
le fleuve, justement, déborde et la boue envahit la cour de l'auberge et transforme en panique la sourde inquiétude des protagonistes. Rita et son fils ne se parlent plus, van est toujours éconduit par Zoussi et l'on n'a plus guère le coeur à danser,ou alors sur un volcan, comme l'Europe entière. Métaphore évidente de l'agonie d'un continent (et plus si affinités) Eaux tumultueuses, publié en 1988, témoigne aussi de l'acuité d'Appelfeld quand il situe cette fable tragi-comique sur un bord instable d'une rivière de cette région si sensible aux soubresauts. L'un des curistes finira emporté par le flot indompté et il y a de fortes chances que ce soit qu'un prélude à l'horreur générale. Réflexion aussi sur la place des Juifs et sur leur parfois troublant antisémitisme. Aharon Appelfeld est l'un des maîtres de la belle littérature israelienne et voir ses personnages attendre à la gare ceux qui ne viendront plus prendre les eaux sonne comme un glas des libertés, un air de glaciation.
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fuji
  11 novembre 2014
Fin des années 30 comme tous les étés un groupe de Viennois , pour la plupart Juifs, doivent se retrouver à la pension Zaltzer.
Ce sont des personnes seules, joueurs de poker et buveurs de cognac, ils essaient de profiter de la vie au maximum sans se soucier de l'argent leurs plaisirs priment sur tout.
Mais la peur rôde comme une bête sauvage...
Une écriture simple tout en profondeur. L'auteur nous amène par la main dans tous les méandres de l'angoisse. C'est un coup de maître il est en empathie avec ses personnages et son ton est tout en humanité.
L'auteur excelle à nous pousser pas à pas dans ce précipice d'angoisse où son personnage principal Rita sert de catalyseur elle est aux personnages du livre ce que le déchaînement des éléments extérieurs (inondation et torrent de boue) sont au décor de cette descente aux enfers.
Le lecteur sort de ce livre ébloui et affligé.
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saroul
  24 janvier 2014
Dans une ville balnéaire d'Europe centrale, des personnes célibataires et pour la plupart juives, se retrouvent chaque été, pour des raisons bien précises, boire, jouer et "faire l'amour" mais cet été là est particulier, seuls quelque habitués sont arrivés, et jour après jour, ils attendent les autres.
Rita est particulièrement angoissée e ne pas voir arriver ses amis, le doute, la crainte s'installent. Un orage les isole, Benno son ami se noie, l'atmosphère est lourde, l'inquiétude est latente.
Les conversations s'exaltent sur les croyances, et la famille.
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critiques presse (2)
Telerama   10 avril 2013
Et toujours cette simplicité, cette humilité, cette humanité... Le nouveau voyage que propose Aharon Appelfeld est une cure thermale dans une ville d'eau désertée, une retraite au plus près des éléments, dans le silence de la peur.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lhumanite   08 avril 2013
Dans son dernier roman, Aharon Appelfeld explore dans le détail les états d’âme d’une petite communauté juive des années trente au moment où les nuages s’amoncellent sur l’Europe.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   23 février 2016
- La peur n'est qu'une ombre. Si on abat l'arbre, il n'y a plus d'ombre.
Elle fut choqué par la métaphore :
- Je ne comprends pas!
- La peur n'est pas réelle, elle est imaginaire.
- Toi, tu n'as pas peur?
- Une nuit, je me suis dit : la peur est inutile, il faut l'ignorer. Depuis, elle ne m'embête plus.
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SachenkaSachenka   23 février 2016
"Alors, comment va la vie ici? lui demanda Benno Starck, en s'adressant à lui dans sa langue.
- Tout va bien. Le village ne change pas.
- Il n'y a que nous qui changeons, n'est-ce pas?
- On vieillit, comme on dit."
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DELIE53DELIE53   11 mars 2019
Et ainsi s'était déroulée toute sa vie, de maison fermée en maison fermée.
Au départ Isidore l'avait surveillée, puis Yohann. Les parents avaient vécu
longtemps et n'avaient pas manqué de la tracasser dans leurs vieux jours.
Sans la pension de Zaltzer, sans cet abri temporaire, sa vie aurait ressemblé
à une course ininterrompue sur des rails enfoncés dans la boue. Ou qu'elle
tournat la tête, il n'y avait qu'obstacle, visages désagréables et mauvais goût.

Page 154
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murielanmurielan   07 février 2016
Zaltzer connaissait l'opinion de Vassil mais il ne le licenciait pas, car on ne licencie pas un homme à cause de ses croyances. La foi est un droit personnel, et l'on ne peut la nier parce que ce n'est pas la nôtre.
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GrouchoGroucho   06 mars 2015
Fracht, c'était le nom du lieu. Pour beaucoup, il évoquait cupidité et débauche, mais pour quelques fidèles, c'était un lieu enchanteur et tout ce qui existait en dehors de Fracht était gris, sans saveur ni joie.
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Videos de Aharon Appelfeld (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Aharon Appelfeld
Avec Valérie Zenatti et ses invités. Entretien animé par Olivia Gesbert au Mucem le 18 juillet 2021.
Écrivaine, traductrice, scénariste, Valérie Zenatti possède à l'évidence toutes les qualités pour se prêter à l'exercice du grand entretien façon Oh les beaux jours !. Alors que reparaît son premier roman, En retard pour la guerre, elle reviendra sur son parcours riche et éclectique qui a démarré avec l'écriture d'ouvrages pour la jeunesse, notamment Une bouteille dans la mer de Gaza (L'École des loisirs, 2005) pour lequel elle a remporté une vingtaine de prix, qui a été traduit dans une quinzaine de langues et adapté au cinéma par ses soins et par le réalisateur Thierry Binisti.
L'oeuvre de Valérie Zenatti est marquée par l'enfance, ses possibles et ses peurs, par la guerre, la dimension géopolitique des conflits, mais aussi par la place qu'occupent l'individu et son histoire intime dans la sphère collective. C'est ainsi que dans Jacob, Jacob (L'Olivier, 2014 ; prix du Livre Inter) elle a exploré la mémoire algérienne de sa famille à travers le portrait de Jacob, jeune juif de Constantine enrôlé en 1944 pour libérer la France de l'occupation nazie. Valérie Zenatti est aussi une grande traductrice de l'hébreu, particulièrement de l'oeuvre d'un des plus importants écrivains de notre temps, l'écrivain israélien Aharon Appelfeld (disparu en janvier 2018). Elle a relaté leur relation littéraire et amicale extrêmement forte dans un récit intimiste, Mensonges (L'Olivier, 2011), mais aussi dans un essai brillant, Dans le faisceau des vivants (L'Olivier, 2019).
Depuis peu, Valérie Zenatti a élargi sa palette avec l'écriture de séries. Au Mucem, elle évoquera tout cela mais aussi son goût des autres, sa passion pour la musique et pour les langues. À ses côtés, la comédienne Agathe Bonitzer, qui interprétait le personnage principal d'Une Bouteille à la mer, et l'écrivaine Nathalie Kuperman dont elle dit qu'elle est la personne au monde avec laquelle elle a « le plus de bonheur à ne pas être d'accord…». Accords et dissonances : oh le beau programme ! _____ À lire Valérie Zenatti, En retard pour la guerre, L'Olivier, 2021 ; Dans le faisceau des vivants, L'Olivier, 2019 (prix France Télévisions). _____ À voir Thierry Binisti, Une bouteille à la mer, Diaphana, 2019. _____ En coréalisation avec le Mucem. _____ Replay et podcasts ohlesbeauxjours.fr
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