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ISBN : 2246614813
Éditeur : Grasset (03/09/2003)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 84 notes)
Résumé :
Quand on habite un village paumé où il ne se passe jamais rien, il faut bien écouter les gens alentour, laisser se faufiler l'imagination, rêver à d'impossibles ailleurs. A fortiori quand on vit à Farrago, petite cité californienne sans éclat et guère folichonne, partagée entre l'église et l'épicerie, a fortiori encore quand on se nomme Homer, aspirant aux odyssées merveilleuses. Tel est le cas de ce f... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
le_Bison
19 novembre 2014
Welcome to Farrago,
Far away, long ago
Farrago
Far away, long ago
I'll be missin' Farrago
Somethin's a' singin'
Somethin's a' cryin'
Somethin's a' callin'
Far away, long ago...
Je débarque à Farrago, en cette année 1973, triste bourgade de Californie du Nord, avec cette musique qui vole dans ma tête comme un air des Doors ou des Rolling Stones. Voulant rejoindre la côte, j'ai atterri dans ce trou perdu d'une Amérique pas si profonde à quelques tournants de la côte bourgeoise et cossu du Pacifique. Je suis entré dans un bar comme souvent dans mes histoires, me suis accoudé au comptoir comme toujours, l'esprit embrumé par ce type Nixon qui se prend pour le président, cette guerre du Vietnam qui n'en finit pas, et ce camion-citerne qui a déchargé sauvagement son liquide visqueux et marronnasse dans la rivière avant d'entrer dans la ville. Diabolus in Musica dans le jukebox, et un gars du coin, pas franchement des plus finauds mais dont je perçois sa sympathie, son honnêteté et son humanisme. Homer Idlewide. Il me rappelle un autre Homer, pas celui de l'Iliade, non celui qui travaille dans une centrale nucléaire dans une ville voisine. Homer et ses vrais amis, Faust, Duke, Elijah. Une bande de pieds-nickelés, ni propres ni méchants, à qui le burlesque et le rocambolesque troublent la quiétude trop imparfaite de cette petite bourgade.
L'odyssée d'Homer s'apparente à une vaste promenade à travers les montagnes et les hauts plateaux, pour philosopher de l'écologie, de la justice, de la politique ou tout autre sujet de société qui a amené ses compagnons à fonder une sorte de club des 5 pour les laissés-pour-compte et les paumés. 5 ? Oui, tu sais encore compter, puisqu'au milieu de ces types farfelus, Homer, Duke, Elijah et Faust, s'invite l'amour d'Homer, Ophelia, une pute qui travaille dans la maison de joie de la ville, avec des seins si spirituels que les caresser apporte autant de joie et de sérénité qu'une confession et un Je-vous-salue-Marie-pleine-de-Grâce-et-bla-bla-bla. Une prostituée qui, par amour pour Homer ou pour l'enfant qu'elle porte en elle, serait prête à envisager une reconversion, voir à épouser ce bon-à-rien d'Homer pour peu qu'il arrête un peu ses conneries et qu'il pense à autre chose que de glander avec ses potes ou de se masturber les méninges avec les autres filles du bordel.
Si les catastrophes s'avèrent presque prévisibles, comme pour un épisode des Simpson, suivre les errements de ces doux dingues à travers les montagnes les hauts plateaux la décharge le bordel permet de s'interroger sur la nature de l'âme humaine. Et sur les choix à faire. Celui de rester un oublié de la vie, ou celui de se construire sa vie – certains diraient sa légende personnelle mais je ne suis pas dans un roman de Paulo Coelho – d'en devenir l'acteur principal, le héros même, tout en gardant les pieds sur Terre – même si on a déjà marché sur la lune.
La lune, les étoiles qui scintillent dans le ciel. Soudain une étoile filante a zébré les ténèbres. Je fais un voeu et sors de ce bar où je perds mon temps à m'abreuver d'un whisky qui me déconnecte certains neurones, ceux de l'intelligence et de la subtilité en particulier. « Je souhaite avoir un destin, j'ai murmuré. Je souhaite vivre une histoire qui fasse de ma vie un destin. »
« Farrago », far away, long ago.
Lien : http://leranchsansnom.free.f..
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Dosamuse
26 mars 2013
Quel livre étrange ! On se retrouve largué au milieu de nulle part, à Farrago, à se demander ce qu'on va bien pouvoir y faire le long de toutes ces pages. On s'installe, on parcourt les lignes au rythme nonchalant des personnages. On se servirait presque un verre pour participer aux discussions absurdes de prime abord, philosophiques dans le fond entre Homer et Fausto. On s'allonge pour contempler les nuages. On se perd dans les sentiers de montagnes...
Ce livre produit un drôle d'effet. Une ode cachée à la lenteur et à l'importance des choses simples. Laissez-vous entraîner !
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SophiePatchouli
19 juin 2017
Farrago, Farrago, Farrago...
Farrago c'est à la fois une bourgade de Caroline du Nord, un grand roman américain, que dis-je une véritable épopée américaine écrite par un "froggie", et le théâtre des tribulations de personnages loufoques et hauts en couleur.
A Farrago on se sent bien, on y déambule un peu comme dans un western, ou comme dans un village oublié du progrès avec en toile de fond le bordel, le shérif, le prêtre, l'ancien esclave, le bourbon et la bière, les errances et surtout les adages profonds et simples que distillent tout ce joli monde...
Le narrateur Homer prend tout et nous présente son monde, le shérif à sa poursuite, le moraliste et contradictoire révérend Poach, Duke, son ami noir qui vit dans une décharge, Elijah, le rêveur et bougon forgeron, Ophélia, la belle rousse qui tapine au bordel, Fausto, l'épicier-philosophe, Nand, l'astronome et météorologue indien... Et tout ce canevas bigarré hissent Homer, l'orphelin, le vagabond, vers lui-même, vers sa propre réalisation, vers l'accomplissement du laissé-pour-compte en homme fort et responsable.
Il y a un peu de Faulkner, de Steinbeck, de Fante dans ce grand roman français-américain mais aussi de Molière ou de Zola dans la peinture des lieux et des acteurs, une vraie réussite si tant est qu'il est douloureux de quitter ces si attachants personnages en tournant la dernière page.
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Lindenbroock
07 août 2012
Excellent ! Ce livre est une encyclopédie du destin, une ode à la fainéantise et à la truculence, un traité sur l'amour et l'amitié. C'est un de ces rares romans où l'auteur réussit le coup de force d'allier une écriture simple mais de qualité à un récit d'une infinie richesse. Je me suis régalé !!!
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Nebulas
27 octobre 2015
Une histoire d'un jeune homme simple, un orphelin, un SDF qui mène une vie vagabonde dans les environs de Farrago, un petit village aux Etats-Unis. Elle se déroule au début des années soixante-dix.
Le jeune homme n'a pas reçu une éducation traditionnelle, il a échoué à l'école. Il est un peu naïf et simple. Ses pensées et ses réflexions personnelles portent témoignage de sa mangue d'éducation formelle. Bien qu'on y puisse trouver quelque chose d'originalité, je trouve ces réflexions toujours un peu ennuyeuses. En effet, le protagoniste n'est pas vraiment sympathique. Je crois que c'est pour ça que la lecture ne m'a pas plu tellement. de plus, je n'ai pas vraiment compris la direction ou le but de cette histoire, j'ai raté son message.
Cependant, c'est un livre qui se lit facilement. L'histoire a été bien écrite. Les événements sont parfois amusants et parfois ennuyeux, mais les caractères sont vivants et convaincants. de temps en temps on pourrait même croire que ce serait un livre de Stephen King.
Farrago a gagné le Prix Goncourt des lycéens en 2003.
Lien : http://nebulas-nl.blogspot.n..
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Citations & extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison26 octobre 2014
Les industriels et les hommes politiques font semblant de croire que les Américains sont un peuple de grimpeurs. Tout le monde doit aspirer au sommet, tout le monde doit monter, monter, monter, ce qui revient à monter sur les autres, à prendre appui sur eux et à les écraser, à escalader une montagne d'hommes et de femmes entassés pour planter son drapeau personnel à l'arrivée. Ça, c'est la pyramide hiérarchique, a dit Fausto. Et celui qui n'est pas un varappeur dans l'âme, celui-là est considéré comme un moins que rien, un raté, un parasite, même si, pour gravir cette foutue montagne, il faudrait déjà qu'il sorte du trou, et qu'il ne possède même pas d'échelle pour se tirer d'affaire.
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SophiePatchouliSophiePatchouli12 juin 2017
"Plus tard dans la journée, tandis que je me lavais dans la rivière, j'ai compris, je crois, le fond du problème. Ce n'est pas la vie qui compte, c'est la manière de la raconter.
Ophelia, comme moi est orpheline. A quatorze ans, elle travaillait comme une bête de somme dans une blanchisserie d'Oakland. Puis, elle a passé un an dans une maison de correction avant de se retrouver à la rue. Ophelia a beaucoup souffert et continue sans doute de souffrir, mais elle n'a pas les mots pour le dire. Elijah aussi a connu la misère. Dans son enfance à cause de ses absences intérieures, il était la tête de Turc de ses camarades de classe. Après avoir quitté l'école, du fait de ces mêmes absences, il n'a jamais réussi à conserver un travail, et s'il n'avait pas hérité sa maison de sa grand-mère, Dieu sait où il en serait aujourd'hui. Mais ni Ophélia ni Elijah n'ont les mots pour dire ce qu'ils ont vécu. Quand je les écoutais décrire leur passé, je me disais qu'ils avaient vécu des coups durs et je compatissais, mais je n'en tirais pas d'enseignements.
C'est incroyable, j'ai pensé, en me frottant dans la rivière à l'aide d'un bout de savon, la plupart des gens traversent de grands malheurs et enchaînent les coups durs, ils triment comme des bêtes de somme et trimbalent un tas de souvenirs accablants, mais quand on les écoute parler, on s'aperçoit qu'ils sont incapables de voir clair dans leur souvenirs et d'y mettre de l'ordre, comme s'ils avaient toujours vécu dans une sorte de brouillard."
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le_Bisonle_Bison23 octobre 2014
Aller au bordel, c'était pour moi toute une histoire. Pour la plupart des hommes, aller au bordel ne pose aucun problème, sinon qu'ils doivent mentir à leur femme et prétendre qu'ils vont jouer aux cartes chez un ami ou qu'ils ont une course à faire. Moi, je devais m'y prendre des jours à l'avance afin de réunir la somme nécessaire. Puis, je devais me laver, passer chez Abigail Hatchett et lui demander poliment la permission d'utiliser sa machine à laver, attendre que mes vêtements soient secs, me raser, me peigner, et recompter mes sous pour être sûr d'avoir la somme nécessaire.
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le_Bisonle_Bison21 octobre 2014
« Comment on va l’appeler ? » a dit Ophelia en se tournant vers moi.
Elle souriait d’un air mi-gai, mi-triste.
« Oui, tiens, comment on va l’appeler ? Mais d’abord, pourquoi tu ne m’as pas dit que tu étais enceinte ?
- Tu n’avais qu’à deviner ! s’est exclamée Ophelia et ses tâches de rousseur ont commencé à flamboyer.
- Et tu es sûre qu’il est de moi ? »
Ophelia m’a regardé comme si elle voulait me tuer. Ma question l’avait terriblement offensée. Pendant quelques secondes, elle s’est mordillée les lèvres, et puis soudain, elle m’a giflé.
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SophiePatchouliSophiePatchouli14 juin 2017
_ Il faut avoir la haute main sur ses rêves, a dit Nand. On ne doit pas les laisser prendre le dessus, parce qu'au fond, les rêves sont en nous comme des étrangers. Même quand ils sont animés des meilleures intentions, ils demeurent prêts à tous les sacrifices pour parvenir à leurs fins, et s'il le faut, ils détruiront sans la moindre hésitation l'être qui les porte en lui-même, l'homme qu'ils inspirent et qui les nourrit en son sein. Seul compte l'accomplissement de leur destin. Nous pouvons appartenir à nos rêves, nous pouvons nous abandonner à eux corps et âme, mais jamais un rêve n'a appartenu à personne."
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