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EAN : 9782021028829
168 pages
Seuil (01/09/2010)
3.75/5   34 notes
Résumé :
Septembre 2001-septembre 2009 : en l’espace de huit ans, une jeune femme déploie son chant et disparaît. Huit ans seulement pour entrer avec fracas dans la littérature et pour s’échapper du monde tout aussi violemment. Nelly Arcan était une guerrière, sous les fragiles apparences d’un ange blond. Son courage intellectuel n’avait d’égal que son effroi de vivre, c’est-à-dire d’habiter un corps. Un corps de femme, exposé et convoité, prison et camisole, étendard et lin... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Madame_lit
  31 août 2017
Burqa de chair, ouvrage posthume de Nelly Arcan (il a été publié 2 ans après sa mort), est un petit recueil de différents textes.
D'abord, la préface de Nancy Huston «Arcan, philosophe» présente un lien intéressant entre Nelly Arcan et le nihilisme. Elle mentionne que les nihilistes rejettent «l'existence des corps» et que selon Schopenhauer, la vie s'avère un échec et qu'il serait préférable de ne pas être né. En ce sens, grâce à cette préface, le lecteur est amené à lire les textes de Nelly Arcan autrement. Par exemple, dans «La robe de chambre», on retrouve cet extrait :
Ça n'a pas toujours été comme ça. Je n'ai pas toujours pensé comme ça. Vouloir mourir, ce n'est pas naturel tout de suite, ce n'est pas donné tout de suite à la naissance. Vouloir mourir dépend de la vie qu'on a menée. C'est une chose qui se développe et qui arrive quand on est mangé par son reflet dans le miroir. Se suicider, c'est refuser de se cannibaliser davantage. (p. 39)
Nancy Huston relève le génie de Nelly Arcan. Elle dit que cette dernière a su démontrer que les obsessions, les peurs et les craintes sexuelles sont tributaires de l'enfance et qu'elles conditionnent l'adulte.
Cette préface jette un autre regard sur le travail de Nelly Arcan, un regard empreint de dualité comme l'était l'écrivaine…De surcroît, Nancy Huston met l'accent sur la plume de Nelly Arcan et elle souligne son intelligence.
Style unique, immédiatement reconnaissable, lapidaire, désopilant, cruel, décapant, dont le vocabulaire a la précision d'un scalpel et la syntaxe la souplesse d'un saut à l'élastique : phrase à relance dont l'énergie se renouvelle de clause en clause, indéfiniment. Et moi qui l'ai sous-estimée, mésestimée, moi qui regrette d'être passée à côté de cette femme de son vivant, de ne pas l'avoir lue avant sa mort, moi qui en veux, aussi, un peu, à la presse, de ne pas avoir signalé avec suffisamment d'insistance que c'était un auteur étonnant, brillant, original, surdoué […], j'estime maintenant que la lecture de ses livres devrait être obligatoire dans tous les lycées et universités du monde occidental. En quelle matière? En philosophie. (p. 10)
« La Robe »
Cette nouvelle présente différents petits écrits assez indépendants les uns des autres… Nelly Arcan aborde, entre autres, les thèmes de la vie, de la mort, de la honte, du suicide… Elle parle également du rôle de la mère, de l'absence du père, de la femme dans la société, des relations humaines, etc. Par exemple, la robe de chambre devient la métaphore de la prison de la femme et cette prison habille tantôt la mère, tantôt la fille…
Toutes les mères du monde portent une robe de chambre qui devient ensuite le chemin obligé des filles. Petite, je trouvais ma mère belle. Une femme, c'est d'être belle. Même en jouant à la marelle, même en s'accouplant, même en enfantant, c'est toujours d'être belle. C'est un sort atroce parce que la beauté est à l'abri de toutes les révolutions. Pour être libre, il faut faire la révolution. Les femmes ne seront jamais libres. Les mères seront toujours la première prison des filles. (p. 42)
« L'enfant dans le miroir »
Cette nouvelle, c'est l'histoire d'une petite fille blonde s'observant, allant à la rencontre de son double… Il y a un extrait choc dans cette dernière…
À force de se regarder on finit par voir son intérieur et il serait bien que tout le monde puisse le voir, son intérieur, son moi profond, sa véritable nature, on arrêterait peut-être de parler de son âme, de son coeur et de son esprit, on parlerait plutôt de poids et de masse, de texture et de couleur, on parlerait de la terre, on en finirait avec nos affinités avec le ciel et nos aptitudes à s'envoler, on cesserait peut-être de se croire immortels. (p. 74)
« La Honte »
Nouvelle composée de quatre parties rédigée à la troisième personne alors que les autres nouvelles sont au je, raconte l'humiliation vécue par Nelly Arcan lors de son passage à l'émission Tout le monde en parle animée par Guy A. Lepage. le lecteur peut ressentir l'émotion vécue par le personnage et son traumatisme le faisant basculer aux limites de la folie.
Deux essais déjà publiés du vivant de l'écrivaine terminent Burqa de chair :
« le speed dating »
« Se tuer peut nuire à la santé »
J'ai particulièrement apprécié la préface de Nancy Huston car elle nous fait voir différemment cette femme trop souvent admirée pour son corps et non pour son talent. Elle nous amène ailleurs, au coeur de la pensée nihiliste…
Mais encore, j'ai aimé retrouver la plume de l'auteure de Putain, ses paradoxes, son désir de plaire, ses souvenirs d'enfance. Entrer dans l'univers de Nelly Arcan, peu importe le livre, c'est toujours une expérience. Je m'incline devant la puissance de ses écrits, j'admire sa perception des relations et sa façon de nous faire voir une vérité, la sienne…
Comme elle le fait remarquer à propos du suicide :
C'est peut-être parce que (entre mille autres choses) le maternage de l'État qui organise tout à distance de la réalité quotidienne de ses citoyens va de pair avec la déresponsabilisation de ces mêmes citoyens face à la misère de leurs proches. Il ne faut pas oublier que les barrières les plus solides contre la détresse des gens qui nous sont chers, c'est encore vous et moi. (p. 165)
Il importe de rappeler que Nelly Arcan s'est donné la mort le 24 septembre 2009.
Lire du Nelly Arcan, c'est profond, puissant, sombre… Il ne faut surtout pas cesser de la lire, de la relire… elle mérite sa place au firmament des grands écrivains…
https://madamelit.me/2017/02/15/madame-lit-burqa-de-chair/
Lien : https://madamelit.me/2017/02..
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argali
  25 janvier 2012
Près de deux ans après la mort de Nelly Arcan, un nouveau livre portant sa signature est en librairie. Burqa de chair propose deux récits inédits, soit La robe et La honte, qui relate une expérience humiliante sur un plateau de télévision. Une version allongée de L'enfant dans le miroir, un «conte cruel pour jeunes filles» fait également partie de l'ouvrage.
On peut se demander l'intérêt (sinon financier) de cette sortie posthume. D'abord parce que les textes sont en lecture libre sur le site de Nelly Arcan (qui continue à vivre malgré sa mort), ensuite parce que si elle n'a pas jugé bon de les publier de son vivant, c'est qu'il y avait une raison. Pourquoi ne pas respecter ses volontés ? Son oeuvre ?
Née dans les Cantons de l'Est en 1973, Nelly Arcan, de son vrai nom Isabelle Fortier, s'est fait connaître en 2001 avec Putain, un premier roman percutant et dérangeant.
L'écriture est crue, dérangeante mais elle dissèque les sentiments au scapel.
Ex escort-girl, Nelly Arcan interroge l'âme et le corps. Elle jette un regard sans complaisance sur les hommes, les relations humaines, le sexe, la société. Son personnage, bien que plein de contradictions et de paradoxe, est touchant. Ses confidences glauques et douloureuses sont bouleversantes. On y sent poindre la folie, la dévalorisation de soi, la honte. Et en cela son personnage est attachant ; de même que par sa lucidité. On touche du doigt le désespoir qui l'habite. L'ombre du suicide rode déjà sur ses textes.
Pourquoi ce livre ? Ce n'est pas un récit, ce n'est pas une histoire et cela donne juste une image de Nelly Arcan (qui n'est plus là pour expliquer, défendre), cette météorite dans le monde littéraire québécois, qui publia 4 livres en huit ans avant de se donner la mort en septembre 2009.
Un livre qui laisse une sensation de malaise mais donne envie de découvrir cette femme dont je n'avais jamais entendu parler.
Un plus : la très belle préface de Nancy Huston.
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Apoapo
  11 février 2016
Cet ouvrage posthume, édité et préfacé par Nancy Huston, est un recueil de textes de différentes natures se composant de :
- la préface intitulée "Arcan, philosophe" - sous une rapide trame biographique, c'est surtout la perspective philosophique de Nelly Arcan qui est mise en évidence, dans sa parenté avec le nihilisme, sa filiation du dualisme chrétien et ses analogies avec Schopenhauer. La prostitution y est aussi analysée, à partir des mots de l'auteure, mais parvenant à des conclusions auxquelles cette dernière n'aurait peut-être pas entièrement souscrit...
- fragments regroupés sous le titre "La Robe" (chapitres ou nouvelles assez indépendantes), conçus sans doute comme matière première d'un futur roman, très autobiographique.
- "L'enfant dans le miroir" - version très abrégée du "Conte cruel pour jeunes filles", plaquette illustrée publiée au Canada en 2007, elle aussi autobiographique et centrée sur ses souvenirs d'enfance.
- "La Honte", suite en quatre mouvements narrant à la 3ème personne la brûlure psychologique vécue par l'auteure à cause d'une émission télévisée dont elle avait été l'invitée en 2007.
- deux essais précédemment publiés : "Le speed dating" et "Se tuer peut nuire à la santé".
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oiseaulire
  27 janvier 2019
Nelly Arcan écrit avec son sang. Elle a fait coïncider sa vie avec son oeuvre et elle en est morte.
Certains fustigent ses contradictions : justement, elle a eu la force, non seulement de ne pas les dissimuler, mais de les vivre jusqu'au bout. Pas longtemps il est vrai. Nancy Houston évoque dans sa préface notre dualisme occidental : on est ceci, ou cela. Pas les deux à la fois. Quelle erreur, quelle vision robotisée de la vie et de l'humain ! On est ceci, et cela, et cela encore.
C'est ce qu'a crié Nelly Arcan jusqu'à n'avoir plus de souffle. Jusqu'à ne plus pouvoir se définir, elle si rétive, si possédée du démon de la lucidité.
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noid
  17 mai 2022
Quelle autrice ! Quelle écriture ! Un livre écrit en plusieurs étapes, rassemblé et publié après son suicide. Quelle tristesse !
Nelly Arcan nous parle, presque sereine (en tout cas avec plus de distance et termine en parlant d'elle à la troisième personne), de sa relation au corps, à sa mère, à la beauté, à son image et au regard de l'autre.
Avec une préface émouvante et méritée de Nancy Huston sur l'importance de l'oeuvre de Nelly Arcan
Lien : https://www.noid.ch/burqa-de..
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critiques presse (1)
Lexpress   29 novembre 2011
Difficile de ne pas être happé par cette écriture rageuse. On retiendra notamment les pages à travers lesquelles Nelly Arcan évoque son désir de mettre fin à ses jours, seule chez elle, en robe de chambre - ce "substitut de la présence maternelle".
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
perlitaOrperlitaOr   11 décembre 2020
Sous nos latitudes blanches et riches et fières d'elles-mêmes, les femmes ont accédé ces dernières décennies au vote, à la contraception, à l'avortement, à des postes de pouvoir, etc. L'on pourrait s'étonner, mais l'on ne s'étonne jamais, c'est curieux, que ces changements n'aient pas infléchi significativement leurs comportements en matière de beauté et de sex-appeal. Du coup, elles vivent en pleine schizophrénie. On leur demande, non, on les somme, de s'instruire et de se couvrir d'une burqa de chair. De devenir mères et d'avoir une carrière. De se voir comme égales en dignité à leur copain et d'accepter qu'il se masturbe en regardant des images de viol sur le Net. Il est même surprenant que plus d'entre elles, à force d'avaler contradictions et couleuvres, ne disjonctent pas. {Préface — Nancy Huston}
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Madame_litMadame_lit   31 août 2017
force de se regarder on finit par voir son intérieur et il serait bien que tout le monde puisse le voir, son intérieur, son moi profond, sa véritable nature, on arrêterait peut-être de parler de son âme, de son cœur et de son esprit, on parlerait plutôt de poids et de masse, de texture et de couleur, on parlerait de la terre, on en finirait avec nos affinités avec le ciel et nos aptitudes à s’envoler, on cesserait peut-être de se croire immortels.
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Madame_litMadame_lit   31 août 2017
C’est peut-être parce que (entre mille autres choses) le maternage de l’État qui organise tout à distance de la réalité quotidienne de ses citoyens va de pair avec la déresponsabilisation de ces mêmes citoyens face à la misère de leurs proches. Il ne faut pas oublier que les barrières les plus solides contre la détresse des gens qui nous sont chers, c’est encore vous et moi.
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Noirceur_sur_la_LysNoirceur_sur_la_Lys   11 juillet 2022
Quand on meurt en bas on remonte en haut. C’est ce qu’on dit pour se rassurer, mais le rebondissement vers Dieu ne me rassure pas. Je ne sais pas si Dieu, s’Il existe vraiment, me forcera à marcher ailleurs, je ne sais pas si dans le repos éternel raconté par mon père avant de dormir, Dieu ne me contraindra pas à me relever et marcher de nouveau, à me réveiller chaque matin dans une existence d’où je ne sortirai jamais. La vie éternelle, voilà la plus intolérable des possibilités, et de tout temps les hommes en ont rêvé. Ça, jamais je ne le comprendrai. C’est ce que je me dis tout le temps.
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Madame_litMadame_lit   31 août 2017
Toutes les mères du monde portent une robe de chambre qui devient ensuite le chemin obligé des filles. Petite, je trouvais ma mère belle. Une femme, c’est d’être belle. Même en jouant à la marelle, même en s’accouplant, même en enfantant, c’est toujours d’être belle. C’est un sort atroce parce que la beauté est à l’abri de toutes les révolutions. Pour être libre, il faut faire la révolution. Les femmes ne seront jamais libres. Les mères seront toujours la première prison des filles.
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