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ISBN : 2070377504
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 576 notes)
Résumé :
Aurélien tombe amoureux de Bérénice Morel qui ,de sa province, est venue passer quelques jours à Paris. Rien de plus comme resume pour laisser tout le plaisir de la decouverte au lecteur.
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Critiques, Analyses et Avis (46) Voir plus Ajouter une critique
tamara29
  14 février 2015
« Aurélien » est un roman d'amour mais il est surtout un roman sur l'amour et les difficultés d'aimer. Sur l'amour impossible.
Dans le Paris des années vingt, encore meurtri par la première guerre mondiale, baigné dans une ambiance artistique (Montmartre, des peintres comme Picasso, Monet, des écrivains, des musiciens et le jazz), autour de la relation principale entre Aurélien et Bérénice, d'autres personnages vont se croiser, s'aimer, se désaimer.
C'est pour Aragon l'occasion dans ce roman de nous faire nous interroger sur ce que c'est qu'« aimer », sur ce qui fait qu'on est et/ou qu'on tombe amoureux.
Qu'est ce qui nous fait nous éprendre de quelqu'un plutôt que d'un autre ? Avec cette conscience des défauts (beauté, caractères, différence sociale) de cet autre qui ne nous auraient pas attirés normalement, de manière rationnelle ? Mais l'amour, bien sûr, n'est pas rationnel car ''l'amour a ses raisons que la raison ignore''.
Se laisse-t-on croire qu'on aime l'autre alors que ce n'est peut-être que le besoin de ressentir une émotion, l'envie d'aimer ? Aime-t-on l'autre juste parce qu'on a envie d'être aimé(e) en retour ? Aime-t-on l'image que l'on se fait de l'autre, ce qu'il représente à nos yeux et non pas ce qu'il est véritablement ? (la cristallisation de Stendhal : ''en un mot, il suffit de penser à une perfection pour la voir dans ce qu'on aime''.)
Par l'entremise de la relation entre Aurélien et Bérénice, Louis Aragon nous expose tout le cheminement amoureux, décortiquant les étapes, les paliers, et analyse avec justesse tous les sentiments et actes qui peuvent en découler. de la naissance de l'amour, de ces moments de bien-être, de félicité aux pires souffrances.
La première fois qu'Aurélien voit Bérénice, il n'y prête presque pas garde, la trouvant mal apprêtée, provinciale, peu jolie. La construction de cet amour n'est donc pas ici « telle une évidence », induite par une attirance physique classique. Plus complexe ou retors, c'est son entourage qui sera le déclencheur de son attention pour elle : son ami, Edmond, avec qui il a fait la guerre, lui parle de Bérénice -sa cousine- et lui fait maintes fois sous-entendre (pour servir ses propres intérêts) que celle-ci est attirée par lui, et fait germer ainsi son intérêt pour elle, telle une chrysalide qui, peu à peu, va se transformer en véritable passion. Sans parler peut-être aussi d'une sorte de défi personnel de se faire aimer d'une femme mariée.
Tout l'amour avec un grand A et ses variantes sont présents, interprétés par les différents personnages du roman : la femme qui n'est plus dans la fleur de l'âge et qui cherche encore à séduire. La femme fatale. le mari infidèle qui reste avec sa femme pour son argent ou le statut social. Celle qui aime l'autre parce que celui-ci la repousse ou ne l'aime pas (''Fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis''). le désir physique avec les filles de joie. L'asservissement ou l'acceptation des infidélités du conjoint, jusqu'à s'en faire mépriser (le mari médecin de Rose Melrose ou encore le mari pharmacien de Bérénice). L'amour interdit (avec Bérénice).
Ce roman n'est pas un roman à l'eau de rose, les deux personnages principaux ne sont pas forcément ni beaux ni sans défauts. Et ils ne marièrent pas et n'eurent pas beaucoup d'enfants.
Parce que, si Aragon nous montre les instants de bonheur : les étincelles dans les yeux, le sourire aux lèvres toute la journée, les petits papillons dans le ventre (Ahhh, ''vertige de l'amour'')…, il sait tout autant nous rappeler, si besoin est, qu'il y a tous les autres moments plus douloureux, toutes les affres quasi obligatoires autour de l'amour.
Celui qui rend jaloux. Celui qui rend fou (''Aimer à perdre la raison...''). Cette passion vécue qui fait mal, qui nous malmène, nous enferme, nous plonge dans la tristesse et la dépression. Ces lieux où l'on erre dans l'espoir de croiser l'être aimé. Cette envie de mourir pour l'absence de l'autre, du non-amour de l'autre. Cette attente perpétuelle d'un message, d'un appel, d'une entrevue. le silence qui ronge.
L'auteur décrypte aussi tous les effets, les causes et conséquences : les émois, les emballements, les égarements, les actes manqués, les quiproquos, les mensonges qu'on dit même pour plaire à l'autre, les attentes, les bleus à l'âme, les états d'âme, les mille réflexions qu'on se ressasse, les tourments, les accès de rage, les excès de violence, les vengeances, les espoirs, les actions dans lesquelles on se jette pour fuir et oublier l'autre… et quelques retrouvailles.
L'amour dans tous ses états. L'amour et tous ses sortilèges.
Aragon n'est pas toujours tendre avec ses personnages comme l'amour ne l'est pas toujours. Il nous les présente sous un éclairage parfois trop cru tels que nous sommes, quelquefois menteurs, calculateurs, pas forcément désirables ou attirants.
Certes, j'ai trouvé certains passages un peu longs et peut-être inutiles. Mais, Aragon n'est pas seulement un merveilleux poète, c'est aussi un auteur qui nous narre et décrit parfaitement les relations amoureuses et on sait bien, même en ce jour un peu spécial, que ''les histoires d'amour finissent mal, en général''. Même après sa rencontre avec Elsa, considère-t-il toujours qu' ''il n'y a pas d'amour heureux'' ?
Personnellement, Aragon m'a fait revivre certaines de mes relations, par des flashs, pour un simple mot, pour un simple état lié à l'amour.
Mais, plutôt que d'en ressasser encore les imperfections, les erreurs et les peines, parce qu'à force d'avoir répété sans cesse le mot « amour », j'ai envie de finir ce billet par une note plus naïve et inconsciente, par un oubli de la raison et du discernement. Se laisser aller, accepter de lâcher prise, s'ouvrir à l'autre, se laisser emporter, vibrer, ressentir, jusqu'à en oublier tous les risques, les souffrances encourus, parce que ''la vie ne vaut d'être vécue sans amour''…
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mfrance
  16 janvier 2016
En fait, l'histoire d'Aurélien se résume en quelques phrases : Aurélien voit Bérénice. Il la trouve laide. Puis, tout à coup, alchimie amoureuse aidant, il l'aime. Bérénice l'aime aussi. Peut-être ! sans doute ! Quoi qu'il en soit, ils ne se trouveront pas et se sépareront. Et se retrouveront brièvement dix-huit ans plus tard, séparés définitivement par la mort.
Et voilà ! Tout est dit.
N'importe quel écrivaillon d'aujourd'hui torchera la chose en cent ou deux cents pages, avec sujet, verbe, complément (pas trop long le complément, hein, car, autrement, cela devient incompréhensible !). J'ai lu par-ci par là que le style d'Aragon a un peu vieilli ! mais quels sont les énergumènes décérébrés qui peuvent s'exprimer ainsi !
Applaudissez cette prose magnifique et prosternez-vous devant ces grands écrivains, capables de vous transporter dans un ailleurs, qui, pendant les quelques heures ou quelques jours que vous passerez en leur compagnie sauront vous embarquer dans une fiction dont vous ne reviendrez pas indemne !
Acceptez de vous jeter, corps et âme , dans les délices enchantées de la belle langue, à la portée de tous, à la portée de tous ceux qui veulent se laisser bercer par la beauté des mots, des images ...
Aurélien .... mais c'est un poème en prose !
Aragon, lui, en a fait son chef d'oeuvre ! 700 ou 800 pages (cela dépend des éditions) d'une somptuosité sans pareille ! une écriture d'une finesse exceptionnelle, une étude brillante des sentiments avec analyse du goût de l'absolu, cet acmé de l'amour !
Et cette immersion dans les années vingt, années de folie, pour oublier l'horreur de la grande guerre, pour inventer un nouvel univers, pour se saouler de nouveautés ! Ah, cette éclosion de fantaisie, de talents, de folie, dans ces années vingt, remarquablement évoquées par Aragon.
Ce qui m'a fait penser au superbe film de Woody Allen : Minuit à Paris ! A-t-il lu Aurélien ? on pourrait le croire tant l'ambiance imaginée dans le film semble proche de ce que Aragon a si remarquablement retranscrit avec sa plume inspirée !
Et c'est vrai que tout y est ! déraison, fantaisie, passion dévorante, tourments et toutes les affres du désespoir d'amour !
Aurélien ! un chef d'oeuvre intemporel ! A lire hier, aujourd'hui et dans cent ans !
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MademoiselleBouquine
  14 décembre 2017
Mes amis, on peut dire que je me suis pris une sacrée claque littéraire.
Voici donc mon avis confus, bouleversé et bouillonnant à propos du chef-d'oeuvre qu'est Aurélien.
Et si, au sortir de cet article, vous n'avez pas la fulgurante envie de poser les mains sur ce roman, autant fermer ce blog tout de suite.
Aurélien a la trentaine.
Derrière lui, des années passées au front, à combattre.
Un appartement en plein coeur de Paris, sur l'île Saint-Louis.
Une rente confortable qui le laisse libre de disposer de ses journées à sa guise.
Mais Aurélien a surtout le terrible sentiment d'errer sans but.
De ne pas comprendre les figures qui évoluent autour de lui.
De s'abuser.
Peut-être de passer à côté de sa vie.
Et il n'en est sans doute pas vraiment conscient.
Alors il laisse défiler les jours, les semaines, dans ce Paris du début des années 20 encore traumatisé par les souvenirs indicibles d'une guerre meurtrière.
Jusqu'à ce qu'il croise Bérénice.
Bérénice, dont on nous dit dès les tous premiers mots du roman qu'il "la trouva franchement laide", mais pour laquelle il sombre très vite dans la plus profonde, la plus noire, la plus vibrante des passions. Profonde, parce qu'il ne vit plus que pour elle. Noire, parce que Bérénice est mariée, à un obscur pharmacien certes, mais mariée tout de même. Vibrante, parce que c'est peut-être dans cet amour scandaleux, incompréhensible et foudroyant que se trouve la réponse aux égarements du jeune homme.
Commence alors un chassé-croisé, une suite de manipulations, de quiproquos et de rencontres volées entre Aurélien, Bérénice, et toutes les autres figures qui gravitent autour d'eux, tous plongés dans des troubles étourdissants, et pourtant vivant toujours un même quotidien réglé comme du papier à musique.
Aurélien est ce que l'on appelle un classique de la littérature, certes. Mais pas besoin de connaître la réflexion d'Aragon ou d'avoir une culture monstrueuse pour s'en rendre compte - vous connaissez par ailleurs mon aversion envers ceux qui estiment que les "classiques" sont des lectures "qui se méritent", réservées à une élite. C'est faux. Les livres appartiennent à leur lecteur, vous êtes aptes et légitimes à lire et critiquer toute oeuvre. Vous êtes totalement à même de ne pas aimer des classiques.
Lisez ce bouquin, pitié.
Aurélien est un bijou, un chef-d'oeuvre, un sommet d'écriture. La qualité du style et la justesse des mots sont flagrants, car la moindre phrase est un coup direct au coeur du lecteur. Aragon a compris cette mélancolie, ce désoeuvrement qui sommeillent plus ou moins profondément au fond de chaque être humain, qui se révèlent parfois dans nos coups de génie ou de folie... et cette connaissance de notre nature transparaît dans chaque passage, dans chaque décision des personnages, dans chaque observation douce-amère.
Aragon parvient à mettre le doigt avec une précision hallucinante sur des sensations et des réflexions que l'on partage sans même en avoir conscience, et parvient, avec ce qui peut ne sembler se réduire qu'à une banale histoire d'amour, à révéler dans un même élan ses personnages, ses lecteurs, et à les confronter à leurs fantômes.
Aurélien est sans doute le plus beau roman à Paris, sur Paris, pour Paris que vous aurez l'occasion de lire. La ville y est incarnée comme nulle part ailleurs, elle n'est pas simple décor mais bel et bien personnage à part entière. Elle y est décrite avec une incroyable générosité, qui convaincra aussi bien ceux qui la connaissent bien que ceux qui n'y ont jamais mis les pieds. Aragon a un don pour saisir la note, la vibration précise d'une atmosphère, d'une situation, d'un contexte, et lorsqu'il applique cet art à une ville entière, cela ne peut qu'être un délice.
Aurélien est à la fois délicieusement passé et furieusement moderne, avec sa langue soutenue mais toujours accessible, et surtout universelle. On pourrait, à quelques détails près, oublier le siècle qui nous sépare de Leurtillois et de ses connaissances, tant leurs errements paraissent palpables, compréhensibles. On se laisse contaminer par leur désemparement face à l'absurdité de leurs propres vies, parce qu'on le comprend, on le partage, sans jamais verser dans la déprime. On est en empathie, c'est aussi simple que cela.
Pour simple exemple, ce passage, la plus belle description jamais réalisée de la flemme :
"C'était, dans le premier moment, une flâne qui se prolongeait. Vous connaissez ce sentiment : on devrait être ailleurs, chez soi, par exemple mais pas nécessairement, il y a quelque chose comme un repas qui vous attend, on n'y va pas avec une croissante conscience de sa culpabilité. Encore cinq minutes, deux minutes, une minute. On n'y va pas. C'est cela,le temps volé. Un temps qui n'est pas comme les autres. Gâché aussi, dilapidé. Une habitude profonde du devoir se mêle à un sens étrange de l'économie, d'une économie incompréhensible des minutes. Comme si on ne vivait pas quand on fait autre chose que ce qu'on est censé faire, devoir faire. Tant pis, on n'ira pas. Ce n'est pas que l'on tienne spécialement à traîner ici, qu'on préfère y être. On y est. Voilà tout. Avec une ivresse désobéissante."
Osez me dire que vous ne vous y reconnaissez pas. Oui, toi, qui passes six heures par jour à scroller ton fil d'actualité sur Facebook, parce que tu y es. Voilà tout. Avec une ivresse désobéissante.
Alors lisez Aurélien, savourez-le, chapitre par chapitre, au fil des pensées troublées d'un héros qui n'en est pas vraiment un - ou peut-être ? Abreuvez-vous de la richesse de sa plume, de la profondeur de son propos, de ses réflexions étourdissantes de clarté et de justesse. Vous en apprendrez beaucoup, sur les mots, sur la vie, sur vous.
Un dernier mot d'Aragon avant d'en finir, parce qu'il parle décidément très bien du temps. Il parle très bien tout court, cela dit.
"Le temps à certains jours de notre vie cesse d'être une trame, d'être le mode inconscient de notre vie. D'abord il commence d'apparaître, de transparaître dans nous comme un filigrane, une marque profonde, une obsession bientôt. Il cesse de fuir quand il devient sensible. L'homme qui cherche à détourner sa pensée d'une douleur la retrouve dans la hantise du temps, détachée de son objet primitif, et c'est le temps qui est douloureux, le temps même. Il ne passe plus. On ne songerait pas même à l'occuper, toute occupation paraît dérisoire. Un désespoir vous prend à l'idée de cette étendue devant vous : non pas la vie, inimaginable, mais le temps, le temps immédiat, les deux heures à venir par exemple. Cette douleur ressemble plus à celle des rages dentaires, qu'on ne peut pas croire qui cesse, qu'à n'importe quoi. On est là, à se retourner, à ne plus savoir que faire, comment disposer d'un corps, d'un délire, d'une mémoire implacable, desquels on éprouve vainement être la proie."
Ceci, mes amis, est un monsieur qui sait écrire.
Maintenant, vous savez quoi faire.
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Analire
  05 mai 2015
Aurélien pure chef-d'oeuvre à découvrir ; une lecture qu'il m'a été obligé de faire pour mes études de lettres, mais que je ne regrette absolument pas. J'ai adoré découvrir ce livre.
Bien qu'écrit dans les années 1940, Aragon place le roman dans les années 1920, en pleines années folles, avoir jouissance et plaisirs de la vie, après la terrible premier guerre mondiale. On voit transparaître de nombreuses boîtes de nuit, notamment le Lulli's, fréquemment cité (et ayant existé dans la réalité sous le nom de Zelli's), lieu où se rend régulièrement le protagoniste éponyme du roman, avec sa musique jazz, ses musiciens et ses nombreuses jeunes femmes. C'est une époque où les fêtes abondent, où le whisky se déverse en flots. Plusieurs chapitres se réfèrent à la fête donnée par le duc de Valmondois sur le thème de l'or, avec des femmes luxieusement vêtues, portant bon nombres de bijoux, prouvent que le roman se place dans un milieu mondain et bourgeois.
Et c'est bien là où veut en venir Aragon. Ce poète surréaliste et romancier réaliste vient d'un milieu bourgeois de part son père, mais ce dernier ne l'a pas reconnu en tant que fils, car Aragon a été conçu hors mariage - ce qui aurait nuit au travail professionnel de son père. Révolté par ce non-dit, en quête d'identité, il est envoyé au front, et fait la guerre. C'est à partir de là qu'il commence à écrire Aurélien, pour échapper au quotidien cruel dans lequel il est embourbé.
Tout au long du roman, on peut remarquer beaucoup de similitudes entre le personnage d'Aurélien et l'auteur. Les deux hommes ont fait la guerre, ils sont tous les deux placés dans un milieu bourgeois, ils fréquentent des artistes mondains (comme Picasso, qui est illustré par Zamora).
Le protagoniste éponyme est déconcertant. Personnage solitaire, abattu par la guerre, il n'arrive pas à se remettre des scènes horribles qu'il a vécu, plongé constamment dans le noir, dans ses souvenirs de guerre, parmi les morts au combat et les gueules cassées du front. Jeune rentier, il n'a rien à faire de ses journées et erre donc dans les rues de Paris, sans but. Il est clairement expliqué qu'Aurélien s'est fait volé son enfance à cause de ses parents, qu'il a perdu son adolescence car envoyé à la guerre, et qu'arrivé à l'âge de trente ans, il n'a pas encore vécu sa vie. Mais une rencontre improptue va bouleverser à jamais la vie entière du personnage.
Dès l'incipit du livre, Aurélien se retrouve face à une Bérénice qu'il trouve tout de suite laide, sans intérêt et mal vêtue.
Mais grâce à sa rencontre lors d'une virée à la piscine avec un ouvrier, Aurélien se rend compte des différences sociales qui contrastent entre lui, le rentier qui ne travaille pas, et l'ouvrier. Dans l'eau, les deux hommes sont égaux, mais habillés, ils n'appartiennent pas au même monde. C'est cette révélation qui va pousser Aurélien à se rapprocher de Bérénice, et à apprendre à l'aimer.
On peut penser que l'amour d'Aurélien est en fait cristallisé par l'image de la Bérénice antique de Racine, jeune femme d'Orient, aux bijoux somptueux, à la peau hâlée. Il transpose son amour pour cette Bérénice sur la Bérénice contemporaine qu'il a en face de lui.
On peut aisément se douter que cet amour est quasiment impossible. Et c'est bien la trame de ce roman. Les deux personnages n'appartiennent pas au même milieu social, ils sont différents, et s'idéalisent l'un l'autre.
Dans Aurélien, on dénote bon nombre de couples qui n'arrivent pas à fonctionner. Edmond Barbentane trompe sa femme Blanchette avec toutes les femmes qui passent, notamment avec Rose Melrose. Rose Melrose trompe son mari le docteur Decoeur avec Edmond de Barbentane. Blanchette va tromper Edmond de Barbentane avec son secrétaire Arnaud, Bérénice trompe son mari Lucien avec Paul Denis... L'amour véritable est quasiment inexistant - ou si une petite percée du sentiment amoureux se montre, il est aussitôt anéanti par l'impossibilité des sentiments.
Mais ce roman est aussi bourré de références culturelles de l'époque de l'auteur. Entre les artiste, très présents dans le livre - on dénote l'apparition fréquente de Picasso, qui se cache sous les traits de Zamora, ou le poète Cocteau, représenté tel quel dans le livre -, Aragon incorpore également quelques-uns de ses amis surréalistes. En effet, lors d'une exposition de nuit, on découvre Tristan Tzara, l'inventeur du mouvement dada en personne. Il fait également implicitement référence à des personnes réelles, avec son ancien ami, devenu presque ennemi depuis qu'il a viré à l'extrême-droite : Drieu la Rochelle, qui peut apparaître sous les traits d'Aurélien lors de l'épilogue, quand le protagoniste commence à avoir des idées politiques de droite. Il met aussi en scène des couturiers célèbres, comme Paul Poiret, qui habille Bérénice de sa magnifique robe Lotus ; et fait référence à plusieurs reprises à Chanel, avec sa création de bijoux fantaisies.
Une chose est sûre, ce livre, qui appartient à la série du Monde réel écrit par Aragon a tout à fait sa place dans la série. Les traits des personnages sont parfaitement décrits, presque réels, l'espace spatio-temporel se réfère à des histoires passées - comme la guerre - ou à des lieux qui ont vraiment existés - le Zelli's -, à des atmosphères de l'époque - les années folles. le réalisme est à son apogée.
Un magnifique roman "d'amour", sur fond de guerres, de joies et de plaisirs. Lisez le impérativement, ne serait-ce que pour découvrir le somptueux dénouement qu'Aragon nous offre. A déguster à toutes les sauces.
Lien : http://addictbooks.skyrock.c..
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Polomarco
  24 février 2019
« Ceux qui jamais ne furent saisis par un amour ne comprendront pas Aurélien ».
Qu'est-ce que l'amour, en effet ? Et comment un amour naît-il, grandit-il, vieillit-il, meurt-il ? Et surtout, pourquoi naît-il et pourquoi meurt-il ? Telles sont quelques-unes des questions existentielles que soulève ce très beau roman.
Dans le Paris mondain des années 20, où l'on va rencontrer Picasso, Cocteau, Tristan Tzara, ou encore le Général Mangin, on suit le double cheminement qui va conduire l'un vers l'autre Aurélien Leurtillois, jeune rentier oisif, dont le vice est d'être noctambule (page 84) et qui n'est donc pas l'homme d'une seule femme (page 191), et Bérénice Morel, femme de Lucien Morel, venue passer quelques jours à Paris chez son cousin Edmond Barbentane et sa femme. Leur idylle va durer deux mois, jusqu'à ce réveillon du 31 décembre 1922 où chacun, à sa façon, se prépare et s'attend à retrouver l'autre… Apogée de leur amour, ce changement d'année va précipiter la chute de ce dernier, leur chute à tous les deux, et, finalement, celle de l'histoire.
Le roman est la superbe description du sentiment amoureux dans toutes ses étapes, voire tous ses états. Au fil du récit, Louis Aragon nous dépeint ainsi le regard insistant (« Aurélien s'aperçut qu'il ne parlait à personne, et qu'il regardait Bérénice » - page 67), la rêverie (« Très vite, il éprouva sa présence, son entière présence dans le songe » - page 182), le coeur qui bat la chamade (« Il savait qu'il pouvait encore détourner le cours de ses pensées … il était encore son maître … bientôt il ne le serait plus … » - page 202), la peur de se déclarer (« Il se répéta qu'il était encore temps de se ressaisir » - page 202), le silence complice (« Ils savaient tous les deux ce qui se débattait entre eux sans avoir à l'exprimer. Rien n'avait été dit, tout avait été dit » - page 214), le manque de l'être aimé (« Aurélien n'attendait plus personne. Il n'avait plus de raison d'être là. Elle ne viendrait pas » - page 348), la dispute amoureuse (« Vous voulez jeter notre amour ? » - page 467), l'obsession (« de l'absence physique ou de cette présence imaginaire, qui se confondaient, laquelle était à Aurélien plus que l'autre pénible ? » - page 572) ou encore la nostalgie d'une séparation (« Elle avait laissé pour toujours sur sa vie une nostalgie dont il demeurait le prisonnier » - page 641).
Au-delà du sort du seul Aurélien, Aragon décrit aussi le regard de l'homme sur la femme (« C'est à ce moment, comme il va prendre le verre tendu, qu'Aurélien aperçoit Diane. Il y a bien six mois qu'il n'a pas rencontré Mme de Nettencourt. Elle est là, plus belle que jamais. Elle sourit de toutes ses dents. Elle a comme toujours la plus belle robe de la soirée. On ne voit qu'elle » - page 343), celui de la femme sur l'homme (« J'ai encore cru que c'était M. Leurtillois. La phrase avait échappé à Bérénice, et elle rougit » - page 104), l'attirance qui conduit l'un vers l'autre, le regard qu'un tiers porte sur un homme et une femme lorsqu'il les voit ensemble (« On la voyait beaucoup avec un toréador, ça faisait jaser » - page 616)
Malheureusement, Aurélien donne, enfin, un aperçu de ce qui conduit l'homme et la femme à s'éloigner l'un de l'autre : la déception amoureuse (« le coeur ? Vois-tu, je n'ai pas de coeur ... enfin je n'en ai plus … il y avait Lucien … il l'a pris … il n'y en a plus … » - page 107), la lassitude (« Mais les années, les années … ça vous change un homme et une femme … » - page 275), le doute de l'homme sur la fidélité de sa femme (« Vous voulez me rendre un service ? Appelez chez moi au téléphone … Oui, je vous prie … Ne dites pas que c'est moi … Demandez si Mme Barbentane est chez elle » - page 171), la jalousie (« Nous autres hommes, nous ne pouvons jamais comprendre ce qui fait le succès d'un autre … » - page 178), les oeillades d'une femme mariée à un homme qui n'est pas son mari (« Je peux vous dire quelque chose, ma petite Blanchette ; vous regardez un peu trop ce M. Leurtillois » - page 158), le mensonge (« le baiser qu'il lui mit sur le front avait une ironie que les mots n'ont pas » - page 200), la provocation de se montrer au bras d'un autre (« Alors, Rose aperçoit son mari. Elle lui fait un petit signe d'amitié » - page 346), la perspective de manigancer un divorce (« Il pourrait par exemple accorder le divorce à une Blanchette qui aurait un amant » - page 369), le cynisme de la maîtresse qui reproche à son amant d'aimer sa femme légitime (« Je te soupçonne de me tromper avec elle » - page 613), la fuite du domicile conjugal (« Elle avait jeté sa vie par-dessus bord » - page 470), la passion charnelle (« Mais ce qu'elle avait ressenti dans ses bras ne ressemblait à rien de ce qu'elle avait jamais pu connaître … » - page 518), le désespoir (« Enfin Blanchette avait voulu se tuer » - page 355), le veuvage (« Voilà six mois que Mme Devambèze est morte … Après une très longue maladie. Ce qu'elle a souffert ! Je lui posais des ventouses. M. Devambèze n'est plus le même » - page 148), etc.
Et puis, il y a Paris, personnage à part entière du roman : on ne peut pas terminer cette critique sans indiquer qu'Aurélien est un hymne à Paris et à la Seine.
Aurélien est un livre joyeux et triste à la fois, qu'on lit au rythme des battements de coeur d'Aurélien. Joyeux, parce que dans une société qui vient de sortir des horreurs de la première guerre mondiale, il nous emmène de soirées mondaines en vernissages, au coeur de ces années dites folles, nées de la victoire. Triste, parce que les couples qui existent au début du roman vont se déliter et se désunir, et que, dans le même temps, celui auquel Aurélien et Bérénice aspirent ne verra pas le jour. Comme si une seule débâcle ne suffisait pas, le roman s'achève au moment de la grande débâcle de mai et juin 1940.
L'épilogue sublime, poignant, apparaît comme l'expression d'un trop-plein d'amour, comme un ultime cri du coeur d'Aurélien, qui vient remuer le couteau dans la plaie. Ah, cet épilogue ! Sûrement un des plus beaux morceaux de la littérature française, à lire et à relire sans modération.
Aurélien, ou l'histoire d'un amour fou, comme un écho au poème d'Aragon « Aimer à perdre la raison ». Aurélien, ou l'histoire d'un amour impossible, comme un autre écho à un autre de ses poèmes « Il n'y a pas d'amour heureux ». Désormais, Aurélien et Bérénice ont rejoint au panthéon des amoureux, Roméo et Juliette, Tristan et Iseult et tant d'autres.
« Celui qui n'a jamais été la proie d'une obsession ne comprendra pas Aurélien ».
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critiques presse (2)
Telerama   16 janvier 2019
Le roman brille de son propre éclat, qui ne s’est pas terni avec le temps.
Lire la critique sur le site : Telerama
LaLibreBelgique   13 août 2015
Aurélien d’Aragon est un des sommets de la littérature amoureuse, un chef-d’œuvre qui distend le temps et vous laisse mélancolique, hors du temps.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (170) Voir plus Ajouter une citation
emmart67emmart67   11 novembre 2009
La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation. Il se demanda même pourquoi. C'était disproportionné. Plutôt petite, pâle, je crois… Qu'elle se fût appelée Jeanne ou Marie, il n'y aurait pas repensé, après coup. Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l'irritait.
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michelekastnermichelekastner   13 juin 2012
Aurélien craignit de ne pas danser assez bien pour elle. Il le lui dit. Elle ferma les yeux. Alors, se penchant sur elle, il la vit pour la première fois. Il régnait sur son visage un sourire de sommeil, vague, irréel, suivant une image intérieure. Ce qu'il y avait de heurté, de disparate en elle, s'était fondu, harmonisé. Portée par la mélodie, abandonnée à son danseur, elle avait enfin son vrai visage, sa bouche enfantine, et l'air, comment dire ? d'une douleur heureuse. Aurélien se répéta qu'il n'avait encore jamais vu cette femme qui venait d'apparaître. Il comprit que ce qui la lui avait cachée, c'étaient ses yeux. Quand elle les avait fermés, elle n'avait plus été protégée par rien, elle s'était montrée elle-même. Ils se rouvrirent plus noirs que jamais, plus animaux qu'Aurélien ne s'en souvenait.
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PiertyMPiertyM   02 juin 2015
Les Parisiens n'ont jamais de leur ville le plaisir qu'en prennent les provinciaux. D'abord, pour eux, Paris de limite à la taille de leurs habitudes et de leurs curiosités. Un Parisien réduit sa ville à quelques quartiers, il ignore tout ce qui est au-delà, qui cesse d'être Paris pour lui. Puis il n'y a pas ce sentiment presque continu de se perdre qui est un grand charme.
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ClairocheClairoche   31 juillet 2016
D'où lui venait ce goût de l'absolu, je n'en sais rien. Bérénice avait le goût de l'absolu.
C'est sans doute ce qu'avait senti Edmond Barbentane quand il avait dit de sa cousine que c'était l'enfer chez soi. Que savait-il d'elle ? Rien vraiment. Mais il arrive que les hommes devinent les femmes, par un instinct animal, une expérience de mâle qui vaut bien cette divination féminine dont on nous rebat les oreilles. Aurélien, d'abord éveillé par cette expression surprenante, qui cadrait si mal avec la femme qu'il avait tout d'abord aperçue, l'avait oubliée, quand s'était établi entre Bérénice et lui un rapport plus important que les jugements d'un tiers. Ainsi s'approchait-il du gouffre, après avoir été tenté par le gouffre, ne sachant plus qu'il en était un. Et leur roman, le roman d'Aurélien et Bérénice était dominé par cette contradiction dont leur première entrevue avait porté le signe : la dissemblance entre la Bérénice qu'il voyait et la Bérénice que d'autres pouvaient voir, le contraste entre cette enfant spontanée, gaie, innocente et l'enfer qu'elle portait en elle, la dissonance de Bérénice et de son ombre. Peut-être était-ce là ce qui expliquait ses deux visages, cette nuit et ce jour qui paraissaient deux femmes différentes. Cette petite fille qui s'amusait d'un rien, cette femme qui ne se contentait de rien.
Car Bérénice avait le goût de l'absolu.
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DianeMalosseDianeMalosse   08 janvier 2019
Il lui parla d'elle. Il mentait. Les mots qu'il pensait auraient été intolérables. Il lui parlait d'elle comme il aurait parlé d'elle à une femme quelconque. Avec des mots trop grands, vides. Dire que s'il lui avait dit les choses cruelles, les vraies, qu'il pensait de ses cheveux, de ses bras, de ses mains, de l'angle de son menton, de certaines expressions égarées qu'elle avait, de manières qui étaient un peu des tics à elle, elle aurait probablement pleuré. Tandis qu'il mentait, qu'il disait des choses banales, des choses passe-partout, il s'irritait contre lui-même, contre elle, contre cette impossibilité de dire ce qui est, de communiquer à autrui ce goût qu'on peut avoir d'une imperfection, d'un trait manqué, d'une lourdeur. Il mentait et il ne mentait pas : il traduisait. Il traduisait dans le langage bon marché du compliment la violence qui l'habitait, la crudité du plaisir qu'il prenait à la regarder, cette force critique impitoyable qui était déjà un peu de la possession amoureuse. Oui, il l'aimait, il aimait cette femme vivante, et non pas une statue, une image, cette mouvante chair, ce corps, ce visage capable aussi bien de la grimace que du sourire, ces traits fait autant pour la souffrance que pour... Il l'imagina dans le plaisir avec une telle méchanceté, une telle précision, qu'il s'arrêta de parler et frémit.
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Vidéo de Louis Aragon
https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=61571&motExact=0&motcle=&mode=AND
QUATRE HISTOIRES INTIMES D'ÉCRIVAINS POUR LA RADIO
Zweig, Yourcenar, Céline, Aragon
Léo Koesten
Laissez-vous baigner dans l'ambiance de quatre pièces radiophoniques aux récits intimes de quatre immenses écrivains : Stefan Zweig, écrivain de langue allemande, avec le succès fulgurant qu'il connut avant-guerre et qui perdure ; Marguerite Yourcenar, si cultivée, qui fut la première femme à entrer à l'Académie française ; Louis-Ferdinand Céline et son beau Voyage au bout de la nuit, collaborateur du régime nazi et de Vichy ; et Louis Aragon, grand amoureux de notre langue, résistant et admirateur de Staline.
Léo Koesten, professeur agrégé d'allemand, est l'auteur d'une quarantaine de fictions pour France Inter, notamment pour les séries « Affaires sensibles » et « Autant en emporte L Histoire ». Il est, par ailleurs, auteur de pièces de théâtre, dont Les Peintres, pièce écrite en collaboration avec Laurent Cazanave (prix Éclat de coeur 2015) et le Vélo et le rameur, des textes parus chez L'Harmattan. Pour le jeune public, il a écrit le Roi des concombres, une pièce qui a été récemment jouée au SEL, à Sèvres. Enfin, dans le cadre du Prix franco-allemand, deux de ses documentaires ont été récompensés, le premier consacré au compositeur Olivier Messiaen, le second au peintre surréaliste Max Ernst.
Broché - format : 13,5 x 21,5 cm ISBN : 978-2-343-16360-4 ? 4 décembre 2018 ? 158 pages
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